Venezuela : vers l’interdiction des semences transgéniques
par Jason Tockman
Article publié le 23 avril 2004

Le Président du Venezuela, Hugo Chavez Frias a annoncé que les semences transgéniques seront interdites sur le territoire du Venezuela, instaurant ainsi la prohibition la plus drastique des cultures d’OGM de l’hémisphère occidental. Si les modalités de cette politique sont encore à arrêter, la décision du Président Chavez a d’ores et déjà provoqué la résiliation du contrat que le Venezuela avait négocié avec la multinationale américaine Monsanto.

Face à un parterre de sympathisants internationaux réunis récemment à Caracas, le Président Chavez a condamné les semences génétiquement modifiées comme étant contraires aux intérêts et aux besoins des paysans et des travailleurs ruraux du Venezuela. Il a dès lors réduit à néant les plans de Monsanto d’établir une plantation de 150.000 hectares de soja transgéniques dans ce pays.

"J’ai ordonné de mettre fin à ce contrat dès que j’ai appris que des semences transgéniques seraient utilisées", a dit le président Chavez, "Ce projet est terminé". Le président Chavez a souligné l’importance de la souveraineté et de la sécurité alimentaire, -prévues par la Constitution bolivarienne,- qui sont à la base de sa décision. Au lieu de permettre à Monsanto de développer ses semences transgéniques, ces terres seront consacrées à la culture de
manioc, un produit local, a expliqué Chavez. Il a également annoncé la création d’une grande banque de semences qui permettra aux mouvements paysans et indiens du monde de se fournir en semences.

L’organisation paysanne internationale Via Campesina, qui représente plus de 60 millions paysans et travailleurs ruraux, avait alerté
l’administration de Chavez dès qu’elle avait été informée du contrat qui se préparait avec Monsanto. Selon Rafael Alegria, secrétaire général de Via Campesina, Monsanto et Cargill sont à la recherche d’autorisations pour produire du soya transgénique au Venezuela.

"Cet accord s’opposait aux principes de souveraineté alimentaire qui guident la politique agricole du Venezuela" a déclaré Alegria quand il a été informé de la décision du Président. "Il s’agit d’une question très
importante pour les paysans et les populations indigènes d’Amérique latine et du monde"
.

Alegria a de bonnes raisons d’être sur ses gardes. Monsanto a une longue histoire de confrontation avec le mouvement social et environnemental, car elle s’est faite, très tôt, une réputation en produisant l’Agent Orange, ce défoliant utilisé lors de la guerre du Vietnam, qui a causé des avortements, des troubles nerveux et des pertes de mémoire, au sein des millions de personnes qui y furent exposés. Plus récemment la multinationale a été critiquée pour les effets néfastes que ses semences transgéniques et ses hormones de croissance bovine (rBGH) peuvent avoir sur la santé humaine et sur l’environnement.

Plus près du Venezuela, Monsanto vend à la Colombie voisine, l’ erbicide "glyphosate," qui est utilisé par le gouvernement de ce pays dans son offensive, le Plan Colombie, contre la production de cocaïne et les groupes
rebelles. La Colombie procède à des pulvérisations aériennes de centaines de milliers d’hectares de forêt tropicale, détruisant des exploitation agricoles légales et des réserves naturelles telles que la forêt du Putumayo, ce qui constitue une atteinte directe à la santé des populations, y compris les communautés indiennes.

"Si nous voulons atteindre la souveraineté alimentaire, nous ne pouvons nous appuyer sur des transnationales telles que Monsanto", a déclaré Maximilien Arvelaiz, qui est conseiller du président Chavez. "Nous devons renforcer la production locale, en repectant notre héritage et notre
bio-biversité."

Alegria espère que la décision du Venezuela va servir d’exemple à d’autres nations dans leur manière de traiter la question des OGM, "les encourageant à suivre l’exemple du Venezuela, territoire libre de cultures transgéniques".

Source : Venezuelanalysis.com (www.venezuelanalysis.com), 21 avril 2004.

Traduction : Paul-Emile Dupret, pour le Collectif ’Venezuela 13 Avril’.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info