Entretien avec Juan Carlos Peñafel, membre de la coalition « Non aux bases en Equateur  »
La base militaire de Manta, un cauchemar pour les Equatoriens
par Igor Ojeda
Article publi le 18 septembre 2006

Depuis la signature d’une convention entre les Etats-Unis et l’Equateur en 1999 pour que les premiers puissent avoir l’usufruit de la base militaire située dans la ville de Manta sur la côte du pays, la population des alentours vit un véritable cauchemar.

La prostitution infantile a augmenté, les ressources naturelles ont été contaminées et les habitants ont été littéralement expulsés de leurs terres. De plus, la voix des militaires états-uniens porte plus que la voix des propres autorités locales. C’est l’Equatorien Juan Carlos Peñafel qui raconte cette histoire, membre de la Visite d’observation internationale qui est actuellement au Paraguay avec pour mission de collecter des informations sur la présence de troupes états-uniennes dans le pays et sur les dénonciations de violations de droits humains contre les paysans de la part des militaires paraguayens.

Peñafel est membre de la coalition « Non aux bases en Equateur  », de la province de Manabi, où se trouve la base de Manta, et membre de l’Association chrétienne de jeunes de Porto Viejo.

Comment fonctionne la base de Manta depuis la signature de la convention entre les Etats-Unis et l’Equateur en 1999 ?

La base états-unienne se trouve  l’intérieur de la base équatorienne. Ils se la partagent, la moitié pour l’Equateur, la moitié pour les Etats-Unis. Les militaires équatoriens ne peuvent pas passer de l’autre côté. De plus, les Etats-uniens sont en train d’étendre la base et prennent la terre de la population autour qui vit de l’agriculture, car les gens n’ont pas la terre de droit, vu qu’ils n’ont jamais obtenu de titres de propriété. Il y a d’autres cas de violations de droits humains. Une femme enceinte a avorté de peur quand les militaires armés sont arrivés pour l’expulser de chez elle. Il y a eu un cas aussi où ils ont br »lé une maison parce que son habitant ne voulait pas sortir.

Quels sont les termes de la convention ? Les troupes états-uniennes ont-elles l’immunité comme au Paraguay ?

Non, mais elles peuvent se promener librement  travers le pays.

Et que font les troupes  Manta ?

Des exercices militaires. Je vais vous raconter une chose que m’est arrivée. Nous étions en train de faire un travail d’enquête, avec un camarade de Quito qui préparait un documentaire. Il voulait m’interviewer, alors nous sommes allés quelque part derrière la base. Et quand on était en train de filmer, nous avons commencé  entendre derrière moi des détonations. Autrement dit, ils font des exercices militaires.

Quelles sont les autres conséquences de l’installation de la base états-unienne pour la population de Manta ?

Des organisations ont mené des enquêtes discrètes sur la question de la prostitution infantile. Avant, il y avait quelques bordels autour de la base, mais il s’agissait de bordels pauvres, sans beaucoup d’infrastructure. Depuis l’arrivée des militaires états-uniens, ceux-ci ont commencé  les fréquenter et ils ont commencé  y apporter leur argent. Depuis, le nombre de jeunes filles de 13 ans et plus a beaucoup augmenté. Aujourd’hui on voit que, de localités autour de Manta, comme Jaramijó et Porto Viejo, des jeunes filles de cet âge, 13 ou 14 ans, vont travailler dans ces bordels, qui sont maintenant « cinq étoiles  ».

D’autre part, la question des embarcations est aussi très préoccupante. Des gardes-côtes états-uniens ont tiré et coulé deux bateaux de pêcheurs qui n’avaient rien  voir avec le narcotrafic, puisque la convention dit qu’ils sont  Manta pour lutter contre le narcotrafic. Quatre personnes sont mortes.

Il y a d’autres conséquences pour les gens qui habitent près de la base ?

Il y a la question de l’inflation du prix des terres. Avant l’arrivée des militaires états-uniens, un terrain près de la base co »tait entre 3 et 4 mille dollars. Aujourd’hui, parce que les militaires états-uniens ont acheté beaucoup de terrains, et  un prix élevé, les prix ont commencé  augmenter. Un terrain co »te aujourd’hui 12 mille dollars. Un citoyen de Manta n’a pas les moyens pour ça.

Il y a aussi l’aspect environnemental. Il y avait une petite montagne, dans une localité appelée Chorrillos. Les Etats-uniens, pour pouvoir construire leur base, avaient besoin de matériel. Et la pierre de cette montagne était très bonne pour ça. Alors ils ont commencé  imploser la montagne. Ils ont abîmé le flanc de la montagne et porté atteinte  la population de Chorrilos, qui vivait de l’eau de la montagne, qui était très bonne. Ces gens prenaient l’eau, la mettaient en bouteille et la vendaient. Mais depuis que les Etats-uniens ont commencé  explorer la montagne, l’eau est très polluée. Les gens ont perdu la vente de l’eau comme moyen de survie.

Et quelle est la relation avec la police équatorienne ?

Les militaires états-uniens ont autorité sur la police nationale de l’Equateur. Nous avons monté un campement au mois de mars, appelé « Campement pour une culture de paix  », devant la base. Nous sommes allés voir le maire 15 jours avant, et il nous avait donné l’autorisation. Le jour J, nous avons monté le campement au petit matin et quand le jour s’est levé, un militaire états-unien est venu nous demander qui on était et ce qu’on faisait l . Nous lui avons dit que nous faisions un campement non-violent. Il est reparti. Une demi-heure plus tard, il arrive un bus avec 40 policiers et un mandat pour que nous partions de l , signé le jour même par le même maire qui nous avait donné l’autorisation au préalable. Autrement dit, logiquement, le premier militaire qui est apparu a donné l’ordre au maire de révoquer l’autorisation et de nous faire partir de l .

Pourquoi pensez-vous que les Etats-Unis ont choisi la base de Manta ?

C’est une position stratégique. Ils ont des avions sophistiqués, super modernes, qui peuvent aller rapidement d’un endroit  un autre. Et la Colombie et le Pérou sont tout près d’ici. La Colombie est le centre de la militarisation, c’est une autre colonie états-unienne.

Source : Brasil de Fato (www.brasildefato.com.br), 24 juillet 2006.

Traduction : Isabelle Dos Reis pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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