Colombie : Une zone libre pour les paramilitaires
par Evandro Bonfim
Article publi le 10 juin 2004

La Colombie a connu ces deux derniers jours (article publié le 14 mai, ndlr) d’intenses négociations entre l’administration du président lvaro Uribe et les membres de l’‰tat-major des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) pour la concertation sur la zone située  Tierralta, Córdoba. Cet accord sera en vigueur un minimum de six mois, mais il y a des perspectives de prorogation de son échéance  la demande des paramilitaires, qui auront carte blanche du gouvernement pour agir dans le territoire assigné de 368 km² au nord du pays.

Selon les termes de l’accord entre la Haute commission pour la paix, organe de l’‰tat colombien, et les AUC, le gouvernement établit que "pendant la durée de l’accord, les ordres de capture et les opérations offensives contre les membres des groupes d’autodéfense qui se trouvent sur le territoire délimité sont suspendus". Bien que l’espace cédé ne soit pas très étendu, la zone d’affectation peut devenir grâce  cette mesure un paradis légal où les paramilitaires pourront affluer en cas d’infractions.

Le traité est l’aboutissement des réunions entre les parties qui se sont déroulées les 12 et 13 mai  Santa Fe de Ralito, avec la participation de la Mission d’appui au processus de paix en Colombie de l’Organisation des ‰tats américains (MAPP/OEA) et de l’‰glise catholique, qui sont chargées de contrôler l’existence de la zone paramilitaire.

Un nouveau pacte entre le gouvernement et les paramilitaires

Les traités entre l’actuel gouvernement colombien et les paramilitaires sont anciens, aussi bien dans le cadre officiel que dans celui des liens officieux démentis entre l’armée nationale et les mercenaires. Alors qu’Uribe méprise les invitations  négocier des accords de paix avec les guérillas, comme dans le cas de l’échange humanitaire, ce pacte est le second que le président signe avec les AUC, malgré l’échec retentissant du précédent qui prévoyait la cessation des hostilités et le démantèlement progressif du groupe armé.

Le gouvernement colombien a divulgué en février de cette année le bilan des résultats de la trêve décidée entre les paramilitaires et Uribe. Le document embrasse la période qui s’étend de décembre 2002, quand les paramilitaires ont manifesté leur volonté d’accepter l’offre de paix du gouvernement en déclarant la cessation des hostilités, jusqu’ décembre de l’année passée, en vue d’obtenir la démobilisation totale des groupes paramilitaires avant 2006.

Mais pendant ces douze mois, révèle le rapport, les infractions  la cessation des hostilités attribuées aux groupes d’autodéfenses s’élèvent  362 homicides et 16 cas de massacres. En outre, pendant la même période, selon l’organisation Fondelibertad, les groupes d’autodéfense seraient responsables de 180 cas d’enlèvement.

Prenant en compte ces faits que le gouvernement lui-même a admis, le traité qui vient d’être conclu a comme objectif "de définir un calendrier de concentration et de démobilisation des membres des Autodéfenses unies de Colombie et de contribuer  l’amélioration et  la vérification de la cessation des hostilités", c’est- -dire, d’offrir une nouvelle chance de réhabiliter les paramilitaires, comme le croit Uribe, mais avec juridiction sur une partie du territoire colombien.

Toutefois, l’accord réaffirme que les lois colombiennes sont en vigueur dans la zone d’affectation et exige le respect de la population qui habite la région. En outre, le traité interdit formellement aux paramilitaires d’effectuer un entraînement armé, même s’ils peuvent porter des armes et des munitions dès leur enregistrement par l’OEA, qui veillera aussi  la circulation des paramilitaires  l’intérieur et  l’extérieur de la zone.

De plus, l’opinion publique ne pourra pas facilement se tenir au courant de l’accomplissement de ces normes et de la vérification faite par l’organisme interaméricain. Pour maintenir la "confidentialité concertée dans la négociation et l’objectivité dans l’information publique ", selon le texte de l’accord, la Mission de l’OEA devra contrôler l’accès des médias  la zone et les informations qui en proviennent. Il faut souligner que la fonction de secrétaire général de l’OEA est occupée par l’ex-président colombien César Gaviria [1], et que ce dernier a plusieurs fois déj été accusé d’intervenir de manière arbitraire dans le conflit colombien au nom de l’organisation.

Davantage de militarisation et de déplacements en vue

Même si le gouvernement affirme que l’accord avec les paramilitaires doit "faciliter la participation citoyenne et la contribution des Colombiens au processus", le climat dans le pays est  l’appréhension, et la préoccupation de la Communauté internationale s’accroît devant les perspectives d’une militarisation parallèle  ces négociations qui provoquerait davantage de déplacements.

Le principal responsable d’une éventuelle intensification des conflits est le "Plan Patriota", qui prétend envoyer environ 15 mille soldats contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), dans les régions les plus difficiles d’accès contrôlées par la guérilla au sud du pays. On estime  110 millions de dollars l’aide du Plan Colombie  cette offensive, qui disposera en outre de l’envoi sur place de contractants, un personnel mercenaire militaire contracté spécialement par le gouvernement des Etats-Unis, nouvelle tactique pour éviter de perdre des soldats dans des guerres étrangères.

La Commission des services armés de la Chambre des représentants des Etats-Unis a elle-même confirmé le renforcement, direct et indirect, de la présence militaire étasunienne en Colombie. L’organe législatif a décidé d’augmenter de 400  500 les effectifs de nationalité étasunienne et de ne plus limiter la présence de contractants privés dans le pays.

Toute cette mobilisation implique la recrudescence des combats entre l’armée, la guérilla et les paramilitaires. Selon un communiqué des FARC, dans les vingt premiers jours d’avril uniquement, 202 membres des Forces militaires de Colombie sont morts et 249 autres ont été blessés au cours d’affrontements avec les différentes unités des FARC qui font partie du Bloc oriental. Le pays est divisé en deux fronts de guerre : l’est et l’ouest, chacun étant sous la responsabilité d’un bloc de la guérilla.

Toujours selon le document, les FARC reconnaissent quinze morts parmi leurs combattants et dix autres blessés, réfutant des déclarations du gouvernement selon lesquelles les assauts ont occasionné de grandes pertes pour le FARC. Ce qui permet de comprendre l’augmentation de l’aide militaire étasunienne et la reprise des accords avec les paramilitaires, lesquels continuent  lutter contre la guérilla et  provoquer des mises en garde de l’Organisation des Nations Unies (ONU) devant l’impact des escarmouches de cette pluralité d’acteurs armés.

En avril également, une équipe humanitaire de l’ONU en Colombie a déclaré craindre une augmentation des déplacements de la population civile dans le département du Chocó si le gouvernement n’intervenait pas pour restaurer la sécurité. Selon la mission conjointe de cinq agences de l’ONU qui se trouvent dans cette région au nord-ouest du pays, environ 1.200 indigènes de l’ethnie Emberá ont été déplacés.

Dans cette zone, on a enregistré des affrontements entre les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie et les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie. La région forestière du Chocó est considérée comme un corridor stratégique pour le trafic des drogues et des armes.

De même, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) exige des groupes armés guérilleros et paramilitaires de Colombie le respect de la Communauté indigène Paez. Les Paez ont été victimes de plusieurs attaques des FARC et des paramilitaires le week-end passé  Toribio,  500 kilomètres de Bogotá.

Selon le bureau colombien du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), le problème des déplacements affecte 816 communes sur les 1.100 que compte la Colombie, c’est- -dire 75% du pays. D’après les estimations de cet organisme, presqu’un million de personnes ont été contraintes d’entreprendre un exode intérieur en raison de menaces pour leur vie dues au conflit.

Notes :

[1En juin 2004, un nouveau secrétaire général de l’OEA a été désigné ; il s’agit de Miguel Angel Rodriguez. (ndlr)

Source : ADITAL (http://www.adital.org.br/), 14 mai 2004.

Traduction : Hapifil, pour RISAL.

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