Capitalisme contre écologie
La combinaison mortelle de la pauvreté urbaine et des risques naturels
par Mike Davis
Article publié le 4 novembre 2005

Un bidonville des environs de Buenos Aires est, peut-être, le lieu au monde qui possède le pire fenshui [1] : il est édifié « sur un ancien lac, une décharge et un cimetière et se trouve dans une zone inondable  ». De sorte qu’un habitat de ce type ne peut qu’être qualifié d’endroit dangereux et potentiellement nuisible pour la santé. Il en est de même pour un quartier édifié de façon précaire sur des poteaux en bois plantés dans les excréments du Rio Pasig, à Manille, ou pour un bustee [bidonville] de Vijayaanada (Inde), où « les résidents, assurés que chaque année les inondations démoliront leur habitation, ont non seulement peint les numéros de leurs maisons sur les portes mais aussi sur chacun de leurs meubles  ».

Les occupants de ces endroits échangent leur sécurité physique et leur santé contre quelques mètres carrés de terre et une certaine immunité contre l’expulsion. Ce sont des pionniers conquérant des marais, des lits de rivières inondables, des versants de volcans, des montagnes d’immondices, des décharges de produits chimiques et des extrémités désertiques. Au cours d’une visite à Dacca, Jerey Seabroke a décrit comment une petite banlieue - « un refuge pour les gens déplacés par l’érosion du sol, par des cyclones, par des inondations, par des famines, ou par le principal créateur d’insécurité, le développement  » - a trouvé une sorte de compromis faustien dans une saillie rocheuse précaire encastrée entre une usine toxique et un « lac pollué ». Précisément à cause de sa condition d’extrême insalubrité, cet endroit n’offre aucune attraction et « est à l’abri de la hausse des prix des terrains de la ville ». Des endroits comme celui-là sont des niches de pauvreté à l’intérieur de l’espace urbain, et les gens sans le sou n’ont pas d’autre choix que d’accepter de vivre dans ces conditions désastreuses.

Les banlieues commencent là où la géologie devient impossible. Par exemple, les fourmilières de bidonvilles qui inondent la périphérie de Johannesburg s’élèvent inexorablement sur une ceinture de sols dolomitiques instables pollués par des décennies d’excavations minières. Au moins la moitié de la population non blanche de la région vit dans des installations construites sur des zones de déchets toxiques avec des risques élevés d’affaissement. De la même façon, les sols argileux des collines sur lesquels sont érigées les favelas de Belo Horizonte et d’autres villes brésiliennes sont sujettes aux affaissements et aux glissements de terrain. Les fameuses favelas de Rio de Janeiro sont construites sur des sols également instables composés de voûtes et de collines granitiques qui s’écroulent fréquemment, parfois avec des résultats véritablement tragiques : 2 000 morts dans des éboulements de décombres en 1966-1967, 200 en 1988 et 70 à Noël 2001.

Cependant, géologiquement parlant, il n’y a pas d’endroit sur la terre qui cumule davantage de risques que le sol de Caracas. Les deux tiers de la population vit dans des quartiers édifiés sur les versants instables des collines et dans les gorges profondes qui entourent la Vallée de Caracas, une zone de plus très active en termes sismiques. Il y a plusieurs années, la végétation retenait les schistes sableux de l’endroit, mais le défrichement des broussailles et les constructions précaires ont déstabilisé les fondements des versants densément peuplés. La conséquence en a été une augmentation incontrôlable de ravinements et d’éboulements, qui sont passés de moins d’un par décennie avant 1950 à la moyenne actuelle de deux ou plus par mois. Pourtant, l’instabilité croissante du sol n’a pas fait reculer les colonisateurs [de ces collines], qui envahissent les saillies les plus précaires des flancs de coteaux, les côtes par où la pluie s’écoule ou les embouchures des gorges qui sont régulièrement inondées.

A la mi-décembre 1999, le nord du Venezuela a été victime d’une inondation terrible. En quelques jours il est tombé ce qui tombe habituellement en un an et le sol a été pratiquement saturé. Pensez qu’à certains endroits la pluie est vue comme un phénomène « qui a lieu une fois tous les mille ans ». On estime que les inondations soudaines et les éboulements ont tué 32 000 personnes à Caracas et sur toute la côte caribéenne de l’autre côté des montagnes de l’Avila, qu’elles ont détruit les maisons de 140 000 habitants et ont laissé 200 000 autres personnes sans travail. Un prêtre catholique n’a pas pu s’empêcher de dire qu’il s’agissait d’un châtiment divin à la récente élection d’Hugo Chavez, mais le ministre des Affaires étrangères [de l’époque], José Vicente Rangel [2], s’est empressé de répondre « Quel serait le Dieu si terriblement cruel qu’il ourdirait sa vengeance en s’acharnant contre les plus pauvres ? ».

Les glissements de terrain sont à la région de Caracas ce que sont les inondations à la région métropolitaine de Manille. Située dans une plaine inondable semi alluviale bordée par trois bassins fluviaux et sujette à des pluies torrentielles, Manille est un bassin d’écoulement naturel. Après 1898, les autorités coloniales états-uniennes ont creusé des canaux, dragué des estuaires et construit des stations de pompage pour contenir les eaux de pluie et protéger les parties centrales de la ville. Pourtant, les améliorations des dernières années ont été tristement submergées par les quantités énormes d’eau qui détruisent les déversoirs et les estuaires (on estime que le fond du rio Pasig est situé pratiquement à quatre mètres sous une couche de déchets) ; par les affaissements dus à la surexploitation des nappes phréatiques souterraines ; par la déforestation des bassins de Marikina et de Montalban ; et pire encore, par la construction incessante de bidonvilles dans les lieux humides et les marais.

En d’autres termes, la crise du logement a transformé le caractère et l’ampleur du problème des inondations : le cinquième le plus pauvre de la population est exposé à un danger permanent et à la menace de tout perdre. En novembre 1998, par exemple, les inondations ont endommagé ou détruit les maisons de 300 000 personnes, et à un autre moment, le quartier de Tatlon a été submergé sous six mètres d’eau.

« Le pacte avec le diable ».

Les exemples de Manille et de Caracas illustrent comment la pauvreté augmente les risques géologiques et climatiques. Les villes riches édifiées dans des endroits dangereux comme Los Angeles ou Tokyo peuvent réduire le risque géologique ou météorologique moyennant des travaux publics colossaux et une « ingénierie avancée » : stabilisation de glissements de terrain par du géotextile et des boulons d’ancrage ; construction de terrasses et terrassement des versants humides, creusement de puits de drainage et pompages d’eau des sols saturés ; construction de petites digues et des collecteurs contre les inondations ; et canalisation des eaux pluviales par de vastes complexes de canaux et d’égouts en béton. Les programmes nationaux d’assurances contre les inondations et les indemnisations mixtes des assurances contre les tremblements de terre garantissent la réparation et la reconstruction des logements en cas de dommages massifs.

En revanche, dans le Tiers Monde, où les banlieues manquent d’eau potable et de canalisations pour les résidus fécaux, il y a peu de probabilités pour que quiconque leur vienne en aide par l’exécution de coûteux travaux publics, et encore moins pour que les désastres soient couverts par les assurances. Deux chercheurs réputés soutiennent que la dette externe et l’« ajustement structurel » [3] qui en résulte favorisent une logique funeste d’« augmentation de la productivité, de la compétitivité et de l’efficience en échange de l’augmentation des conséquences environnementales défavorables, qui se concrétisent dans la prolifération d’installations toujours plus précaires et dangereuses ».

Mais en certaines occasions l’intervention des Etats peut multiplier les risques. En novembre 2001, les districts pauvres de Bab el Oued, Frais Vallong et Meaux Fraisier, dans la zone ouest de l’Algérie, ont subi des inondations et des coulées de boues dévastatrices. Pendant 36 heures il a plu à verse sur les bidonvilles construits sur les pentes des collines et les quartiers situés au pied des coteaux environnants ont été inondés. Plus de 900 personnes sont mortes. Devant la réponse indolente des autorités, ce furent les habitants eux-mêmes, en particulier les jeunes, qui commencèrent les travaux de sauvetage. Au bout de trois jours, le président Abdelaziz Bouteflika fit acte de présence. Les résidents en colère lancèrent toutes sortes de slogans contre le gouvernement. Bouteflika se fit une petite faveur, à lui-même et à l’Etat en disant que le désastre avait été la volonté de Dieu. Et conclut : « Rien ne pouvait l’empêcher ».

Les habitants savaient que c’était absurde. Comme les ingénieurs l’ont immédiatement signalé, les demeures de ce versant avaient subi un désastre annoncé : « Leurs structures étaient très vulnérables aux orages violents. Dans tout le pays la pluie a beaucoup endommagé ce type de constructions à cause de leur état de dégradation, des réparations inadéquates, de leur vieillissement et de la négligence  ». Pour approfondir la question, il convient de dire qu’une grande partie de la destruction a été la conséquence directe de la guerre gouvernementale contre les guérillas islamistes. Pour éliminer les cachettes des insurgés et gêner leur fuite, les autorités avaient déboisé les collines qui entourent Bab el Oued et avaient scellé les égouts. A cause des drainages bouchés, les eaux de pluie n’avaient plus d’issue. En plus, les autorités corrompues avaient concédé des permis de construire pour des logements de mauvaise qualité dans les lits des fleuves, enrichissant ainsi les entrepreneurs individuels aux dépens de la santé de la population.

Encore plus que les glissements de terrain et les inondations, les tremblements de terre sont un indicateur précis de la crise du logement urbain. Bien que certains tremblements de terre d’intensité élevée affectent des édifices élevés - comme dans la ville de Mexico en 1985 - la destruction sismique coïncide généralement avec une précision étonnante avec les constructions résidentielles en briques, en pisé ou en ciment de mauvaise qualité, et cette coïncidence augmente quand les logements sont érigés sur des pentes instables et sur des sols propices à la dégradation. La construction de logements informels est un pacte avec le diable dont la clause la plus subtile est le risque sismique. Geoffrey Payne insiste sur le fait que « si c’est bien le relâchement de l’exigence dans le respect des normes et des standards dans la planification urbaine durant des années qui a permis aux pauvres de Turquie un accès relativement aisé à des terrains et aux services dans les villes, il n’en est pas moins sûr que cette attitude appliquée aux régulations sur la construction a causé un nombre élevé de décès et une destruction généralisée au cours des tremblements de terre de 1999 ».

Au cours du XXe siècle, les tremblements de terre ont détruit plus de 100 millions de maisons, la majeure partie dans des banlieues, dans des secteurs de blocs résidentiels et dans des petites villes pauvres de la campagne. La majorité de la population urbaine dans le monde étant concentrée sur et autour des abords des plaques tectoniques actives, en particulier sur les littoraux des océans Indien et Pacifique, des millions de personnes sont sérieusement menacées aussi bien par les tremblements de terre, les volcans et les tsunamis, que par les vents violents et les typhons. S’il est bien certain que les tremblements de terre et les tsunamis survenus à Sumatra en 2004 peuvent être qualifiés d’insolite, il est également presque certain que de nombreux autres se produiront au cours du siècle prochain. Les gecekondus [4] d’Istanbul, par exemple, sont une cible parfaite pour les séismes qui se propagent fatalement vers l’ouest par la « crémaillère » du système de failles mobiles du nord de l’Anatolie. De la même façon, les autorités de Lima prédisent qu’au moins 100 000 structures d’habitation - la majorité d’entre elles dans les taudis et les quartiers pauvres - s’écrouleront irrémédiablement quand aura lieu le grand séisme attendu pour la prochaine génération. Dans ces villes, le risque sismique est distribué d’une façon si inégale que certains géographes radicaux ont adopté le terme de « tremblement de classe  » pour désigner le modèle biaisé qui gouverne la destruction passée et à venir.

« Nuages mortels et cercueils volants »

Si les risques naturels augmentent avec la pauvreté urbaine, des risques entièrement nouveaux et artificiels sont créés par l’interaction entre la pauvreté, les industries toxiques, le chaos de la circulation et l’effondrement des infrastructures. Dans les villes pauvres, tous les principes classiques de l’urbanisme ont été violés, y compris la préservation d’espaces ouverts et la séparation entre les zones destinées aux usages potentiellement toxiques et les zones résidentielles.

Dans son livre sur les villes pauvres du Sud, Jeremy Seabrook raconte la marche inexorable vers le désastre de Klong Toey, un quartier pauvre du port de Bangkok emprisonné entre des docks, des entreprises chimiques et des autoroutes. En 1989, une explosion chimique a empoisonné des centaines de résidents, deux ans plus tard, un magasin de produits chimiques a sauté, privant 5 500 personnes de maison ; nombre de ces personnes mourront de mystérieuses maladies. Le feu a ravagé 63 maisons en 1992, 460 logements en 1993 (l’année où a eu lieu une autre explosion) et plusieurs centaines en 1994. Des milliers d’autres quartiers périphériques, y compris dans des pays riches, ont des histoires semblables à celle de Klong Toey. Ils sont victimes du « syndrome de la décharge » : la concentration dans une même zone d’activités industrielles toxiques comme la métallurgie, la teinture, le polissage, l’émaillage, le recyclage des piles, le moulage, la réparation des véhicules, la fabrication de produits chimiques et tout ce que les classes moyennes n’accepteraient jamais dans leurs quartiers.

Le monde ne se rend compte de ce que la combinaison de pauvreté et d’industries toxiques peut impliquer de conséquences fatales que quand il se produit une explosion qui détruit des milliers de vies humaines. 1984 a été l’annus horribilis. En février, un oléoduc a explosé à Cubatao, dans la « vallée de la pollution » de São Paulo, faisant périr par le feu 500 personnes d’une favela contiguë. Huit mois plus tard, une usine de gaz liquide de Pemex dans la colonie de San Juanico à Mexico a explosé, provoquant une déflagration comparable à celle d’une bombe atomique, tuant plus de 2 000 habitants sans le sou (le nombre exact de victimes n’a jamais pu être établi).

A peine trois semaines après l’ « holocauste » de Mexico, une usine de l’Union Carbide à Bhopal, la capitale du Madhya Pradesh [Inde], a libéré son tristement célèbre nuage mortel d’isocyanate de méthyle ; selon un rapport de 2004 d’Amnesty International, entre 7 000 et 10 000 personnes ont péri immédiatement, et dans les années suivantes, 15 000 autres sont mortes de maladies dues au nuage toxique. Les victimes étaient les plus pauvres d’entre les pauvres, majoritairement musulmanes. L’usine d’emballage de pesticides fut construite dans un endroit où des gens étaient déjà installés illégalement. A mesure que l’usine s’agrandit et commença à produire des pesticides de plus en plus nocifs, les bidonvilles ont fleuri tout autour. Avant de voir leurs enfants mourir dans les rues, les pauvres qui vivaient dans ce quartier périphérique hyper dégradé ne savaient rien de ce qui était produit dans l’usine, ni sur le risque apocalyptique de l’isocyanate de méthyle.

Par contre, les habitants des quartiers pauvres sont parfaitement conscients des risques qu’entraîne la circulation sauvage qui bouche les rues de la majeure partie des villes du Tiers Monde. L’extension incontrôlée de l’urbanisation sans l’investissement social correspondant en transports publics ou en autoroutes a transformé la circulation en catastrophe sanitaire. En 1980, le nombre de véhicules du Tiers Monde représentait 18% du parc automobile mondial ; pour 2020, on calcule que la moitié des 1 300 millions de voitures, camions et autobus - ajoutés à quelques centaines de millions de motocyclettes - circuleront dans les rues et les ruelles des pays les plus pauvres.

L’explosion du parc automobile est guidée par de puissantes forces qui sapent l’égalité. La politique de transports de la majorité des villes est un cercle vicieux dans lequel la détérioration de la qualité du transport public favorise l’usage du véhicule privé, et vice versa. Il en résulte un véritable carnage. Plus d’un million de personnes - dont les deux tiers de piétons, cyclistes et passagers - meurent chaque année d’accidents de la circulation dans le Tiers Monde. Un chercheur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a informé que « les personnes qui dans leur vie n’ont jamais possédé de voiture courent un grave danger ». Sont particulièrement dangereux les minibus et les petits vans collectifs, qui très souvent circulent sans autorisation et aucune sorte d’entretien. A Lagos [Nigeria], les autobus sont appelés dangos et molue, « cercueils volants » et « morgues ambulantes ». Le rythme de tortue de la circulation dans la majeure partie des villes pauvres ne semble pas réduire sa capacité mortifère. Bien qu’au Caire les voitures et les autobus se traînent à des vitesses moyennes inférieures à 10 kilomètres heure, la capitale égyptienne présente encore des indices de sinistres annuels de huit morts et 60 blessés pour 1 000 automobiles. A Lagos, où un habitant moyen passe le temps incroyable de trois heures [par jour] piégé dans un embouteillage insupportable, les passagers et les conducteurs des autobus perdent souvent les pédales. En fait, il y a tellement de conducteurs qui montent sur les trottoirs ou qui circulent à contresens que le ministère de la Circulation les oblige à subir des tests psychiatriques ou à démontrer qu’ils n’ont pas d’antécédents pénaux. Pendant ce temps, à New Delhi, le journal Hindoustan Times critiquait récemment l’attitude des conducteurs de la classe moyenne qui prenaient rarement la peine de s’arrêter après avoir renversé des mendiants en guenilles ou des enfants pauvres.

L’OMS estime que le coût économique global des morts et des blessés sur la voie publique équivaut « pratiquement au double du montant total des aides au développement reçues des pays riches ». En réalité, l’OMS considère la circulation comme l’un des pires dangers que les habitants pauvres des villes aient à affronter, et prévoit qu’elle sera la principale cause de décès en 2020. Malheureusement, la Chine, où les voitures prennent le pouvoir dans les rues sur les piétons et les cyclistes, sera en tête : rien que durant les cinq premiers mois de 2003, presque un quart de millions de Chinois ont été tués ou victimes de blessures graves dans des accidents de circulation en ville.

Naturellement, la motorisation rampante aggrave l’épouvantable pollution environnementale des villes du Tiers Monde. Des myriades de vieilles voitures, d’autobus délabrés et de camions comptant des dizaines d’années asphyxient les zones urbaines avec leurs gaz de combustion létaux, tandis que les moteurs polluants à deux temps des petites voitures émettent dix fois plus de particules polluantes que les voitures neuves. Selon une étude récente, l’air pollué est l’une des premières causes de mortalité dans les mégapoles à la croissance incontrôlée comme la ville de Mexico (300 jours de brouillard nocif par an), São Paulo, New Delhi et Pékin. Respirer l’air de Bombay équivaut à fumer deux paquets et demi de cigarettes par jour, et le Centre pour la science et l’environnement de New Delhi constate que les villes d’Inde « sont devenues des chambres à gaz mortelles ».

Les experts en santé publique nous racontent que les pauvres des villes du Tiers Monde supportent une « double dose » de maladie : d’un côté, les maladies infectieuses mortelles générées par les pollutions urbaines, et de l’autre, le stress. Avec une quantité estimée d’un milliard de personnes habitant dans les banlieues pauvres sur toute la planète (on s’attend à ce que ce chiffre soit multiplié par deux en 2030), la pauvreté urbaine crée en elle-même de nouveaux environnements épidémiologiques et ouvre la voie à des fléaux comme le VIH-Sida et la grippe aviaire. Beaucoup plus encore qu’à l’époque de Marx et de Dickens, les quartiers pauvres périphériques constituent aujourd’hui le problème sanitaire et environnemental global par excellence. Et ils sont en plus le défi le plus important à la solidarité humaine.

Notes :

[1[NDLR] Dans la sagesse traditionnelle chinoise, il s’agit d’un système de lois qui gouvernent la disposition et l’orientation spatiale en relation avec les flux d’énergie, et dont les effets favorables ou défavorables sont pris en compte dans la localisation et la conception des constructions.

[2[NDLR] Actuel vice-président de la République bolivarienne du Venezuela.

[3[NDLR] Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts.

[4[NDLR] Quartiers « construits la nuit » sans permis, sur des terrains publics ou classés inconstructibles ; pas exactement des bidonvilles mais d’immenses villages de maisons en dur accumulées sans plan d’ensemble et sans infrastructures, lieux de solidarités familiales et de voisinage, de l’effervescence diffuse du commerce parallèle et de l’économie informelle.

Source : revue Sin Permiso (www.sinpermiso.info), septembre 2005.

Traduction : Marie-José Cloiseau, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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