Les Boliviens confirment leur virage à gauche
par Benito Pérez
Article publié le 7 juillet 2006

Une forte majorité des Boliviens ont exprimé dimanche 2 juillet leur soutien à la politique d’Evo Morales lors de l’élection à la Constituante. Ils ont aussi refusé le principe des autonomies départementales promu par l’opposition.

Oui à Evo Morales, non aux autonomies départementales. Le président bolivien a passé avec succès son premier test électoral depuis son élection du 18 décembre dernier. Son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), obtient quelque 60% des suffrages et enverrait, selon des résultats provisoires, 135 députés sur 255 à l’Assemblée constituante. Cette dernière siègera dès le 6 août prochain dans la ville de Sucre.

En revanche, le MAS risque de payer cher l’échec des petits partis progressistes et indigènes (une quinzaine de sièges seulement) sur lesquels il comptait pour parvenir à la majorité des deux tiers nécessaire à l’approbation de la nouvelle charte constitutionnelle. Evo Morales sera donc contraint de négocier avec les élus de l’opposition, Podemos, Unité nationale et Mouvement nationaliste révolutionnaire disposant à eux seuls d’une minorité de blocage. Massive, la participation s’est élevée à 85%.

Dimanche soir, le président a réagi aux premiers résultats en estimant que ce vote allait « consolider » le changement de modèle économique : « Dès demain, nous avons l’obligation de réaliser des transformations profondes, a-t-il déclaré, car le peuple et le mouvement indigène ont exigé une révolution démocratique ». Evo Morales a notamment indiqué qu’un « plan de révolution agraire » serait rendu public en août prochain.

Quelles autonomies ?

La carte électorale de ce 2 juillet aura été sensiblement la même que lors de la présidentielle de 2005. Les cinq départements andins ou semi-andins ont voté massivement pour le MAS, avec des pointes à plus de 90% dans les bastions indigènes de La Paz (ouest).

Sans surprise, ces mêmes zones ont clairement rejeté le référendum visant à offrir davantage de pouvoir aux préfets départementaux. Un projet considéré par le mouvement indigène comme un obstacle à son propre plan de découpage du pays en une quarantaine de régions respectant les traditions autochtones. Au niveau national, le rejet des autonomies départementales a atteint 56%.

Hors de ses zones d’influence traditionnelles, le MAS a crée la surprise en devenant de justesse le parti le plus populaire dans les départements de Tarija (sud) et de Santa Cruz (est). Entrepreneurs et propriétaires terriens -qui tentent de construire un contrepoids à Evo Morales depuis ces terres fertiles et riches en ressources naturelles- se consolent avec le très net « oui » à l’autonomie obtenu dans ces deux départements ainsi qu’à Pando (nord) et dans le Beni (nord-est). Des résultats dont la Constituante devra tenir compte si elle entend éviter l’éclatement du pays entre les départements tropicaux et les zones occidentales défavorisées.

Les Guaranis contre Santa Cruz

Tout comme il lui faudra examiner avec attention la volonté du Chaco (sud-est) -une zone à forte population guarani à cheval sur les départements de Tarija, Santa Cruz et Chuquisaca- de devenir un département à part entière. Les trois circonscriptions du Chaco -sous lesquelles dorment les réserves en hydrocarbures- ont d’ailleurs rejeté dimanche le concept d’autonomie tel que proposé par leurs autorités départementales...

Source : Le Courrier (->www.lecourrier.ch]), 4 juillet 2006.

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