Amérique latine : bonnes expectatives économiques, et alors ?
par Xavier Caño Tamayo
Article publié le 13 janvier 2005
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Les rapports de 2003 indiquaient que l’Amérique latine avait recommencé à connaître la croissance, mais en maintenant un indice très élevé de pauvreté et d’inégalité. A la fin 2004, le rapport de la Banque mondiale (BM) sur l’Amérique latine et celui de la Commission économique pour l’Amérique latine de l’ONU (CEPAL) pour l’année prochaine paraissent excellents. Selon la BM, en 2005, l’Amérique latine connaîtra un taux de croissance de 3.7% et selon la CEPAL il y aura des croissances nationales spectaculaires, comme celles du Venezuela (18%), de l’Argentine (8,2%) et du Brésil (5.2%).

Mais dans un autre endroit du rapport, la CEPAL souligne que le dépassement de la pauvreté en Amérique latine s’est enlisé il y a 7 ans et a reculé en 2004. Elle ajoute que dans la distribution des revenus, l’Amérique latine est la région avec les pires indicateurs, aggravé du fait que dans certains pays, on observe même une accentuation de la concentration des revenus, qui, sans euphémisme, signifie que les bénéfices économiques de la croissance se concentrent dans peu de mains.

Comme l’a écrit l’analyste économique Joaquin Estefanía, « comment se transfèrent les chiffres macro-économiques au bien-être économique des citoyens ? De nouveau on voit qu’il n’y a pas de relation directe. La croissance économique est beaucoup plus grande que l’augmentation de l’emploi ou la diminution de la pauvreté. » Par conséquent, quelque chose ne va pas.

Les politiques économiques et des gouvernements inspirées de la théologie néo-libérale peuvent assurer (pas toujours) de bonnes données macro-économiques, mais pas un bien-être plus grand des gens, ni même une vie digne, avec respect et sans souffrance des citoyens, qui est en cela la suppression de la pauvreté. La pauvreté continue obstinément, en dépit de la croissance. Jetons un rapide coup d’œil.

Selon le rapport Faim et inégalité dans les Pays andins, 27% d’enfants en Bolivie souffrent de la faim, 26% en Équateur et 25% au Pérou. Le rapport indique, en outre, que la situation s’est aggravée durant les dernières années. En Argentine, 44% de la population des 28 grandes agglomérations urbaines vit encore sous le seuil de pauvreté selon l’Enquête permanente sur les Ménages de l’Institut national de statistique, bien qu’il y ait eu une légère amélioration. Au Pérou, 43% de la population est pauvre ; au Chili (disciple préféré du Fonds monétaire international - FMI) c’est 23% ; selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la précarité et l’insécurité de travail augmentent, en dépit de la croissance économique de 5%. Au Mexique, la moitié de la population vit dans la pauvreté et il y a 89.000 millionnaires (sur une population de presque cent millions d’habitants).

En Amérique centrale, la pauvreté affecte 18% des citoyens du Costa Rica (le pays le plus stable), 60% de la population du Honduras et du Guatemala, 46% de celle du Nicaragua et 43% de celle du Salvador. En Bolivie, avec 9 millions d’habitants, chaque année, 15.000 enfants en dessous de cinq ans meurent de maladies curables, comme la diarrhée ou la malnutrition ; un enfant bolivien sur quatre souffre de faim. Au Paraguay, 36% d’une population de six millions d’habitants est pauvre. Au Brésil, il y a 32 millions de pauvres qui ne gagnent pas un dollar par jour et 37 enfants en dessous de 5 ans sur 1.000 meurent, alors qu’au Canada, par exemple, n’en meurent seulement que 7...

A quoi sert la croissance économique pour l’Amérique latine si la pauvreté persiste ? (...) La pauvreté est une des plus grandes indignités à laquelle on peut voir soumis l’être humain. C’est de la douleur, de la souffrance, de la faim, des maladies et, finalement, des décès.

Je devine la réponse qui est celle de l’ex Premier ministre espagnol Felipe González après ses flirts avec le dogme néo-libéral : pour répartir le gâteau, il faut d’abord le faire croître. Ce qui se passe, c’est qu’il n’est presque jamais distribué, peut-être parce que les principes qui animent l’économie et la politique sont autres que celui de considérer les personnes d’abord. L’économie croît et l’inégalité et la pauvreté persistent, quand elles n’augmentent pas. Le Brésil, qui a crû pendant tout le XXème siècle, est un pays avec des volumes de pauvreté (et d’inégalité) insupportables.

(...) Tant que les données, les indices et la croissance seront prioritaires, au-dessus des intérêts et de la satisfaction des nécessités de l’immense majorité, les bénéficiaires des croissances économiques seront les minorités, même s’ils sont des minorités considérables. Mais des minorités au bout du compte.

Source : Centro de Colaboraciones Solidarias (http://www.ucm.es/info/solidarios/c...), 23 décembre 2004.

Traduction : Diane Quittelier, pour RISAL (http://risal.collectifs.net).

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