Venezuela : le « pétro-populisme »
par Christian Parenti
Article publié le 17 novembre 2005

Un voyage au coeur du Venezuela de Hugo Chavez, c’est ce à quoi nous vous invitons avec cette longue chronique publiée en avril 2005 par la prestigieuse revue new-yorkaise The Nation. Ce récit détaillé donne la parole aux partisans et opposants du gouvernement.

La vue depuis les collines du quartier populaire (barrio) San Agustin del Sur est spectaculaire. D’étroites allées encadrent Caracas et, au loin, la luxuriante montagne drapée de nuages de El Avila. Montant et descendant les escaliers de ciment des environs, les adolescents vagabondent en flirtant, en bavardant ou perdus dans les fonctions bon marché des SMS de leurs téléphones cellulaires. Au sommet d’une proche colline, il y a un petit dépotoir. De loin, ses déchets ressemblent au sable s’entassant dans un sablier urbain sinistre.

L’analphabétisme, la violence, le chômage endémique font partie du paysage de ce barrio depuis que des occupants illégaux [1] venant des zones rurales s’y sont installés il y a une quarantaine d’années. Mais tout ceci pourrait être en train de changer.

«  Nous avons eu beaucoup de problèmes, mais malgré tout, nous avançons  », dit Carmen Guerrero, une femme d’environ 50 ans, une des activistes les plus dynamiques de San Agustin. «  Ici, nous appuyons tous le président Chavez. Tous, sauf peut-être 6 familles.  »

Sur les murs jaunes de la salle de séjour, il y a des masques représentant des visages de mannequins, une horloge, un miroir et une petite photo du président populiste du Venezuela, Hugo Chavez Frias. Carmen Guerrero explique qu’elle et ses voisins étudient dans différents programmes, appelés « missions », créés par le gouvernement, et qu’ils s’organisent en comité pour s’occuper de questions allant des campagnes électorales nationales et locales aux problèmes d’hygiène, en passant par la légalisation des titres de propriété de leurs habitations.

Comme la majorité des quartiers pauvres de Caracas, cette communauté possède aussi un marché subsidié par l’État, une cantine communautaire, une série de petits commerces organisés en coopérative et un petit centre de premiers soins de 2 étages, en briques, de forme octogonale. À l’étage supérieur, vivent à l’étroit deux médecins cubains [2] et à l’étage inférieur, il y a une petite salle d’attente et une clinique.

Un voisin de Carmen Guerrero, un jeune homme qui s’appelle Carlos Martinez, me montre les environs. Il travaille avec la coopérative de construction locale. Ses membres ont un contrat avec le bureau du maire pour mettre le nouveau tuyau de drainage dans le barrio. Étant donné la récente inondation, c’est une tâche importante. Il me montre ensuite un pâté de ranchos - des cabanes sans plancher, faites de tôle ondulée et de bois - que le gouvernement remplace par de solides maisons en briques, de deux étages.

Pour ce petit quartier comme pour des centaines d’autres, ces changements ont une grande signification. A l’instar de deux générations de politiciens vénézuéliens avant lui, Chavez a promis de « semer le pétrole », c’est-à-dire d’investir les bénéfices générés par le pétrole pour transformer la structure de l’économie vénézuélienne. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Les programmes sociaux sont-ils suffisants ?

Dernièrement, Chavez a parlé de « révolution dans la révolution », de « transcender le capitalisme » et de « construire un socialisme pour le XXIe siècle ». C’est un discours qui effraie ses ennemis, électrise ses partisans et inspire la gauche dans toute l’Amérique latine. Après deux décennies de politiques du Consensus de Washington [3] promu par les États-Unis - un cocktail combinant privatisations, ouverture des marchés et une sévère austérité fiscale -, l’Amérique latine est un désastre économique marqué par la croissance de la pauvreté et de l’inégalité.

Prise dans son ensemble, et compte tenu de sa lutte pour juguler son inflation, l’Amérique latine affiche une croissance assez faible depuis le milieu des années 1980 et quasi nulle depuis les dernières sept années. Avec la région entière prête au changement social, une nouvelle sorte de populistes et de sociaux-démocrates arrive au pouvoir. Le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay, en plus du Venezuela, ont des gouvernements de gauche d’un certain type, tandis que des élections présidentielles se tiendront en 2006 en Colombie, en Équateur, au Mexique, au Nicaragua et au Pérou.

Un regard plus approfondi sur la situation du Venezuela montre à quel point un virage à gauche peut être incommodant et compliqué, même dans un pays qui possède une très grande richesse pétrolière et qui est très peu endetté [4].

Jusqu’à présent, la révolution bolivarienne vénézuélienne, ainsi baptisée en hommage au libertador sud-américain du XIXe siècle Simon Bolivar, a approfondi et politisé une tradition populiste préexistante au Venezuela. Malgré le discours souvent radical de Chavez, le gouvernement ne s’est pas engagé dans des expropriations massives de fortunes privées, ni mêmes de terres. Il n’a pas non plus investi de sommes importantes pour promouvoir de nouvelles formes collectives de production. En fait, la propriété privée est protégée dans la nouvelle constitution promulguée par Chavez lors de son arrivée au pouvoir. Ce que le gouvernement a fait, c’est d’affecter des milliards de dollars à de nouveaux programmes sociaux : 3,7 milliards rien que pour l’année passée. Le résultat : un million trois cent mille personnes ont appris à lire, des millions ont reçu des soins médicaux auxquels ils n’avaient pas accès auparavant, et entre 35 et 40% de la population fait ses achats dans des supermarchés subsidiés et détenus par le gouvernement [5]. Les inscriptions dans les écoles primaires ont augmenté d’un million d’élèves, car les écoles publiques offrent désormais des repas gratuits aux enfants. Le gouvernement a créé différentes banques destinées à promouvoir des petites entreprises et des coopératives ; il a réaffecté une partie de l’armée à des travaux publics, et construit de nouveaux métros dans le pays. Pour encourager la production agricole dans un pays qui importe 80% de sa consommation alimentaire, Chavez a créé un programme de réforme agraire visant à récompenser les agriculteurs qui augmentent leur productivité et à punir ceux qui ne le font pas en les menaçant d’expropriation [6].

Le gouvernement a aussi structuré beaucoup de ses programmes sociaux de manière à forcer les communautés à s’organiser. Pour obtenir le titre de propriété des maisons construites dans les quartiers « occupés », leurs habitants doivent s’organiser et former des comités de terres urbaines [7]. De la même manière, beaucoup d’emplois de travaux publics requièrent que les gens forment une coopérative et demandent ensuite un contrat de groupe. Les cyniques voient ces réseaux d’organisations communautaires en expansion comme une machine de clientélisme électoral. Les chavistes, plus enthousiastes, appellent leur mouvement « démocratie participative  », et les intellectuels de la révolution le décrivent comme une lutte à long terme contre les pathologies culturelles alimentées par les économies riches en ressources naturelles, la fameuse « maladie hollandaise » [8], dans laquelle on attend de l’État riche en pétrole qu’il distribue ses revenus à une population désorganisée et improductive.

Mais pour le moment, la bataille que le Venezuela livre contre la pauvreté est possible uniquement parce que les prix du pétrole ont atteint des niveaux record, et que l’État possède la plus grande partie de l’industrie pétrolière. Toutes les industries pétrolières, minières et de base du Venezuela ont été nationalisées au milieu des années 70. En moyenne, le pétrole représente 30% du produit intérieur brut (PIB) vénézuélien [9], la moitié des revenus de l’État et 80% des exportations.

Les critiques internes, et souvent sympathisantes, du processus de réforme disent que c’est une chose de « dépenser le pétrole » dans la protection sociale, et une autre, très différente, de « semer le pétrole » et de créer des industries non subsidiées, de propriété collective et résolument productives, qui créent de la richesse de manière égalitaire et durable.

« Quand le coup d’État [10] s’est produit, nous nous sommes rendu compte que nous devions nous impliquer politiquement parce que si nous ne le faisions pas, nous perdrions tout  », explique Carmen Guerrero. Elle dit qu’elle a toujours appuyé Chavez, mais qu’elle n’était pas très active jusqu’au coup d’État d’avril 2002, lancé par la principale organisation patronale du Venezuela [FEDECAMARAS], sa fédération syndicale notoirement corrompue [la CTV][ [11], des officiers dissidents de l’armée et des masses de caraqueños [habitants de Caracas] des classes moyenne et haute. Des documents déclassés ont révélé depuis que la CIA savait, au moins une semaine auparavant, qu’un coup d’État se préparait, alors que d’autres agences gouvernementales des États-Unis, comme la Fondation nationale pour la démocratie [National Endowment for Democracy], appuyaient matériellement l’opposition. [12]

« Aujourd’hui, nous ne pouvons plus revenir en arrière  », dit Carmen Guerrero. Puis, très sérieusement, elle ajoute : « J’ai étreint Chavez à un rassemblement. Je ne sais pas comment j’ai fait pour contourner la sécurité. C’est peut-être parce que je suis très petite. Je ne peux pas expliquer ce que j’ai ressenti. L’émotion était si forte. » Elle porte ses poings contre sa poitrine et détourne le regard.

Carmen Guerrero a commencé à appuyer Chavez en 1992, en ce jour décisif où celui qui n’était alors qu’un colonel inconnu de 37 ans a pris la tête d’un coup d’État manqué. Lorsque la défaite devint imminente, Chavez se rendit. Pour éviter un bain de sang, il se présenta à la télévision et demanda à ses compatriotes qui contrôlaient encore deux villes de déposer les armes.

Durant cette brève communication télévisée en direct, Chavez fit deux choses qui électrisèrent l’imagination des Vénézuéliens. Il assuma d’abord personnellement la responsabilité de l’échec du coup d’État. Pour beaucoup de téléspectateurs, c’était là une rupture significative par rapport à la tradition politique de mentir et de blâmer autrui pour ses propres échecs. Ensuite, en expliquant la défaite, Chavez a déclaré dit : « Pour l’instant, nous n’avons pas atteint les objectifs que nous nous proposions. »

Durant les deux années qui suivirent, alors que Chavez étudiait en prison, cette phrase-clé « pour l’instant  » - « por ahora » en espagnol - se transforma en un cri de ralliement, un slogan de défi qui a recouvert les murs des villes, et en un talisman rempli d’espoir, dans un paysage politique autrement sordide et corrompu.

Les sentiments de Carmen Guerrero, depuis les détails du coup d’État et la phrase « pour l’instant  », se répètent dans les dizaines d’interviews faites dans les quartiers populaires les plus pauvres de Caracas. Ici, la majorité des habitants, depuis les ménagères qui ne s’étaient jamais impliquées dans la politique jusqu’aux vétérans de la guérilla urbaine des années 70, vénèrent le président Chavez. Ils le voient comme un saint politique, un sauveur, l’incarnation d’un nouvel idéal national.

Mais depuis la porte d’entrée ouverte de Carmen Guerrero, nous pouvons apercevoir les tours modernistes de bureaux, les banques, les hôtels et les appartements de luxe de l’autre Caracas, une ville qui a grandi grassement grâce aux immenses fortunes pétrolières provenant du sous-sol vénézuélien.

L’autre Caracas

C’est ce contraste entre les riches et les pauvres - un contraste qui saute tellement aux yeux que le paysage de Caracas semble presque didactique - qui anime la politique vénézuélienne. Dans l’autre Caracas, celle des country club, les citoyens haïssent Chavez avec autant d’ardeur qu’on l’adore dans les quartiers populaires. Tout comme les pauvres des villes et de la campagne aiment Chavez pour son teint basané et ses traits indigènes, ses cheveux crépus et sa façon de parler brute et terre-à-terre, les classes aisées frisent l’apoplexie et enragent que le président ressemble à un maçon ou à un chauffeur de taxi.

Depuis six ans, Chavez et ses partisans combattent cette opposition, un ennemi que le président a surnommé « escualidos  », les gringalets. Mais les opposants n’ont pas toujours été aussi gringalets. Parmi eux, les grands médias privés qui, en propagandistes virulents, ont passé des journées entières à attaquer le gouvernement en le qualifiant de « totalitaire » et de « castro-communiste ». Il y a eu le coup d’État, puis la grève pétrolière[ [13] qui a coûté environ 7,5 milliards de dollars au pays et provoqué une grave pénurie de gaz, d’aliments et de bière. Comme le dit très sérieusement un conseiller du ministère du Plan : « J’ai pensé que le jour où nous nous sommes retrouvés sans bière serait le jour où le pays allait plonger dans l’anarchie et dans la guerre civile.  »

Puis il y a eu la contestation publique prolongée, menée par un groupe d’anciens généraux respectés qui appelèrent les soldats à se rebeller contre le gouvernement. Il y a eu ensuite une série de protestations violentes fomentées par des groupes de rue, de droite, s’appelant eux-mêmes les « Guarimbas ». Au tout début de l’année 2004, ces groupes de choc montèrent des barricades et y boutèrent le feu.

Malgré tout, Chavez et ses alliés politiques ont remporté sept élections nationales, dont l’approbation d’une nouvelle constitution, une réforme du pouvoir judiciaire notoirement corrompu, deux élections législatives nationales, deux élections présidentielles et le référendum révocatoire du mandat présidentiel [14].

Dans toute cette confrontation, des anicroches occasionnelles entre le noyau dur des chavistas et des militants d’opposition ont quand même causé une vingtaine de morts et de blessés graves dans chacun des deux camps. Et le gouvernement de Chavez a promulgué à l’intention des médias une loi qui punit de prison les auteurs de calomnies et interdit la diffusion continue d’une série de vidéos dont l’opposition raffolait. Ce faisant, il a suscité des critiques acides de la part des défenseurs de la liberté de la presse [15]. Mais il n’y a pas eu de campagne de répression gouvernementale importante, pas même contre les artisans du coup d’État, dont plusieurs sont en liberté et continuent à vivre au Venezuela.

Le coeur du mouvement

Pour la gauche vénézuélienne, le barrio du « 23 janvier » est ce que Compton [16] est au hip-hop : le noyau dur du mouvement. L’éponyme du quartier correspond à la date du soulèvement populaire de 1958 contre le dictateur Marcos Perez Jimenez. Enclavé dans une vallée de Caracas et s’étendant sur plusieurs collines, le « 23 janvier » est un mélange de groupes de tours de l’ère du ciment des années 50 et des habituelles maisons en blocs de béton coincées le long d’escaliers sinueux et d’allées étroites.

Les tours de dix à quinze étages sont étrangement décorées de vêtements colorés, qui pendent des sèche-linge extérieurs ou des barreaux des fenêtres. Derrière ce linge et ces barreaux, on devine des plantes exubérantes dans des pots, des canaris crieurs en cage ou encore des articles ménagers entassés dans les appartements minuscules et surpeuplés. À l’arrière de ces immeubles, les détritus s’amoncellent et ont fait déborder les bennes placées sous de longues colonnes vide-ordures extérieures dont il manque plusieurs sections.

Au sommet de chacune de ces tours flotte un drapeau rouge et bleu : les couleurs de la Coordination Simon Bolivar, une puissante organisation communautaire qui a ses racines dans les mouvements de guérilla urbaine des années 70 et 80. Connus sous le nom de Tupamaros, ces guérilleros urbains formaient plus un rassemblement de groupes et factions qu’un groupe homogène comme pourrait le suggérer leur nom.

Aujourd’hui encore, nombreux sont les camarades qui sont toujours armés. Un collègue journaliste a été arrêté par des jeunes masqués à un poste de contrôle tupamaro dans le quartier du « 23 janvier » durant les jours tendus du référendum d’août 2004. Ils voulaient s’assurer qu’aucun « escualido » ne s’approche et encore moins n’entre dans le quartier. Ils ont aussi demandé à mon ami d’offrir sa caméra vidéo à la révolution en lui braquant un pistolet sur la tête pour l’aider à prendre sa décision. Mais quand finalement des adultes sont intervenus pour reprendre la situation en main, ils ont persuadé les muchachos responsables du point de contrôle de rendre la caméra.

Dans le modeste bureau de la Coordination, j’ai fait la connaissance de cette autre sorte de chaviste : pas une femme au foyer sentimentale comme Carmen Guerrero mais un ex-guérillero endurci. La calvitie naissante, Juan Contreras a quelque peu pris du ventre, mais garde des traits de jeune homme. Il s’est éduqué politiquement depuis son plus jeune âge et à la dure : en participant à des manifestations, en affrontant la répression policière, sachant que les forces paramilitaires pouvaient le tuer n’importe quand. Aujourd’hui, c’est un des organisateurs-clés de la Coordination.

Les murs extérieurs du bureau sont couverts de fresques aux motifs révolutionnaires. L’une rend hommage à un jeune assassiné durant une manifestation contre Henry Kissinger dans les années 70. Une autre est dédiée aux zapatistes. Une troisième reproduit la photo classique de Che Guevara prise par Alberto Korda [17]. La majorité de ces oeuvres sont antérieures au gouvernement de Chavez et son image n’apparaît sur aucune.

«  Chavez n’a pas créé les mouvements, c’est nous qui l’avons créé lui  », explique Contreras. « Il nous a beaucoup aidés, mais ce qui s’est passé ici n’est pas le mérite de Chávez tout seul. »

D’après Contreras et certains de ses camarades, la Coordination a commencé à fonctionner après le coup d’État manqué de Chavez en 1992. A la suite de cette défaite, le gouvernement se mit à emprisonner les militants de gauche. Contreras s’enfuit à Cuba, où il resta un mois avec 29 autres activistes du barrio « 23 janvier ». A leur retour, presque tous furent arrêtés et Contreras passa à la clandestinité. Environ un an et demi après la tentative de coup d’État, les activistes se regroupèrent et décidèrent que la lutte armée était une option totalement dépassée. Ils créèrent la Coordination et se consacrèrent au travail à découvert.

Aujourd’hui, la Coordination développe une stratégie basée sur trois objectifs centraux : récupérer l’espace public là où il est dominé par les gangs de la drogue, sauver les traditions culturelles locales et organiser des activités sportives. Le barrio a déjà produit plusieurs joueurs pour la Major League de baseball, dont Ugueth Urbina, Juan Carlos Ovalles et Juan Carlos Pulido. Plus tard, un jeune type nommé Kristhian Linares s’arrête pour une visite de courtoisie à Contreras. À 18 ans à peine, Linares vient juste de signer avec les Florida Marlins. Il commence les entraînements de printemps dès que ses papiers seront en ordre.

Après avoir construit ces formes de solidarité sociale, la Coordination a lancé un autre projet : mettre sur pied des comités pour s’occuper des problèmes de santé, des titres de propriété de la terre, des élections et d’autres tâches similaires. Une partie de ce travail rejoint celui que réalisent les « missions » financées par le gouvernement, l’autre partie, non. Mais le problème le plus important ici, c’est la sécurité. Les quartiers pauvres de Caracas sont extrêmement violents. Environ 80 personnes meurent assassinées chaque semaine dans cette ville de 5 millions d’habitants.

« Nous utilisons la culture et le sport pour reprendre des espaces publics  », explique Contreras. Et si les gangs de la drogue refusent de quitter le secteur ? « Bon, beaucoup de ces jeunes sont liés à la communauté par leurs attaches familiales, et nous nous servons de ça pour faire pression. Ici, il y a une tradition de lutte armée et c’est quelque chose qu’ils respectent. Il y a aussi toute une tradition de lynchages. Dans le passé, la communauté a tué quelques criminels. Pas récemment, mais c’est arrivé quelques fois. De sorte que la majorité des gangs nous prend très au sérieux et se tient à l’écart des zones centrales.  »

Ensuite, alors que nous grimpons une petite crête pleine de masures, il explique que plus loin dans le barrio il y a quelques projets agricoles, mais que je devrai revenir pour les visiter parce que les secteurs périphériques deviennent dangereux l’après-midi. À l’évidence, la récupération culturelle plus la menace de lynchages ne déplacent pas complètement le crime.

Il semble aussi que l’opposition, ou certains de ses éléments ait à l’occasion utilisé des criminels contre les chavistes. Une activiste voisine du « 23 janvier », une femme qui vécut autrefois en Californie, raconte l’histoire d’un gangster qui a été payé pour menacer de mort les médecins cubains locaux. Les médecins ont été tellement terrorisés qu’ils ont pris leurs jambes à leur cou ! Mais cette dame, une travailleuse sociale expérimentée, retrouva le jeune voyou, un gars du quartier, et lui expliqua que s’il continuait ses menaces, il serait certainement traqué et tué par des chavistes en colère. Le gangster reconsidéra l’affaire et décida alors de rester à l’écart de la politique. Et les deux médecins cubains sont revenus.

Les « escualidos »

Actuellement, l’opposition organisée contre Chavez est plutôt mince sur le terrain, ayant été largement discréditée par son coup d’État d’extrême droite et par la dévastation économique provoquée par sa grève pétrolière. Je décide alors d’aller découvrir les bureaux du tabloïde de droite Asi es la Noticia, qui appartient à El Nacional, un des plus grands tirages du Venezuela.

« Écoute, Chavez a gagné le référendum. Le peuple doit l’accepter », me dit la rédactrice en chef, Albor Rodriguez, une femme d’une trentaine d’années, une « escualida » typique, mais respectueuse des faits.

Bien droite derrière son bureau, une épaule légèrement en avant, elle tire de longues taffes sur sa cigarette entre deux commentaires. « Ici, il n’y a pas de castro-communistes. C’est ridicule. Ils disent qu’il y a des Cubains dans le gouvernement et dans les forces de sécurité. Mais personne n’a pu le prouver. Cependant, Chavez a-t-il tendance à être autocratique ? Oui ! Il vient de l’armée. Son gouvernement ou lui-même sait-il ce qu’ils font ? Non ! Ce qu’il a dans la tête est un mélange d’idées et de slogans. Il parle sans réfléchir. Il a insinué que Condoleezza Rice serait amoureuse de lui. C’est de la folie. Il est complètement dingue.  »

À ma surprise, Albor se montre également critique et impitoyable quand elle parle de l’opposition : « Ils ont perdu parce que Chavez a un lien affectif profond avec le peuple, mais eux, non. De plus, il a dépensé beaucoup d’argent dans les quartiers populaires. Il fait pleuvoir l’argent sur les barrios. »

Elle m’explique que lorsque son journal a publié des reportages sur le véritable travail des « missions », certains lecteurs l’ont accusée de mentir et « d’avoir été sur la lune pour découvrir cela.  » « L’opposition s’est menti à elle-même. Ils se sont mis le doigt dans l’œil et maintenant ils sont écrasés. » Sur cette sentence quelque peu sommaire, elle écrase sa cigarette et m’invite à déjeuner.

Dans l’opposition, il y en a qui centrent leurs critiques moins sur les abus de pouvoir supposés de Chavez que sur la mauvaise gestion présumée du gouvernement et la sottise gauchiste de sa politique économique. Oscar Garcia Mendoza est le président de la Banque vénézuélienne de crédit, une institution ancienne et résolument conservatrice. Il est ce que Chavez appellerait « un oligarque », l’ennemi officiel : un représentant du capital financier. Mais lorsque je l’ai rencontré dans son beau bureau sur un coin du 9e étage d’un gratte-ciel moderniste, il m’est apparu rayonnant. Avec son costume bleu foncé, ses cheveux blancs élégamment courts, il avait ce regard sain semblant venir du fait qu’il est riche et détendu.

De la musique classique filtre de haut-parleurs dans le plafond ; d’excellents cigares cubains sont sur la table. Nous sommes assis sur des chaises de contre-plaqué plié et de cuir Herman Miller, à regarder la ville à travers une immense vitrine au pied de laquelle se trouvent d’épaisses plantes vertes.

« Les affaires n’ont jamais été aussi bonnes  », dit Garcia. « Ce gouvernement est totalement incompétent. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils sont en train de faire. Le chargé de la réforme agraire, Eliezer Otaiza, est un ancien strip-teaseur. Et vous avez vu ? Aujourd’hui, ils viennent de nommer Carlos Lanz, un ancien kidnappeur terroriste, un communiste, comme directeur d’Alcasa, notre principale compagnie d’aluminium.  » Pendant qu’il parle, Garcia déploie un sourire sarcastique comme s’il pensait que toute cette affaire ne peut que susciter le rire. « Vous vous rendez compte  ? »

D’une certaine façon, la désignation de Lanz n’est pas si terrible : un autre ex-guérillero, Ali Rodriguez Araque, qui a été ministre de l’Énergie et des Mines, puis président de l’OPEP, est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères ; et il est respecté pour sa grande capacité de négociation.

Garcia émet aussi quelques critiques très concrètes. Il dit que le boom économique actuel est une chimère basée sur le prix du pétrole. En 2004, les dépenses du gouvernement ont augmenté de 47% et une grande partie de l’argent amassé a servi à financer des programmes de santé et d’éducation, les fameuses « missions ». Mais, malgré l’aubaine pétrolière, le gouvernement a dû s’endetter fortement. Au lieu de chercher un financement externe, il a augmenté sa dette interne vis-à-vis des banques vénézuéliennes.

Garcia dit que durant les quatre dernières années, cette dette interne est passée de 2 milliards à la bagatelle de plus de 27 milliards de dollars. Le ministère de l’Économie reconnaît ces chiffres et a informé que 60% de cette dette est composée de bons émis par le gouvernement.

« Mais ce qui est réellement incroyable dans tout ceci, affirme Garcia, c’est que le gouvernement dépose tous les revenus provenant du pétrole dans les mêmes banques, à un taux d’intérêt d’environ 5%, puis il demande des prêts pour lesquels il paie 14%. Pour les banques, c’est une façon vraiment facile de gagner de l’argent. C’est pour cela que je dis que ce gouvernement profite surtout aux riches.  »

L’an passé, les banques vénézuéliennes ont fait des gains pour 1,38 milliard, un peu plus qu’en 2003. Et la plus grande partie de cet argent provient des prêts au gouvernement de Chavez et de l’émission de bons spéciaux libellés en dollars et approuvés par le gouvernement ; une échappatoire légale dans la nouvelle loi de contrôle des changes. La banque de Garcia ne fait actuellement pas d’affaires avec le gouvernement mais la croissance énorme des revenus du pétrole a doublé son portefeuille de crédits. L’économie nage dans l’argent : en 2004, la croissance a été de 17,3%.

Donc, si l’économie est en pleine croissance, pourquoi Garcia n’aime-t-il pas Chavez ?

« Ces gens-là sont des escrocs », dit-il. « Écoute, au Venezuela, il y a toujours eu de la corruption, mais ces types sont de la pire espèce. » Quand je lui rappelle que le gouvernement vient de licencier 120 fonctionnaires dans l’État de Zulia pour motif de corruption, Garcia fait un geste de la main pour dire que cela ne suffit pas.

« Que font-ils avec tout cet argent ? Ils ne l’investissent pas. Ils dépensent tout en aliments et médicaments. Dés que le prix du pétrole baissera, la partie sera finie.  » Que devrait faire alors le gouvernement pour que ceci n’arrive pas ? «  Il devrait tout privatiser  ».

Obtenir une réponse du gouvernement de Chavez aux accusations de mauvaise gestion, de corruption et de dépendance excessive aux prix exceptionnellement hauts du pétrole est chose difficile. J’essaie de mener l’enquête au sein du labyrinthe bureaucratique du ministère de l’Information où chaque jour un fonctionnaire - toujours différent de celui qui s’est occupé de moi la veille - me dit qu’on a égaré mes papiers, qu’il a besoin d’un curriculum vitae complet, d’une nouvelle lettre de mes éditeurs et d’une minutieuse explication écrite de mon projet.

Après trois semaines, personne dans le gouvernement de Chavez n’a daigné me répondre officiellement, excepté un porte-parole du ministère de l’Éducation supérieure.

Finalement, un vieil ami m’a obtenu un entretien avec son chef, Jorge Giordani, un ancien universitaire, devenu ami de Chavez en prison après la tentative avortée de coup d’État des parachutistes [18] et qui, aujourd’hui, est ministre de la Planification et du Développement. Pour toutes les questions de développement économique, Giordani est le cerveau de la révolution. Nous nous réunissons dans son bureau près du sommet du building le plus haut d’Amérique du Sud. Le building jumeau, en face, est à moitié brûlé ; ses fenêtres de miroir doré sont soit détruites, soit noircies. L’incendie est le résultat d’un accident récent causé par le manque d’entretien.

Giordani est grand, gris et voûté. Il porte des lunettes épaisses, une cravate, un gilet brun. Sa petite barbe blanche rappelle celle d’Abraham Lincoln. Il élude la plupart des questions spécifiques. Au sujet de la corruption, il se borne à dire : « Nous n’en faisons pas assez. C’est un problème très sérieux.  »

Il offre surtout une longue mais intéressante explication du développement historique du Venezuela et son manque d’intégration économique interne. Nous passons de carte en carte, alors qu’il m’explique la géographie économique de plusieurs régions.

Beaucoup de chavistes nourrissent l’espoir que les investissements en infrastructure, dans la santé et l’éducation permettront d’ouvrir d’autres industries « non-pétrolières » dans des secteurs de l’économie comme la haute technologie, les services, les soins de santé et l’agriculture. Quand je demande à Giordani comment le pays réussira à se sevrer du pétrole ou que je l’interroge sur la réforme agraire et sur les nombreux projets de développement dit « endogène », il soupire et secoue la tête comme pour dire que je suis naïf.

« Depuis que nous sommes au pouvoir, nous avons livré constamment des batailles politiques. Beaucoup de personnes ont appris à lire ces dernières années, mais combien de temps leur faudra-t-il pour se former à travailler dans les hautes technologies ou dans le domaine de la médecine ou des services ? Dix ans ? Une génération ? Nous luttons contre une culture de rente, et très individualiste. C’est toujours la même chose : Maman-État, Papa-État, donnez-moi ma part de l’argent du pétrole. Organiser les gens, c’est extrêmement difficile. »

Après une longue et sinueuse conversation au cours de laquelle j’insiste sur la question de la substitution des importations et la nouvelle industrialisation, il me signale un point-clé : le seul véritable espoir pour le Venezuela réside dans l’intégration économique régionale. Ce n’est que comme cela que le marché interne arrivera à être suffisamment grand pour alimenter les technologies alternatives et les nouvelles industries susceptibles de menacer autrement les monopoles multinationaux actuels.

Giordani semble las et cynique. « Non, je ne suis juste pratique  », dit-il avec un petit rire. « Le développement du Venezuela prendra au moins 50 ans  ».

Et combien de temps durera le pétrole ?

« Peut-être vingt ans, peut-être trente  », me répond-il.

CHAVEZ: POPULISTE OU SOCIALISTE?

par Carles Muntaner
article en anglais

Certains, dans la gauche étasunienne, devraient être félicités de leurs efforts pour mettre en avant les changements positifs qui ont lieu au Venezuela depuis le début de la révolution bolivarienne, dans les domaines de l'éducation, les soins de santé et la redistribution de la terre. Malheureusement, sous l'influence d'une tradition culturelle d'ayant droit et de rectitude, nombre d'observateurs étasuniens se sentent obligés d'émettre un jugement sur le processus bolivarien, alors qu'ils le comprennent à peine.

Dans des revues telles que The Nation, Science and Society ou encore ZNET (sauf le bulletin d'information Venezuela Watch), de nombreux analystes remettent en question leur soutien au processus bolivarien par de préemptives critiques sur les tendances supposées « autoritaires » de Hugo Chávez. Or, si Chávez était réellement le semeur de discorde autoritaire que décrivent les observateurs étasuniens, il aurait déjà répondu aux nombreuses attaques contre sa présidence et sa personne (menaces de mort, tentative de coup d'État, calomnies constantes de la part des médias, lock-out dans tout le pays, etc.). Plutôt que de se venger de ses opposants ou de les jeter en prison, Chávez a maintenu son calme et a gagné huit élections en six ans, dont un référendum en août 2004 où il a remporté 60% des votes.

Une autre apologie très commune consiste à apposer l'étiquette de « populistes » aux fondements socialistes de la révolution bolivarienne (voir, par exemple, Steve Ellner dans Science and Society). Suivant le schéma de la Guerre froide, la gauche étasunienne veille à tout prix à éviter toute association avec des régimes pouvant être taxés de « communistes ». Cette stratégie est vouée à l'échec, puisque toute avancée vers un État providence plus accentué, selon les termes scandinaves, sera toujours jugée « communiste » (comme le Guatemala du président Arbenz dans les années 50).

Prenons à titre d'exemple l'article principal de Christian Parenti dans la revue The Nation (11 avril 2005). Parenti se leurre lorsqu'il qualifie l'actuelle volonté politique des Vénézuéliens de « pétro-populisme». Il suggère ainsi que le Venezuela est simplement riche en pétrole et, partant, il se trompe sur l'engagement sans précédent des Vénézuéliens envers les réformes sociales-démocrates, comme dans le cas de la mission Barrio Adentro (« Au cœur du quartier »). De plus, contrairement à l'opinion de Parenti, la constitution bolivarienne ne défend pas plus le capitalisme que le socialisme; elle considère plutôt le système économique comme un moyen de rehausser le niveau de vie des Vénézuéliens (pour une analyse détaillée, voir l'ouvrage récent de Luis Salamanca et Roberto Viciano Pastor sur la constitution bolivarienne).

Par ailleurs, Parenti explique que les missions (nouveaux programmes sociaux financés par le gouvernement) « imposeraient » la démocratie participative aux citoyens. Ce point de vue est aussi incorrect qu'injuste, car le processus traduit en fait la manière dont les Vénézuéliens ont décidé de mettre en œuvre leur constitution et d'organiser leur pays. Et en ce sens, tout gouvernement « s'impose » à ses citoyens d'une manière ou d'une autre. Si l'on se base sur des témoignages plutôt que sur des enquêtes de terrain pour décrire les tendances politiques d'une population, il vaut mieux choisir des individus représentatifs.

Ainsi les exemples choisis par Parenti auraient-ils dû être plus équilibrés : le « chaviste » commun est décrit dans son article comme « une femme au foyer sentimentale », alors que la journaliste d'opposition est une démocrate politiquement objective et mature. En fait, cette opposition « loyale » qu'elle représente continue de saper le travail du gouvernement, notamment en proférant des menaces de mort à l'encontre des hauts fonctionnaires. Enfin, Parenti se plaint de la froideur avec laquelle il a été accueilli dans un ministère. Mais est-il vraiment juste de se plaindre alors qu'il a quand même pu interviewer un ministre du gouvernement et lui formuler ses critiques, malgré sa nationalité étasunienne?

Avancées vénézuéliennes : la coopération socialiste internationale et la démocratie participative dans les soins de santé

Tant que ce genre de journalisme aura le dessus, les analyses plus objectives n'auront aucun écho dans les médias « de gauche ». Reprenons l'exemple de la mission Barrio Adentro (« Au cœur du quartier »). En contradiction avec les recommandations des institutions financières internationales, Barrio Adentro est un programme conçu pour fournir gratuitement des soins de santé à quelque 17,5 millions de Vénézuéliens (environ 70% de la population) qui n'avaient jusqu'ici aucun accès à ces soins. Le programme prévoit une gestion participative de la part des membres de la communauté (conformément à l'article 84 de la Constitution de 1999), une augmentation des cabinets de consultation (plus de 300 sont déjà construits, pour un total prévu de 5 000) et la présence des médecins vivant dans les communautés qu'ils desservent (un médecin pour 12 500 habitants).

Le programme a pu être mis en œuvre grâce à un accord de coopération entre les gouvernements cubain et vénézuélien. Il faut savoir que les médecins vénézuéliens ne voulaient pas pratiquer dans les quartiers pauvres. C'est alors qu'un maire de Caracas et Chávez envisagèrent une alternative globale de santé publique. Du 3 avril au 3 décembre, plus de 10 000 médecins cubains sont partis habiter dans les quartiers pauvres du pays pour y fournir des soins de santé primaires. Ces professionnels de la médecine ont au moins dix ans d'expérience post-diplôme et deux ans de médecine intégrale (qui voit la santé comme un résultat social, incluant le logement, l'éducation, les sports, l'environnement et la sécurité alimentaire). Chaque matin, ils réalisent de 20 à 40 consultations, en plus des visites à domicile dans l'après-midi et des nombreuses activités de prévention. Fonctionnant ainsi comme un système séparé de soins de santé, les médecins de Barrio Adentro ont réalisé près de 80 millions de consultations dans les 23 états, alors que l'ancien système n'a que 20 millions de consultations à son actif et une couverture géographique limitée.

Et conformément à l'article 84 de la Constitution bolivarienne, Barrio Adentro est géré selon les principes de la démocratie participative. Les Comités locaux de santé élus par les voisins ont le pouvoir de contacter directement le gouvernement local ou fédéral pour exiger des services nouveaux ou améliorés en faveur des communautés. Par exemple, pendant les visites, les médecins cubains et les voisins peuvent se rendre compte que des habitants nécessitent des cours d'alphabétisation, des soins dentaires, l'élimination de dangers environnementaux, etc., et peuvent donc contacter les services gouvernementaux appropriés pour obtenir les services requis.

Recommandation aux observateurs étasuniens

L'idée est donc simple. Vu l'histoire récente d'ingérence de notre pays dans la politique vénézuélienne (pour un exemple effrayant, voir l'article de Otto Reich dans le numéro d'avril de National Review), les analystes de gauche peuvent aider le processus bolivarien par des reportages objectifs ou de modestes analyses de soutien. Ou alors, qu'ils laissent les Vénézuéliens tranquilles; ils s'en tirent très bien tous seuls.

Carles Muntaner, médecin, PhD, épidémiologiste social à l'Université du Maryland, États-Unis. Il est actuellement conseiller en politique de santé auprès du ministère de la Santé et du Développement social de la République bolivarienne du Venezuela.

 

Notes :

[1[NDLR] L’auteur parle d’occupants illégaux car cette population s’est installée sur des terrains dans la périphérie des grandes villes sans posséder de titres de propriété sur ces terrains.

[2[NDLR] Dans le cadre du programme « Barrio Adentro » et d’un accord entre la République bolivarienne du Venezuela et Cuba, des milliers de médecins cubains se trouvent au Venezuela pour offrir gratuitement des soins dans les quartiers populaires.
Lire Benito Pérez, La santé au coeur des bidonvilles du Venezuela, RISAL, 22 mai 2004.

[3[NDLR] « L’expression « consensus de Washington » est dû à J. Williamson (1991). Ce dernier recense dix mesures, qui demeurent d’actualité, appliquées aux PED et constituant le paradigme à partir duquel les politiques de développement sont pensées depuis une vingtaine d’années.
1. la discipline budgétaire. Les déficits budgétaires engendrent inflation et fuite des capitaux ; 2. la réforme fiscale. Le système fiscal doit tendre à avoir l’assiette la plus large et des taux marginaux de prélèvement modérés ; 3. la politique monétaire doit conduire à des taux d’intérêt positifs et rémunérateurs en termes réels. Les taux doivent être réglementés pour décourager la fuite des capitaux et stimuler l’épargne ; 4. le taux de change doit être flexible, compétitif et favoriser l’accumulation d’excédents commerciaux ; 5. la politique commerciale. Ouverture et libéralisation des importations. Les restrictions quantitatives doivent être éliminées et les droits de douane modérés ; 6. l’investissement direct étranger ne doit subir aucune entrave à l’entrée (politique d’attractivité) ; 7. la privatisation ; 8. la dérégulation : levée des différentes réglementation sur l’investissement, les prix, le crédit... et suppression des rentes de situations ou institutionnelles ; 9. la suppression des subventions publiques aux activités productives au profit des seules activités sociales et éducatives ; 10. la promotion des droits de propriété. »
Extrait de Mehdi Abbas « La CNUCED XI : du consensus de Washington au consensus de Sao Paulo ? » (PDF), Chronique n°21, Observatoire des Amériques, juillet 2004.

[4[NDLR] Lire Frédéric Lévêque, Hugo Chavez et la dette extérieure, RISAL, mai 2004.

[5[NDLR] Voir www.mercal.gov.ve.

[6[NDLR] Consultez le dossier « Réforme agraire en marche » au Venezuela sur RISAL.

[8[NDLR] Sur la maladie hollandaise, lire Gregory Wilpert, Venezuela : démocratie participative ou gouvernement comme un autre ?, RISAL, 30 septembre 2005.

[9[NDLR] Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Source : glossaire du CADTM - www.cadtm.org.

[10[NDLR] Consultez le dossier « Coup d’État au Venezuela » sur RISAL.

[11NDLR] Consultez le dossier « Mouvement ouvrier » au Venezuela sur RISAL.

[12Lire Jonah Gindin, La nature de l’intervention de la CIA au Venezuela, RISAL, 25 mars 2005, et Eva Golinger Moncada, Du financement de l’opposition vénézuélienne par les États-Unis, RISAL, RISAL, 17 février 2004.

[13NDLR] Consultez le dossier « Lock out & sabotage pétrolier » sur RISAL.

[14[NDLR] Consultez le dossier « Référendum au Venezuela » sur RISAL.

[15[NDLR] Lire Renaud Lambert, Le prisme médiatique vénézuélien, RISAL, 20 juin 2005.

[16[NDLR] Banlieue pauvre de Los Angeles. Compton est devenu le Q.G. mondial de la musique Hip Hop, particulièrement dans sa version la plus dure : le Gangsta Rap.

[17[NDLR] Lire Remy Herrera, Che par Korda, RISAL, 7 mars 2005.

[18[NDLR] Le 4 février 1992, coup d’Etat mené par Hugo Chavez, qui était parachutiste.

Source : The Nation (www.thenation.com), États-Unis, avril 2005.
Article publié également en espagnol par Debate (http://www.revistadebate.com.ar), Argentine et Brecha (www.brecha.com.uy), Uruguay.

Traduction : Marie-Paule Cartuyvels, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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