Bilan du gouvernement de Ricardo Lagos et réflexions sur les perspectives du processus politique chilien pour l’année 2005
par Marcelo Solervicens
Article publi le 10 juillet 2005

Le 11 mars, on a fêté au Chili les 5 ans de gouvernement du président socialiste Ricardo Lagos qui,  la tête de la coalition de partis Concertation des partis pour la démocratie, entre dans sa dernière année de gouvernement. Une bonne occasion pour analyser la réalité chilienne actuelle et formuler quelques réflexions sur ses perspectives.

Ricardo Lagos est le troisième président consécutif de la coalition gouvernante depuis 1990. Il a été élu en 2000 et est reconnu actuellement comme un bon président par l’ensemble de la classe politique,  gauche comme  droite, puisque son style a rétabli la dignité et l’autorité de la présidence dans un pays où le président est un acteur politique fondamental. Son mandat s’est caractérisé par la volonté de donner un caractère plus humain au pays qui est considéré comme celui ayant le système économique le plus néolibéral de la planète.

Lagos a réussi  mettre en application certaines réformes. Entre autres, celle d’introduire le dénommé Plan AUGE [1] dans le système de santé ; celle de garantir la promotion d’une réforme du système judiciaire qui permettra un traitement plus rapide des procès et qui donnera au ministère public un rôle d’enquêteur aujourd’hui assumé par les juges ; celle de la réduction de la semaine de travail de 48  45 heures malgré les critiques des chefs d’entreprises.

En dépit de ces mesures partielles, les plus grandes réussites du troisième gouvernement de la Concertation se situent au niveau macroéconomique. D’une part, il a veillé  la récupération de l’activité économique en 2004, atteignant presque 6% de croissance, et augurant des niveaux de croissance semblables  ceux qui firent parler du Chili comme du Tigre latino-américain dans les années 90. D’autre part, il a poursuivi le projet d’insertion internationale du Chili, initié par les militaires avec l’ouverture  l’économie mondiale des années 70, grâce  la signature de traités de libre-échange, entre autres, avec les ‰tats-Unis et l’Union européenne, et en consolidant la structure diversifiée des exportations chiliennes.

Il faut également souligner que c’est sous le gouvernement de Lagos qu’il y eut certaines avancées dans les tribunaux en matière de jugements contre les coupables des violations des droits humains commises durant la dictature. Il est nécessaire de rappeler, cependant, que cela est d » aux longues années de travail de juges et d’avocats honnêtes, ainsi que d’organisations de défense des droits de l’Homme et non pas  une initiative du gouvernement, qui n’a jamais accepté de prendre partie dans ces affaires. Parmi les réussites les plus importantes il y a le nouveau procès contre Pinochet intenté par le juge Juan Guzmán, pour l’opération Cóndor [2] et l’opération Colombo [3], grâce auquel il a pu contourner l’impunité accordée dans l’affaire de la Caravane de la Mort 2002, lorsque la Cour suprême accepta la thèse de l’apparente démence sénile de l’ancien dictateur. Dans le même registre, on peut souligner également la nouvelle condamnation de Manuel Contreras et de l’Etat-major de la police secrète de Pinochet, la sinistre DINA. € cela s’ajoute le procès intenté par le juge Juan Guzmán contre les responsables politiques de la dictature tels que le ministre de l’Intérieur Julio César Benavides, Enrique Montero Marx et  présent aussi, contre le premier civil lié au régime militaire, l’actuel sénateur Sergio Fernández, pour complicité dans la disparition des prisonniers politiques. Un nouveau geste des autorités judiciaires qui a eu un effet dévastateur au sein de la droite.

Pour compléter le tableau de remise en question du régime militaire, il faut ajouter l’enquête pour évasion fiscale sur Pinochet, pour ses millions déposés sur des comptes bancaires  la Banque Riggs. Cette banque vient de reconnaître, en versant près de 9 millions de dollars  la Fondation Allende en Espagne [4], qu’elle s’était prêtée au jeu de Pinochet en occultant les fonds accumulés par le dictateur durant la dictature, pour échapper au gel de ses fonds ordonné par le juge Baltazar Garzón.

Lagos n’a pas réussi  clore définitivement, comme il l’aurait voulu, le chapitre des violations des droits de l’Homme durant la dictature, grâce  sa proposition de 2003 « Nunca Más  » (« Plus Jamais  »). Malgré cela, ce fut une avancée indubitable que de reconnaître au nom de l’appareil d’Etat que la dictature a utilisé de manière systématique la torture, et en accordant un niveau minimum de réparation avec la loi controversée sur presidio político y tortura. Force est de constater que par son caractère imprescriptible, il est difficile de clore définitivement le chapitre de la « torture  » comme il cherchait  le faire, même si ceux qui recevront une réparation sont obligés de déclarer qu’ils abandonnent pour toujours la possibilité d’accuser leurs bourreaux.

Le gouvernement de Ricardo Lagos a aussi obtenu que les Forces armées demandent pardon aux familles et aux victimes des violations des droits de l’Homme. Une avancée, même si les Forces armées continuent  rester muettes sur le destin des prisonniers politiques disparus. Le problème est que l’actuel commandant en chef de l’Armée, Emilio Cheire, a signalé que cette branche des Forces armées ne fera plus de commentaires sur les thèmes de violations des droits de l’Homme qui ont eu lieu sous la dictature. Tout cela nous amène  dire que le bilan du gouvernement de Lagos en matière de justice et de réparation pour violations des droits de l’Homme est assez ambigu.

Du côté clairement négatif du bilan du gouvernement de Lagos, on peut souligner l’usure du pouvoir, et cela même si la Coalition de gouvernement maintient ses résultats aux élections parlementaires ou municipales, et même si le président Lagos conserve une côte de popularité de l’ordre de 60%. Des scandales inacceptables ont surgi, comme celui des « coimas  » (pots de vin), ou ceux du ministère des Travaux publics [MOP, Ministério de Obras Públicas], connus sous le nom de MOP-gate qui a révélé des débuts de faits de corruption de la classe politique liés  la longue permanence au pouvoir de la Concertation des partis pour la démocratie, au pragmatisme et  l’individualisme régnant.

Il faut également souligner que le mandat de Lagos s’est caractérisé par l’immobilisme en ce qui concerne les aspects essentiels de la nécessaire démocratisation du Chili. D’une part, la droite politique continue d’être sur-représentée au Congrès grâce  la Constitution héritée des militaires, provoquant une énorme distorsion qui fait que la structure politique n’est pas représentative de la réalité chilienne. Bien que les déclarations favorables au changement de la Constitution aient augmenté et que certains parlent même d’appeler  un nouveau plébiscite pour la changer, il est fort probable que cela n’arrivera pas sous le gouvernement actuel, tout du moins pour ce qui est des aspects fondamentaux de la Constitution.

Alors que la droite est sur-représentée, les partis de gauche qui ont participé activement  la lutte pour le retour de la démocratie au Chili continuent d’être exclus du système politique représentatif. C’est le cas non seulement du Parti communiste, mais aussi d’autres formations telles que les écologistes ou les humanistes. La secrétaire générale du Parti communiste, la grande combattante pour la démocratie au Chili, Gladis Marín, agonise [5] sans avoir pu réinsérer son parti au sein du système politique. Mais sa maladie a mené  la reconnaissance chaque fois plus importante du rôle historique de ce parti dans le processus politique chilien et dévoile l’aberration que celui-ci soit exclu du Parlement  cause d’artifices de la loi électorale héritée des militaires.

Lagos est parvenu  maintenir l’unité de la coalition gouvernementale, même si les démocrates-chrétiens y ont laissé des plumes et si les socialistes ont obtenu des résultats guère meilleurs que ceux de la coalition de gauche extraparlementaire aux dernières élections municipales. Après avoir formé divers partis politiques dans les années 90, la coalition de gouvernement s’est regroupée autour d’un pôle démocrate-chrétien et d’un autre pôle socialiste, où cohabite aussi le Parti pour la démocratie. Ceci a été  l’origine de la suppression de la diversité du discours politique et du développement du marketing politique comme principale dynamique.

L’immobilisme se manifeste également dans le domaine social. Bien qu’il ait réussi, comme les gouvernements d’Aylwin [6] et de Frei [7],  maintenir la paix sociale, il est certain qu’il existe un consensus selon lequel ce sont les secteurs populaires qui ont supporté le poids fondamental du modèle néolibéral chilien, avec de longues journées de travail, de bas salaires et un taux de chômage élevé, avec de grandes difficultés et des obstacles  l’organisation des travailleurs en syndicats, qui atteint  peine plus de 5%.

Les problèmes les plus graves et contradictoires avec le discours de la Concertation sont relatifs aux conditions de vie des secteurs populaires. C’est ce que prouve une redistribution extrêmement régressive des revenus qui d’après la Banque centrale [8] n’ont pas évolué au cours de ces 20 dernières années. D’après l’étude de la Banque centrale, le cinquième le plus riche de la population gagne 19 fois plus que le cinquième le plus pauvre, ce qui représente l’une des pires répartitions de la richesse au monde, proche de celle du Brésil.

Un bilan négatif peut être aussi fait par rapport aux efforts réels du gouvernement pour contrecarrer les effets désastreux du modèle exportateur de ressources naturelles sur l’environnement. L’exemple le plus récent est celui de la mort de milliers de cygnes provoquée par les déchets de l’entreprise Celulosa Arauco (Cellulose d’Araucanie) déversés dans un lac au sud du pays,  Valdivia.

Dans une perspective plus large, même si le Chili a bénéficié de l’augmentation du prix du dollar pour retrouver une croissance annuelle de 5,9%, il est clair que le modèle d’exportation s’épuise dans la mesure où ladite « deuxième phase exportatrice  » n’a pas été développée. Le gouvernement insiste pour privilégier la stratégie qui transformera le Chili en « pays plate-forme pour les entreprises transnationales  » même si cela ne permet pas de résoudre le problème du chômage, considéré comme le problème actuel majeur. Tout cela est lié au fait que la nouvelle réactivation ne fait pas diminuer le chômage et que les entreprises exportatrices utilisent chaque fois moins de main d’“uvre. Les observateurs estiment qu’il faut développer l’industrie nationale et celle qui donne de la valeur ajoutée aux exportations, si l’on veut assurer le développement harmonieux du pays.

Les perspectives économiques : continuité

D’un point de vue économique, le gouvernement espère que le Chili sortira définitivement en 2005 de la longue récession qui a débuté en 1997 avec la crise asiatique, et qui avait entraîné une croissance négative en 1999. On s’en souvient, le chômage engendré par la récession avait durement affecté la côte de popularité de la coalition au gouvernement, permettant que le candidat de la coalition de droite « Alianza por Chile  » (« Alliance pour le Chili  »), Joaquín Lavín, remporte presque les élections contre l’actuel président Ricardo Lagos, qui finit par les remporter au deuxième tour en janvier 2000 grâce aux voix de la gauche extraparlementaire.

L’économie chilienne a cr » de 5,9% en 2004, laissant derrière elle la moyenne de 3% qu’elle affichait depuis 1998. Les autorités gouvernementales et les autorités financières espèrent un même chiffre de croissance pour 2005. L’économie chilienne profite de la hausse du prix du cuivre grâce  l’augmentation de la demande provoquée par l’industrialisation de la Chine qui, avec des niveaux de croissance annuelle de l’ordre de 9%, est devenu le moteur de l’activité économique mondiale. Ceci, néanmoins, met en évidence que le cuivre continue  être la principale attraction pour les investissements transnationaux et la principale exportation chilienne, mais  très faible valeur ajoutée. En outre, l’Etat bénéficie seulement en marge de cet essor parce que la CODELCO [Corporation nationale du cuivre, entreprise étatique de production de cuivre, ndlr] contrôle un pourcentage chaque fois plus réduit du cuivre. Force est de rappeler que l’utilisation de ces fonds se voit réduite car 10% sont versés d’office aux Forces armées  cause d’une loi datant de l’époque du régime militaire. € cela s’ajoute le fait que, dans le secteur privé en croissance, les entreprises minières transnationales continuent  ne payer que peu ou pas du tout d’impôt après l’échec du controversé projet de Royalty que le gouvernement a essayé d’imposer l’an dernier. Le gouvernement espère lancer un nouveau projet en 2005 que, bien que plus modéré encore que le précédent, il n’est pas s »r de pouvoir adopter avant les élections présidentielles car il a besoin de l’appui de la droite pour gagner l’élection au Congrès. Il faut rappeler qu’un aspect fondamental du climat favorable pour l’investissement des transnationales minières, est l’aspect fiscal, puisque les entreprises qui réinvestissent sont faiblement taxées voire exemptes d’impôts, ce qui contribue au processus d’achat d’entreprises et de concentration économique, affectant non seulement l’industrie minière mais aussi les autres secteurs économiques. En effet, les observateurs trouvent préoccupante l’existence d’un processus croissant de concentration économique qui touche durement les industries et les activités commerciales destinées au marché intérieur, où le secteur de la petite et moyenne entreprise est défavorisé et où les achats et les fusions d’entreprises entraînent le chômage.

Comme nous le signalions, la préoccupation majeure des experts est que la récupération économique se fait avec un taux élevé de chômage et avec une inflation négative. Tout porte  croire que la structure productive qui est née de l’adaptation  la récession de 1997 répond  une demande extérieure plus importante mais aux dépens d’une utilisation intensive de main d’“uvre. Cela est particulièrement évident dans les régions fruitières où les producteurs ont introduit des machines qui réduisent de manière drastique l’utilisation d’une main d’“uvre abondante qui a caractérisé pendant des années la production fruitière de la zone centrale. L’économie chilienne en 2005 révèle, d’après un expert, une « robuste croissance relative, soumise  la divine providence extérieure, associée  un chômage élevé  » [9].
De plus, une nouvelle préoccupation se profile. Malgré une réactivation économique, l’inflation est redevenue négative en décembre et en janvier, selon l’Institut national des statistiques. Cela montre que la demande et la consommation des personnes continuent  être basses en raison des bas salaires.
€ cela s’ajoutent les difficultés récurrentes des exportations chiliennes pour accéder ou pour se maintenir présentes sur les marchés des pays développés, et ce malgré les accords commerciaux, comme c’est le cas avec la scandaleuse taxe compensatoire décidée par l’Union européenne sur le saumon d’élevage chilien qui se vend  très bas co »t.

Malgré ces nuages qui se profilent  l’horizon du modèle néolibéral, les analystes s’accordent  penser que les élections présidentielles de décembre ne vont rien changer : ni la coalition au gouvernement, ni la droite politique ne se proposent de changer fondamentalement le modèle économique. Les grands défis, ceux de pouvoir répondre aux besoins d’une meilleure qualité de vie de la population - chose impossible avec un modèle tourné essentiellement vers le marché extérieur - sont occultés. C’est un débat qui n’existe même pas au sein de la Concertation. Ce n’est qu’au sein de la coalition de gauche « Juntos Podemos  » (Ensemble nous pouvons) que se construisent publiquement de nouvelles alternatives. Mais les perspectives de ce mouvement, exclu du système politique parlementaire, sont stratégiques et n’ont pas de possibilités d’incidence effective pour le moment.

Perspectives politiques : de grandes avenues s’ouvriront-elles ?

Le système politique chilien semble stable et favorable  la continuité de la coalition au gouvernement. Tout indique que le prochain président appartiendra de nouveau  la coalition qui gouverne le Chili depuis 1990. Cette fois, la coalition de gouvernement fera élire une femme pour la première fois dans un pays d’Amérique du Sud. Le débat est de savoir si la présidente sera la fille d’un ministre militaire de Salvador Allende assassiné par les militaires après le coup d’état, Michelle Bachelet, qui est actuellement la porte-parole du Parti socialiste. Bachelet s’est faite connaître par son travail comme ministre de la Défense. L’autre candidate est l’ex-ministre des Affaires étrangères, la porte-parole des démocrates chrétiens, Soledad Alvear. Elle a présidé la signature du traité de libre-échange avec les ‰tats-Unis et l’Union européenne. Les sondages indiquent que la socialiste Michelle Bachelet sera confirmée comme candidate de la Concertation en juin prochain.

Même si les candidatures féminines dévoilent un calcul politique grâce auquel le gouvernement cherche  présenter une image de changement et de modernité, il est certain que la probable élection d’une femme  la présidence est un grand succès dans un pays machiste comme le Chili.

La victoire probable et inédite pour un quatrième mandat présidentiel consécutif d’une coalition au gouvernement du Chili est essentiellement le résultat de l’effondrement de la popularité du candidat vedette de la droite Joaquín Lavín qui en 2000 avait presque remporté les élections. En effet, depuis les élections municipales de 2004 au cours desquelles la droite s’est effondrée, personne ne croit que Joaquín Lavín puisse opter sérieusement pour la présidence. La coalition de gouvernement, avec des candidates femmes, incarne davantage l’image du « changement  » qui avait donné une force particulière  la candidature de Lavín en 1999. En outre, les bon résultats macro-économiques du pays créent un contexte positif qui n’existait pas pour les présidentielles de 1999-2000.

D’un point de vue politique, le discrédit définitif de la dictature militaire, même pour la droite elle-même, est le constat le plus important. La corruption économique de Pinochet et de ses acolytes, dévoilée par l’enquête états-unienne contre la Banque Riggs, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. A cela s’ajoutent les procès intentés contre les militaires pour violation des droits de l’Homme et l’extension des procès aux responsables politiques, avec la récente initiative du juge Juan Guzmán, qui s’attaque aussi au sénateur Sergio Fernández, le premier civil qui sera privé de son immunité et jugé pour complicité avec la dictature. Ceci représente le prologue de la véritable fin de la transition. Autrement dit la dissipation de la peur du régime dictatorial.

C’est pourquoi le panorama qui se prépare pour les élections présidentielles de décembre est révélateur du maintien du schéma traditionnel des trois tiers de la politique chilienne. Le sociologue de la Concertation et théoricien de la modernisation du système politique chilien, Eugenio Tironi, reconnaît  présent qu’il se trompait lorsqu’il pensait, comme pour les élections présidentielles de 2000, qu’avait surgi un nouveau type d’électeur, consommateur et non citoyen, personnifié alors dans la figure de Fernandez. [10]

Avec cela, les thèmes ajournés par le pacte signé avec les militaires en 1989, peuvent commencer  être abordés : remise en question de la stabilité politique construite sur l’exclusion des secteurs politiques de gauche, sur-représentation de la droite et surtout remise en question de la fin des utopies portées historiquement par la gauche chilienne. Remise en question aussi évidemment des problèmes de durabilité et d’injustice dans la redistribution des richesses qui se cachent derrière le succès apparent du modèle économique néolibéral.

Un processus qui, dans un contexte où croît la formulation de nouvelles alternatives de la part des gouvernements sud-américains, ouvre de nouveau le débat sur la vocation latino-américaine du Chili, malmenée par les efforts du gouvernement pour que le ministre de l’Intérieur Insulza devienne le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains [11].

D’un point de vue international, le Chili continue  être cité comme modèle néolibéral. Il est certain qu’avec l’établissement d’un bloc latino-américaniste, avec pour leader le Brésil, le prochain gouvernement chilien sera obligé de se positionner sur des sujets concernant la redistribution des revenus et l’agenda social, qui sont les thèmes oubliés de l’actuel modèle politique chilien.

La réflexion la plus significative qui ressort de l’analyse de la conjoncture chilienne est que 2004 et 2005 seront reconnues comme les années où prend réellement fin la dictature militaire et son ombre néfaste sur la politique chilienne, avec les jugements contre Pinochet et ses acolytes.

Certes, les ciments politiques hérités de la dictature n’ont pas été détruits, mais on parle maintenant ouvertement d’avancée vers le changement de la camisole de force légale laissée par les militaires. On n’est pas arrivé non plus  la remise en cause ouverte du modèle économique et social néolibéral de la dictature adopté comme modernité par la classe politique depuis 1990. Il est évident que d’un point de vue politique, la dictature a perdu son aura de gouvernement « dur mais juste  » qu’avait construit le discours public des médias de la droite et que les partis de la coalition au gouvernement avaient accepté par pragmatisme et manque de volonté pour contrecarrer l’héritage dictatorial.

En effet, Pinochet et ses acolytes ont été abandonnés par la droite. Les juges honnêtes et les avocats des droits de l’Homme qui défendent les causes des victimes ont réussi  modeler dans la conscience collective comme vérité inéluctable la cruauté du régime militaire et son caractère terroriste. Les comptes secrets de Pinochet  la Banque Riggs ont dévoilé aussi qu’il s’agit d’un vulgaire corrompu qui a profité du pouvoir pour s’enrichir lui et sa famille.

Dans ce contexte, l’intérêt du processus politique chilien réside dans le fait que pour la première fois depuis des années on peut analyser la réalité chilienne sans le voile de la censure et de l’autocensure engendrée par la peur desdits pouvoirs de fait. Une situation qui peut vraiment réinsérer la société chilienne dans un contexte latino-américain et reposer les vrais problèmes de développement qui se cachent derrière le modèle néolibéral. Une situation qu’il faut suivre de près.

Notes :

[1Plan de Acceso Universal de Garantías Explícitas, plan d’accès direct  la santé (ndlr).

[2La Cour d’appel de Santiago a mis fin aux procédures engagées contre l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, le mardi 7 juin, pour l’opération Condor. Ce plan des dictatures sud-américaines consistait en une répression des opposants aux régimes au pouvoir (ndlr).

[3Ce 6 juillet, la Cour d’appel de Santiago, dans un jugement très serré entériné par 11 voix contre 10, a levé l’immunité dont profitait l’ancien dictateur de 89 ans. Augusto Pinochet pourrait donc être jugé pour sa responsabilité dans l’exécution de 119 membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) en 1975 lors de ladite opération Colombo. (ndlr)

[4Gastón Abarca León, “Distribución del ingreso permanece estancada desde hace veinte años en Chile”, Siete, Martes 15 février 2005, p.19.

[5Gladys Marin est décédée le 6 mars dernier, d’une tumeur au cerveau. (ndlr)

[6Patricio Aylwin, président du Chili de 1989  1994. (ndlr)

[7Eduardo Frei Ruiz-Tagle, du Parti démocrate chrétien, président du Chili, de 1994  2000. (ndlr)

[8Gastón Abarca León, “Distribución del ingreso permanece estancada desde hace veinte años en Chile”, Siete, mardi 15 février 2005, p. 19

[9Osvaldo Cifuentes Visconti, “Alto Imacec, con alto desempleo”, Ercilla, N° 3.261, du 14 au 27 février 2005, p.5

[10Eugenio Tironi, Factor Sociológico. “Estamos ante la inminente sustitución de la polaridad autoritarismo-democracia por la oposición cambio-continuidad ? Todo muestra que no es así”. El Mercurio, martes 22 de febrero de 2005, p.A3.

[11A ce sujet, lire l’article "Bataille pour le contrôle de l’OEA", www.risal.collectifs.net/article.ph...

Source : La Chronique des Amériques, Observatoire des Amériques (www.ameriques.uqam.ca/), n°12, avril 2005, Université du Québec  Montréal.

Traduction : Isabelle Lopez Garcia, pour RISAL (www.risal.collectifs.net/).

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