Entre feux croisés, les migrants mésoaméricains dans leur traversée vers le nord
par Miguel Pickard
Article publié le 6 juin 2005

La migration des êtres humains est aussi ancienne que la condition humaine, mais jamais auparavant les migrants n’avaient souffert autant de vexations que celles dont ils sont victimes aujourd’hui. En Amérique centrale, les migrants sont pris entre des feux croisés. Dans leur pays d’origine, le système économique actuel a démontré son inefficacité à créer des sources d’emploi. Au contraire, il élimine des emplois plus vite qu’il n’en crée dans le secteur agricole, industriel et des services, laissant des millions de personnes devant trois options : travailler dans le secteur informel, se consacrer à des activités illicites ou émigrer.

Pour beaucoup de paysans, la situation est d’une gravité telle que migrer « est devenu le sens de la survie, autrement dit la migration n’est pas un complément pour la reproduction de la famille paysanne des zones marginalisées du pays, mais l’élément déterminant de la survie. » [1]

S’ils choisissent de chercher du travail dans d’autres pays, les migrants subissent durant leur traversée mépris, discrimination, xénophobie, harcèlement, persécution, abus verbal, physique et sexuel - y compris viol des femmes comme des hommes - vol, extorsion, emprisonnement, abandon, kidnapping, destruction de leurs papiers d’identité, amputations et mort aussi. Parfois ils disparaissent simplement, comme ces 25.000 Centraméricains qui ont cherché à atteindre les Etats-Unis entre 1997 et 2000 et dont on ne sait rien. [2]

Dans le pays de destination, les migrants font face à des campagnes idéologiques racistes, à des accusations de trafic de drogue et de crimes, à des atteintes contre leurs droits, à l’escamotage de leurs salaires et des prestations auxquelles ils ont droit, aux soupçons d’être liés à des terroristes islamiques et, bien évidemment, à une chasse sans trêve.

Avec le phénomène migratoire, le monde est sens dessus dessous : ceux qui disent qu’ils veulent que les immigrés restent, mentent tout comme ceux qui disent qu’ils doivent s’en aller. Les gouvernants des pays d’origine sont des démagogues quand ils disent qu’ils ne veulent pas que leurs compatriotes abandonnent la patrie et émigrent. Et il est faux de dire que les pays « récepteurs » [pays d’accueil, ndlr] n’en veulent pas. Le système économique produit des vagues de migrations gigantesques - de véritables tsunamis humains - et les gouvernements « éjecteurs » [des pays d’émigration, ndlr] et « récepteurs » ne veulent pas, au fond, faire autre chose « que de gérer le flux ». Ils ne font rien parce que faire quelque chose impliquerait de commencer par une analyse des facteurs qui produisent la nécessité de migrer, les mettant face à des questions inconfortables sur la viabilité de l’actuel modèle économique.

Ils ne font rien non plus parce que de tels flux d’êtres humains sont utiles pour quelques puissants intérêts économiques. La globalisation des multinationales a besoin de migrants en nombre chaque fois plus élevé, [3] mais les entreprises qui les engagent les veulent affaiblis, harcelés ou contrôlés, pour qu’ils se casent dans l’endroit réservé à cette main d’œuvre spéciale et indispensable dans l’actuel système économique. À rebrousse-poil des discours complaisants des dirigeants des pays « éjecteurs », ceux dont on ne veut pas en réalité ce sont les paysans, c’est-à-dire des gens enracinés dans leur terre, gênant la vente de terres et des ressources naturelles - jusqu’à présent considérés comme communales [de propriété collective, ndlr] - à des entreprises et des particuliers.

Dans le parcours que nous allons faire, tout comme les migrants qui vont du sud vers le nord, nous examinerons le phénomène de la migration en Amérique centrale pour comprendre comment le déplacement humain est mené par de grandes entreprises et des gouvernements « éjecteurs » et « récepteurs » afin de satisfaire leurs intérêts. Pour des raisons en lien avec leur poids énorme en termes économiques et démographiques, nous nous focaliserons sur la migration des Mexicains vers les Etats-Unis, mais aussi sur celle des Centraméricains, ainsi que sur l’ « autre destination » américaine, le Canada. Nous verrons que, par commission ou omission, les gouvernements du Nord et du Sud ont déclaré une guerre aux paysans, peut-être de basse intensité mais sans merci, pour les dépouiller de leur futur, autrement dit de leur terre, de l’accès à des ressources naturelles, de la possibilité de se reproduire avec dignité. La consigne ? Qu’ils émigrent. Vers les villes, dans les taudis qui les entourent, vers les villes ou les campagnes d’un autre pays, mais qu’ils s’en aillent, et tout de suite.

Le Mexique, cas exemplaire du phénomène mondial

Le phénomène migratoire est mondial, son flux va en général du sud vers le nord, avec une croissance jamais vue auparavant. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il y a 175 millions de migrants aujourd’hui dans le monde, c’est-à-dire de personnes hors de leur pays de naissance.

De tous les flux humains dans le monde, le plus grand est probablement celui des Mexicains vers les Etats-Unis. Le Conseil national de la population mexicaine estime qu’«  au moins  » 400.000 Mexicains entreront en 2005 aux Etats-Unis, « la même moyenne annuelle que durant les années précédentes ». Toutefois, un spécialiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), estime que le chiffre est plus proche de 600.000 par an. [4] Ceux-ci viennent s’ajouter aux 23 millions de personnes d’origine mexicaine (70% des hispaniques) qui vivent déjà aux Etats-Unis. En outre, le gouvernement des Etats-Unis estime qu’il y a environ 10 millions de personnes sans papiers dans le pays, dont 3,5 ou 4 millions sont mexicains, et le chiffre croît notablement tous les ans.

Il y a d’autres preuves que la population mexicaine aux Etats-Unis croît rapidement. Par exemple, dans un seul état, en Arizona, 586.000 immigrés sans-papiers ont été arrêtés en 2004, quelques 175.000 de plus que l’année précédente. [5] L’augmentation est due en partie à un plus grand nombre d’agents chargés de contrôler la migration aux Etats-Unis, mais ceci n’explique pas tout. La vérité est que les Mexicains, comme le dit le dicton en anglais, « votent avec les pieds », en fuyant une réalité économique funeste dans leur pays.

Un autre chiffre souligne la tendance. La quantité d’argent envoyé par les Mexicains [vivant] aux Etats-Unis à leurs communautés, bat chaque année le record de l’année précédente.

Année Montant en dollars US [6] Augmentation par rapport à l’année antérieure
2000 6,633,000,000 -
2002 9,827,000,000 48%
2003 13,266,000,000 35%
2004 16,613,000,000 25%

Le chiffre de 16,6 milliards de dollars envoyés par les Mexicains résidant aux Etats-Unis en 2004 est équivalent à une entrée quotidienne au Mexique de 45,5 millions de dollars, dépassant les entrées des investissements étrangers, du tourisme et même les revenus nets de la vente de pétrole. [7]

Le phénomène migratoire mexicain n’a pas seulement augmenté numériquement. Chaque année il s’élargit et s’approfondit géographiquement. Aujourd’hui, les migrants mexicains proviennent de nouveaux états « éjecteurs », comme le Chiapas et Veracruz (qui historiquement ne l’étaient pas) et s’adressent à de nouveaux états « récepteurs » aux Etats-Unis, comme la Géorgie, l’Alabama, le Tennessee et les Carolines, qui n’avaient jamais vu autant de visages mexicains. Dans la dernière décennie, il y a eu une croissance spectaculaire de la population mexicaine sur la côte est des Etats-Unis et dans beaucoup de communautés de ce littoral, ils sont déjà la minorité la plus nombreuse. Des experts en démographie pronostiquent que dans 10 ans les Mexicains seront la minorité la plus nombreuse de toute la côte est de ce pays.

Dans la ville de Chicago, les Mexicains représentent 20% de la population. C’est dans la ville de New York que la croissance mexicaine a été la plus dramatique durant ces dernières années. Selon des études réalisées par la mairie de New York, en 1990, il y avait 32.689 Mexicains dans la ville. Dix ans plus tard, le chiffre avait augmenté de 275%, pour atteindre 122.550, mais selon le chercheur spécialiste des migrations, Robert Smiths, du Barnard College, les Mexicains sont plus de 300.000. [8] Même avec les chiffres officiels, les Mexicains, comme groupe immigré, sont passés de la 17e à la 5e dans cette ville en 10 ans. [9]

Au-delà des chiffres, la fuite vers le Nord déchire le Mexique, particulièrement dans les campagnes. La guerre déclarée aux paysans par le gouvernement mexicain depuis des décennies a conduit à ce qu’aujourd’hui les campagnes soient laissées sans direction, sans politique de promotion et sans appui financier qui renverseraient la tendance. Des appuis gouvernementaux, il n’y en a que dans des zones où les terres sont contrôlées par de grandes transnationales agroalimentaires, surtout étrangères, dans le nord-ouest du pays.

Les politiques officielles favorisent l’émigration. Comment expliquer autrement que le gouvernement mexicain n’ait jamais perçu de droits de douane sur le maïs et les haricots importés des Etats-Unis après l’entrée en vigueur (1994) de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), alors que le même traité permettait de continuer à en percevoir jusqu’en 2008 et ainsi de protéger le producteur national de la concurrence étrangère ? [10] À quoi répond une telle décision, sachant que 15 millions de Mexicains (15% de la population) dépendent de la culture du maïs et que le maïs états-unien, vendu au Mexique à des prix de « dumping », ne ferait qu’encourager la migration ?

Plus de 50 mille producteurs mexicains sont expulsés de leurs terres annuellement, donnant le coup de grâce à la vie précaire de milliers de communautés rurales. Selon Víctor Quintana, conseiller du Front démocratique paysan (FDC) et chercheur de l’Université autonome de Ciudad Juarez, il s’agit « d’un phénomène de déruralisation au niveau national, non seulement au niveau économique, mais aussi éducatif, culturel et social  ». [11]

Des milliers de villages ruraux se sont transformés en villages fantômes. Dans des états mexicains à plus forte tradition d’aller « au nord », pour les jeunes hommes, la traversée est le rite qui marque le passage à l’âge adulte. Tous s’en vont et pour la plupart, ils ne reviendront jamais pour habiter leurs villages d’origine et leur donner mouvement, vie et organisation. Ceux qui restent, les personnes âgées, les enfants et les femmes - bien que les femmes migrent aujourd’hui fréquemment - survivent avec l’argent envoyé, qui part presque dans sa totalité à la consommation, à l’amélioration du foyer, mais déjà plus personne ne voit l’utilité de l‘utiliser pour l’investissement productif ou pour l’épargne.

Dans des communautés rurales, la migration s’est transformée en une aspiration sociale, plus importante que l’éducation. [12] Les jeunes ne voient pas de futur dans leur pays et pour cette raison, ils n’acceptent pas de continuer les études. Même s’ils finissent le collège (secundaria) et, pour certains, le lycée (preparatoria), ils ne trouveront pas d’emploi ni un salaire digne dans leur pays. Ils devront émigrer de toute manière aux Etats-Unis où leurs diplômes serviront peu ou pas du tout pour les emplois qu’ils pourront obtenir.

La déchirure dans les communautés indigènes est particulièrement forte. Selon le Diocèse de San Cristóbal, Chiapas, où résident 85% des indigènes de l’état, « il y a une contagion parmi les jeunes pour partir ». [13] La migration a signifié pour les communautés indigènes la perte de coutumes, de fêtes, de culture, d’identité, des cultures [agricoles, ndlr], d’organisation, des plats et des boissons traditionnelles, la désintégration familiale, l’augmentation de la dépendance aux drogues et à l’alcool, la vente de terres qui auparavant étaient communales et la désorientation résultant de la perte de la religion et même de la foi dans le futur. Ce qui est en train de se passer dans les communautés indigènes rurales n’est rien de moins qu’un génocide. [14]

Les politiques officielles, les coupables d’une telle catastrophe

L’intensification de la migration de Mexicains vers les Etats-Unis est le résultat en grande partie de politiques économiques qui ont échoué quant à leur capacité à créer de l’emploi et à réduire la pauvreté dans le pays. Les augmentations les plus prononcées coïncident, dans les grandes lignes, avec deux moments de la vie économique du pays : avec le début des politiques néo-libérales vers le milieu des années 80 et, plus récemment, avec l’entrée en vigueur de l’ALENA. C’est la toile de fond qu’il faut avoir à l’esprit dans toute analyse de la migration et que les gouvernants refusent de mentionner quand ils se prononcent sur le sujet.

Quant aux zones rurales, les gouvernements locaux et étrangers ont décidé que, dans la mesure du possible, il fallait les vider des populations. Le Front démocratique paysan (FDC) de Chihuahua indique trois étapes qui sont à l’origine du fait que « les paysans se soient transformés en une espèce en voie d’extinction, pas seulement géographiquement mais aussi culturellement ». [15] Dans la première étape, située entre 1982 et 1988, les prix de vente garantis (auparavant soutenus par le gouvernement) ont baissé de manière dramatique, et les prix des facteurs de production se sont envolés. La seconde étape de l’offensive a commencé fin 1988 avec la suppression du crédit rural et l’approfondissement de l’ouverture commerciale. Le troisième « grand coup » a été donné par les changements de la Loi fédérale de la réforme agraire, l’entrée en vigueur de l’ALENA et la disparition de Conasupo (entreprise étatique de commercialisation de céréales de base).

Chaque étape a eu littéralement comme résultat l’exode de paysans. Comme dans beaucoup d’états de la République, à Chihuahua, les politiques mises en place atteignent les résultats souhaités, puisque dans les municipalités rurales il y a eu une chute de population de 20% en 10 ans. Certains paysans, avant producteurs indépendants, se voient obligés de vendre leurs terres aux agro-exportateurs à cause de leurs dettes ou de la pauvreté, et se retrouvent parfois employés de ces mêmes entreprises. Víctor Suárez, conseiller de l’Asociación Nacional de Empresas Comercializadoras del Campo [littéralement : Association nationale d’entreprises de commercialisation de la campagne] le synthétise ainsi : « Les actions gouvernementales, imposées par les élites du Nord et les élites des agro-entreprises qui voient leur intérêt dans le modèle états-unien, favorisent les asymétries régionales internes, l’exclusion, et les inégalités qu’ils maintiennent grâce à des programmes assistancialistes, très éloignés de l’investissement productif, et apparemment avec l’intention de maintenir une population manipulable, non organisée, et affaiblie. » [16]

Quelque 3,4 millions de paysans déambulent dans le pays avec l’espoir d’être employés dans des agro-entreprises. [17] D’autres tenteront leur chance dans les villes, probablement dans des maquilas [18] de la zone frontalière du nord. A la meilleure époque pour les maquilas en termes de création d’emplois, en 2001, elles disposaient d’une force de travail de 1.3 millions de personnes. Toutefois quelques analystes pensent que cette époque est révolue, car la République populaire de Chine a déjà mis en échec l’« avantage compétitif » que les propriétaires des maquilas pensaient ne jamais voir terminer, c’est-à-dire, le faible coût de la main d’œuvre mexicaine. [19]

Dans le pays, les alternatives pour les chômeurs de la campagne font défaut. Les politiques néo-libérales ont fait des dommages semblables dans le reste de l’économie. Ni l’industrie, ni les services n’ont été capables « d’absorber » les paysans privés de leur travail traditionnel. Au contraire, depuis des lustres ces secteurs ont jeté à la rue des millions de chômeurs, qui se défendent dans l’économie informelle (laquelle permet à 33% de ceux qui ont un emploi en milieu urbain de survivre) ou, chaque fois plus, unissent leur sort à celui des paysans à la recherche d’un emploi dans le nord du continent. De fait, le profil des migrants n’est pas celui de la population la plus pauvre et marginalisée du pays, mais bien celui des personnes avec un niveau d’éducation plus élevé que la moyenne nationale. [20]

Pour les élites du Nord et du Sud, il ne convient pas de faire trop de pression pour changer la situation actuelle. Pour celles du Sud, l’émigration massive de ces dix ou quinze dernières années signifie moins de pression en matière de travail et de démographie chez eux, des économies dans les (déjà en soi diminués) services sociaux et l’attrait pas du tout négligeable de nombreux envois d’argent par les émigrés. Pour les élites du Nord, arrêter le flux migratoire n’est pas souhaitable non plus, spécialement pour les secteurs industriels, agricoles ou de services, dont la composante travail est importante dans leur processus productif.

Rien à faire. Il faut migrer.

Les Mexicains qui décident de mettre les voiles et de s’en aller « pa’l norte » (vers le nord) auront à parcourir un chemin de croix, à savoir : passer la frontière nord. Les Centraméricains qui décident de faire la même chose - en général des Salvadoriens, des Honduriens et des Guatémaltèques - feront face à ce même défi, plus un autre pire encore : celui de traverser le Mexique.

Les sans papiers d’Amérique centrale sont des proies faciles pour ceux qui veulent les agresser. [21] D’abord, il y a les différentes autorités mexicaines, qu’elles soient policières, migratoires, judiciaires, douanières, qu’elles soient fédérales, étatiques ou municipales et, pour couronner le tout, il y a aussi l’armée et la marine. Ils subissent aussi le harcèlement de bandes, formées de jeunes centraméricains ou mexicains ou des bandes des abords de la gare ferroviaire Lecheria dans la ville de Mexico, la gare de marchandises la plus importante du pays. Les Centraméricains épuisés, affamés, assoiffés et souvent malades après des jours de voyage accrochés aux marchepieds des wagons, en provenance de la frontière sud, devront faire un changement à Lechería pour monter à bord d’un autre train qui les emmènera vers le nord. Dans le transit, beaucoup n’échapperont pas aux agressions commises par les bandes délinquantes de la zone.

Le train de la ligne Chiapas-Mayab que des milliers de Centraméricains (certains estiment qu’ils sont 5.000 par mois [22]) prennent à la frontière sud pour arriver à Lechería, est leur « bête noire  », parce qu’il engloutit et recrache des bouts de leur humanité. Beaucoup meurent déchiquetés sous les roues en essayant de monter à bord du train en marche. Chaque mois, sept ou huit survivants de la chute, mais mutilés, arrivent à un hôpital régional à Tapachula. Là, il y a tellement d’estropiés centraméricains qu’une âme charitable, Doña Olga Sánchez Martínez, avec les faibles ressources de son auberge, leur offre à manger, un toit, et la possibilité de reconstruire leur vie, en leur offrant parfois une prothèse.

Outre le fait que traverser un autre pays sans papiers est un risque en soi, depuis le 11 septembre 2001, la traversée du Mexique pour les Centraméricains est devenue plus hasardeuse en raison du Plan Sud. [23] Orchestré par le Mexique, probablement à la demande du gouvernement états-unien, le Plan Sud a été conçu pour contrôler le flux de migrants centre- et sud-américains (et le trafic d’armes et de drogues) en profitant de « l’entonnoir » formé par l’étroit Isthme de Tehuantepec. Ainsi, la frontière sud a été militarisée par l’accroissement d’effectifs militaires, de forces policières et migratoires et du détachement de troupes d’élite. En mettant le programme en marche en 2001, Felipe Jesus Preciado Coronado, alors commissaire de l’Institut national de la migration (INM), dit que le plan consistait à avoir là nos meilleurs opérateurs, nos meilleurs éléments. Il s’agit d’une stratégie qui nécessite une grande coordination avec les autres éléments des forces de l’ordre en général dans tout le sud, principalement en profitant des conditions géographiques de l’Isthme -une bande de terrain assez accessible que nous pouvons très bien surveiller, puisqu’ils passeront tous par là, tous ceux qui nous auront échappé en bas à la frontière, vont finalement passer par là. [24]

De telles déclarations montraient un optimisme officiel immérité. Celle qui succéda à Preciado Coronado, mandatée par l’INM, Magdalena Carral, fut plus transparente quand elle déclara au journal anglais The Observer : « Nous savons que nous ne pouvons pas l’arrêter [la migration centraméricaine], nous savons que nous ne pouvons pas la contrôler. Ce que nous faisons, c’est essayer de la gérer  » [25]

Les migrants centraméricains subissent sans doute les plus grands outrages quand ils sont aux mains des autorités mexicaines. Gabriela Rodriguez Pizarro, rapporteuse spéciale pour les droits humains des migrants de l’ONU dit qu’ « au Mexique, il existe un climat généralisé de harcèlement et d’abus de la vulnérabilité du migrant  ». [26] Le père Ademar Barilli, directeur de la Casa del Migrante, à Tecún Umán, village frontalier du Guatemala, point de départ pour la majorité des migrants centraméricains, a un langage moins diplomatique. Le Mexique risque de devenir l’ennemi de toute Amérique centrale, affirme Barilli, « pour faire le travail à la place des Etats-Unis » et pour les abus commis par les fonctionnaires mexicains envers les Centraméricains. [27]

Chiapas, nouvel état « éjecteur »

La majorité des Centraméricains commence la traversée du Mexique dans l’état du Chiapas, où il y a aussi une autre diaspora en marche. Le Chiapas s’est transformé en peu de temps, en l’un des étatsquiexpulsent le plus de population.

Il n’est pas difficile de trouver lesraisonsdelafuite. Des sources officielles calculent que presque 76% de la population qui a un emploi essaye desurvivreavec jusqu’à deux salaires minimum (huit dollars par jour ou moins). [28] Mais les faibles revenus n’expliquent pas tout. L’explosion migratoire du Chiapas a commencé après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur l’état en 1998, détruisant 400 mille hectares de cultures, laissant 500.000 personnes sans abri et causant la mort de 400 personnes. Ce fut un ingrédient de plus dans le bouillon de culture, déjà bien assaisonné par l’effondrement du prix du café (le plus grand produit d’exportation de l’état) au niveau international depuis 1989, l’entrée de tonnes de maïs génétiquement modifié à des prix de « dumping » depuis 1994, la crise du secteur sucrier, plus la chute de 83% de l’investissement public pour la promotion rurale depuis 1981. [29] Auparavant, la plus grande pression était peut-être la pression démographique, mais elle trouvait sa soupape de sécurité dans la migration des Chiapanecos vers la forêt Lacandona. Aujourd’hui cette « ultime frontière » n’existe plus.

Le nombre de Chiapanecos qui émigrent aux Etats-Unis pourrait être d’environ 30.000 par an, sur une population de quatre millions dans cet état. [30] Des académiciens calculent qu’en moins de 10 ans, quelques 300 mille Chiapanecos se sont installés aux Etats-Unis, 65% d’entre eux étant des paysans indigènes. Daniel Villafuerte, de l’Université des sciences et des arts du Chiapas, indique que :

« Les paysans et les indigènes chiapanecos échangent avec rapidité la récolte du maïs, principal produit de consommation familiale, pour la récolte du dollar aux Etats-Unis, au point qu’en très peu de temps, le Chiapas l’emporte maintenant en réception d’argent envoyé depuis l’étranger, sur des états traditionnellement et historiquement « éjecteurs » de migrants, comme Zacatecas. » [31]

Les chiffres officiels d’envois d’argent des Chiapanecos à partir des Etats-Unis sont impressionnants. Pour 2004, ils sont estimés à 500 millions de dollars ou, comme dit Villafuerte, ils équivalent « à toute la récolte de maïs - principal générateur de richesses dans l’état, outre la production d’haricots, de bananes et de mangues ». [32]
Mais non seulement les Chiapanecos s’en vont : ils vont et viennent constamment. Ceci explique le fait qu’il y ait 380 « agences de voyage » dans 20 municipalités du Chiapas, 136 seulement dans la municipalité de Frontera Comalapa de 54.000 habitants. [33] Ces agences improvisées vendent uniquement des billets d’autobus vers et depuis la frontière avec les Etats-Unis. « Quand nous arrivions dans cette zone il y a huit ans - rappelle Alejandro García de l’organisation paysanne Hermano Sol de la municipalité d’Escuintla (29.000 habitants) - il n’y avait qu’un camion par mois à partir vers le nord. Aujourd’hui il y en a 30 par mois ». [34]

La frontière nord

En 1994 est entré en vigueur l’ALENA, l’une des causes les plus importantes de l’effondrement des prix dans le secteur agricole mexicain et de son résultat logique : un accroissement abrupt de l’émigration. Mais c’est aussi l’année où les Etats-Unis ont commencé à renforcer leur frontière avec le Mexique. Loin d’être une coïncidence, c’est aussi le résultat logique d’études qui ont été faites des années auparavant, des deux côtés de la frontière, et qui indiquaient que l’ALENA ne profiterait absolument pas à la majorité de la population mexicaine et que la migration en serait le résultat. [35]

En 1994 a commencé du côté états-unien, une litanie d’« opérations » pour « verrouiller » la frontière, par l’accroissement du budget de la patrouille frontalière, l’embauche de davantage d’agents, l’utilisation de véhicules blindés, de chiens, de balles en caoutchouc, d’atomiseurs de poivre, d’avions, d’hélicoptères, d’aéronefs légers de contrôle à distance, d’instruments sophistiqués pour la détection nocturne, la construction de murs, de tours portatives d’éclairage, de caméras haute-définition, de capteurs de chaleur et, éventuellement, de balles à « pointe creuse » qui explosent au contact avec le corps et provoquent « des dommages graves pour les organes internes.  » [36] Il y a aujourd’hui 11.000 agents de la patrouille frontalière qui surveillent les trois mille kilomètres qui séparent les deux pays. Le budget pour tout cela est le reflet de deux phénomènes. D’une part, l’accroissement objectif du nombre de migrants qui essayent de passer la frontière ; d’autre part, la « menace » subjective d’une nouvelle attaque de l’extérieur que craignent les Etats-uniens après le 11-Septembre.

En tout cas, l’argent pour protéger la frontière ne manque pas. Depuis 1994, les Etats-Unis ont dépensé 20 milliards de dollars pour « renforcer » la surveillance à leurs frontières. 3 milliards de dollars ont été dépensés pour la sécurité frontalière aux Etats-Unis en 2003, somme qui en 2005 s’élèvera à plus du double, soit quelques 6.2 milliards de dollars. En dépit de la profusion de ressources et de la modernité des moyens, il n’y a pas de preuves que le renforcement frontalier ait réduit la migration non autorisée vers ce pays.

Il est vrai par contre que migrer aux Etats-Unis est devenu beaucoup plus difficile. Conçues par le Centre de conflits de basse intensité du Pentagone, [37] les « opérations » spéciales de verrouillage frontalier (Guardián, Mantenga la Linea, Encrucijada, Bloqueo, Salvaguardia, Rio Grande, Vanguardia, Control Desertico et d’autres), ont eu du succès en compliquant à l’extrême le passage de migrants par les routes autrefois les plus empruntées. Mais elles n’ont pas arrêté le flux, elles l’ont seulement déplacé vers des secteurs plus dangereux, par exemple vers les déserts de l’Arizona ou les montagnes à l’ouest de Mexicali-Caléxico. Les organisations de droits humains des deux côtés de la frontière ont dénombré, depuis l’entrée en vigueur de l‘ALENA il y a 10 ans, 4.000 morts (celles que l’on sait) de migrants qui ont péri en essayant de passer la frontière, la majorité sur des terrains inhospitaliers. [38] Mais la politique d’obstruction a été vaine parce que pour beaucoup de migrants, il n’y a pas de meilleure option. La majorité fait face au dilemme de mourir lentement à la maison ou mourir avec l’illusion de changer sa situation personnelle ou familiale.

Pour l’instant les migrants devront faire face aux dispositifs « moralement réprouvables », selon la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, en plus de la militarisation et de la paramilitarisation de la frontière. La patrouille frontalière dispose du soutien de l’armée des Etats-Unis et, dans le même temps, quelques états, comme l’Arizona en 2001, ont autorisé l’installation de la garde nationale à la frontière avec le Mexique. Le plus sinistre, toutefois, ce sont les groupes paramilitaires racistes qui se sont formés à plusieurs points de la frontière. José Morena Mena, de la Coalition en défense du migrant de Basse Californie mentionne que ces groupes « exacerbent dans les communautés des localités frontalières des idées extrémistes et xénophobes contre les travailleurs mexicains sans-papiers.  » [39]

Parmi les plus virulents, on trouve le groupe Projet"Minuteman" composé de 200 paramilitaires « volontaires », y compris des pilotes, qui de manière apparemment indépendante, se sont installés à la frontière Arizona-Sonora pour défendre les Etats-Unis devant la horde d’envahisseurs. Selon la page Web du groupe, les Etats-Unis s’acheminent vers le « chaos politique et social », puisqu’un « fatras de cultures non assimilées et antagoniques » va s’emparer du pays. Si l’on n’arrête pas la migration, les Etats-Unis deviendront, selon James Gilchrist, un des leaders, « un enfer chaotique, polyglotte et multiculturel, comme l’Inde. » Selon Gilchrist, ex-soldat de la guerre contre le Vietnam, l’objectif principal du Projet "Minuteman" est « de faire sortir » les 22 millions d’« étrangers illégaux » qui selon lui résident déjà aux Etats-Unis, afin que son pays redevienne à nouveau « cohérent » et revienne « au règne des lois ». Un autre paramilitaire, Chris Simcox, du groupement Défense civile de la patrie, veut démasquer « l’hypocrisie de Washington... nous avons 100 mille soldats en train de protéger les frontières d’autres pays. Nous exigeons qu’ils soient ramenés ici pour défendre nos propres frontières ». [40]

Réformes ?

Devant l’indéniable réalité - la futilité des actuelles « barrières » de retenue, tant physiques que légales (et de quelques paramilitaires cinglés), ainsi que le refus à tout prix d’analyser les facteurs d’expulsion au Mexique et en Amérique centrale qui ont pour origine des politiques économiques ratées - les autorités états-uniennes font la seule chose qu’elles peuvent faire, c’est-à-dire produire des déclarations sur la nécessité « de réformer » l’actuel système migratoire.

Nous pouvons prendre avec précaution l’affirmation du président George Bush en janvier 2004 sur son désir de présenter un « paquet » intégral de réformes migratoires au congrès de son pays, affirmations faites dans un contexte électoral afin de gagner des votes hispaniques. La proposition était tout sauf intégrale, puisqu’elle ne considérait pas d’importants aspects (par exemple, le nombre de « bénéficiaires ») mais, enjolivée dans un langage grandiloquent sur la « compassion » qu’à partir de maintenant, oui, on offrirait aux migrants, l’a aidé à atteindre son objectif. Aux élections de novembre 2004, Bush a détrôné le Parti démocrate de sa domination proéminente parmi les électeurs hispaniques, en obtenant 44% des suffrages de ce secteur. A peine élu, Bush s’occupera de ceux qu’il a toujours favorisés : les entreprises qui ont généreusement contribué à financer ses campagnes en 2000 et 2004.

Une réforme migratoire intégrale, pour les organisations de défense des migrants aux Etats-Unis, inclurait la légalisation des sans papiers déjà établis aux Etats-Unis, la liberté pour entrer et sortir des Etats-Unis, la mobilité de travail si le décide ainsi le travailleur, le regroupement familial et les mécanismes pour obtenir la citoyenneté (états-unienne), si le migrant le désire. Mais vu l’actuel climat politique, un « paquet » intégral n’a aucune chance d’être approuvé par le congrès fédéral. Même Bush ne le proposerait pas, malgré sa récente promesse en janvier 2005 « de dépenser du capital politique » [41] pour obtenir une réforme migratoire au Congrès. Tom Hansen, du Réseau de solidarité avec le Mexique, à Chicago, est catégorique :

« Bush n’a pas tant de capital politique que ça. Il n’y aura pas réforme migratoire cette année ni la prochaine, parce qu’il devra investir son capital politique dans des affaires qui ont pour lui plus de priorité, comme la réforme de la sécurité sociale et, évidemment, l’Irak. » [42]

Loin d’une réforme migratoire, ce que les conseillers de Bush sont en train d’élaborer, c’est un nouveau programme « Bracero  » (semblable à celui qui a existé aussi entre 1942 et 1964), appelé programme « de travailleurs hôtes ». Le programme restera loin des revendications humanitaires des migrants et des organisations de solidarité aux Etats-Unis. Il fera plaisir d’abord aux grandes et moyennes entreprises qui n’ont pas encore obtenu la quadrature du cercle, en voulant assurer un flux constant de main d’œuvre bon marché et non syndicalisée, mais en même temps légale.

Beaucoup d’entreprises aux Etats-Unis n’arrivent pas à attirer d’Etats-uniens ni de résidents légaux, car les emplois qu’elles offrent se caractérisent par les trois « D » (« dirty, dangerous, dull  », « sales, dangereux et ennuyeux »). Pour ces postes, il n’y a pas de salaire attractif. Pour beaucoup d’entreprises, particulièrement des secteurs agricoles, de la construction, de la restauration, de l’hôtellerie, les abattoirs, les entreprises de transformation de la viande, de mise en boîte de produits de la pêche et autres, la solution à leur difficulté à recruter est le programme des « travailleurs hôtes ».

Un tel programme permettrait de recruter légalement une main d’œuvre mexicaine ou centraméricaine volontaire qui serait ainsi à l’abri des rafles des agents de la migration. Aujourd’hui, les détentions de sans-papiers sont un mal de tête permanent pour les patrons, car elles interrompent le processus productif. Les abattoirs, par exemple, où l’on emploie beaucoup de sans-papiers mexicains, subissent des rafles répétées et de grosses pertes du fait de l’arrêt de la « ligne d’abattage » provoqué par la détention des travailleurs.

Les entreprises veulent des travailleurs légaux mais, surtout très « flexibles ». Les entreprises évitent aujourd’hui à tout prix de longues relations de travail qui peuvent donner lieu à des prestations futures (les pensions, en particulier, mais aussi une plus grande couverture santé, des vacances, etc.). La proposition de Bush arrange les entreprises, parce que l’autorisation de travailler expirerait pour les migrants au bout de trois ans, avec un renouvellement possible pour une même période, mais ils seraient ensuite obligés de retourner dans leurs pays. Ce que veut Bush, dit Bob Menéndez, député démocrate pour le New Jersey, c’est « leur sueur et leur travail mais, en fait, il ne veut pas d’eux. La proposition sera une rotation de capital humain, qu’on utilise et qu’on jette, sans espoir de pouvoir légaliser de façon permanente [son] statut de [migrant] ». [43]

En outre, les entreprises ne veulent pas qu’on régularise le séjour des migrants, puisque ceux-ci ne veulent pas non plus les emplois « 3D » et, s’ils avaient la liberté de le faire, ils changeraient de travail.
La réponse du gouvernement mexicain a brillé par sa lâcheté. Face à la « enchilada complète » de mesures migratoires que le précédent ministre des Affaires étrangères, Jorge G Castañeda, a essayé de négocier avec les Etats-Unis avant le 11-Septembre, l’actuel chef du même ministère a suivi une politique « erratique et soumise » selon le Dr. Jorge Durand, de l’Université de Guadalajara, qui a étudié durant 20 ans la migration mexicaine. Selon Durand, Castañeda a défendu deux principes dans ses négociations initiales avec le gouvernement états-unien : responsabilité partagée et solution intégrale. [44]

Défendre des principes n’est pas dans l’actualité de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Luis Ernesto Derbez. Ses déclarations montrent clairement le changement d’analyses, et de programmes. Il faut passer, dit-il, « de cette enchilada complète au Taco Bell  », voulant indiquer, à sa manière mordante, que le gouvernement du Mexique ne proposera rien aux Etats-Unis en matière migratoire, mais qu’il attendra la proposition des Etats-Unis puisque « c’est un thème qui ne concerne que les Etats-Unis ». [45]

Aujourd’hui, le débat politique aux Etats-Unis est plutôt rare et l’extrême droite, malgré sa faiblesse en nombre, a un poids énorme dans la politique publique. Les extrémistes pourraient faire naufrager un programme d’ « employés hôtes » qui profiterait à des entreprises nord-américaines, parce que tout simplement ils ne veulent pas d’autres étrangers dans leur pays, même régularisés. Il y a des projets de loi au congrès fédéral qui promeuvent des programmes de « travailleurs hôtes », et certains prévoient des mécanismes pour régulariser les séjours des migrants aux Etats-Unis, et à long terme, pour faire venir leur famille. Les extrémistes rejettent de telles propositions et ont lancé une contre-offensive féroce « non seulement pour arrêter toute tentative de réforme des lois sur l’immigration, mais pour criminaliser, marginaliser et expulser les ‘illégaux’. » [46]

L’atmosphère anti-immigrés est palpable de mille manières différentes. Par exemple, la « Proposition 200 » approuvée largement par l’électorat d’Arizona lors des élections de novembre dernier refuserait l’accès aux services sociaux et l’octroi de permis de conduire aux sans-papiers et pénaliserait les fonctionnaires qui oseraient les leur proposer ; ou les sites racistes sur Internet, comme celui du législateur fédéral du Colorado, Tom Tancredo, qui soutient que la frontière avec le Mexique « offre une porte ouverte aux terroristes islamiques  ». [47]

On le remarque aussi dans l’apparition de groupes qui promeuvent l’interdiction dans les lieux publics de toute langue qui ne soit pas l’anglais ; dans la violation de droits légaux des prisonniers sans-papiers, ce qui signifie des déportations « express », sans droit à être entendu. Le relent raciste se ressent aussi au niveau théorico-idéologique, comme dans le livre récent du célèbre historien Samuel P. Huntington, qui affirme que la migration latine aux Etats-Unis, en mettant l’accent sur la mexicaine, « menace les valeurs anglo-protestantes » qui sont « le credo de la culture états-unienne ». [48]

On le remarque aussi dans des détails insignifiants. L’Institut national de la migration du gouvernement mexicain a publié une brochure qui donne des conseils à ceux qui partent (emporter de l’eau en suffisance, suivre les voies des trains ou les installations électriques si l’on se perd dans le désert, etc.), et qui énumère leurs droits en cas de détention. Mais la brochure a provoqué un tollé général parmi les forces anti-immigrés. « Le gouvernement mexicain est en train de soutenir et d’inciter une invasion illégale » de Mexicains aux Etats-Unis, a déclaré le député fédéral de l’Arizona J.D. Hayworth. Pour sa part, le législateur Tancredo renchérit, « ceci n’est pas l’action d’un voisin amical », en se référant à la brochure. A la surprise de personne, le gouvernement mexicain a baissé les bras, une fois de plus, en retirant la brochure de la circulation tandis que les autorités affirment que, oui, la mortalité des migrants aurait baissé. [49]

Et le Canada ?

L’atmosphère au Canada est historiquement tolérante envers les immigrés et il y a un cadre législatif avancé pour combattre le racisme et la discrimination. Toutefois, depuis 1966, le programme bracero (journalier) canadien, appelé « Travailleurs agricoles temporaires », dans le cadre duquel travaillent 17.000 étrangers, dont 10.000 Mexicains, a démontré qu’au Canada non plus on ne veut pas « d’eux », les immigrés. On veut et on a besoin de leur travail, sans lequel certaines industries n’existeraient pas au Canada, mais on dissimule et escamote leurs droits aux travailleurs.

Le syndicat UFCW-Canada, dans son dernier rapport sur les travailleurs agricoles immigrés dans ce pays, présente une longue liste d’abus dont le gouvernement canadien a refusé de s’occuper. [50] Par exemple, l’UFCW dénonce que les travailleurs agricoles ne disposent pas des garanties et des droits qu’ont des travailleurs d’autres secteurs. 90% des immigrés qui travaillent à la campagne occupent les postes les plus dangereux dans tout le monde du travail, mais ne reçoivent pas de formation, ni d’équipement ou de vêtement de protection adéquats. Ils ne jouissent pas de protection en cas de maladie ou d’accidents de travail.

Les immigrés, pendant des années, ont payé des cotisations obligatoires, qui s’élèvent à des millions, au fonds d’assurance en cas de chômage, mais n’en ont jamais perçu les bénéfices. Si un patron n’est pas satisfait de son employé, pour n’importe quel motif, il peut le renvoyer sur le champ, ce qui en général signifie son rapatriement immédiat sans audition ni droit de faire appel. Les travailleurs agricoles sont exclus, de manière « arbitraire et discriminatoire », selon le syndicat, du droit de s’organiser et de négocier collectivement avec leurs patrons, ni ne peuvent faire grève. Le syndicat dénonce, en outre, que le gouvernement fédéral canadien dissimule délibérément le mécanisme pour déterminer le salaire des immigrés, pour en faire profiter les patrons des exploitations agricoles où ils travaillent. Le logement offert aux travailleurs migrants, selon le syndicat, est déplorable, en particulier celui qui met en danger leur vie. La pratique est commune de loger les immigrés dans les serres où sont stockés et utilisés des produits chimiques, des fertilisants, des herbicides. L’ONG canadienne Justice pour les travailleurs immigrés dénonce aussi d’autres abus comme l’obligation de travailler des heures supplémentaires sans paiement compensatoire (des journées de 12-16 heures sont communes). [51]

Dans le programme ; l’ « enchaînement » des immigrés à un seul patron et par conséquent l’interdiction de laisser un emploi et d’en chercher un autre, a conduit Tanya Basok, chercheuse canadienne sur l ‘immigration mexicaine au Canada, à qualifier les travailleurs qui participent au Programme de « unfree » (littéralement « non libres »). [52]

Il y a des Mexicains qui ont travaillé déjà plus de 20 ans dans le programme canadien, ce qui signifie que pendant cette période, ils ont vécu plus de temps au Canada qu’au Mexique et ils ont contribué davantage à l’économie de ce pays, en soutenant des industries entières par leur travail. Toutefois, vu les conditions actuelles, ils ne pourront jamais être plus que des travailleurs agricoles, jamais ils ne pourront s’intégrer à la société canadienne, jamais ils ne pourront chercher du travail au Canada de manière indépendante, ni ne pourront solliciter la naturalisation afin de s’établir dans le pays, s’ils le souhaitent.

De telles restrictions démontrent que le Programme pour travailleurs agricoles temporaires fait partie d’une tendance mondiale à vouloir canaliser les immigrés vers des emplois spécifiques (ceux dont les citoyens du Nord ne veulent pas) et vouloir en contrôler le paiement et les prestations par des mécanismes « faits à la mesure » des patrons. Ce sont des éternels travailleurs jetables, à qui on extirpe la force et la jeunesse et qui ensuite sont renvoyés pour que leur pays d’origine prenne en charge les coûts sociaux.

En conclusion

Pour les élites du Nord et du Sud, il ne convient pas de faire trop de pression pour changer la situation actuelle. Pour celles du Sud, l’émigration massive de ces dix ou quinze dernières années signifie moins de pression en matière de travail et de démographie chez eux, des économies dans les (déjà en soi diminués) services sociaux et l’attrait pas du tout négligeable de nombreux envois d’argent par les émigrés. Pour les élites du Nord, arrêter le flux migratoire n’est pas souhaitable non plus, spécialement pour les secteurs industriels, agricoles ou de services, dont la composante travail est importante dans leur processus productif.

Bien qu’il soit certain qu’une partie de la vague migratoire est due à des raisons extra-économiques, comme les guerres et les catastrophes naturelles, on a ici soutenu qu’il s’agit plus largement d’un phénomène provoqué par des politiques émanant de l’actuel modèle néo-libéral, qui favorisent d’abord les intérêts des grandes entreprises. Changer le statu quo requerrait de remettre en cause le modèle excluant et « expulseur », qui ne bénéficie qu’à certains intérêts économiquement forts, et de le démonter.

La seule chose qui pourrait renverser le flux de migrants pauvres est un modèle économique mondial différent qui favoriserait la croissance interne, le marché domestique, les priorités nationales des pays pauvres (si on peut encore parler de nations). Sans changement radical, ce qui se profile dans les prochaines décennies, est une croissante et incontrôlable marche de pauvres déracinés du Sud vers les citadelles prospères du Nord.

Toutefois tout cela se sait depuis des années, puisqu’il était relativement facile de prévoir ce qui arriverait avec les actuelles politiques néo-libérales. Une étude « prophétique » dans ce sens a été écrite trois ans avant l’entrée en vigueur de l’ALENA et, précisément pour la clairvoyance de ses propos, cela vaut la peine de la citer in extenso. Il s’agit Des effets probables d’un traité de libre-échange sur la campagne mexicaine, du professeur José Luis Calva. En 1991 Calva écrit,

Si les millions de familles paysannes expulsées des terres cultivables trouvaient un emploi dans nos villes dans un cadre de libre commerce avec les Etats-Unis et le Canada, l’expectative serait de toute façon bouleversante, par le déchirement social que signifierait l’effondrement du mode de vie des gens du monde rural, mais elle serait moins catastrophique. Les expulsés des campagnes auraient un emploi et finiraient par trouver un nouveau style de vie dans les villes, même s’il ne s’agit que de celui des Fils de Sanchez [53].

Le problème sérieux réside dans le fait que les « expulsés » des campagnes ne trouveraient pas d’expectatives réelles d’être absorbés par le marché du travail au Mexique.

L’expulsion des campagnes de trois millions de familles, signifierait alors, leur expatriation ou leur déportation aux Etats-Unis et au Canada.

Si les gouvernements et les législatures des trois pays décident la libéralisation commerciale agricole, les citoyens états-uniens doivent se préparer à recevoir autour de 15 millions d’immigrés mexicains. La Border Patrol ne pourra pas les arrêter ; et même le nouveau rideau de fer, érigé à la frontière dans une atmosphère où la Guerre froide a cédé la place à la guerre économique entre les nations, cédera devant la pression de millions de Mexicains jetés hors de leurs campagnes par le Free Trade. [54]

Tout était prévisible pour ceux qui voulaient le voir. Les conséquences commencent seulement maintenant à se profiler avec davantage de clarté.

Notes :

[1Barrón, Antonieta et José M. Hernández, « Los nómadas del nuevo milenio » in Cuadernos Agrarios, Mexique no.19-20, 2000.

[2Selon le Centro de Recursos Centroamericanos au Salvador, cité par Hernández Navarro, Luis, « Migración y café en México y Centroamérica », Rapport spécial, Programme des Amériques, Nouveau Mexique : Interhemispheric Resource Center, 3 novembre 2004.

[3La Chambre de commerce des Etats-Unis calcule que dans les dix prochaines années, entre dix et quinze millions de nouveaux travailleurs seront nécessaires pour des emplois à bas salaires dans ce pays, une main d’oeuvre qui pourra seulement être trouvée à l’étranger. Voir Cason, Jim y David Brooks, « La reforma migratoria en Estados Unidos : mucho humo y poco fuego », supplément Masiosare, La Jornada, 28 novembre 2003.

[4Voir Source Mex ([http://ladb.unm.edu), « Flow of undocumented Mexicans into U.S. expected to continue at same pace », 12 janvier 2005 et la revue Milenio, México, « ¿De dónde son los migrantes ? », 1er mars 2004, p. 59.

[5Freeman, Alan, « Border blitz targets “invaders” from Mexico », Globe and Mail, Toronto, 28 janvier 2005, www.globeandmail.com.

[6Voir : Source Mex, op.cit. ; Levine, Elaine, «  Diez años después y seguimos exportando mano de obra barata a Estados Unidos », dans la revue Memoria, México, no. 187, septembre 2004 ; et La Jornada, rubrique économique, 1er février 2005, « Aumentaron 24% remesas de mexicanos en el extranjero en 2004:BdeM ».

[7Le montant des “remesas” [l’argent envoyé par les migrants à leur pays d’origine, ndlr] est supérieur au « solde de la balance commerciale des hydrocarbures dont le revenu net (une fois décompté les coûts de l’importation des produits dérivés du pétrole) fut de 13 milliards 439 millions de dollars », selon La Jornada, rubrique économie, 1er février 2005, op.cit.

[8Smith, Robert, « Mexicanidad en Nueva York : emigrantes que buscan un nuevo lugar en el viejo orden racial », NACLA Report on the Americas, New York, Vol. 35, No. 2, septembre-octobre 2001. Version en espagnol disponible sur Internet : www.nacla.org.

[9Brooks, David, « Migrantes extranjeros se apoderan de NY », La Jornada, 25 janvier 2005.

[10Gómez Cruz, Manuel Angel y Rita Schwentesius, « Desastroso impacto del TLCAN en el sector agroalimentario : es urgente una posición del legislativo para su revisión », CIESTAAM, México, p.4. Les auteurs ajoutent : « Le Mexique ne profite pas des marges négociées : il n’a jamais récolté les taxes douanières des importations hors-quota dans les cas du maïs et des haricots, de telle sorte que dans le cas du maïs, la perte fiscale depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA est de quasi 2.800 millions de dollars et dans le cas des haricots de 77 millions de dollars, rien de plus que les importations depuis les Etats-Unis. »

[11Avilés, Karina, « El TLCAN, cerca de dejar a Chihuahua sin campesinos », La Jornada, rubrique politique, 4 janvier 2005.

[12Poy Solano, Laura, « Aumentan los migrantes con mayor preparación académica, revela análisis », La Jornada, rubrique politique, 31 décembre, 2004.

[13Diocèse de San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, « Asamblea diocesana sobre migrantes », manuscrit, 3 & 4 février 2004, p.9-10.

[14Nous utilisons la définition du mot “génocide” de l’ONU, établie dans la Convention sur la prévention et le châtiment du crime de génocide, 1948, article 2 : « Dans la présente convention, génocide signifie tous les actes suivants, réalisés avec l’intention de détruire, totalement ou partiellement, contre un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme [...] c) infliger délibérément au groupe des conditions de vie calculées afin de réaliser sa destruction physique, totalement ou partiellement ».

[15Avilés, Karina, « Ofensiva neoliberal crea pueblos fantasmas en zonas agrícolas », La Jornada, rubrique politique, 3 janvier 2005.

[16Pérez, Matilde, « Políticas oficiales provocan que 50 mil productores dejen el agro cada año », La Jornada, rubrique politique, 3 janvier 2005.

[17Bureau du Haut commissariat des Nations Unies pour les droits humains au Mexique, « Diagnóstico sobre la situación de los derechos humanos en México », México, décembre 2003, p.172.

[18Les maquilas sont des entreprises de sous-traitance, filiales de multinationales, faisant appel à une main-d’œuvre non qualifiée. « Maquila » est un terme d’origine arabe signifiant «  portion de grain, de farine ou d’huile qui revient au meunier pour la mouture ». Ce terme est invariablement associé à une précarité du travail, à une absence de libertés syndicales et de négociations, à des salaires de misère, à des journées de travail interminables et épuisantes et - il faut le souligner - à l’embauche prioritaire de femmes. (ndlr)

[19Carrillo, Jorge y Redi Gomis, « Los retos de las maquiladoras ante la pérdida de competitividad », revue Comercio Exterior, México, avril 2003.

[20Poy Solano, Laura, op.cit..

[21« 100% des Salvadoriens qui traversent notre pays sont victimes de mauvais traitements et, dans leur majorité, de vols, d’extorsions, de coups, de détentions arbitraires et d’abus sexuel. C’est l’organisation de migrants El Rescate, de Los Angeles, en Californiea -une des plus anciennes dans ce domaine, aux Etats-Unis, qui apporte cette donnée », extrait de Najar, Alberto, « El costo de cuidar el patio trasero », La Jornada, supplément Masiosare, 9 février 2003.

[22Najar, Alberto, « El largo brazo de la migra mexicana : una historia conocida », La Jornada, supplément Masiosare, 18 mai 2003, p.7.

[23Selon Ana Isabel Soto, directrice du Centre des droits humains « Fray Matías de Córdova » à Tapachula, au Chiapas, le Plan Sud a peut-être disparu, mais seulement son nom car les cinq programmes d’opérations que le plan a dessinés continuent à se développer (conversation téléphonique, 2/03/05).

[24Cité dans Sandoval, Juan Manuel, « Migración y seguridad nacional en las fronteras sur y norte de México », exposé présenté en juin 2003, Première rencontre internationale sur le développement et l’intégration régionale dans le Sud du Mexique et en Amérique centrale, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, Mexique, p. 16.

[25Cité dans The Guardian Weekly, 11 mai 2004, p.17.

[26Nations-Unies, Commission des droits humains, « Grupos e individuos específicos : trabajadores migrantes : Informe presentado por la Relatora Especial, Sra. Gabriela Rodríguez Pizarro, de conformidad con la resolución 2002/62 de la Comisión de Derechos Humanos, Visita a México », p. 9.

[27Diario Co Latino, « México está en riesgo de ser enemigo de toda Centroamérica », 20 novembre 2002, disponible sur www.diariocolatino.com.

[28Martínez Velasco, Germán y Jorge López Arévalo, « Dinámica demográfica y marginación : el caso de Chiapas », in Territorio y economía, SIREM, México, numéro spécial 3, 2004, p. 21.

[29Pérez, Matilde, op.cit..

[30Hernández Navarro, op.cit., p.11.

[31Balboa, Juan, « La migración de Chiapas hacia EU se agudizó con Fox y Salazar : expertos », La Jornada, rubrique politique, 11 octobre 2004.

[32Ibid.

[33Ibid.

[34Conversation personnelle, 15/01/05.

[35Voir, par exemple, Calva, José Luis, Probables efectos de un tratado de libre comercio en el campo mexicano, Fontmara, México, 1991 (3e édition 1994), en particulier le chapitre « El éxodo rural y su destino ».

[36Ross, John, « 2004 Has Been a Big Year for Homeland Security’s New Migra—and a Bad One for Undocumented Workers from the South », Weekly News Update on the Americas, 28 novembre 2004. Pour avoir plus d’information sur les balles à « pointe creuse », voir www.stopgatekeeper.org/English/bull....

[37California Rural Legal Assistance Foundation’s Border Project, « Operation Gatekeeper, Fact Sheet », 30 avril 2004, www.stopgatekeeper.org , p. 3.

[38La source de la note de bas de page antérieure parle sur sa page Web principale de 3.000 migrants morts identifiés (les noms s’y trouvent), plus un autre millier de migrants morts « non identifiés ».

[39Morno Mena, Jesús, « La violencia hacia los migrantes », in Migración : México entre sus dos fronteras, 2a parte, Foro Migraciones, México, octobre 2001.

[40Freeman, Alan, op.cit.

[41Curl, Joseph, « Bush vows push on immigration », Washington Times, 12 janvier 2005, www.washingtontimes.com.

[42Conversation téléphonique, 22/01/05.

[43AFL-CIO, « Bush Immigration Plan ‘Creates a Permanent Underclass of Workers’ », déclaration émise le 7 janvier 2004, www.aflcio.org.

[44Durand, Jorge, « Una política errática y agachona », La Jornada, supplément Masiosare, 16 février 2004.

[45Vargas, Rosa Elvira, La Jornada, rubrique politique, « No te puedo ofrecer nada : Bush a Fox sobre el acuerdo migratorio », 22 novembre 2004.

[46Brooks, David, La Jornada, rubrique politique, « Preparan ofensiva antinmigrante en EU », 4 janvier 2005.

[47Barry, Tom, «  Immigration Restrictionism Gains Political Clout », Americas Program, Interhemispheric Resource Center, Nouveau Mexique, 14 octobre 2004.

[48Le livre de Huntington s’appelle Who Are We : The Challenges to America’s National Identity. Pour une réaction de condamnation méritée, voir “MALDEF and LULAC rebuke Samuel Huntington’s theories on Latino immigrants and call on America to reaffirm its commitment to equal opportunity and democracy”, disponible sur la page Web de MALDEF, www.maldef.org.

[49Source Mex, op.cit.

[50UFCW-Canadá, “The Status of Migrant Farm Workers in Canada, 2003”, p. 3, disponible sur www.ufcw.ca .

[52Mais que nous avons traduit aussi comme “semi-esclaves”. Voir www.ciepac.org/bulletins/301-%20500....

[53Los Hijos de Sanchez” est un ouvrage de l’Etats-unien Oscar Lewis, interdit un temps au Mexique, sur ladite culture de la pauvreté. (ndlr)

[54Calva, op .cit., p. 75.

Source : Programa de las Américas / International Relations Center (www.ircamericas.org), mars 2005.

Traduction : Diane Quittelier, Isabelle Dos Reis, Frédéric Lévêque, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

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