Brésil
Les élections brésiliennes de 2006 : une victoire  la Pyrrhus pour Lula ?
par Frédéric Louault
Article publi le 18 janvier 2007

La victoire attendue de Luis Inácio Lula da Silva, candidat du Parti des travailleurs (PT)  l’élection présidentielle d’octobre 2002 avait suscité d’immenses expectatives populaires. Elu au 2e tour de l’élection avec plus de 61% des suffrages valides, le nouveau Président de la République avait toutefois appelé  la patience, soulignant que le gouvernement ne pourrait changer 500 ans d’histoire des inéga-lités au Brésil en un simple mandat. Quatre ans plus tard, malgré la manifestation d’une certaine déception par une frange de la population (principalement relayée par les militants organisés de l’aile gauche du Parti des travailleurs), et en dépit de plusieurs scandales de corruption ayant fragilisé le parti du Président, Lula est  nouveau élu au 2e tour, avec 60,8% des votes, face au candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) Geraldo Alckmin. Dans le même temps, les résultats des élections législatives ne marquaient pas de mutation significative au Congrès . Quant aux élections des Gouverneurs dans les 27 Etats fédérés, elles n’introduiraient que des évolutions marginales quant  la gouvernabilité du pays.

A priori, les chiffres bruts pourraient permettre de conclure  une stabilisation de la vie politique brésilienne. Les résultats électoraux reflèteraient une campagne électorale fade, ennuyeuse,  l’image des prestations de la Seleção lors de la Coupe
du Monde de football. Il n’en est rien. Cette apparente continuité électorale est trompeuse. Elle masque une évolution sensible des comportements politiques et de la géographie du vote au Brésil. Par rapport aux élections de 2002, le vote pour Lula s’est ainsi largement renforcé dans tous les Etats où la pauvreté et la dépendance envers les aides gouvernementales sont les plus fortes. A l’inverse, le candidat de l’opposition (Geraldo Alckmin, du PSDB) s’est globalement imposé dans les Etats les plus développés et/ou dynamiques . En déplaçant l’échelle d’analyse vers les élections des Gouverneurs, on constate par ailleurs que certaines caractéristiques historiques du Brésil sont, sinon en déclin, du moins en transformation. C’est le cas du clientélisme, qui a pourtant traversé toute l’histoire du pays, et qui semble actuellement en plein mouvement.

Si l’ascension au pouvoir de Lula avait constitué une rupture symbolique dans la vie politique brésilienne , les élections de 2006 traduisent et confirment  plusieurs
niveaux un changement dans la continuité, pour reprendre un slogan apprécié des personnalités politiques. Des termes aussi généraux que « rupture  », « continuité  » et « changement  » incitent  la vigilance sémantique, et il faut les utiliser avec parcimonie. Il est néanmoins intéressant de replacer ces résultats dans un cadre temporel plus large, dépassant la simple conjoncture électorale. En ce sens, les élections de 2006 marquent la fin d’un cycle. A 61 ans, Lula est une des principales figures de ce processus, et de la vie politique nationale en général. Charismatique et habile négociateur, il gravite depuis plus de 25 ans dans les sphères du pouvoir politique. Il se présentait pour la cinquième fois  une élection présidentielle (et était déj arrivé au deuxième tour en 1989). A moins d’une improbable modification constitutionnelle lui permettant de se représenter, et s’il va jusqu’au bout de son mandat, Lula quittera le premier plan de la vie politique fin 2010 . Plus qu’une continuité, ce nouveau mandat peut donc être envisagé comme un aboutissement. Les enjeux en sont d’autant plus importants. En le reconduisant, le peuple brésilien a reformulé sa confiance envers Lula. Après un premier mandat placé sous le signe de la stabilisation, les Brésiliens lui offrent démocratiquement l’opportunité de poursuivre ses actions, d’aller au bout de ses engagements. Comment comprendre et interpréter ce vote ? L’ensemble des résultats électoraux de 2006 - et les nouvelles relations de pouvoir qui en découlent - favoriseront-ils l’ouverture d’une « fenêtre d’opportunité politique  » suffisamment large pour permettre la mise en place de réformes de fond ? La réélection de Lula marquera-t-elle un tournant, un nouvel élan dans l’orientation des politiques publiques gouvernementales (les politiques sociales et économiques principalement) ? Ou constitue-t-elle une « victoire  la Pyrrhus  » ?

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Source : Visages d’Amérique Latine (http://www.visagesameriquelatine.org/), nº4, décembre 2006.

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