Les médias et la réalité vénézuélienne
par Pascual Serrano
Article publié le 17 mai 2004

Nous publions ci-dessous une intervention du journaliste et activiste Pascual Serrano sur les médias, surtout espagnols mais pas seulement, et le Venezuela, réalisée à l’occasion du IVe Séminaire international « Notre patrimoine commun » qui s’est tenu à Cadix, dans l’Etat espagnol, du 22 au 23 avril 2004. Cette intervention démontre le parti pris évident de la presse espagnole dans le conflit qui déchire depuis plus de deux ans le Venezuela.

Nous vous invitons également à lire sur le même sujet les articles suivants :
- Pourquoi El País agresse le gouvernement vénézuélien ? (Heinz Dietrich Stefan).
- Le mensonge récompensé (Pascual Serrano).

Parler du rôle que jouent les médias dans l’information sur le Venezuela, c’est parler du pays où ces médias ont atteint le sommet de leur nouvelle fonction au XXIe siècle : celle d’étouffer les initiatives populaires, celle de servir les groupes patronaux dominants, celle de mettre au service des États-Unis les ressources naturelles, industrielles et humaines d’un pays et celle de faire taire les intellectuels honnêtes et les leaders populaires. En un mot, le rôle que remplissaient au XXe siècle les Forces armées des dictatures latino-américaines.

Au XXIe siècle, la conspiration médiatique réussit à imposer le silence, ce que faisaient les prisons il y a des décennies, elle accorde le pouvoir absolu aux groupes économiques, comme le faisaient auparavant les dictateurs. Elle maintient à l’avant du pays des gouvernants et des partis corrompus tout comme l’ont fait à d’autres époques les répressions militaires.

Aussi pouvons-nous dire que le journalisme honnête rencontre chez les grands médias deux grands obstacles : les intérêts structurels (les propriétaires interconnectés qui sont derrière les médias) et les servitudes de la publicité et des grands groupes de pouvoir.

Voilà bien longtemps que les médias ont cessé d’être des entreprises dédiées à la seule information pour se convertir en de vastes empires commerciaux où se croisent des investisseurs, des annonceurs, des financiers, des entreprises technologiques, etc.

Ainsi, l’une des stratégies des médias au service du pouvoir établi est de sataniser les indociles. Soit pour désavouer leur ou les actions que ces derniers mènent à bien, soit pour préparer leur renversement par les moyens nécessaires. Ces « diables médiatiques », selon la terminologie du professeur Raymond Reig [1], ce sont, par exemple, Kadhafi, Milosevic, Fidel Castro et, naturellement, Hugo Chávez. Cependant, d’autres personnages dont les actions sont beaucoup moins démocratiques et qui accumulent des violations de droits humains plus graves sont ignorés : Poutine, le roi Mohammed VI du Maroc ou les émirs des pétromonarchies du Golfe. Pourquoi ne cessent-ils pas de remettre en question la légitimité du président du Venezuela et pourquoi celle de Poutine ou de Mohammed leur semble-t-elle indiscutable ?

On a beaucoup parlé des médias vénézuéliens. Tandis que ces derniers et l’opposition accusent le gouvernement d’Hugo Chávez de les harceler, nous, qui avons été au Venezuela, connaissons trop bien quel rôle dément ils jouent dans l’opposition au gouvernement et au système démocratique du pays.

Malgré le respect scrupuleux de la liberté d’expression en vigueur au Venezuela, les accusations d’agir à son encontre ne cessent pas, ni là-bas, ni ici. En octobre 2003, on faisait savoir en Espagne que le gouvernement vénézuélien avait fermé le canal de télévision de l’opposition Globovisión. Ce qui est arrivé, c’est que cette chaîne n’utilisait pas la fréquence de transmission qui lui avait été attribuée et qu’elle n’avait pas les autorisations conformes. Une procédure administrative a été ouverte contre elle, et bien sûr on ne l’a pas empêchée d’émettre. Au lieu de faire appel de la procédure par la voie administrative et de solliciter les autorisations conformes, elle a interrompu sa diffusion et s’est déclarée victime d’une atteinte à la liberté d’expression. C’était la deuxième fois que Globovisión agissait de la sorte : auparavant, elle avait également accusé le gouvernement d’attenter à la liberté d’expression parce qu’une autre procédure avait été ouverte contre elle pour défaut de paiement des impôts. Cette dénonciation fut largement reprise dans les médias espagnols, et même à la Cour interaméricaine des droits de l’Homme.
Pendant que ces événements se déroulaient, une station de télévision communautaire, Catia TV, fut bel et bien fermée par le maire d’opposition de Caracas, Alfredo Peña, ses équipements confisqués et l’interdiction d’émettre fermement notifiée. Sur cette dernière, rien n’a jamais été dit, sauf par l’Observatoire global des médias du Venezuela, l’organisme indépendant qui l’a dénoncé. [2]

La folle obsession des médias vénézuéliens s’est vue également dénoncée par une personne qui n’est pas précisément chaviste, le rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique Maurice Lemoine, qui se trouvait à Caracas au moment du coup d’État. Comme il l’affirme dans une interview de Thierry Deronne publiée sur Rebelion / Risal, « je suis allé au Venezuela pour observer ce qui s’y passait et pour oublier ma condition d’Européen puisque ici la situation, la culture, sont tout autres. Ce qui m’a impressionné, d’abord, c’est la campagne médiatique. Je l’ai observée en tant que journaliste. Cela m’a paru incroyable, un tel degré de violence, de malhonnêteté, et de désinformation. » « La classe moyenne a été totalement décérébrée par les grands médias », a-t-il ajouté [3].

S’il y a quelque chose de scandaleux dans le gouvernement d’Hugo Chávez, c’est son degré de tolérance envers les médias. Nous pouvons trouver, comme j’ai pu le voir, des grossièretés comme des interventions télévisées, au cours desquelles les présentateurs disent que le visage du président se déforme jusqu’à ressembler à celui d’un primate, d’un ton clairement xénophobe qui ne provoque pas de réactions, jusqu’à la fausseté systématique. Il y a quelques jours, on projetait une carte d’Amérique latine qui reflétait la détérioration économique de ses pays, et l’on soulignait que le Venezuela comptait parmi ceux qui avaient connu le plus grand recul ; un bref instant, on a pu lire une information dans un coin du graphique : « Période 1994-1998 », c’est-à-dire avant l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez.

Ce qui concerne l’Internet est vraiment spectaculaire. Pendant qu’en Espagne on a inculpé un professeur de l’Université et l’ensemble de ses étudiants pour avoir publié sur un site la photo des députés du Parti populaire (PP) qu’il accusait de mener l’Espagne à la guerre, ce que l’opposition vénézuélienne publie sur l’Internet avec une impunité totale est déplorable. C’est le cas de la députée pro-gouvernementale Iris Varela qui fait l’objet sur un site de montages photographiques obscènes ou de fondus enchaînés de sa photo avec celle de Linda Blair, la petite héroïne du film l’Exorciste [4].

Il existe aussi un site intitulé « Reconócelos » où l’on voit les photos de membres du gouvernement, de députés, d’activistes sociaux ou de personnages internationaux qui soutiennent le processus vénézuélien, accompagnées de renseignements biographiques misérables et faux pour les désavouer, et de toutes sortes de commentaires et d’insultes de la part de quiconque souhaite le faire avec une impunité et un anonymat absolus [5].

Par contre, en Espagne, on a fermé et condamné à une amende le site de l’Association contre la torture parce qu’il publiait des renseignements sur les policiers et les gardes civils condamnés pour tortures, une information totalement publique et rigoureuse puisqu’elle provenait de jugements des tribunaux.

Les opposants montrent aussi sur leurs sites des photos supposées confirmer leurs thèses sur la responsabilité de militaires et de gardes du corps chavistes dans certains massacres. Sur l’un d’eux, ils se limitent à présenter une photo d’un type habillé en civil sur le seuil d’une porte avec un fusil comme preuve que « les cercles (bolivariens) de la terreur faisaient feu contre les effectifs (de la police de l’opposition) ». [6]

Ci-dessous, la photo censée le prouver et le texte qui le « justifie » (c’est moi qui ai brouillé le visage) :

VOICI LE GARDE DU CORPS D’IRIS VARELA
Aux abords de la mairie principale quand les cercles chavistes étaient en train de l’attaquer... La PM n’a pas utilisé d’armes à feu bien que les cercles de la terreur tiraient contre ses effectifs... Et voyez de quelle manière ! Plus de preuves ?

Mais il est important que nous connaissions ce que font les médias non vénézuéliens.

Voyons les médias internationaux. Le six mars, le portail MSN de Microsoft se fait l’écho d’une dépêche de l’agence Reuters, à laquelle une photo est incluse. La dépêche est intitulée : « L’opposition vénézuélienne marche pour maintenir vive sa demande de référendum », laissant entendre qu’il s’agit des mobilisations de l’opposition pour demander un référendum révocatoire contre Chávez. Le texte de la dépêche affirme que « Plusieurs centaines de milliers d’opposants au président du Venezuela, Hugo Chávez, ont marché samedi à Caracas pour exiger la tenue d’un référendum contre le chef d’État, après une semaine de heurts avec des troupes qui ont fait au moins huit morts par balles et des dizaines de blessés. Les manifestants brandissaient des drapeaux et chantaient des slogans contre le gouvernement ‘révolutionnaire’ de gauche de Chávez ». On détaille les slogans de la marche et l’on recueille les déclarations des opposants. La dépêche est illustrée par la photographie d’une manifestation. Si on l’observe avec attention, on découvre qu’il s’agit d’une manifestation en faveur de Chávez, le contraire de ce qu’annonce le titre [7].

Et nous poursuivons. Précédemment, le 2 décembre 2002, CNN publie une photographie avec le titre « L’opposition vénézuélienne signe contre Chávez ». Le texte qui sert de support affirme que « Les opposants au président du Venezuela, Hugo Chávez, font la queue à Caracas pour signer une pétition demandant la tenue d’un référendum sur le mandat du mandataire (1-12- 2003) ». Sur la photographie, signée par l’agence AP, on distingue au premier plan deux militaires derrière lesquels sont alignées quelques dizaines de personnes.

Quelques jours plus tard, le portail vénézuélien alternatif Aporrea publie la photo originale d’AP, sur laquelle on peut vérifier que la fonction des deux militaires du premier plan est de distribuer des poulets empaquetés sur ce qui n’est autre qu’un marché public créé par le gouvernement dans les quartiers pauvres. CNN a fait passer pour des personnes faisant la queue pour signer contre Chávez les files des habitants des quartiers populaires approvisionnés grâce aux militaires qui distribuent des aliments en provenance directe des producteurs. Pour pouvoir rendre le mensonge plausible, on a dû couper le tiers de la photo sur lequel on voyait les poulets qu’ils distribuaient [8].

Analysons maintenant les médias espagnols. Il ne fait pas de doute que le paroxysme de la manipulation médiatique fut atteint les 11, 12 et 13 avril de l’année 2002, pendant le coup d’État. Voyons comment on informait en Espagne sur ces événements. Le 13 avril même, après la prise du pouvoir par les putschistes, on voit apparaître des panégyriques du président putschiste Pedro Carmona : « Né pour le dialogue » (El Mundo), « Un homme tranquille » (El País). Tandis que les éditoriaux réservent au président constitutionnellement élu par les Vénézuéliens les qualificatifs de « caudillo » (éditorial d’El País) ou d’ « excentrique » (éditorial d’El Mundo). Ce même jour, El País, pour tenter de lui donner une légitimité démocratique, affirme que le putschiste Pedro Carmona est président de la Federación de Cámaras de Industria y Comercio (Fedecámaras), « qui regroupe presque 80% des 10 millions de travailleurs vénézuéliens ». Mais Fedecámaras est un groupement d’entreprises, pas de travailleurs. El País inclut les travailleurs des entreprises dans les membres de l’organisation patronale, comme si la CEOE en Espagne regroupait 80% des travailleurs parce que 80% des entreprises en font partie [9].

A la télévision, la stratégie fut différente ce jour-là. Une fois le chef d’entreprise en place et le coup d’Etat apparemment consommé, l’objectif était de jeter un voile pudique et de ne pas beaucoup agiter l’affaire. A peine quelques secondes aux informations de la nuit de Tele 5, d’Antena 3 et de TVE et sans correspondant !

Tous les médias acceptaient sans le moindre doute la version putschiste de la démission d’Hugo Chávez, sans aucune preuve et en ignorant les déclarations publiques de sa fille, reprises seulement par Granma à Cuba. Aucun média ne s’est donné la peine de reprendre les versions des ambassades vénézuéliennes, probablement loyales au gouvernement qui a nommé leurs fonctionnaires. La même chose s’est reproduite avec Aristide. La version de l’ex président haïtien selon laquelle il a abandonné la présidence de son pays et quitté son bureau sous la contrainte des armes de deux marines nord-américains fut à peine diffusée.

Les manifestants harangués par les chefs d’entreprise et les secteurs militaires qui demandent la dissolution des institutions démocratiques, saccagent l’ambassade cubaine et agressent les ministres de Chávez, on les appelle « résistance civile » (Éditorial d’El País du 13-4-02) ou « indignation populaire » (Éditorial d’El Mundo du 13-4-02). Ceux qui, le lendemain, demandent le retour du président constitutionnel et des institutions démocratiques, on les appelle « foule » ou « manifestants déboussolés » (El País 15-4-02).

Dans cette stratégie du monde à l’envers, les militaires qui demeurent loyaux au président démocratiquement élu et à la Constitution, on les appelle « des foyers isolés d’insurrection militaire » (El País 14-4-02).

Légitimer le coup d’Etat oblige à rechercher désespérément des arguments qui désavouent le président Hugo Chávez. Voyons ce qu’ils étaient. Avant tout, rappeler toujours et toujours sa tentative manquée de coup d’Etat de 1992. L’éditorial du samedi 13 avril d’El País parle de « détérioration de la situation économique qui s’est accrue avec l’approbation en décembre dernier de 49 décret-lois d’inspiration castriste. Chávez a introduit plusieurs centaines de conseillers cubains au Venezuela, alors qu’il fournissait dans le même temps du pétrole gratuit à La Havane ». Aucune donnée qui spécifierait une détérioration de l’économie vénézuélienne supérieure à celle qu’elle connaissait il y a trois ans, bien que le pays ait subi des inondations dévastatrices ou malgré la chute du prix du pétrole, principale source de revenus du Venezuela. Les législations approuvées peuvent ou non être acceptées, mais elles ne peuvent pas justifier des coups d’Etat militaires sous prétexte qu’elles sont d’ « inspiration castriste ». Nos dirigeants et nos médias critiquent Cuba pour l’absence d’élections ou de liberté de la presse, mais ces deux conditions sont remplies au Venezuela, raison pour laquelle son gouvernement démocratique est libre de prendre l’inspiration de ses décrets économiques chez qui il veut. Les conseillers cubains sont essentiellement des médecins et des enseignants cédés gratuitement par Cuba en échange du pétrole. Il s’agit d’une convention licite et raisonnable : un pays fournit des professionnels civils qualifiés qu’il a en nombre suffisant, en échange d’un pétrole dont il a besoin et que l’autre possède en abondance.

L’éditorial d’El País poursuit : « Chávez ne paraissait pas s’être rendu compte combien le monde avait changé après le 11 septembre : il a évité de condamner les attentats de New York et du Pentagone, il s’est rendu à Bagdad pour exprimer son appui à Saddam Hussein (sic), il a soutenu la guérilla colombienne des FARC, il a resserré ses liens avec Castro et a accueilli Montesinos, l’éminence grise de Fujimori ». Qu’est-ce qui doit changer le Venezuela après le 11 septembre ?, nous demandons-nous. C’est un mensonge de dire que le Venezuela n’a pas condamné les attentats de New York ; ce qu’il a fait, c’est critiquer l’intervention en Afghanistan comme on peut le voir dans de multiples documents d’information, une impardonnable divergence avec les EUA à ce qu’il semble. Le Venezuela n’a pas soutenu la guérilla des FARC, il a demandé une solution dialoguée au conflit colombien [10].

El Mundo du 13 avril souligne aussi les accusations d’un ex-colonel putschiste qui dénonce avoir « une vidéo qui montre des fonctionnaires chavistes réunis avec des leaders des FARC colombiennes ». Tout le monde s’est réuni avec les FARC pendant les mois qu’ont duré les dialogues de paix, surtout le président colombien, outre des représentants américains, européens, des dirigeants de tous les pays. Même celui qui fut président de la Communauté de Valence et ministre espagnol du Travail, Eduardo Zaplana, reçut Raúl Reyes, le second des FARC, dans son bureau de la présidence de la Generalitat de Valence. Chávez s’est rendu en Irak et il a rencontré Saddam Hussein au cours d’une tournée dans tous les pays de l’OPEP avec lesquels il essayait de coordonner une politique pétrolière commune. Si l’on parle d’amitiés dangereuses, imaginons-nous la pléiade de despotes du Golfe Persique que notre chef d’État va inviter au mariage du Prince dans quelques mois avec l’argent de tous les Espagnols.

Et pour ce qui est d’accueillir l’éminence grise de Fujimori, celui qui a accueilli le corps tout entier de Fujijmori, c’est le Japon, qui le protège malgré le mandat d’arrêt international émis par la justice péruvienne.

Les médias ne cessent d’humilier Chávez en répétant les images d’un homme qui aime chanter ; il paraît que c’est là le principal argument audiovisuel qui justifie un coup d’État. Ceux qui semblent plus dangereux à certains d’entre nous, ce sont un président italien qui fait le clown en montrant les cornes aux ministres de l’UE lors des séances de photos ou des présidents russes ou américains alcooliques qui contrôlent tout un arsenal nucléaire. Tous bien acceptés par l’UE et les EUA .

L’un des éléments d’information les plus importants de cette journée, ce sont les images de quelques chavistes tirant avec des armes de poing depuis le lieu appelé Puente Llaguno dans la capitale vénézuélienne le 11 avril 2002. On s’en est servi pour élaborer le documentaire d’à peine dix minutes intitulé « Le massacre du centre de Caracas ». Pour ce reportage, on a attribué cette même année le prix Roi d’Espagne du Journalisme, doté de six mille euros, au journaliste du canal Venevisión Luis Alfonso Fernández.

Le commentaire du présentateur du documentaire contient des expressions comme «  Remarquez les bandits, les assassins, qui déchargent et rechargent leur pistolet sur la marche sans défense ».

Ce documentaire, brandi comme preuve de l’implication des secteurs pro-chavistes dans la mort de dix-neuf personnes pendant les troubles et après le coup d’État d’avril 2002, a été diffusé en moyenne trois fois par jour pendant toute une année par les stations de télévision hostiles au gouvernement d’Hugo Chávez.

Les cinq auteurs de ces coups de feu ont été emprisonnés et jugés, et finis par être disculpés. J’ai interviewé ces inculpés et j’ai eu accès aux centaines de feuillets de l’instruction et du jugement.

Ils n’ont jamais nié l’authenticité des images ni avoir été les auteurs de ces tirs. Toutefois, le premier point à souligner est que le ministère public ne leur imputait aucun décès ni aucun blessé, c’est-à-dire que les dénommés « assassins » dans le documentaire primé n’ont même pas été présumés coupables parce que leurs balles n’ont blessé personne.

Comme il a été démontré lors du jugement, entre autres preuves par les propres déclarations du journaliste primé, les images n’ont jamais été diffusées en direct, elles ont été prises et emportées dans les installations du canal de télévision par un caméraman de l’équipe de Venevisión, et non par le journaliste primé. Celui-ci n’a pas non plus pris part à l’édition et à la production de la vidéo, ni même supervisé la production. Le commentaire du documentaire, qui simule l’émotion du direct, a été ajouté dans le studio par un speaker qui n’a jamais été sur place, et qui a lu un texte préparé par ses supérieurs, dont aucun n’a été témoin des faits.

De cette manière, le journaliste primé reconnaît lors du jugement qu’il ne connaissait même pas l’identité de ce présentateur, qu’il n’a pas tourné ces images, ne les a pas apportées à la station, n’a introduit aucun témoignage des événements, n’a ni contrôlé ni supervisé la production du document diffusé. Il se trouvait simplement sur la même terrasse que le caméraman qui les a tournées.

D’autre part, comme le relève bien le jugement, la vidéo « ne montre pas vers qui ou vers quoi et pourquoi ces personnes brandissent leurs armes et font feu », bien que le document primé parle de « décharger les armes sur la marche sans défense ». C’est le jugement et sa sentence postérieure qui a montré clairement que les accusés (« assassins » selon le récit journalistique primé), ont agi « poussés par la défense de leur personne, ont brandi leurs armes à feu, afin de repousser une agression dont ils étaient les victimes illégitimement de la part de certains fonctionnaires de la police métropolitaine », la police municipale envoyée par le maire opposant Alfredo Peña. La sentence établit qu’est « justifié le moyen employé par les accusés pour refouler ou repousser » l’agression, elle le qualifie de « légitime défense de tiers, état de nécessité, situation nécessaire ou secours nécessaire ».

De plus, la sentence explique aussi que les deux morts de cette fusillade, ainsi qu’une vingtaine de blessés, accompagnaient les accusés. C’est pour cette raison qu’il y a maintenant en prison des personnes en attente de jugement, parmi lesquelles huit sont des policiers municipaux.

La sentence établit aussi que la marche de l’opposition, celle sur laquelle, selon la voix du documentaire primé, tiraient les accusés, « n’est pas arrivée aux abords du Puente Llaguno ». Le journaliste primé lui-même l’a reconnu dans le jugement : « je n’ai pas vu sur qui ils tiraient ». Lors du jugement une journaliste du canal Globovisión a également fait une déposition, une journaliste qui a pris elle aussi des images de ces événements qui montraient que l’avenue prétendument occupée par les manifestants opposants et cible des tirs était vide. Des images qui n’ont plus jamais été rediffusées par cette station, mais ont servi de preuve dans le jugement.

Un an et demi de recherches, de déclarations, de témoignages et de documents filmés ont permis de découvrir la vérité. Une vérité diamétralement opposée à celle primée en Espagne par un jury composé de l’agence EFE et de l’Agence de Coopération. Le seul prix qui conviendrait au documentaire « Le massacre du centre de Caracas », serait celui de la mystification et de la manipulation. Et ceux qui devraient s’asseoir sur le banc des accusés avec la police métropolitaine qui a tiré et est responsable des morts, ce sont les dirigeants et les journalistes qui utilisent les moyens de manipulation pour conspirer et inciter à la violence et à la haine [11].

Et pendant qu’en Espagne on récompensait ce montage, un autre documentaire, « La révolution ne sera pas transmise » rassemble pendant une heure le témoignage exceptionnel de tout ce qui est arrivé ces jours-là en dehors et à l’intérieur du Palais présidentiel, images historiques, prises à l’intérieur du Palais, des instants précédant le coup d’Etat, du groupe de conspirateurs qui occupe la présidence pendant 48 heures, et de la mobilisation populaire qui rétablit le président constitutionnel. Le responsable de la Casa de América (Espagne) qui a autorisé la diffusion de cette vidéo dans cette institution a été démis de ses fonctions. Les pressions de l’opposition ont réussi à ce qu’Amnesty International consente à ne pas la diffuser dans un festival du Canada bien qu’elle ait reçu des dizaines de récompenses.

Si quelqu’un débarque inopinément à Caracas pendant ces jours d’avril, il verra que la presse écrite reprend dans ses pages de couverture de gros titres comme « Anniversaire du massacre dans l’impunité », « Les assassins continuent de gouverner » ou « Nous voulons la justice ». C’est-à-dire qu’ils continuent à imputer au président et à ses partisans les morts de ce jour-là, morts qu’ils considèrent comme des manifestants opposants. Cependant, le 11, on appelle à se rassembler sur le lieu des événements, le Puente Llaguno. J’y suis allé le 11 avril 2003 et le 11 avril 2004. Ce que j’ai pu y voir, c’était un rassemblement de partisans du gouvernement rendant un hommage. Il y avait les photos des victimes sur des pancartes, leurs parents, réunis dans une association, et les informations sur leur militance. Tous, comme leurs familles, étaient des syndicalistes, des activistes politiques ou des étudiants bolivariens, c’est-à-dire des partisans de Chávez. Ils vous le racontent, non seulement les militants chavistes ou les témoins, mais leurs frères et leurs pères. Si l’on n’était pas sur le Pont Llaguno et qu’on se limitait à voir la presse de Caracas, on croirait juste le contraire.

Ce jugement et cette preuve n’ont en rien servi aux grands médias. Peu après, la BBC affirmait qu’ « il y a neuf mois une cour d’appel a libéré quatre tueurs sympathisants du gouvernement qui ont été filmés par des caméras de télévision alors qu’ils tiraient sur la manifestation antichaviste » [12].

Et il faut dire qu’aucun média n’a dit en Espagne que sur les seize morts, quatorze étaient des militants du mouvement bolivarien, par conséquent des sympathisants du gouvernement d’Hugo Chávez. C’est pourquoi, comme quelqu’un l’a dit lors d’une cérémonie de solidarité avec la Révolution bolivarienne le mois d’avril dernier à Caracas, « nous avons fourni les morts et les prisonniers », triste ironie.

Et c’est ainsi que continuent les mensonges chaque fois qu’on parle ou qu’on écrit sur le Venezuela. La question qui occupe les derniers mois est la campagne pour recueillir des signatures en vue de la convocation d’un référendum révocatoire, un dispositif juridique degrande portéedémocratique établi par Hugo Chávez et qui a pour but de se rapprocher d’un modèlededémocratieparticipativequi ne limite pas l’intervention et la décision des citoyens au vote tous les quatre ans, mais permetd’agir surune charge publique au milieu de son mandat si elle ne satisfait pas les attentes des citoyens. La convocation d’un référendum pour révoquer le président oblige à recueillir 2,4 millions de signatures. Dans le but de garantir la normalité de ce processus de collecte des signatures, l’opposition et le gouvernement ont accepté d’un commun accord un arbitre impartial, le Conseil national électoral. Et le gouvernement lui-même a sollicité la présence de deux institutions comme observatrices, l’Organisation des Etats américains (OEA) et le Centre Carter. Eh bien, une fois le délai de collecte des signatures parvenu à son terme, l’opposition affirme avoir présenté 3,4 millions de signatures. Le CNE considère que seules 1,9 millions d’entre elles sont valides, que 870.000 sont douteuses et 630.000 frauduleuses car elles appartiennent à des morts, des mineurs ou des étrangers. Une quantité de fausses signatures aussi élevée démontre déjà toute une opération de fraude organisée et planifiée. Figurez-vous que c’est la quantité de signatures recueillie pendant des mois par les syndicats espagnols et Izquierda Unida (Gauche Unie) dans tout le pays par une Initiative législative populaire pour demander que le Congrès débatte d’une loi pour la journée de travail des 35 heures. L’opposition vénézuélienne a présenté une quantité égale de signatures, mais toutes fausses. Pour leur part, les observateurs internationaux, en aucun cas des amis de Chávez, c’est-à-dire l’OEA et le Centre Carter, se sont déjà prononcés le 24 février sur leur « préoccupation à propos de la validité des signatures » et leur respect envers « l’autonomie des décisions du CNE ». Pendant la collecte des signatures, voici les informations que l’on donnait en Espagne. Mardi 2 décembre 2003, le délai de la collecte étant clos, le journal El Mundo sous-titre « L’opposition vénézuélienne pourrait négocier une victoire minimale dans le référendum révocatoire pour que le président parte avec dignité ». Et il continue : « Bien qu’il n’y ait pas de données officielles, aussi bien Chávez que l’opposition connaissent parfaitement les chiffres. Dimanche soir, 2.900.000 Vénézuéliens avaient signé contre lui, un demi-million de plus que ce qui est nécessaire pour mettre en marche le mécanisme constitutionnel qui chassera le président du pouvoir ». Et il poursuit : « Des sources états-uniennes ont dévoilé à un groupe de journalistes internationaux que jeudi prochain pourrait avoir lieu une réunion secrète dans le palais présidentiel de Miraflores pour négocier la transition avec Chávez lui-même » [13]. Eh bien, cette réunion prend du retard parce que quatre mois et demi sont déjà passés. « Son dernier stratagème - continue la brillante analyse d’El Mundo - pourrait être de convoquer des élections anticipées, ce qui arrêterait le processus de destitution. Mais il reste encore une décision du Tribunal suprême, qui doit juger s’il pourrait se présenter dans ce cas. De toute manière Chávez n’est pas idiot et sait que son meilleur coup peut être de se retirer et d’attendre des temps meilleurs. Tout mouvement anticonstitutionnel de sa part conduirait le Venezuela à un bain de sang dont il ne sortirait probablement pas vivant ».

Les médias espagnols n’hésitent pas à servir de porte-voix à tout opposant de Chávez qui passe par Madrid. L’ennemi fou furieux de Chávez, l’évêque Baltasar Porras, président de la Conférence épiscopale du Venezuela, était dans la capitale espagnole le 26 septembre dernier, en transit pour Rome. La manchette d’El Mundo qui s’étendait sur toute la page était faite des déclarations du religieux : « Chávez se croit la réincarnation du Christ » pour insister sur la folie supposée du président. Cela malgré la déclaration textuelle « ... il se croit la réincarnation du Christ et de Bolivar ». Ce que ne dit pas le journal espagnol, c’est certaines des particularités de cet évêque et du secteur de l’Église qu’il représente. Ce dernier a carillonné dans toutes les églises du pays pour appuyer le lock-out (décembre 2002 - janvier 2003) contre Chávez, il a fermé l’Université et les collèges catholiques pour soutenir ce lock-out, qui ont donné leur approbation à l’interdiction de la célébration de la Noël de l’année 2002 comme mesure déstabilisatrice du pays, et quand le lock-out qu’ils ont soutenu a provoqué des queues interminables aux pompes à essence, l’évêque a organisé « une procession face à la pénurie d’essence » [14]. Une manière particulière de comprendre l’Evangile.

En revanche, les religieux espagnols qui se trouvent au Venezuela, comme le prêtre Vives Zuriá, et qui soutiennent le travail social du président, allant jusqu’à monter sur les estrades publiques comme j’ai pu le vérifier, sont ignorés en Espagne bien que logiquement ils aideraient davantage à expliquer avec un point de vue espagnol ce qui se passe là-bas.

Notre télévision ne reste pas non plus en retrait. Dimanche 8 juin, TVE2 diffuse le documentaire « Venezuela, por ahora », de la série « En Portada », réalisé par Daniel Peral. Le reportage s’attarde sur des images de Chávez avec Kadhafi, embrassant Fidel Castro ou se promenant dans Bagdad avec Saddam Hussein. J’ai déjà commenté auparavant la stratégie de satanisation. Par la suite, le journaliste affirme que Chávez « s’est hissé au pouvoir au moyen de quelques élections ». Manière spéciale d’interpréter la majorité absolue d’un président qui s’est soumis à plusieurs élections et les a toutes gagnées. Au long du documentaire, les images de manifestations de l’opposition, de scènes de violence, de blessés, etc. ne manquent pas. Elles serviront à présenter un pays victime du chaos. Et à l’heure de réunir les opinions sur la situation du pays et du président, on préfère des déclarations de gens humbles qui appartiennent aux cercles bolivariens mis en face de professeurs et de journalistes de l’opposition [15]. C’est-à-dire, des gens misérables face à des intellectuels cultivés pour que les spectateurs européens qui voient des documentaires politiques sur la seconde chaîne s’identifient inconsciemment avec les deuxièmes.

L’année 2004 n’a pas servi à améliorer en Espagne la qualité de l’information sur le Venezuela. El País Semanal du 18 janvier a publié un reportage colorié sur ce pays signé par Juan Jesus Aznárez sous le titre cacophonique de « Les visages de Caracas » (Las caras de Caracas).

Le texte à l’appui de ce reportage est l’article d’un Vénézuélien qui analyse la situation de son pays. Devinez de qui il s’agit. De Boris Izaguirre, le showman pelliculeux d’un programme de télé-poubelle espagnol dont l’instant le plus stellaire survient d’habitude quand il baisse son pantalon. L’analyste politique du Venezuela du journal le plus lu en Espagne est Boris Izaguirre.

Le texte d’Aznarez démarre dans le quartier résidentiel El Hatillo de Caracas par les déclarations d’une étudiante en droit, Patricia. Il oublie de dire qu’elle est la fille du magnat vénézuélien Raphaël Poleo, qu’elle est directrice d’un journal appartenant à papa, lequel a été nommé Premier notaire général durant la brève présidence de Pedro Carmona. Pas de doute c’est une représentante exemplaire et neutre du sentiment du peuple vénézuélien. Plus tard, le journaliste d’El País compare Hugo Chávez à Idi Amin et à Mussolini dans le pur style de la rigueur informative vénézuélienne. On reprend rigoureusement les qualificatifs méprisants de « zambo » (mélange d’indien et de noir, [mot qui désigne également le babouin]) pour Chávez ou de « lumpen » [sous-prolétariat] pour ses partisans. On affirme sans rougir que devant la radicalisation de la société « les appels au meurtre d’un haut personnage ne sont pas surprenants ». Et l’on qualifie les partisans du président de « pauvres officialistes » ou de : « le bric-à-brac et la pègre » [16]. En un mot, le style des jours du coup d’Etat.

Et maintenant pour terminer, un dernier exemple. L’éditorial d’El País du 8 mars dernier. Malgré les informations que j’ai déjà citées auparavant sur la portée des signatures pour le référendum révocatoire dans les termes considérés par l’organisme arbitral, le CNE, et les observateurs internationaux, cet éditorial insiste pour donner comme des faits prouvés qu’« il était clair que l’opposition réunirait sans problème les 2,4 millions de signatures nécessaires pour sa convocation » et que « le président a pris ses distances avec l’expérience, qu’il considère maintenant comme une fraude », allusion à ce qu’a dit non pas le président mais le CNE. L’éditorial désavoue le Conseil électoral en affirmant que « Chávez y a la majorité », une chose entièrement fausse, car il a été élu par consensus et l’on a empêché que l’Assemblée nationale ne l’élise pour éviter que le parti gouvernant n’ait cette majorité, et c’est le Tribunal suprême de justice qui l’a élu. On dit que ce Conseil a « l’aval des Forces armées », pour le présenter comme une institution marionnette de l’armée, un autre mensonge. Et l’on affirme que les « organismes médiateurs comme l’OEA et la Fondation Carter estiment que l’autorité électorale abuse de termes techniques », quand aucune affirmation n’existe en ce sens. Au contraire ils ont reconnu l’existence de signatures frauduleuses. L’éditorial qualifie de « comateuse » l’économie vénézuélienne pour affirmer deux lignes plus loin que le pays est le « cinquième exportateur mondial de pétrole ». Et il termine son éditorial en proposant « une soupape constitutionnelle qui permette aux Vénézuéliens de concrétiser dans les urnes l’opinion que mérite sa direction turbulente », c’est-à-dire qu’il y ait un référendum indépendamment du fait que les signatures fixées par la loi existent ou non ou que les Vénézuéliens le veuillent ou non. El País l’a déjà décidé [17].

Je crois que ces exemples peuvent donner une idée de l’extrémité que peuvent atteindre les médias au service de gouvernements puissants et de grandes entreprises multinationales. Le Venezuela n’est qu’un exemple. Cela se produit à un plus ou moins haut degré à propos d’autres présidents, Aristide, Noriega, Milosevic, Saddam Hussein ou Fidel Castro. Ce n’est pas qu’ils soient tous semblables, ce qui par contre est semblable, c’est la conception des campagnes internationales destinées à préparer le terrain qui justifie une intervention militaire ou un coup d’État.

C’est pourquoi il est indispensable que, nous, les citoyens, sachions qu’ils mentent jusqu’à l’extase et que derrière ce mensonge ils justifieront tous les crimes qu’ils croient nécessaires pour atteindre leurs objectifs.

Notes :

[1Ramón Reig. "Dioses y diablos mediáticos". Urano Tendencias. 2004

[3Thierry Deronne. "DES NAUFRAGÉS D’ESQUIPULAS À LA RÉVOLUTION BOLIVARIENNE". Interview de Maurice Lemoine, reporter & rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=638

[5Voir : www.reconocelos.com

[6Voir : www.irisvarela7p.com

[7Tomás Sarmiento. “Oposición venezolana marcha para mantener viva demanda referendo” http://latam.msn.com/noticias/articulo/default.asp?id=2004-03-06T184840Z_01_N06493463_RTRIDST_0_PORTADA-VENEZUELA-SOL

[9Pascual Serrano. “El día que los medios en que la UE y sus medios de comunicación fueron golpistas”. Capítulo del libro “Periodismo y Crimen”. Editorial Hiru.

[10Pascual Serrano. “El día que los medios en que la UE y sus medios de comunicación fueron golpistas”. Capítulo del libro “Periodismo y Crimen”. Editorial Hiru.

[11Pascual Serrano. "Le mensonge primé". http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=774 10-12-03.

[12Aporrea / Venpres / Sutraparlatino. “BBC se une a la manipulación mediática internacional sobre Venezuela”www.rebelion.org/venezuela/031212bbc.htm

[13Mario Silva García. Aporrea. “Diario El Mundo de España manipula información sobre el referéndum de la oposición” www.rebelion.org/venezuela/031204elmundo.htm

[14Antonio Doctor “El Mundo, con la jerarquía eclesiástica venezolana”
www.rebelion.org/venezuela/030929elmundo.htm

[15Antonio Doctor. “Manipulación en TVE sobre Venezuela” www.rebelion.org/venezuela/030610adoctor.htm

[16José Daniel Fierro "José Daniel Fierro “El País continúa acosando al gobierno de Hugo Chávez” www.rebelion.org/medios/040121jdf.htm

[17Pascual Serrano "Las ocho mentiras de un editorial de El País sobre Venezuela" www.rebelion.org/medios/040308pas.htm

Source : Site web de Pascual Serrano.

Traduction : Hapifil, pour RISAL.

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