Sur le socialisme du XXIe siècle
O√Ļ va Chavez ?
par Manuel Cabieses Donoso
Article publiť le 14 octobre 2005

Il y a dix mois, √ Porto Alegre, Hugo Chavez Frias invitait le mouvement altermondialiste √ construire le ¬«  socialisme du XXIe si√®cle ¬ ». En juillet dernier, il recevait au palais pr√©sidentiel le directeur de la revue chilienne Punto Final pour lui accorder une remarquable interview qui permet de mieux comprendre ce pr√©sident controvers√© et son √©volution politique. Ainsi, Hugo Chavez a confi√© √ son intervieweur qu’√ une √©poque, il proposa d’organiser dans son pays ¬«  un forum ¬ » sur ¬«  la troisi√®me voie de Tony Blair ¬ ». Il pr√©cise √©galement sa vision du socialisme en affirmant que l’un des facteurs d√©terminant doit √™tre le pouvoir populaire. ¬«  C’est un √©l√©ment politique d√©finitoire qui contraste pleinement avec l’id√©e de parti unique ou de centralisation de toutes les d√©cisions dans le parti. Il faut mettre le peuple au centre de tout, le parti doit √™tre subordonn√© au peuple. Et non l’inverse. ¬ » Interview.

Cet entretien avec Hugo Chavez Fr√≠as, pr√©sident de la R√©publique bolivarienne du Venezuela, a √©t√© r√©alis√© le 27 juillet dernier dans un patio de l’√©tage sup√©rieur du palais [pr√©sidentiel] de Miraflores que Chavez a transform√© en jardin. Parfois il joue ici avec son petit-fils.

Entre les plantes, il y a un hamac pour le repos. Dans un recoin du patio, Chavez a dispos√© un bureau √ l’ombre d’un bohio carib√©en. C’est son espace priv√© o√Ļ il lit, √©crit et re√ßoit des visites informelles.

Il y lit actuellement les ¬« M√©moires d’outre-tombe ¬ » de Chateaubriand, un livre que lui a offert le vice-pr√©sident Jos√© Vicente Rangel. Le pr√©sident est √ l’int√©rieur de Miraflores, mais tr√®s loin du protocole de palais. Les cris des vendeurs ambulants et le bruit des v√©hicules montent de la rue et troublent la qui√©tude de ce petit coin de campagne dans lequel Ch√°vez veut s’isoler.

N√© il y a 51 ans dans la municipalit√© de Sabaneta, dans l’√©tat de Barinas, au sein d’une famille tr√®s modeste, Chavez est devenu un ph√©nom√®ne politique irr√©sistible √ l’√©chelle latino-am√©ricaine. Dans son pays, c’est bien entendu sur ce pr√©sident que l’on a √©crit le plus de livres - des pour et des contre. Sans oublier que sa Constitution bolivarienne [1] a √©t√© publi√©e √ des millions d’exemplaires.

Depuis sa victoire √ l’√©lection pr√©sidentielle, le 6 d√©cembre 1998, avec 56,24% des voix, il n’a cess√© de remporter les confrontations √©lectorales - dont le r√©f√©rendum portant sur son maintien au pouvoir le 15 ao√ »t 2004 [2]. La l√©gitimit√© d√©mocratique de son mandat est le plus flagrant d√©menti √ la campagne internationale orchestr√©e par les Etats-Unis contre son gouvernement. Les sondages d’opinion - r√©alis√©s par des firmes priv√©es de l’opposition, dont certaines des Etats-Unis - le cr√©ditent de plus de 70% d’appui populaire. Ce qui lui garantit une r√©√©lection en d√©cembre 2006.

L’opposition s’est autod√©truite en tentant tout ce qui √©tait en son pouvoir pour renverser ou assassiner Ch√°vez, dont le coup d’Etat en avril 2002 [3], la gr√®ve patronale et le sabotage p√©trolier de deux mois [4], en 2003, qui a caus√© √ l’√©conomie v√©n√©zu√©lienne des pertes estim√©es √ 14 milliards de dollars.

Au mois de d√©cembre de cette ann√©e, une nouvelle occasion se pr√©sente √ l’opposition puisqu’il y aura des √©lections parlementaires - au Venezuela, cette √©trange ¬« dictature ¬ » que d√©crit l’opposition, il y a des √©lections √ tout bout de champ. Cependant, il est difficile qu’une opposition d√©cim√©e et manquant de principes d√©mocratiques puisse tirer les le√ßons de ses propres erreurs. Le 1er ao√ »t dernier se sont tenues des √©lections municipales et, malgr√© un taux d’abstention tr√®s √©lev√© (68,4%), 80% des √©lus font partie de l’alliance de gouvernement. Le Mouvement cinqui√®me R√©publique (MVR) de Ch√°vez a obtenu √ lui seul 58% des votes. Le principal parti de l’opposition, Action d√©mocratique, social-d√©mocrate, a obtenu quant √ lui 18% des suffrages. D’autres groupes plus petits avaient appel√© √ ne pas voter, jouant de mani√®re opportuniste sur le fait que les √©lections municipales ont historiquement toujours compt√© avec un taux d’abstention tr√®s √©lev√©, ayant m√™me atteint 76,3% au cours des 40 ann√©es durant lesquelles le pays fut gouvern√© par Action d√©mocratique ou par les chr√©tiens-d√©mocrates du parti COPEI.

Ch√°vez et son gouvernement, au-del√ de la r√©volution bolivarienne qu’ils m√®nent au Venezuela, sont √©galement devenus une force de proposition en mati√®re d’initiatives d’int√©gration et de fraternit√© en Am√©rique latine et dans les Cara√Įbes. A travers l’int√©gration - √ la disposition de laquelle il met l’√©norme potentiel √©nerg√©tique du Venezuela [5] -, le gouvernement Ch√°vez ouvre un chemin nouveau vers le socialisme. Car, apr√®s six ann√©es et demi de gouvernement dans un contexte tumultueux, face √ un pouvoir imp√©rial implacable dans ses desseins et sans scrupules dans ses m√©thodes, Chavez est arriv√© √ la conclusion que seul le socialisme - d√©pouill√© des oripeaux bureaucratiques, des dogmatismes id√©ologiques et des erreurs du pass√© - peut apporter la justice sociale et vaincre la pauvret√©.

Il a commenc√© par un essai de pouvoir populaire dans son propre pays, de 24 millions et demi d’habitants. Parall√®lement, il offre √ ses voisins l’appui de la richesse p√©troli√®re et gazifi√®re v√©n√©zu√©lienne, qui permettrait de construire de nouveaux instruments d’int√©gration r√©gionale. Une int√©gration dans tous les domaines, allant du domaine √©conomique jusqu’au politique. Ch√°vez, sans aucun doute, joue gros. Mais son pari peut malgr√© tout r√©ussir car il a provoqu√© un int√©r√™t surprenant en Am√©rique latine o√Ļ l’on rediscute maintenant des th√®mes du socialisme √ la lumi√®re de l’√©chec et du discr√©dit du n√©olib√©ralisme.

Cette r√©surrection du vieux spectre qui hante les privil√©gi√©s, s’appuie sur le vaste soutien populaire qui accompagne, en l’Am√©rique latine, la r√©volution bolivarienne du Venezuela et qui provoque une forte pr√©occupation √ Washington.

C’est ces th√®mes que nous avons abord√©s avec le pr√©sident Hugo Chavez. (...)

— Pr√©sident, la premi√®re chose que je voudrais aborder et conna√ģtre, ce sont quelques-unes de vos id√©es sur un th√®me de d√©bat que vous avez vous-m√™me lanc√©, tant au Venezuela qu’en Am√©rique latine. Je veux parler du socialisme du XXIe si√®cle. Le th√®me int√©resse beaucoup les lecteurs de Punto Final et la gauche en g√©n√©ral dans de nombreux pays. Imaginer un nouveau socialisme repr√©sente tout un d√©fi, non seulement intellectuel, mais aussi politique. Il me semble que votre intention est qu’un ensemble d’id√©es soit √©labor√© par de larges secteurs sociaux et politiques, plut√īt que d’attendre qu’une recette d’un Karl Marx nous √©claire sur ce qu’il faut faire. Cependant, vous pourriez vous-m√™me stimuler ce d√©bat avec quelques id√©es et propositions sur ce que vous consid√©rez que devrait √™tre le socialisme du XXIe si√®cle.

— Permets-moi tout d’abord, Manuel, de f√©liciter Punto Final pour ses 40 ann√©es de combat au cours desquelles il a sem√© des id√©es r√©volutionnaires, et ouvert les ¬« grandes all√©es ¬ » dont parlait notre camarade pr√©sident Salvador Allende. Permets-moi √©galement de saluer, via Punto Final, le peuple chilien et tous les peuples latino-am√©ricains.

Maintenant, abordons le th√®me du socialisme du XXIe si√®cle. D’abord, il s’agit, sur un plan personnel, d’une affaire de conscience. Pourquoi ? Parce qu’on est conduit √ √©voluer dans sa pens√©e. Dans mon cas, j’ai acquis de l’exp√©rience et j’ai recueilli des id√©es qui sont le fruit de cette dialectique qui se reproduit entre la th√©orie, les d√©bats, les discussions et la praxis de ce qui est train de se passer au Venezuela. Ces six derni√®res ann√©es, Manuel, ont √©t√© tr√®s riches, elles m’ont nourri du point de vue des id√©es. Elles ont aliment√© notre pens√©e.

Comme tu le sais, je vais bient√īt avoir 51 ans [6]. Je me suis lanc√© dans cette lutte dans les ann√©es 80. Je racontais il y a quelques temps √ Beto Almeida [7] qu’√ la fin des ann√©es 70, nous avions commenc√© √ former au sein de l’arm√©e un courant bolivarien et nationaliste qui n’envisageait m√™me pas l’id√©e d’une r√©volution. Au milieu des ann√©es 80, j’ai propos√© √ mes camarades militaires d’ajouter la lettre R - pour r√©volution - aux initiales de notre mouvement qui s’appelait EB-200 (Ejercito Bolivariano 200, Arm√©e bolivarienne 200) - car en 1983, c’√©tait le bicentenaire de la naissance de Bolivar. Le mouvement est n√© en 1982 d’une mani√®re symbolique. En r√©alit√©, il s’agissait d’une petite cellule clandestine. En 1987, nous avons eu un dur d√©bat. Le mouvement avait cr√ », mais nous restions de petits groupes. Finalement, nous avons pris le nom de Mouvement bolivarien r√©volutionnaire. C’√©tait ce que nous voulions : une r√©volution, une transformation politique, sociale, √©conomique et culturelle inspir√©e par les id√©es de Bolivar. Nous avons √©tabli alors ce que nous avons appel√© ¬« l’arbre aux trois racines ¬ », qui est notre source id√©ologique. Il y a la racine bolivarienne (ses id√©es d’√©galit√© et de libert√©, sa vision g√©opolitique de l’int√©gration de l’Am√©rique latine), la racine zamorienne (d’Ezequiel Zamora, le ¬« g√©n√©ral du peuple souverain ¬ » et de ¬« l’unit√© civico-militaire ¬ » [8]) et la racine robinsonienne (de Simon Rodriguez, le ma√ģtre de Bolivar dit ¬« Robinson ¬ », le sage de l’√©ducation populaire, de la libert√© et de l’√©galit√©). Cet ¬« arbre aux trois racines ¬ » a donn√© la substance id√©ologique √ notre mouvement.

Révolution anti-impérialiste

— Y avait-il parmi vous des militaires ayant une formation marxiste ?

— Oui, il y en avait. Mes premiers contacts avec le monde politique, par exemple, furent √©tablis avec un ex-gu√©rrillero v√©n√©zu√©lien que je respecte beaucoup, Douglas Bravo. Je l’ai rencontr√© plusieurs fois, y compris avant la naissance de notre mouvement. Douglas dirigeait le mouvement Ruptura, qui avait une revue du m√™me nom [9]. Je me suis ensuite r√©uni avec la Causa R des d√©buts [10], un mouvement fond√© par Alfredo Maneiro, qui √©tait clairement marxiste. Cependant, c’√©tait √ l’√©poque o√Ļ l’Union sovi√©tique commen√ßait √ s’effondrer. Nous avons vu comment les id√©aux socialistes disparaissaient, y compris dans les cercles et les publications issus du marxisme et certains m√™me de la lutte arm√©e.

Il y eut ensuite au Venezuela la r√©bellion militaire du 4 f√©vrier 1992 [11]. Mais ce mouvement bolivarien n’avait pas une perspective socialiste. Si tu consultes mes d√©clarations de l’√©poque, lorsque l’on nous demandait si nous √©tions de gauche ou de droite, nous r√©pondions : ¬« Non, cette division n’existe pas ¬ ». C’√©tait une position neutre, d√©connect√©e de la r√©alit√©, mais tr√®s influenc√©e par toute cette phras√©ologie sur la ¬« fin de l’Histoire ¬ », la chute de l’URSS, etc.

Vient ensuite la phase actuelle : nous arrivons au gouvernement en 1999.et prennent forme les fondements de la r√©volution bolivarienne, qui fait un bond -comme tu dois t’en souvenir - apr√®s le coup d’Etat d’avril 2002. C’est √ ce moment-l√ que cette r√©volution a √©t√© d√©clar√©e anti-imp√©rialiste. Nous ne l’avions jamais assum√©e comme cela auparavant. Ce fut notre r√©ponse au coup d’Etat et notre peuple l’a assum√©e avec beaucoup d’√©nergie.

— Ce fut une r√©action √ l’intervention imp√©rialiste [12] au cours de ce coup d’Etat ?

— Exactement. Ce fut une r√©ponse √ ce que nous √©tions en train de vivre.

— Peut-√™tre, Manuel, au cours des premi√®res ann√©es de notre gouvernement - et je dois avouer que je l’ai aussi pens√©, bien que pendant peu de temps - il y avait l’illusion que nous pouvions nous entendre ¬« √ la fois avec Dieu et √ la fois avec le Diable ¬ ». Certaines personnes qui travaillaient avec moi, et qui jusqu’√ un certain point m’entouraient dans ce palais - tu sais que des cercles d’influence se cr√©ent autour du pouvoir et de ceux qui le personnifient en partie ce pouvoir -, ont tenu un discours selon lequel ¬« il ne faut pas chercher de conflit, il faut chercher du consensus ¬ ». Je me suis laiss√© entra√ģner par ce discours dans les premi√®res ann√©es. C’√©tait au temps o√Ļ je me r√©unissais avec Clinton et avec des grands patrons √©tasuniens. Je suis all√© au Fonds mon√©taire international, je suis all√© √ la Bourse de New-York et j’ai fait sonner le fameux petit gong... Mais, Manuel, j’ai d√©couvert, parce que je suis de la montagne, et que le montagnard d√©veloppe un instinct particulier, que j’√©tais ¬« cern√© ¬ ». Un matin, je suis all√© √ la centrale t√©l√©phonique du palais et j’y ai d√©couvert que les gars avaient des instructions pour ne pas me transmettre certains appels. Par exemple, les appels de Fidel Castro √©taient not√©s dans un livre mais on ne me les transmettait pas. Parce que dans le groupe qui m’entourait existait alors la th√®se selon laquelle des contacts avec Fidel Castro n’√©taient ni positifs, ni n√©cessaires.

Il n’y a pas de ¬« troisi√®me voie ¬ »

— Et ces gens-l√ avaient autorit√© pour donner ce genre d’instructions √ la centrale t√©l√©phonique ?

— Bien entendu. Rappelles-toi par exemple que j’avais alors Luis Miquilena [13] comme ministre de l’Int√©rieur. Il fut l’un de ceux qui form√®rent autour de moi un cercle de fer... Et je n’avais comme ministre au secr√©tariat du gouvernement rien de moins qu’Alfredo Pe√Īa [14]. Et Cisneros [15] venait ici pour d√©jeuner avec Pe√Īa. Jusqu’au jour o√Ļ j’ai r√©alis√© que l’on m’avait encercl√©. J’√©tais alors un novice, mais peu √ peu j’ai gagn√© en maturit√©. Un g√©n√©ral ami, le g√©n√©ral P√©rez Arcay, m’a dit un jour : ¬« Hugo, tu dois devenir un vieux sage. M√™me si tu n’as que 40 ans, tu dois √™tre un vieux renard, tu dois apprendre vite, tu ne peux pas attendre d’√™tre vieux avant de m√ »rir ¬ ». Il m’a aid√© √ ouvrir les yeux.

Manuel, excuse-moi d’avoir tendance √ faire des r√©ponses longues, mais je n’avais encore jamais analys√© cette question de l’id√©ologie comme aujourd’hui, en repartant d’aussi loin.

Et donc, qu’est-ce que tout cela a donn√© ? Coup d’Etat de 2002, gr√®ve patronale, sabotage p√©trolier, contre-coup d’Etat, discussions et lectures. Je suis arriv√© √ la conclusion - et j’en assume la responsabilit√© parce que je n’en avais discut√© avec personne avant de le rendre public au Forum social mondial de Porto Alegre [16] - que le seul chemin permettant de vaincre la pauvret√© est le socialisme.

A une √©poque, j’ai bien pens√© √ la ¬« troisi√®me voie ¬ ». J’avais pas mal de probl√®mes pour interpr√©ter le monde. J’√©tais confus, je faisais de mauvaises lectures, j’avais des conseillers qui ajoutaient encore √ ma confusion. J’ai m√™me √©t√© jusqu’√ proposer qu’un forum se tienne au Venezuela sur la troisi√®me voie de Tony Blair. J’ai beaucoup parl√© et √©crit sur le ¬« capitalisme humain ¬ ». Aujourd’hui, je suis convaincu qu’une telle chose est impossible.

Tout cela a √©t√© le produit de six ann√©es de dur apprentissage et j’ai appris beaucoup de bon nombre de gens. Je suis convaincu aujourd’hui que le socialisme est le chemin et c’est ce que j’ai dit √ Porto Alegre puis ici, devant l’Assembl√©e nationale. J’ai invit√© le pays √ en d√©battre. Je crois que cela doit √™tre un socialisme nouveau, avec des questionnements nouveaux, le tout dans le contexte d’une nouvelle √®re qui commence √ peine. C’est pour cela que j’ai me suis permis de l’appeler ¬« socialisme du XXIe si√®cle ¬ » en tant que projet.

Je crois que c’est un d√©fi. Mais j’appr√©cie √©norm√©ment de voir comment cet appel n’a pas √©t√© sem√© sur un sol aride. Au contraire, des livres ont m√™me d√©j√ √©t√© publi√©s sur la question. Au Venezuela, il y a un d√©bat, qui s’√©tend de plus en plus. Le g√©n√©ral Alberto M√ľller Rojas [17] a propos√© le 5 juillet dernier, Jour de la patrie, √ l’Assembl√©e nationale que nous √©laborions le ¬« Manifeste socialiste du XXIe si√®cle ¬ ». Pour l’heure, nous sommes en train de faire un appel pour d√©battre autour des nouvelles id√©es et des vieilles exp√©riences afin de d√©finir les contours de ce socialisme nouveau.

Je veux par exemple apporter quelques id√©es. L’une d’entre elles est d’affirmer que le premier socialiste de notre √®re fut le Christ. Je suis chr√©tien et je pense que le socialisme doit se nourrir des courants les plus authentiques du christianisme. Il ne s’agit pas de chercher un quelconque illumin√© pour qu’il nous serve de mod√®le que nous allons tous copier. Ce serait absurde. Nous allons faire le socialisme √ partir de nos propres racines, √ partir de nos indig√®nes, √ partir des communes au Paraguay et au Br√©sil, √ partir du socialisme utopique repr√©sent√© par Simon Rodriguez, √ partir des id√©es de Bolivar sur la libert√© et l’√©galit√©, √ partir des id√©es d’Artigas, le grand Uruguayen selon lesquelles il faut inverser l’ordre de la justice en √©liminant les privil√®ges. Je crois que nous avons d√©j√ commenc√© cette t√Ęche.

C’est le moment pour avancer

— Ne pensez-vous pas, pr√©sident, que la d√©claration de vos intentions socialistes est un peu pr√©matur√©e dans la situation actuelle au Venezuela et en Am√©rique latine en g√©n√©ral ? N’est-ce pas un pari politique tr√®s risqu√© ?

— C’est possible, je ne me consid√®re nullement comme d√©tenteur de la v√©rit√©. Mais mon instinct politique me dit que c’est le moment de formuler ce genre de questionnement. Certains bons amis et camarades m’ont dit que cela n’√©tait pas opportun du point de vue √©lectoral, et qu’il aurait mieux valu attendre les √©lections de 2006 et, apr√®s les avoir remport√©es, faire cette d√©claration. Mais je ne vois pas les choses de cette mani√®re. Les moments politiques ne correspondent pas n√©cessairement aux moments √©lectoraux. D’ici √ un an, c’est comme d’ici √ un si√®cle. Le temps est relatif, comme l’a d√©montr√© Einstein. Je crois que le moment est venu. Quand tu vois reverdir les champs, c’est le moment de mettre de l’engrais, pour que les semences puissent pousser. Lorsque l’on voit ce qui se passe en Am√©rique latine, surtout en Am√©rique du Sud, le grand d√©bat qui existe au Br√©sil, en Uruguay et les gouvernements qui impulsent des choses nouvelles, lorsque l’on voit ce qui se passe en Equateur, en Bolivie, et au Venezuela aussi bien entendu, en Am√©rique centrale, dans les Cara√Įbes... Mais l’√©picentre est en Am√©rique du Sud. A toute cette effervescence populaire et d√©mocratique, il faut donner une substance id√©ologique. Et quelle est-elle ? Je r√©ponds, √ partir de ma conscience politique, que c’est la voie socialiste. Au Venezuela, j’ai pr√©sent√© les choses de la mani√®re suivante : nous vivons une transition et, comme le disait Gramsci, que meurt ce qui doit mourir et que naisse ce qui doit na√ģtre. Une transition que j’ose appeler ¬« d√©mocratie r√©volutionnaire ¬ », un terme qui n’est pas non plus de moi mais du po√®te cubain Roberto Fern√°ndez Retamar. Il a parl√© de cela dans un entretien en 1992 que j’ai lu - alors que j’√©tais emprisonn√© - dans un livre, ¬« Am√©rique latine, marque d√©pos√©e ¬ », du chilien Sergio Marras. Fern√°ndez Retamar parle du bolivarianisme et de la d√©mocratie r√©volutionnaire. J’ai repris ce terme afin de caract√©riser le type de d√©mocratie qui va de l’avant comme un corps de cavaliers, qui ouvre des portes et s’impr√®gne de peuple. C’est une phase de transition vers le socialisme. Cette direction est beaucoup plus claire au Venezuela.

Si, il y a quatre ans, tu m’avais demand√© : ¬« Chavez, o√Ļ allons-nous ? ¬ » Ma r√©ponse n’aurait sans doute pas √©t√© aussi pr√©cise, et m√™me celle que je te donne aujourd’hui manque encore beaucoup de pr√©cision. Je t’aurais r√©pondu, comme je l’ai dit tant de fois : ¬« Voici la Constitution bolivarienne, c’est √ßa le projet ¬ ». Aujourd’hui, je crois que nous faisons cap vers le socialisme. Il faut orienter la d√©mocratie r√©volutionnaire vers le socialisme.

Cela a g√©n√©r√© ici une dynamique par en bas, tr√®s int√©ressante. PDVSA (Petr√≥leos de Venezuela S.A., la soci√©t√© p√©troli√®re publique), par exemple, est en train de discuter cette question √ l’int√©rieur de l’entreprise avec ce leader extraordinaire qu’est le ministre de l’Energie et du P√©trole, Rafael Ramirez, qui a √©t√© form√© dans le mouvement Ruptura dont je t’ai parl√©. Les fonctionnaires de mon gouvernement qui ont une formation marxiste n’osaient pas parler de socialisme. Je leur ai donn√© le feu vert. Aujourd’hui, m√™me √ l’Assembl√©e nationale, on parle de socialisme. C’est comme une lib√©ration, on reparle d’un th√®me tabou. Le chantage m√©diatique √©tait tr√®s lourd : si tu te d√©clarais socialiste, on te traitait de ¬« d√©pass√© ¬ », de ¬« troglodyte ¬ », de ¬« dinosaure ¬ ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, le socialisme est dans la rue et m√™me quelques patrons d√©clarent que cela ne leur fait pas peur. C’est magnifique ! Il faudra √©couter leurs raisons, les respecter, les mettre en d√©bat. Les militaires parlent de r√©volution et de socialisme, ils d√©battent de ces th√®mes. Je crois que c’est tr√®s positif. Et j’assume la responsabilit√© qui me revient dans ce processus. Nous devons √©tudier et d√©battre beaucoup. Nous esp√©rons pouvoir bient√īt organiser un √©v√©nement international sur le socialisme et conna√ģtre ainsi les diff√©rentes opinions et exp√©riences.

Le vieux et le nouveau socialisme

— Pr√©sident, il y a plusieurs choses dans le vieux socialisme qui ont √©chou√©. Par exemple, la conception du parti, l’absence de participation r√©elle du peuple dans les d√©cisions, l’absence de pluralisme, l’√©tatisme absolu de l’√©conomie, le point noir des droits humains, des libert√©s publiques et de la libert√© d’expression, etc. Qu’est-ce qui va diff√©rencier le socialisme du XXIe si√®cle de ce socialisme qui a √©chou√© ?

— Tu as raison, quelqu’un a dit qu’en r√©alit√© il n’y a jamais eu de socialisme... Une blague circulait √ une √©poque sur Brejnev ou un autre leader sovi√©tique qui confiait √ un ami : ¬« Esp√©rons que le socialisme n’arrive jamais ici ¬ »...

Parmi les √©l√©ments qui pourraient d√©finir le socialisme du XXIe si√®cle, je dirais que la premi√®re caract√©ristique est l’√©l√©ment moral. Il faut commencer par cela, par la conscience, par l’√©thique. Le Che a beaucoup √©crit sur la morale socialiste. Quelle que soit la vision du monde que l’on a, il faut nous r√©approprier le sens √©thique de la vie. Ce que je dis l√ tient sans doute beaucoup du christianisme : ¬« Aimez-vous les uns les autres ¬ » ou ¬« Aimez votre prochain comme vous m√™me ¬ ». En r√©alit√©, il s’agit de ceci : de la solidarit√© avec le fr√®re. Il s’agit de la lutte contre les d√©mons que le capitalisme a sem√©s : l’individualisme, l’√©go√Įsme, la haine, les privil√®ges. Je crois que c’est par cela qu’il faut commencer. C’est un travail de tous les jours, une t√Ęche culturelle et √©ducative de longue haleine. Au Venezuela, nous avons commenc√© √ d√©battre de cet aspect et c’est tr√®s positif. C’est une arme dans la lutte contre la corruption, un mal propre au capitalisme. Des entreprises et des patrons corrupteurs, des affaires louches, des fonctionnaires corrompus, uniquement mus par l’ambition. M√™me si la corruption a aussi exist√© dans le socialisme, ce ph√©nom√®ne a une racine capitaliste, c’est l’ambition de la richesse. Le socialisme doit d√©fendre l’√©thique, la g√©n√©rosit√©. Bolivar fut un exemple : il a tout abandonn√© pour √™tre utile √ son pays. Il faut aussi rappeler le Christ et ce qu’il a dit √ l’homme riche qui voulait aller au ciel : vends tout ce que tu poss√®de et partage-le entre les pauvres. L’homme s’est mis √ pleurer parce qu’il n’√©tait pas capable de faire cela. Le Christ a alors lanc√© cette phrase c√©l√®bre : ¬« Il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux ¬ ».

Par rapport √ la ligne politique, l’un des facteurs d√©terminant du socialisme du XXIe si√®cle doit √™tre la d√©mocratie participative et ¬« protagonique ¬ ». Le pouvoir populaire. C’est un √©l√©ment politique d√©finitoire qui contraste pleinement avec l’id√©e de parti unique ou de centralisation de toutes les d√©cisions dans le parti. Il faut mettre le peuple au centre de tout, le parti doit √™tre subordonn√© au peuple. Et non l’inverse.

Pluralisme politique

— Un syst√®me politique pluraliste qui permet la participation de diff√©rents secteurs ? Un pouvoir populaire r√©el ?

— Oui, certainement. Une d√©mocratie participative et ouverte. Dans le domaine social, le socialisme doit conjuguer la libert√© avec l’√©galit√©. Une soci√©t√© sans exclus, d’√©gaux, sans privil√®ges, sans cette abyssale diff√©rence entre l’extr√™me richesse et l’extr√™me pauvret√©. Dans le domaine √©conomique : un changement du syst√®me de fonctionnement m√©tabolique du Capital. Ceci est une question complexe √ aborder. Nous avons commenc√© ici des exp√©riences telles que le coop√©rativisme et l’ ¬« associativisme ¬ », la propri√©t√© collective, la banque populaire et des noyaux de d√©veloppement endog√®ne, etc. Il s’agit d’abandonner la logique perverse de fonctionnement du capitalisme. Beaucoup d’exp√©riences telles que l’autogestion ou la cogestion, la propri√©t√© coop√©rative et collective sont valables. Nous sommes en train de mettre en route des tentatives d’entreprises de production sociales et des unit√©s de production communautaires. C’est encore tout nouveau, mais cela nous aidera √ d√©finir un mod√®le th√©orique. Il s’agit √©galement de quelque chose de particulier : ce n’est pas un groupe d’intellectuels qui √©crit un livre de deux mille pages. La th√©orie et la pratique doivent marcher ensemble.

Vision de l’Am√©rique latine

— Comment analysez-vous la situation actuelle en Am√©rique latine ? Pensez-vous que l’Empire tentera de provoquer des conflits afin de d√©stabiliser des gouvernements rebelles tel que le v√ītre ?

— Nous sommes pr√©par√©s pour faire face √ la r√©action internationale que nous pressentons. Pas seulement dans le cas du Venezuela, mais aussi du Br√©sil. Dans le cas de ce pays et des scandales de corruption qui ont √©clat√©, et ceci dit sans aucune concession envers la corruption, j’ai bien peur que cela n’ait qu’un seul objectif : affaiblir le gouvernement de Lula, le faire chanter. J’ai confiance que Lula, un leader extraordinaire, va se sortir de cette situation difficile [18]. Il est possible que le Br√©sil rejoigne de mani√®re d√©terminante le nouveau chemin dont ont besoin les peuples d’Am√©rique latine aujourd’hui. En Argentine, nous voyons aussi un processus complexe, des attaques permanentes de l’oligarchie contre le gouvernement, des attaques internationales, etc. Pensons aussi √ ce qui se passe en Bolivie, en Equateur, en Uruguay. Dans ce survol de la situation latino-am√©ricaine, qui ne pr√©tend nullement √™tre une analyse, je dirais que nous avons des raisons pour √™tre optimistes. Ce qui se passe au Mexique et les perspectives d’un gouvernement diff√©rent [19] renforce cette vision. Ceux qui, comme moi, sont √ la t√™te de certains processus en Am√©rique latine, que ce soit √ partir du gouvernement ou de mouvements politiques et sociaux, doivent √©laborer une feuille de route non seulement strat√©gique mais aussi tactique et de travail. C’est l√ qu’il y a un vide et je crois qu’il est n√©cessaire qu’avec des penseurs et des leaders de diff√©rents pays, nous constituions une √©quipe capable de faire des propositions qui influent sur cette r√©alit√©. Comment continuer √ impulser Telesur [20], par exemple. Petrosur [21], Petroam√©rica, la Banque du Sud, l’Universit√© du Sud, autant de projets d’int√©gration qui ne peuvent pas rester seulement au niveau des gouvernements. Si nous ne leur donnons pas un contenu de participation populaire, ce seront, comme disait Bolivar, des ¬« r√©publiques a√©riennes ¬ », ¬« des ch√Ęteaux dans les airs ¬ ».

— Vous avez, Pr√©sident, une vision optimiste sur l’avenir de l’Am√©rique latine.

— Oui, c’est optimiste et je vais te dire pourquoi. On a des √Ęges diff√©rents, mais enfin tu es plus √Ęg√© que moi ...

— Oui, mais je n’ai jamais gouvern√©...

— Moi j’ai eu cette opportunit√© depuis six ans et demi. Et je peux faire des comparaisons. Bon nombre de choses se sont pass√©es, et pas seulement en Am√©rique latine. Si tu vas en Inde, tu vois que des choses ont chang√© par rapport √ il y a 5 ans. Si tu vas en Europe, il y a des choses nouvelles qui se passent. Ce sont des signes qui indiquent des temps nouveaux. Il ne peut s’agir de hasard lorsque de tels signaux s’allument en Europe, en Asie, en Am√©rique latine. En Afrique aussi. J’ai lu un article qui r√©v√®le l’inqui√©tude de l’Empire √©tasunien : un plan d’appui militaire √ des pays africains. Regarde ce qui se passe en Irak... Ce sont des signes encourageants m√™me si j’accepte tes r√©serves. Car les batailles √ venir seront tr√®s dures. Mais s’il y eut jamais de moment favorable pour avancer et obtenir des victoires importantes sur le cap historique que nous nous sommes fix√©, s’il est un moment o√Ļ il faut saisir l’opportunit√© pour avancer, c’est bien ici et maintenant. Votre revue Punto Final qui a pass√© 40 ans dans cette bataille, aura encore 40 autres ann√©es pour lutter et publier un jour, qui sait, un article sur ce que nous sommes en train de pressentir et de r√™ver ici.

Notes :

[1Cette constitution a été adoptée par référendum populaire le 15 décembre 1999 (ndlr).

[2Consultez le dossier ¬« R√©f√©rendum au Venezuela ¬ » sur RISAL (ndlr).

[3Consultez le dossier ¬« Coup d’Etat au Venezuela¬ » sur RISAL (ndlr).

[4Consultez le dossier ¬« Lock out et sabotage p√©trolier¬ » sur RISAL (ndlr).

[5Consultez le dossier ¬« Le p√©trole au cŇ“ur de la politique de Chavez¬ » sur RISAL (ndlr).

[6Chavez fêtait son 51e anniversaire le lendemain de cet entretien (ndlr).

[7Beto Almeida fait partie du syndicat des journalistes brésilien, et responsable du bureau brésilien de Telesur (ndlr).

[8Ezequiel Zamora est une figure importante de la guerre fédérale qui opposa les conservateurs aux libéraux et fédéralistes, entre 1853 et 1869 (ndlr).

[9Douglas Bravo, issu du Parti communiste vénézuélien, fut commandant de la guérilla des Forces armées de libération nationale - FALN - dans les années 60

[10Parti de gauche qui fait partie actuellement de l’opposition au gouvernement Chavez (ndlr).

[11Tentative de putsch militaire contre le gouvernement de Carlos Andres Perez dont Chavez assumera la responsabilité (ndlr).

[12Lire √ ce propos Eva Golinger Moncada, Du financement de l’opposition v√©n√©zu√©lienne par les Etats-Unis, RISAL, 17 f√©vrier 2004 ; Jonah Gindin, La nature de l’intervention de la CIA au Venezuela, RISAL, 25 mars 2005 ; Vladimir Caller, Venezuela : le sergent Rodriguez et le pr√©sident Aznar, RISAL, avril 2002 (ndlr).

[13Apr√®s une longue trajectoire dans la gauche v√©n√©zu√©lienne, Luis Miquilena, ancien partisan influent de Ch√°vez et principal architecte de sa premi√®re campagne √©lectorale, a rejoint les rangs de l’opposition (ndlr).

[14D’origine communiste, Alfredo Pe√Īa a √©t√© √©lu sur une liste de la majorit√© gouvernementale √ la mairie de Caracas (Alcadia Mayor). Il a retourn√© sa veste et est devenu un opposant implacable au pr√©sident Chavez. Il a perdu son mandat de maire lors des √©lections d’octobre de l’ann√©e derni√®re (ndlr).

[15Gustavo Cisneros est certainement un des hommes les plus riches et les plus influents du Venezuela et d’Am√©rique latine. Grand magnat de la presse, il est un opposant d√©clar√© au pr√©sident Chavez (ndlr).

[16Ces d√©clarations sur le socialisme du XXIe si√®cle furent faites par Hugo Ch√°vez lors de son discours dans le gymnase du Gigantinho, dans le cadre du Forum social mondial √ Porto Alegre, le 30 janvier 2005. A ce propos, lire Aram Aharonian, Isabelle Dos Reis, Luis Javier, Hugo Ch√°vez, star du Forum social mondial, RISAL, 31 janvier 2005 (ndlr).

[17G√©n√©ral de l’arm√©e v√©n√©zu√©lienne √ la retraite, ex-gouverneur et et ex-ambassadeur, expert en strat√©gie (ndlr).

[18Consultez le dossier sur le Br√©sil ¬« Corruption et crise politique¬ » sur RISAL (ndlr).

[19Le pr√©sident v√©n√©zu√©lien fait r√©f√©rence √ Manuel Lopez Obrador, leader du Parti de la r√©volution d√©mocratique (PRD), de centre gauche, principal favori des prochaines √©lections pr√©sidentielles au Mexique en 2007 (ndlr).

[20Consultez le dossier ¬« Telesur, un "Al Jazeera" latino-am√©ricain ¬ » sur RISAL (ndlr).

[21Le projet de cr√©ation de la plus grande industrie p√©troli√®re du continent, Petrosur, envisage de r√©unir les entreprises p√©troli√®res publiques d’Argentine, de Bolivie, du Br√©sil, d’Equateur et du Venezuela pour mettre √ profit leur potentiel commun et cr√©er les moyens d’√©liminer le d√©ficit √©nerg√©tique des autres pays d’Am√©rique latine (ndlr).

Source : Revue Punto Final (www.puntofinal.cl), n¬°597, du 5 au 18 ao√ »t 2005, Chili.

Traduction : Ataulfo Riera, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

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