Venezuela - Nouvelle victoire électorale pour les partisans de Chávez
par Edouard Diago , Aram Aharonian , Jonah Gindin
Article publié le 3 novembre 2004

Au Venezuela, le président Hugo Chavez Frias et ses partisans ont engrangé ce dimanche 31 octobre une neuvième victoire électorale d’affilée à l’occasion des élections municipales et régionales.

Pour analyser cette nouvelle avancée de ladite Révolution bolivarienne, nous publions trois articles.

Le premier analyse cette victoire : les votes, l’abstention, les conséquences. Les deuxième et troisième articles ont été écrit avant la tenue des élections. Ils traitent des défis que doit affronter aujourd’hui le mouvement bolivarien. Les défis et les contradictions aussi entre la base sociale du chavisme et ses représentants politiques. Les auteurs abordent aussi la question de la significations de la "révolution à l’intérieur de la révolution", un slogan lancé par Chávez à la suite du référendum révocatoire.

- Les Chavistes dominent les élections régionales

- Après le référendum : rhétorique ou réalité

- Approfondir le processus révolutionnaire


Les Chavistes dominent les élections régionales

par Jonah Gindin
Source : Venezuelanalysis.com, 1er novembre 2004.
Traduction : Virginie de Romanet, pour RISAL.

Les résultats préliminaires proclamés à 0h30 le lundi 1err novembre par le Conseil national électoral du Venezuela ont donné une écrasante victoire aux candidats aux postes de gouverneurs départementaux et à ceux candidats aux municipalités alliés au président Hugo Chávez Frias. Selon le Conseil national électoral, les chavistes ont gagné 20 des 22 états [1] bien que dans certains cas ces résultats ne représentent que 29,65% du total des votes comme dans l’état de Barinas. Dans certains états comme celui de Vargas, les chavistes ont obtenu jusqu’à 87,69% des votes, alors que dans d’autres les candidats sont si proches que l’issue ne sera définitive qu’après le comptage du dernier vote. Malheureusement, selon Jorge Rodriguez président de la Junta Nacional Electoral (une section du CNE), ce ne sera pas avant la fin de la semaine. Avec cette mise en garde en tête, il y a néanmoins certaines tendances qui valent la peine qu’on s’y attarde.

Aux élections régionales de 2000, les candidats favorables au gouvernement avaient gagné 15 états (voir fig. 1), ce qui en avait laissé 8 entre les mains de l’opposition ainsi que le municipalité métropolitaine de Caracas [2]. Ce dimanche, les candidats favorables au gouvernement ont gagné 21 des 23 états ainsi que le municipalité métropolitaine de Caracas (voir fig.2).

Cette victoire représente beaucoup plus que juste une augmentation de l’influence du chavisme. Les états en question gagnés sur l’opposition sont stratégiquement parmi les plus importants du pays. Parmi ceux-ci, il y a la municipalité métropolitaine de Caracas et l’état de Miranda, où sont situées 3 des 5 localités de Caracas. La police métropolitaine et l’administration du gouverneur de Miranda ont joué un rôle clé dans le coup d’état de 2002 qui avait provisoirement écarté le gouvernement Chávez. Chávez avait récupéré son poste au bout de 48 heures grâce aux éléments loyaux de l’armée et à une intense mobilisation populaire. Les quelques 60 morts [au moment du coup d’état, ndlr] sont largement imputable à la police métropolitaine.

Du référendum aux élections régionales

La large victoire de Chávez au référendum révocatoire du 15 août 2004 [3] a représenté une menace claire à la position de l’opposition dans les états et les municipalités. Comme nous l’avons mentionné précédemment après les élections régionales de 2000, l’opposition contrôlait 8 états, la capitale Caracas, ainsi que 209 autres municipalités sur un total de 335. Chávez n’a pas seulement gagné le référendum par 59,1% contre 40.6%, cette victoire a aussi été très large dans 22 sur 23 états. Beaucoup d’analystes ont utilisé ces chiffres pour prédire la victoire de Chávez aux élections régionales. En fait dans beaucoup d’états, les candidats chavistes ont en fait reçu plus de voix (en tenant compte des pourcentages) que Chávez n’en avait reçu au référendum.

La participation

Le quotidien de l’opposition El Nacional a crié à la victoire de l’abstention ce lundi en se parlant d’un niveau d’abstention exceptionnellement élevé. Avant de nous référer aux chiffres, cela vaut la peine d’essayer de donner une explication du phénomène.

Historiquement les élections régionales ont un faible taux de participation au Venezuela (et dans la plupart des pays du monde). Entre1979 et 2000, le taux d’abstention a avoisiné les 45% grimpant à trois reprises (1989, 1992, 1995) à plus de 50%.

L’opposition a refusé d’accepter les résultats du référendum en dépit de la corroboration des résultats par l’Organisation des Etats américains (OEA) et le Centre Carter. Ils ont maintenu que les résultats avaient été manipulés par le Conseil national électoral qui, disent-ils, est entre les mains de Chávez. Les implications d’une telle position pour les élections régionales ont été la source de beaucoup de controverses à l’intérieur de l’opposition amenant leur plate-forme, la Coordination démocratique (CD) à la rupture. Des petits partis qui n’avaient pas de poste à perdre ont appelé leurs partisans à l’abstention alors que les plus grands partis d’opposition appelaient à la pleine participation. Ayant peur de perdre leur contrôle sur les municipalités et certains états-clés, ces partis ont appelé à une participation active et cependant ont continué à crier à la fraude. La contradiction inhérente à cette position a fait que beaucoup dans les bases de l’opposition ont dit : « A quoi bon ? Si mon vote n’a pas compté lors du référendum, pourquoi devrait-il compter aujourd’hui ?  » C’est ainsi que la position irresponsable et hypocrite des leaders de l’opposition a incité un nombre inconnu mais représentant certainement une proportion importante de Vénézueliens à rester chez eux. (...)

Approfondissement de la révolution

S’adressant depuis le palais présidentiel à une foule de partisans lors de sa victoire au référendum, Chávez avait appelé à « la révolution à l’intérieur de la révolution », à l’approfondissement de la révolution bolivarienne. En deux mois ce concept a fait l’objet d’une grande attention et ce, bien qu’on ne sâche pas encore clairement ce que ce terme recouvre. Une chose était cependant claire pour tous et spécialement pour Chávez, c’est que tout approfondissement du processus bolivarien dépendrait d’une victoire presque absolue aux élections régionales. Les cinq premières années de l’administration Chávez ont été minées par une opposition qui ne s’est pas limitée aux moyens légaux pour chasser Chávez. Dans beaucoup de cas, ces tentatives ont été facilitées au niveau régional par des gouverneurs et des maires du bloc de l’opposition.

Une victoire écrasante des chavistes aux élections régionales a une autre implication plus importante encore pour l’approfondissement de la révolution au Venezuela. En ayant tous les états sauf deux aux mains de ses partisans, Chávez peut étendre les programmes sociaux populaires qui rendent gratuites et donc accessibles l’éducation et la santé, qui offrent de la nourriture subventionnée et des formations pour l’emploi pour les 80% de Vénézueliens qui vivent dans la pauvreté. En général, le développement encore incomplet des stratégies économiques et sociales du gouvernement sera largement accéléré par la coopération des trois niveaux de pouvoirs.

Le Conseil national électoral a promis de donner les résultats finaux pour la fin de la semaine. Certains leaders de l’opposition ont refusé d’accepter les résultats et ont produit leur propre version qui supposément « prouve » leur propre victoire. La violence est peu probable mais néanmoins certainement possible car l’opposition vénézuelienne a atteint son point le plus bas. Se reconstruire pour les élections présidentielles de 2006 demeure pour l’opposition un rêve lointain et pendant qu’elle lèche ses plaies, le chavisme est sur le point d’entrer dans une nouvelle étape. L’approfondissement de la révolution a commencé et la première étape apparaît comme un succès retentissant.


Après le référendum : rhétorique ou réalité

par Aram Aharonian
Source : Question, octobre 2004.
Traduction : Zoé Maus, pour RISAL.

Après le référendum de ratification [4] du 15 août [5], les Vénézuéliens vont élire, le 31 octobre, 24 gouverneurs et plus de 300 maires - pro-gouvernementaux et de l’opposition - choisis par les dirigeants, alors que, pendant ce temps, la présidence fait connaître son combat contre l’inefficacité et la corruption. (...)
Aujourd’hui, beaucoup d’activistes communautaires et militants des mouvements sociaux prennent part à des assemblées populaires pour débattre de ce qui signifie "approfondir la révolution". On suppose - le président Hugo Chávez l’a garanti - que la victoire lors du référendum inaugure une nouvelle étape dans le projet bolivarien. Dans ce contexte, dans tout le pays, on commence à examiner ce que signifie réellement la « révolution dans la révolution », en prenant en compte que les candidats gouverneurs et maires (pro-gouvernementaux ou de l’opposition) ont été imposés depuis les hautes sphères.
Un peu plus de deux années après le soulèvement populaire du 13 avril 2002 [6] et un an et demi après la victoire contre le lock out patronal et le sabotage pétrolier [7], la conscience populaire se réveille à nouveau au Venezuela. Durant ce laps de temps, l’opposition est passée de la lutte illégale à la lutte légale, du coup d’état et du sabotage au référendum. Et elle a encore perdu : ladite Coordination démocratique a continué à se suicider (dixit Carlos Andres Pérez [8]). Avec une différence cette fois-ci : la légalisation internationale totale d’un processus démocratique qui grâce à cette même opposition est entré dans une inévitable étape de maturation, d’une position de défense "de la révolution" à un dialogue interne nécessaire dans un processus qui a évité - en cinq ans et demi - la formation de cadres.
(...) Le moment de l’approfondissement de la révolution semble être aussi celui de la réflexion collective et d’une critique reléguée au nom de la défense de la révolution. L’alternative n’est pas claire : appui inconditionnel aux décisions des directions politiques ou élections primaires [pour le choix des candidats, ndlr] et appui critique ?

Au milieu de la discussion, il y a aussi la question du futur des unités de bataille électorale (UBE), créées par Chávez pour organiser le peuple pour faire face au référendum, mais aussi pour qu’elles persistent en tant qu’épine dorsale des mouvements sociaux dans chaque quartier, dans chaque hameau, dans chaque communauté. Vont-elles devenir un appareil d’état ou un instrument de démocratie participative ? Le plus triste est que cet outil social n’a pas été assumé par certains candidats - qualifiés de « ploucs » par les militants - qui supposent que les patrouilleurs des UBE servent « à trouver une chaise roulante pour la petite vieille, là-bas dans le quartier  ».
Face à la mobilisation pour des élections primaires [pour le choix des candidats, ndlr] sur la base d’une démocratie participative plus réelle que rhétorique, la position du gouvernement a attiré l’attention. C’est un Chávez irrité qui a indiqué que « nous avons déjà annoncé les candidats, et les candidats ce sont eux. Ceux qui ne veulent pas voter pour les candidats de l’unité, peuvent rejoindre les escualidos » [terme désignant les opposants, ndlr]. (...)

Ce qui est sûr, c’est que le commandement chaviste a bien calculé le timing. Il n’y a pas de temps pour des primaires si les élections régionales se réalisent le 31 octobre. Il n’y a pas d’autres candidats que ceux qui sont déjà inscrits. Dès lors, la seule échappatoire pour la base est d’essayer d’imposer des conditions à ces candidats, avec un plan d’action. Il y a des dirigeant communautaires qui le comprennent bien : « Ou nous faisons la révolution ou nous affrontons la destruction par la contre-révolution, tel est le dilemme éthique évoqué par Chávez quand il nous fait choisir entre un ami et un principe.  »

L’année passée ont été installés les Conseils locaux de planification, institutions clés de la démocratie participative, mais ils ne sont pas encore entièrement mis en place, en partie à cause des difficultés qu’impose la nouvelle disposition. C’est au sein de ces instances que doivent être débattus les budgets participatifs par exemple. Et il y a beaucoup de maires et de législateurs qui ne sont pas intéressés par donner du pouvoir à la communauté. (...)

Les assemblées réalisées ces derniers quinze jours dans les quartiers populaires de Caracas (El Valle, Petare, Catia, 23 de Enero), ont mis en évidence publiquement les changements que la collectivité espère voir après la victoire de leurs candidats aux élections municipales, quel que soit le candidat.

« [Les élections régionales] doivent être la continuation de la lutte contre l’impérialisme et l’oligarchie vénézuélienne. Elles doivent être une opportunité pour débattre des idées, des suggestions, de programmes et concrétiser des plans d’action qui répondent aux nécessités les plus urgentes des travailleurs et du peuple. » signalait un manifeste de l’Opcion de Izquierda Revolucionaria [tendance trotskiste, ndlr].

Ce choc entre le participatif et le vertical, entre le nouveau et ce qui n’en fini pas de naître, qui a aussi eu son écho dans les zones intérieures du pays, est presque toujours présenté par les « dirigeants » comme étant un processus d’insubordination ou une action de francs-tireurs, avec pour unique but d’obtenir une intervention présidentielle en leur faveur. (...)

Pétrole et « missions »

(...) Grâce au pétrole - et au consumérisme féroce des pays du Centre -, le Venezuela a réussi à financer ses « missions » [programmes sociaux du gouvernement, ndlr] : amener la santé aux strates les plus basses de la population, alphabétiser plus d’un million de Vénézuéliens, offrir l’accès à l’éducation secondaire et supérieure à des millions de jeunes, enseigner à travailler et soutenir avec des crédits des centaines de milliers de personnes sans emploi ni occupation, offrir non seulement des terres mais aussi organiser la production en coopératives et petites entreprises.

La question qu’on se pose à l’étranger est de savoir si, réellement, il existe une révolution au Venezuela. Il y a eu, ces cinq dernières années, un processus de changements structurels qui ne se sont pas encore transformés en changements culturels. Plusieurs reliquats des administrations antérieures cohabitent encore avec la nécessaire construction d’un nouveau citoyen. (...) le « mets-moi où il y a de la place », la corruption (...), l’inefficience et l’inefficacité, continuent à déambuler dans les couloirs de la bureaucratie étatique. Pour ajouter à l’ironie, c’est le propre Chávez qui appelle à lutter contre la corruption et la bureaucratie : « la qualité ne peut être incompatible avec la révolution, j’exige qu’on suive à la lettre les plans et décisions qui se prennent parce que c’est ça notre pire ennemi, camarades, ce n’est pas la Coordination [l’opposition, ndlr]. Le pire ennemi est à l’intérieur, c’est nous-mêmes et notre incapacité. »

Pendant que Chávez harangue les foules, les hauts fonctionnaires dépensent l’argent de l’Etat dans l’auto-promotion (...) ou le déposent sur des comptes aux taux d’intérêt élevés à la place de les utiliser pour le bien commun. Le dire n’est pas attenter au processus de changements, c’est le défendre (...)

Sans aucun doute, ce qui a permis les avancées au Venezuela, c’est cette communion entre Chávez et le peuple mobilisé. La politisation des gens est évidente (pas seulement celle des chavistes mais aussi celle des opposants). Et là où avant l’exclusion politique et sociale était une politique officielle, l’inclusion sociale est aujourd’hui un droit constitutionnel. Chávez a insisté sur la nécessité de vaincre « l’ancien régime », non seulement dans l’action, mais aussi dans les idées, pour que ne reviennent pas l’égoïsme, l’individualisme, l’exploitation des uns par les autres, la dégénération de l’homme, la dégradation de la femme et l’atrophie des enfants en quête de connaissance.

Souvent, les leaders bolivariens ont été désignés par le président et ne sont pas les leaders réels de leurs secteurs respectifs, ce qui distancie la base et les oblige à chercher de nouvelles formes d’organisation, signalait la chilienne Martha Harnecker dans ses « Idées pour un front national  ».
Elle insistait sur la nécessité d’une organisation avec des mécanismes de contrôle des leaders par les bases. La capacité du gouvernement à faciliter la formation d’un front démocratique ou à tenter de le bloquer sera sans aucun doute une opportunité pour savoir si on passe de la rhétorique à la pratique, en donnant réellement le pouvoir aux pauvres.


Approfondir le processus révolutionnaire

Après la victoire du « non » au référendum qui visait à destituer Chávez, la question de l’approfondissement du processus révolutionnaire est d’une actualité brûlante, avec à la clé des problèmes d’orientation stratégique complexes, notamment en qui concerne les rapports entre les institutions existantes et les structures d’auto-organisation.

par Edouard Diago
Source : Rouge n°2084, octobre 2004.

"Heureusement que nous avons infiltré Chávez dans le gouvernement. " Cette boutade répandue au Venezuela montre la complexité de la phase actuelle du processus révolutionnaire vénézuélien, qui a parié sur la prise du pouvoir par les urnes pour mettre en œuvre les transformations révolutionnaires. Paradoxalement, l’immense victoire populaire du 15 août dernier, lors du référendum révocatoire contre Chávez, n’a pas encore fait place à la « révolution dans la révolution » réclamée par la base du mouvement populaire et relayée régulièrement par le président lors de ses allocutions publiques.

Alors qu’une partie importante de la base du mouvement révolutionnaire attend une radicalisation de la révolution, force est de constater qu’elle est dans une position délicate qui est le fruit de plusieurs facteurs.
Le premier d’entre eux est la disparition, ou la dislocation, de l’opposition réactionnaire et pro-impérialiste, qui a tout tenté pour renverser Chávez. Alors que son offensive a été un formidable facteur de radicalisation et de mobilisation des forces « bolivariennes », sa disparition provoque un vide qui n’est pas comblé par une solide stratégie de transformation révolutionnaire.
Le second est inhérent au choix légaliste fait par le mouvement bolivarien. Si ce choix a permis de développer un mouvement international de sympathie à l’égard du gouvernement vénézuélien, il l’a aussi obligé à composer avec les institutions de l’ancien régime. Or, loin du modèle de nos administrations européennes, ces institutions ont répondu pendant des décennies à des réseaux d’influence créés sur la base du clientélisme et de la corruption. Ainsi, non seulement elles sont incapables de toute réactivité, mais constituent des obstacles politiques aux mesures édictées par le gouvernement. Pour remédier à ce problème, Chávez a mis en place des structures de contournement. Les « missions » sociales (alphabétisation, éducation, université, alimentation, santé, coopératives, etc.), créées depuis plus d’un an, l’ont été en marge des administrations, avec le concours de dizaines de milliers de volontaires vénézuéliens et le financement direct de l’industrie pétrolière. Les résultats étant satisfaisants, le gouvernement a décidé d’institutionnaliser ces missions en les confiant à de nouveaux ministères, qui sont censés vider de leur substance les administrations anciennement compétentes et, ainsi, se débarrasser de l’énorme bureaucratie d’État héritée de l’ancien régime.
Le troisième facteur se développe au sein même des forces « bolivariennes ». Le divorce s’est creusé entre les partis politiques majoritaires et les bases militantes. L’incapacité de ces partis à mener la campagne contre le référendum révocatoire entre mars et juin dernier avait obligé Chávez à confier la campagne pour le « non » à sa révocation au commando Maisanta. Ce proto-parti faisait la part belle aux bases militantes, au détriment des forces politiques. Des centaines de milliers de Vénézuéliens, organisés en Unité de bataille électorale, ont alors pris en charge la campagne référendaire et voient d’un mauvais œil le retour des partis politiques au premier plan à l’occasion des élections régionales qui auront lieu le 31 octobre prochain.
Désignés au printemps dernier par les directions des partis, les candidats apparaissent aujourd’hui en retrait des revendications populaires, voire en décalage avec le mouvement politique lié au référendum révocatoire. Celles et ceux qui ont mené la campagne pour le « non » remettent aujourd’hui en cause la légitimité politique de ces candidats pour mener à bon port le processus révolutionnaire. Au nom de la nécessaire unité du mouvement révolutionnaire, ces candidats seront de toute façon élus. Mais il est fort souhaitable qu’ait lieu, au lendemain des élections, une évaluation critique des mois écoulés, qu’émerge une nouvelle direction politique plus en phase avec la radicalité populaire afin que la « révolution ne dégénère pas en gouvernement », selon les mots d’un général de la révolution mexicaine.

Notes :

[1Il y a en fait 23 Etats/ départements au Venezuela. Les élections dans l’Etat d’Amazonas auront lieu plus tard. (ndlr)

[2En fait, ils avaient gagné 17 états plus le district fédéral mais le maire de Caracas (du district fédéral) et les gouverneurs des états de Bolivar et de Anzoategui ont rejoint les rangs de l’opposition peu de temps après avoir gagné sur de slistes chavistes.

[3Voir le dossier : référendum révocatoire au Venezuela http://risal.collectifs.net/theme_m.... (ndlr)

[4Les partisans du président Chávez parlent de référendum de ratification au lieu de référendum de révocation. Les résultats leur ont donné raison. (ndlr)

[5Voir le dossier : référendum révocatoire au Venezuela http://risal.collectifs.net/theme_m.... (ndlr)

[6Voir le dossier : coup d’état au Venezuela http://risal.collectifs.net/theme_m.... (ndlr)

[7Voir le dossier : lock out & sabotage pétrolier http://risal.collectifs.net/theme_m.... (ndlr)

[8Personnalité de l’opposition contre le président Chávez mais vivant en exil, Carlos Andrés Pérez (CAP) fut président du Venezuela à deux reprises

A visiter : le site du Conseil national électoral http://www.cne.gov.ve.

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