Venezuela : Une dictature pour l’ère post-Chávez ?
par Sánchez, Martín
Article publié le 3 août 2004

Leader de l’opposition contre le président Chávez, Carlos Andrés Pérez (CAP), qui fut président du Venezuela à deux reprises, a fait une série de déclarations appelant à la violence et invitant l’opposition à instaurer une période de dictature si le président Chávez est chassé du pouvoir.

"Je travaille à chasser Chávez du pouvoir. La violence va nous le permettre. C’est le seul chemin que nous avons", a dit CAP lors d’une interview publiée dimanche [le 25 juillet 2004, ndlr] dans le journal vénézuélien El Nacional, un des plus importants quotidiens du Venezuela.

CAP, qui parlait depuis Miami, a nié être mêlé à un complot pour assassiner le président, mais il a déclaré que Chavez "devait mourir comme un chien, car il le mérite".

Chavez fait face à un référendum révocatoire qui aura lieu le 15 août. La plupart des sondages le donnent gagnant.

En 1992, lorsqu’il était militaire en service, Chávez a mené un coup d’Etat, qui a échoué, contre CAP qui était très impopulaire à ce moment, car il venait de mettre en oeuvre un paquet de mesures imposées par le FMI. CAP fut destitué pour corruption peu de temps après, tandis que Chávez a continué à purger un peine de prison le sanctionnant d’avoir tenté de renverser un gouvernement élu démocratiquement.

Au cours de l’interview, CAP a fait allusion à une période dictatoriale qui serait instaurée si Chávez était chassé du pouvoir. "Nous ne pouvons pas nous débarrasser de Chávez et vivre tout de suite en démocratie ... Nous avons besoin d’une période de transition de deux ou trois ans, pour fonder un Etat dans lequel l’état de droit va prévaloir ... Une junte doit gouverner durant cette transition et créer les bases démocratiques pour le futur", a déclaré CAP.

"Quand Chávez tombera, nous devrons abolir aussi l’Assemblée nationale et la Cour suprême. Toutes les institutions "chavistes" doivent disparaître", a ajouté le leader de l’opposition.

Alors qu’on l’interrogeait sur le souhait de la population de ne pas revivre les époques passées, quand régnaient la corruption et la mauvaise administration, - et notamment la sienne-, qui ont mené à un effondrement du niveau de vie des Vénézuéliens, l’ex-président a admis qu’il ne fallait par revenir au passé, mais il a ajouté : "Je ne suis pas le passé, je suis le futur de Venezuela". Les projets politiques de CAP ne sont pas connus, mais il a dit qu’il ne se porterait pas candidat pour un troisième mandat présidentiel.

Le président Chávez a réagi aux commentaires de CAP en lançant un appel au reste de l’opposition pour qu’elle prenne ses distances avec l’ex-président. "Nous avons besoin d’une opposition qui soit loyale à l’égard du pays, de manière à pouvoir travailler ensemble à la construction d’une nation, malgré nos différences", a déclaré Chávez qui a exprimé l’espoir qu’une "opposition plus rationnelle" n’accepterait pas "ce nouvel appel à la violence provenant des secteurs les plus radicaux de l’oligarchie vénézuélienne".

Selon Chávez, l’opposition cherche désespérément une autre voie pour le chasser du pouvoir, parce que les sondages prévoient sa victoire au référendum révocatoire. Il a défié les agences de sondage, dont les dirigeants sont connus pour leur opposition au gouvernement, de publier les résultats des sondages les plus récents. M. Jessie Chacón, le ministre de l’Information, a déclaré récemment qu’ils disposait d’une copie des résultats de ces sondages qui sont favorables au président Chávez, et a menacé de les publier d’office si les agences favorables à l’opposition ne le faisaient pas elles-mêmes.

Vendredi dernier (le 23 juillet, ndlr), le vice-président de Venezuela, M. José Vicente Rangel, a demandé aux dirigeants de l’opposition de signer un accord par lequel les deux parties s’engageraient à respecter les résultats du référendum et à ne pas avoir recours à la violence. Chávez a déclaré à plusieurs reprises qu’ils se soumettrait au résultat du référendum, mais jusqu’à présent les leaders de l’opposition n’ont pas fait une telle promesse.

M. Diego Cordovez, le conseiller spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Amérique latine, a lancé pour sa part un appel à l’opposition pour qu’elle déclare publiquement qu’elle respectera le résultat du référendum.

Source : Venezuelanalysis.com (www.venezuelanalysis.com, 26 juillet 2004.

Traduction : Le Collectif ‘Venezuela 13 avril’.

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