Brésil
Politique environnementale versus développement économique
par José Pedro S. Martins
Article publi le 15 mai 2006

Les bons et les mauvais points du gouvernement Lula en matière de protection de l’environnement.

« La protection de l’environnement a été reléguée au second plan dans l’actuel gouvernement, parce que le président Lula persiste  dire, tout comme les exploitants de bois, les grands propriétaires terriens et les exploitants miniers, que l’environnement ne doit pas freiner la capacité de développement économique. Cette position engendre de nombreuses distorsions, dont l’une est d’oublier de penser au futur pour penser aux intérêts et aux bénéfices économiques immédiats  ».

L’affirmation du géographe Aziz Ab’Saber, l’une des personnalités les plus respectées en matière de sciences environnementales au Brésil, résume la désillusion que la majorité des écologistes et des organisations non gouvernementales du secteur ressentent quant aux orientations du gouvernement de Lula.

Les défenseurs de l’environnement, qui ont toujours reçu, historiquement, l’appui du président et du Parti des travailleurs (PT), ont accueilli l’élection de Lula, en 2002, avec de grandes expectatives. La nomination, par Lula, de Marina Silva, alors sénatrice, au poste de ministre de l’Environnement a été accueillie avec une satisfaction particulière.

Silva est une des principales personnalités de l’écologisme apparues tout au long des années 90 au Brésil. Elle est issue du mouvement des caucheros [1] de l’état de Acre, dans le nord-ouest du Brésil, qui luttent pour la préservation de l’Amazonie et qui se sont fait connaître au niveau mondial avec la lutte de Chico Mendes, assassiné le 22 décembre 1988 [2].

Taux de déforestation élevés

La déforestation de l’Amazonie est un des points du gouvernement Lula les plus critiqués par les écologistes, même si des efforts ont été faits, surtout en 2005, pour inverser une tendance historique dans les taux de déforestation de la plus grande forêt tropicale de la planète.

Les niveaux de déforestation ont sensiblement varié lors des trois premières années du mandat de Lula et s’élèvent  69 800 km2 au total, beaucoup moins que les 77 800 km2 déboisés lors du premier mandat de Fernando Henrique Cardoso (1994-98). La sonnette d’alarme a été tirée durant le gouvernement de Lula  cause de la déforestation de 26 130 km² entre ao »t 2003 et ao »t 2004. Le grand responsable de la déforestation durant cette période, d’après les spécialistes, a été la progression du soja dans l’état du Mato Grosso, où 12 576 km2 ont été déboisés, soit 45% du total dans ce laps de temps.

L’alarme a été tirée, et le gouvernement de Lula a mis en place des mesures de prévention et de sanction envers les responsables de la déforestation, ce qui a eu pour résultat une chute significative de la déforestation, qui a été de 18 900 km2 entre ao »t 2004 et juillet 2005, soit 31% de moins que durant la période précédente.

La ministre Silva a annoncé des « mesures structurelles  » destinées  éviter de nouvelles escalades dans la déforestation, comme l’élargissement des Unités de conservation (UC) - de grandes zones protégées par le gouvernement fédéral - de 155 000 km2 supplémentaires. Dans les deux seules premières années du gouvernement de Lula, 75 000 km2 ont été affectés aux nouvelles UC du fait de leur richesse en biodiversité. Dans la seule Amazonie, la zone protégée pendant le gouvernement de Lula a augmenté de 27% par rapport  ce qui existait auparavant.

Les transgéniques  la loup

Un autre point critique de la politique environnementale du gouvernement de Lula est l’augmentation des zones cultivées avec des organismes génétiquement modifiés, ou transgéniques. Par trois mesures provisoires successives, Lula a autorisé en 2003 la récolte de soja transgénique produit illégalement dans le Rio Grande do Sul, arguant que les pertes économiques seraient très grandes pour les agriculteurs si on n’autorisait pas la récolte.

La critique des écologistes s’est intensifiée. Le projet de loi de Biosécurité, loi finalement ratifiée par le président en mars 2005 et qui a légalisé la recherche et la culture de transgéniques au Brésil, moyennant le respect d’une série de critères et sous le contrôle de la Commission technique nationale de biosécurité (CTNBio), est devenu l’un des principaux sujets de discussion.

« L’ouverture du Brésil aux transgéniques est quelque chose d’absurde, si l’on considère notre biodiversité, par exemple, qui est la plus riche du monde  », a protesté la présidente de la Société protectrice de la diversité des espèces, Márcia Correa. «  Et le gouvernement a persisté malgré les avertissements des écologistes et scientifiques de renom  ».

Un autre grand point de débat a été le projet de loi de concession publique de zones forestières, pour une durée de 40 ans, que le Sénat fédéral a approuvé le 1er février. Ce serait, selon le gouvernement de Lula, une manière d’éviter l’exploitation non durable du bois et d’autres activités économiques non durables, surtout en Amazonie.

L’intention du gouvernement est que, d’ici 10 ans, 130 000 km2 - soit 3% du territoire amazonien - soient assujettis au régime de concession.

La concession de zones forestières, selon le texte approuvé par le Sénat - qui doit encore être discuté par la Chambre des députés avant la promulgation présidentielle -, est pour le géographe Ab’Saber un cas emblématique qui illustre le fait qu’on ne réfléchit pas au futur.

« Promouvoir une concession de ce type, sur des dizaines d’années, et  la fin d’un mandat, est quelque chose d’inconcevable et de préjudiciable aux intérêts du pays  », a fait remarquer Ab’Saber. « Nous devons penser au futur de l’humanité, qui dépend de mesures garantissant la protection de l’environnement aujourd’hui  ».

Notes :

[1[NDLR] Caucheros ou Seringueiros, collecteurs de latex des hévéas sylvestres.

[2[NDLR] Chico Mendes, leader du syndicat des travailleurs ruraux de Xapuri, dans l’état de Acre. Son assassinat en 1982 par de grands propriétaires terriens rattachés  l’Union démocratique rurale (UDR) aura des répercussions au niveau international, et fera de lui le symbole de la lutte des travailleurs pour la préservation de l’Amazonie et de ses ressources naturelles.

Source : Noticias Aliadas (www.noticiasaliadas.org/), 2 mars 2006.

Traduction : Catherine Goudounèche, pour RISAL (www.risal.collectifs.net/).

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