Colombie : Guerre, pétrole et néolibéralisme dans le Putumayo
par Gary Leech
Article publi le 3 juillet 2004

En décembre 2000, des bataillons étasuniens entraînés  la lutte contre les narcotiques, des hélicoptères Blackhawk fournis par les Etats-Unis et des avions étasuniens servant aux épandages de produits chimiques sont arrivés dans le département du Putumayo, pour mener  bien la campagne initiale de fumigation aérienne du Plan Colombie [1]. Depuis les premières fumigations des champs de coca, il y a plus de trois ans, le Putumayo a été une cible  maintes reprises, tout comme de nombreux autres départements du sud du pays. Bien que le gouvernement des Etats-Unis prétende que les fumigations ont finalement commencé  réduire la culture de coca en 2002 et 2003, il n’y a toujours pas de preuves que le Plan Colombie ait concrétisé son objectif principal : réduire de manière significative la circulation de cocaïne vers les Etats-Unis. Mais alors que le Plan Colombie n’a pas réussi  affecter le prix, la pureté et la disponibilité de la cocaïne aux Etats-Unis, la militarisation qu’il a engendré au Putumayo, région riche en ressources naturelles, a considérablement contribué  l’augmentation de l’exploration de pétrole par des compagnies multinationales. Les réformes économiques néo-libérales, qui constituent l’élément économique du Plan Colombie, ont ensuite rendu les choses encore plus faciles pour les compagnies étrangères de pétrole.

Des instructeurs étatsuniens formant des soldats colombiens aux stratégies contre-insurrectionnelles (Colombia Journal)

En juillet 2002, l’administration Bush a convaincu le Congrès de lever les conditions qui restreignaient l’aide militaire étasunienne  la Colombie pour les opérations anti-narcotiques, permettant ainsi de l’utiliser pour combattre les groupes armés illégaux du pays dans le contexte de la guerre globale contre le terrorisme. La levée des conditions a mené  l’usage direct de l’aide militaire étasunienne pour lutter contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), guérilla responsable d’attaques sur les chantiers pétroliers de multinationales étasuniennes. Peu après le 11 septembre 2001, l’ambassadrice des Etats-Unis, Anne Patterson, ne laissa planer aucun doute sur l’importance de trouver des sources de pétrole alternatives dans le contexte de la guerre contre le terrorisme. Elle déclara que la Colombie, déj troisième plus gros exportateur de pétrole de l’Amérique latine et l’un des dix plus gros fournisseurs des Etats-Unis, « avait le potentiel pour exporter plus de pétrole vers les Etats-Unis car maintenant plus que jamais, il est important pour nous de diversifier nos sources de pétrole.  »

Cependant, l’escalade du conflit interne au Putumayo durant la dernière décennie avait rendu les compagnies pétrolières étrangères hésitantes quant  l’exploitation des vastes réserves de pétrole, principalement situées dans les régions contrôlées par les rebelles. Cela jusqu’ l’arrivée des paramilitaires [2] (politiquement  droite)  la fin des années 90 et la mise en place du Plan Colombie, ces deux éléments engendrant une plus grande sécurité pour les opérations pétrolières. Le fait que la production de pétrole dans cette région lointaine de l’Amazonie ait diminué ces vingt dernières années après avoir atteint un maximum de quelque 80 000 barils par jour en 1980 est  l’origine du Plan Colombie. Mais alors que la production se maintient toujours  un niveau relativement anémique de 9 626 barils par jour en 2003, le flot de nouveaux contrats signés ces deux dernières années entre des compagnies multinationales et le gouvernement colombien promet d’importantes augmentations.

La lointaine municipalité d’Orito, où se rejoignent quatre oléoducs, est le c“ur des opérations pétrolières du Putumayo. Deux oléoducs transportent du pétrole depuis des chantiers proches en cours d’exploitation par la compagnie publique de pétrole Ecopetrol, Argosy Energy, basée aux Etats-Unis, et Petrominerales, une filiale de la canadienne Petrobank. Un autre oléoduc transporte du pétrole depuis l’Amazonie équatorienne où l’Occidental Petroleum, basée aux Etats-Unis, et EnCana, canadienne, ont des chantiers. Le quatrième est l’oléoduc transandin, qui transporte du pétrole depuis les autres oléoducs présents dans les Andes jusqu’au port de Tumaco, sur la côte pacifique de la Colombie.

A Orito, Ecopetrol dispose d’une petite raffinerie, qui produit seulement assez de carburant pour la consommation locale des véhicules et hélicoptères de la compagnie et de l’armée, et de plusieurs citernes de réserve qui fournissent du pétrole brut  l’oléoduc transandin. La compagnie dispose également d’une base militaire hébergeant 1 200 soldats spécialement entraînés dont la mission est de protéger l’infrastructure pétrolière du Putumayo. Les guérillas (politiquement  gauche) ont,  plusieurs reprises, pris pour cible les oléoducs colombiens pour protester contre l’exploitation des ressources du pays par des compagnies multinationales. Paradoxalement, les rebelles profitent de cette même industrie qu’ils essaient de détruire, en extorquant de l’argent aux compagnies pétrolières étrangères et  leurs sous-traitants, en promettant en retour de ne pas attaquer les chantiers pétroliers. Les oléoducs les plus attaqués en Colombie ces dernières années ont été ceux du Caño Limón, dans le département d’Arauca, dans le nord-est, et le Transandin, dans le Putumayo. Après 170 attaques sur l’oléoduc Caño Limón en 2001, l’administration Bush a grossi de 93 millions de dollars l’aide anti-terroriste en Colombie et déployé des troupes des Forces spéciales de l’armée étasunienne pour aider  la protection de l’oléoduc, dont l’entreprise Occidental Petroleum est en partie propriétaire et opératrice.

Bien qu’aucune des compagnies étrangères n’admette le paiement aux guérillas, le vice-président d’Occidental Petroleum, Lawrence Merriage, admet que dans le passé, la compagnie a reçu des demandes d’extorsion dans l’Arauca. Interrogé sur les menaces et demandes des FARC au Putumayo, le représentant d’Argosy Colombie, Edgar Dyes, admet qu’il y a eu des menaces de kidnapping d’employés, mais affirme qu’il n’a pas eu connaissance si la compagnie a ou non payé les rebelles. Il est intéressant de noter que les FARC n’ont pas attaqué les opérations d’Argosy en 2003.

L’application du Plan Colombie au Putumayo, pour un co »t de 1,3 milliards de dollars, fut rapidement suivie d’une forte augmentation du nombre d’attaques contre les infrastructures pétrolières du département passant de 48 en 1999  110 l’année suivante. Selon le commandant de l’armée, le Lt. Col. Francisco Javier Cruz, responsable de la protection des installations pétrolières du Putumayo, l’aide étasunienne  la lutte contre la drogue a rendu la région plus s »re pour mener  bien les opérations pétrolières car l’armée a pu profiter "d’hélicoptères, de troupes et d’entraînement, fournis en grande partie par le Plan Colombie". Mais alors que le nombre d’attaques s’était réduit  43 en 2002, il a atteint l’année dernière le record de 144.

Un pipeline endommagé par les FARC (Colombia Journal)

Plus de la moitié des attaques de l’année dernière ont eu lieu en novembre, mois où la guérilla des FARC a lancé une grande offensive contre les infrastructures pétrolières du Putumayo. La réponse du gouvernement fut de changer immédiatement le commandant de l’armée locale responsable de la défense des installations pétrolières et de le remplacer par le Lt. Col. Cruz. Le transfert de Cruz, depuis une unité d’élite contre-insurrectionnelle de l’armée colombienne, la Force de Déploiement rapide (FUDRA), montra alors l’importance donnée par l’administration du Président Alvaro Uribe  la protection de l’infrastructure pétrolière du Putumayo. Les membres du neuvième Bataillon spécial, groupe d’opérations spéciales du Lt. Col. Cruz, utilisent des armes et un équipement de vision de nuit qui leur permettent de mener des opérations contre-insurrectionnelles dans le cadre d’une stratégie visant  empêcher de futures attaques. Le bataillon dispose également de deux hélicoptères - propriété de la compagnie pétrolière d’Etat Ecopetrol et de la canadienne Petrobank - pour le transport de troupes pour des opérations de contre-insurrection. Le Lt. Col. Cruz explique clairement sa mission : "La sécurité est pour moi la chose la plus importante. Les compagnies pétrolières ont besoin de travailler sans avoir  s’inquiéter et les investisseurs internationaux ont besoin de se sentir tranquilles".

Les compagnies pétrolières étrangères ont un intérêt déclaré pour le maintien de la sécurité au Putumayo par les troupes du Lt. Col. Cruz. Selon Steven Benedetti, un représentant de la Petrobank  Bogota, la compagnie a commencé ses opérations dans la région en juin 2002 car "nous croyons qu’il y a le gros lot au Putumayo". Le "lot" en question est l’estimation des 1,1 milliards de barils de pétrole dans la zone Orito, desquels 80% restent inexploités. Bien que plusieurs des sites de forage de la compagnie aient été attaqués au cours de l’offensive des FARC en novembre 2003, Petrobank a augmenté sa production de 18% l’année dernière.

Selon le Lt. Col. Cruz, l’armée seule ne peut pas prévenir les futures attaques de la guérilla contre l’infrastructure pétrolière. Ses hommes ont souvent recours  des informateurs civils travaillant dans le cadre du réseau d’information créé sous le Programme de Sécurité démocratique de Uribe. Cruz fait remarquer que, pour accomplir sa mission, il est très important que l’armée "fasse comprendre aux gens que quand ils collaborent pour éviter des attaques terroristes, tout le monde est gagnant." Il se réfère ici au fait que quand la production de pétrole s’arrête, une réduction correspondante est ressentie dans les royalties que paient les compagnies pétrolières étrangères au gouvernement colombien. La loi colombienne stipule que ces royalties sont censées être utilisées pour des programmes socio-économiques. Selon les termes du « contrat de production croissante  » signé en 2002, Petrobank a droit  79% de tout le pétrole produit dans la zone Orito, sur un niveau de base productive de 3 200 barils par jour, fréquemment dépassé de 1400 barils par jour. Son partenaire, Ecopetrol, reçoit les 21% de pétrole restants. Avec l’échelle variable de royalties de la Colombie, Petrobank paie au gouvernement national 8% de la valeur de sa part de 79%, qui passe  plus de 9% avec le paiement de royalties au gouvernement départemental. La municipalité d’Orito obtient ensuite 31% de ces 9%.

Les bénéfices des royalties du pétrole  Orito sont peu visibles. La municipalité d’Orito est celle qui profite le plus des revenus du pétrole dans le département du Putumayo, mais le degré de pauvreté et de sous-développement n’y est pas moins inquiétant que dans d’autres villes de taille comparable qui n’ont pas de fonds pétroliers. A Orito, on peut cependant noter le contraste saisissant entre le style de vie des ouvriers du pétrole et les autres habitants, contraste qui n’est pas sans rappeler Gabriel García Márquez quand il décrit la présence de la compagnie fruitière étrangère dans la ville mythique de Macondo [3]. Près du centre-ville d’Orito siège un grand complexe récréatif avec des terrains de basket, des aires de pique-nique et de jeux, une salle pour des regroupements sociaux et une grande piscine avec un toboggan, le tout pour les employés de Petrobank et d’Ecopetrol. Une haute barrière de fil barbelé est l pour assurer que les habitants des proches bidonvilles ne s’égarent pas dans le complexe-forteresse. Selon un habitant d’Orito, la raison pour laquelle la ville n’a pas bénéficié des royalties est que "le pétrole part du Putumayo et les royalties vont dans les poches des administrateurs". Un autre affirme, plus cr »ment encore : "Les politiciens volent l’argent". Appuyant sa décision de stopper les paiements de royalties au département d’Arauca, riche en pétrole,  cause de gouvernements municipaux corrompus prétendument sympathisants des guérillas de gauche, le président Uribe, paradoxalement, a continué  laisser venir l’argent jusqu’aux officiels corrompus des villes du Putumayo, contrôlées par les paramilitaires de droite.

Des soldats colombiens affectés  la protection des infrastructures pétrolières (Colombia Journal)

Malgré - ou peut-être  cause de - la présence de l’armée et de la police nationale, la ville d’Orito est contrôlée par des paramilitaires appartenant aux Autodéfenses unies de Colombie (AUC). Les paramilitaires sont arrivés au Putumayo  la fin des années 90 où, après une série de massacres, ils se sont victorieusement emparés de la plupart des villes importantes du département, dont Orito. Bien que les FARC aient récemment repris quelques villes plus petites, et malgré la déclaration du Lt. Col. Cruz que l’armée combat les AUC, les tactiques féroces des paramilitaires ont aidé l’armée  garder le contrôle d’Orito. Selon un habitant, "ils tuent des paysans innocents juste parce qu’ils pourraient être des guérilleros". Le jour où je rencontrai le Lt. Col. Cruz, les paramilitaires assassinèrent  Orito un leader paysan de la région, Alirio Silva.

La militarisation due  la guerre contre la drogue et le terrorisme n’est pas le seul facteur qui a créé des conditions favorables aux compagnies pétrolières étrangères dans le Putumayo ; le programme économique du Plan Colombie a également fait du pétrole une affaire attrayante pour les compagnies étrangères. En 2000, quand la phase initiale du Plan Colombie a été mise en place, la partie économique consistait simplement  appliquer des mesures d’austérité économique, déj imposées  la Colombie par le Fond monétaire international (FMI) en décembre 1999, contrepartie d’un prêt sur trois ans de 2,7 milliards de dollars. Les politiques néo-libérales préconisées par le FMI incluaient des réductions dans les dépenses publiques, l’ouverture du marché domestique aux compagnies étrangères, ainsi que la privatisation et la restructuration des entreprises d’Etat. Ce lien constant entre l’ajustement structurel et l’aide militaire étasunienne date déj de 1989, quand le président George Bush Senior lança son "Initiative andine", d’un co »t de 2,2 milliards de dollars, en exigeant de la Colombie l’application de réformes économiques "basées sur des politiques de marché".

En 2001, le gouvernement colombien a établi de nouvelles règles qui n’exigent plus des compagnies étrangères un partenariat de production de 50/50 avec la société publique Ecopetrol, permettant ainsi aux compagnies privées de conserver jusqu’ 70% du pétrole extrait des nouveaux chantiers de forage - plus encore pour les « contrats de production croissante  » sur les chantiers déj existants. Ces nouvelles règles ont également rallongé la durée pendant laquelle les compagnies étrangères conservent les droits de production, et ont considérablement diminué le montant des royalties  payer au gouvernement sur leur pourcentage de production de pétrole. Avant ces nouvelles régulations, la Colombie demandait 20% de royalties, un record en Amérique latine, mais les nouvelles règles incluent une échelle variable selon laquelle la plupart des chantiers pétroliers de Colombie - en dessous de 5 000 barils par jour - n’ont besoin de payer que 8% de royalties telles que décrites plus haut. Le gouvernement a déclaré que ces changements étaient nécessaires pour augmenter la compétitivité du pays, encourager les investissements étrangers et maintenir une production de pétrole autosuffisante. La nouvelle Colombie "compétitive" a rapidement négocié des dizaines de nouveaux contrats avec des compagnies pétrolières étrangères, dont Petrobank et Argosy, dans le Putumayo.

L’étape suivante pour coller aux exigences de l’ajustement structurel du FMI eut lieu le 26 juin 2003. Uribe proclama par décret présidentiel la restructuration de l’entreprise pétrolière d’Etat, Ecopetrol. Bien que cela ne soit pas une privatisation de la compagnie, le résultat est le même. Ecopetrol s’est divisé en trois compagnies : une Ecopetrol amputée fonctionnant comme producteur et raffineur de pétrole, l’Agence nationale d’Hydrocarbone qui négocie tous les contrats pétroliers et enfin, l’Association de Promotion de l’Energie colombienne chargée du travail promotionnel. En mars 2004 - deux mois après la signature entre la Colombie et le FMI d’un nouveau prêt de 2,1 milliards de dollars,  la condition de continuer les réformes économiques - les conséquences pratiques de la restructuration d’Ecopetrol par Uribe sont devenues évidentes. Le ministre colombien de l’Energie, Luis Ernesto Mejía, a annoncé  Houston, au Texas, que les compagnies étrangères pouvaient négocier des contrats avec l’Agence nationale d’Hydrocarbone sans devoir entrer en partenariat avec Ecopetrol.

Les nouvelles règles éliminent aussi les limites de temps sur les droits de production et permettent aux compagnies étrangères de garder jusqu’ 100% du pétrole tant que le chantier reste productif. En outre, la plupart des compagnies vont continuer  payer seulement 8% de royalties,  l’exception de celles travaillant dans des chantiers pétroliers exceptionnellement grands, c’est- -dire, présentement deux chantiers en Colombie. Les règles ont donc clairement et dramatiquement changé en faveur des compagnies étrangères si l’on fait une comparaison avec les contrats signés il y a quatre ans qui exigeaient un partenariat égal avec Ecopetrol, 20% de royalties et une durée limite des contrats de production, après laquelle le pétrole restant et les bénéfices du forage devaient revenir  Ecopetrol.

La compagnie Petrobank dans l’Amazonie (colombia Journal)

L’administration Uribe essaie de justifier ses politiques pétrolières au peuple colombien en déclarant qu’elles sont nécessaires pour empêcher que le pays ne devienne un importateur de tout son pétrole d’ici fin 2005. Pour répondre  la demande domestique croissante et rester un exportateur, la Colombie a besoin de produire plus de pétrole. Ces politiques vont augmenter la production de pétrole mais le fait que la Colombie pourrait rester autosuffisante ou garder sa position d’exportatrice n’est qu’un détail. En fait, la Colombie ne produit déj pas tout le pétrole qu’elle consomme en interne ou qu’elle exporte, elle en achète une grosse partie - aux taux du marché -  des compagnies étrangères opérant sur le sol colombien car certains contrats permettent  ces compagnies de vendre leur pourcentage de pétrole  Ecopetrol. Au Putumayo, par exemple, Petrobank et Argosy Energy vendent, tout juste extrait du sol, tout leur pétrole  Ecopetrol. A Orito, Ecopetrol achète 79% de la part de Petrobank aux taux du marché, puis les transporte  travers l’oléoduc transandin jusqu’ la côte pacifique où ils seront exportés.

Dans de nombreux contrats  venir, Ecopetrol achètera 100% du pétrole de compagnies étrangères, dont une partie sera utilisée pour la consommation domestique et le reste, exporté. Donc, bien que la production colombienne ou doive augmenter dans les années qui viennent, ce pétrole sera principalement produit par des compagnies étrangères. La Colombie achètera une grosse part de ce pétrole au prix du marché international qu’elle aurait d » payer pour du pétrole brut venu d’outre-mer. Néanmoins, le pétrole extrait par les compagnies étrangères n’est pas considéré comme importé car il est produit en Colombie. Cependant, techniquement et bien que la Colombie paie les prix généraux pour son propre pétrole, le pays restera exportateur. Malgré le fait que le seul bénéfice fait par la Colombie dans les nouveaux contrats soit les 8% de royalties reçus des compagnies étrangères, le directeur de l’Agence nationale d’Hydrocarbone, José Armando Zamora, souligne que les concessions faites dans les contrats "ne représentent pas une perte de souveraineté ni une vente des ressources nationales".

En 2003, Petrobank a investi 50 millions de dollars dans ses opérations pétrolières au Putumayo. Si la société publique Ecopetrol avait utilisé un montant équivalent du prêt de 2,1 milliards de dollars fait par le FMI  la Colombie pour financer l’exploration et la production elle-même, elle aurait pu conserver tout le pétrole au lieu d’en céder 79%  une compagnie étrangère. La vente de ce pétrole  l’étranger aurait couvert les frais de l’opération, permettant ainsi  la Colombie de rembourser le prêt et aurait fourni au gouvernement un revenu plus que nécessaire. Une telle politique pétrolière implantée dans tout le pays, en utilisant le prêt du FMI pour couvrir les frais de départ, permettrait  la Colombie de contrôler ses propres ressources de valeur comme le font d’autres pays avec des entreprises pétrolières d’Etat tels que le Mexique, le Venezuela et l’Arabie Saoudite, plus gros producteur mondial. Pourtant, il paraît clair que l’objectif du FMI n’est pas de soutenir des projets économiques ciblés sur le national.

Un laboratoire de préparation de la cocaïne (Colombia Journal)

Le gouvernement a utilisé l’argument trompeur de maintenir l’autosuffisance du pays en matière de pétrole pour justifier cette "vente au rabais" des ressources du pays, et cela pour se plier aux conditions de l’ajustement structurel imposé par le FMI et pour continuer  recevoir l’aide militaire étasunienne. De plus, les compagnies pétrolières étrangères ont bien profité des éléments économiques et militaires du Plan Colombie, faisant de la Colombie un exemple troublant de l’extraction des ressources  l’ère néo-libérale. Comme nous le fait clairement comprendre Benedetti, de Petrobank, la compagnie est stimulée par les nouvelles règles de contrat et ne compte pas laisser le conflit interne interférer avec les plans d’expansion des chantiers  travers toute la Colombie. "Nous pensons que les bénéfices surpassent les risques", dit Benedetti. Pourtant, beaucoup d’habitants du Putumayo pensent que l’exploitation du pétrole les met en danger car cela participe  entretenir le conflit. Comme l’affirme innocemment un habitant, "tout le monde sait que le conflit au Moyen-orient, c’est  cause du pétrole, et les problèmes en Colombie ne sont pas différents. Peut-être que la coca s’en va mais le pétrole reste. Et s’il y a du pétrole, les groupes armés ne vont pas s’en aller car ce qui les intéresse, ce sont les endroits où il y a de l’argent et du pouvoir."

Notes :

[1Consultez le dossier Plan Colombie / Initiative andine de RISAL :
http://risal.collectifs.net/mot.php3?id_mot=171

[2Consultez le dossier sur le paramilitarisme de RISAL :
http://risal.collectifs.net/mot.php3?id_mot=26

[3Cf. « Cent ans de solitude  ». (N.d.T.)

Source : Colombia Journal (www.colombiajournal.org) et NACLA (www.nacla.org, mai 2004.

Traduction : Cynthia Benoist, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

Les opinions exprimes et les arguments avancs dans cet article demeurent l'entire responsabilit de l'auteur-e et ne refltent pas ncessairement ceux du Rseau d'Information et de Solidarit avec l'Amrique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info