Venezuela : Hugo Chávez présente la facture aux sociétés pétrolières
par Benito Pérez
Article publié le 13 octobre 2004

« Le temps du pétrole gratuit est terminé », a déclaré le chef de l’Etat en ordonnant une remise à niveau de la redevance payée par les multinationales présentes dans le bassin de l’Orénoque.

Retour à la normale. C’est ainsi que le président Hugo Chávez a présenté dimanche la hausse à 16,66% de la redevance pétrolière payée par les sociétés étrangères actives dans le bassin de l’Orénoque (sud-est). Selon le mandataire bolivarien, la baisse de la taxe à 1% concédée durant les années 1990 aura fait perdre chaque année 1,27 milliard de dollars à la collectivité. Ces mesures, baptisées « Plan Souveraineté pétrolière », portent un rude coup aux géants Exxon, Total, ConocoPhillips et Statoil. Ces quatre multinationales exploitent depuis les années 1990 des gisements de la Faja del Orinoco (ceinture de l’Orénoque), zone pétrolière extrêmement riche, comparable en terme de réserves au Moyen-Orient ! Seul défaut de cet eldorado de l’or noir, les hydrocarbures extraits y sont de piètre qualité. Trop lourds, ils nécessitent une infrastructure de raffinage ad hoc et donc de coûteux investissements. A l’époque de la mise en route des projets, ces efforts financiers à la charge des exploitants avaient conduit l’Etat à leur accorder une dérogation : au lieu des 16,66% de royalties prévues par la vieille loi nationale sur les hydrocarbures de 1943, les multinationales et leurs alliés vénézuéliens se voyaient presque exemptés, le prélèvement fiscal étant plafonné à 1% de la valeur du précieux liquide. Ainsi, sur chaque baril produit à 20dollars, Caracas ne touchait que 20 cents au lieu de 3,3 dollars !

De ravir les investisseurs lorsque l’on sait que les puits concernés délivrent actuellement quelque 500000 barils par jours (bpj). En comparaison, la compagnie nationale PDVSA produit environ 2,6 millions de barils par jour.

Seconde phase

« Nous considérons que les causes supposées qui ont conduit à ces accords n’existent plus, pour autant qu’elles aient jamais existé », a déclaré le président dans son allocution dominicale télévisuelle. Plus direct, le président de PDVSA et ex-responsable de l’OPEP, Alí Rodríguez Araque, a accusé l’ancienne oligarchie au pouvoir au moment de la signature des contrats d’avoir bradé « la légitime propriété du peuple vénézuélien » en « piétinant les lois » du pays.

Qualifiant la suppression de ces « clauses d’exception » d’acte « de souveraineté et de justice », M.Chavez a affirmé que son plan marquait la seconde phase de la renationalisation des ressources pétrolières dictée par la Constitution bolivarienne, adoptée en 1999. La première étape, on s’en souvient, avait débuté par l’approbation en 2001 d’une loi imposant la participation majoritaire du secteur public à tout nouveau projet pétrolier ainsi que le versement de 20% à 30% de royalties [redevances, ndlr]. Cette réforme, alliée à une reprise en mains de PDVSA par le gouvernement, avait été le déclencheur du putsch d’avril 2002, puis de la grève de décembre-janvier.

Réformes sociales

Le Venezuela est le cinquième producteur mondial de pétrole. La manne rapportée par PDVSA depuis 2001 a servi à financer les réformes sociales du gouvernement de Hugo Chávez, qui lui ont valu l’appui de 60% des Vénézuéliens, en août dernier, lors d’un référendum révocatoire demandé par l’opposition.

Source : Le Courrier (http://www.lecourrier.ch), Genève, Suisse, mardi 12 septembre 2004.

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