L’histoire acquittera-t-elle Fidel Castro ?
par Mario Osava
Article publi le 29 août 2006

Le président de Cuba, Fidel Castro, est en train de quitter la scène quand le drapeau socialiste a déj disparu dans le monde entier, mais pas l’anti-impérialisme, qui continue probablement  être la plus grande source de cohésion interne et d’influence internationale du régime cubain.

La phrase « l’histoire m’acquittera  » acheva la plaidoirie prononcée par Castro lors du procès pour la tentative ratée de soulèvement de 1953 contre le régime de Fulgencio Batista, connue comme l’attaque de la caserne Moncada. Le jeune leader de 27 ans fut emprisonné, mais six ans plus tard il mettrait en déroute la dictature.

Cuba n’a pas réussi  exporter sa révolution  travers ses propres incursions ou le soutien  des groupes armés étrangers, dont l’entraînement de milliers de guérilleros africains et latino-américains. Son rayonnement international cependant est impressionnant pour un petit pays de 11,2 millions d’habitants.

Cette dimension constitue une partie importante d’un bilan de l’« ère Castro  », même si un jugement historique sur le leader cubain qui fêtera ce dimanche ses 80 ans [le 13 ao »t 2006, ndlr] sera déterminé principalement par ce qui a été fait  l’intérieur de Cuba et ce qui arrivera dans le futur : l’effondrement, la persistance ou une réforme du système instauré il y a 47 ans.

La tentative la plus connue de promouvoir une insurrection armée hors de l’île caraïbe fut la guérilla avortée en Bolivie, qui a pris fin en 1967 avec la mort de son commandant, l’Argentin Ernesto « Che  » Guevara, qui avait renoncé aux postes et aux honneurs de héros et de dirigeant de la Révolution cubaine, pour se consacrer  la lutte dans d’autres pays, accompagné de dizaines de militaires cubains.

« Créer un, deux, trois, mille Vietnam  » était alors la consigne pour donner une impulsion  la lutte armée dans de nombreux pays, pour frapper l’impérialisme et soutenir les Vietnamiens qui faisaient face  une intervention croissante de troupes états-uniennes.

Il s’agissait aussi de lutter contre des dictatures militaires soutenues par les Etats-Unis qui se répandirent  travers l’Amérique latine dans les années 60 et 70.

Dans des pays comme l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay ce furent principalement des guérillas urbaines qui se développèrent, selon des conditions et des idées propres, mais stimulées par le volontarisme cubain selon lequel « le devoir du révolutionnaire est de faire la révolution  » et avec la participation de beaucoup de militants entraînés sur l’île caraïbe.

Cet entraînement «  était celui de la guérilla rurale  », a affirmé Efraín Martínez Platero, ex-dirigeant et représentant international des insurgés uruguayens, les Tupamaros, dans le livre « La revolución imposible  » du journaliste Alfonso Lessa.

« On peut imaginer que pour un type entraîné  la guérilla rurale  Cuba, passer  un affrontement dans les rues et dans la ville de Montevideo, ça n’a rien  voir  », a-t-il ajouté.

Ces mouvements armés furent détruits par des forces militaires et policières qui en vinrent  utiliser de façon systématique les tortures et les exécutions sommaires. Il n’y a qu’au Nicaragua que le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) réussit  triompher et  accéder au pouvoir en 1979, profitant d’une large opposition  la dictature de la famille Somoza, dont celle du patronat de ce pays.

Les Cubains eurent une présence directe dans les guérillas de presque tous les pays latino-américains entre 1960 et 1980, avec des dizaines de morts, pas seulement en Bolivie. Ils furent aussi présents en Argentine, au Chili,  Grenade, au Nicaragua, en République dominicaine et au Venezuela, selon ce que raconte Daniel Alarcón Ramírez, plus connu sous son nom de guerre « Benigno  », et l’un des cinq survivants du groupe de Guevara en Bolivie.

Benigno, un combattant du soulèvement commencé dans la Sierra Maestra et entraîneur pendant des années de guérilleros de plusieurs pays, a rompu avec le régime cubain en 1995. Il s’est exilé en France et a écrit le livre « Vie et mort de la Révolution cubaine  », dans lequel il a lancé de graves accusations contre Fidel Castro, comme celle d’avoir envoyer le Che mourir en Bolivie.

En Afrique, Benigno mentionne des Cubains morts en Algérie, en Ethiopie, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Sahara Occidental, au Sierra Leone, en Somalie, et plus spécialement en Angola et en Ouganda. Dans ces cas-ci, entre autres pays africains, il s’agissait de soutenir les luttes contre le colonialisme européen et de consolider les premiers gouvernements de nouveaux pays indépendants.

Le cas le plus marquant fut celui de l’Angola, où des dizaines de milliers de soldats cubains (on parle de 50 000) assurèrent son indépendance en 1975, en contenant l’invasion militaire sud-africaine, et soutinrent le gouvernement du Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA) confronté  une guerre civile durant plus de deux décennies.

Les troupes cubaines furent toujours loyales envers le premier président angolais, Agostinho Neto, mort en 1979, et envers son successeur José Eduardo dos Santos. En 1977, elles furent décisives pour faire échouer un coup d’Etat que tenta de mener  bien un groupe dissident du MPLA, sans doute soutenu par les Soviétiques. C’était l’époque de la Guerre froide.

Dans cet incident, La Havane et Moscou étaient dans des camps opposés, malgré la dépendance cubaine du soutien économique soviétique qui dura jusqu’ la dissolution de l’Union soviétique, en 1991.

Un des mystères du régime cubain fut l’exécution, en 1989, du général Arnaldo Ochoa, un autre héros de la Sierra Maestra, qui dirigeait la mission en Angola. Accusé de trafic de drogue, il fut rapidement jugé et fusillé.

Mais ses activités illégales avaient pour but d’obtenir les devises dont Cuba avait besoin, accomplissant des taches connues et autorisées par le gouvernement et le Parti communiste de Cuba, selon Benigno, qui attribue dans son livre l’exécution sommaire  la nécessité de neutraliser des autorités états-uniennes qui s’apprêtaient  dénoncer le commerce cubain de drogues.

Son orientation nettement anti-impérialiste a amené Cuba  se rapprocher aussi de plusieurs gouvernements militaires nationalistes, mais étrangers au socialisme et installés par des coups d’Etat, comme celui d’Omar Torrijos au Panama (1968-1981), et celui du général Juan Velasco Alvarado au Pérou (1968-1975).

Les élans militaires passés depuis longtemps, Cuba a rompu dernièrement l’isolement que les Etats-Unis lui ont imposé avec le blocus économique et l’exclusion du système interaméricain - qui durent déj depuis plus de 40 ans -, grâce  l’étroite collaboration de gouvernements opposés  Washington, comme ceux de la Bolivie et du Venezuela, et le rapprochement avec d’autres, plus modérés, comme ceux de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay.

Le pétrole vénézuelien représente un grand soutien pour l’économie cubaine, qui a substitué ses militaires par des milliers de médecins comme protagonistes de son action « internationaliste  » et économique. On parle de 20 000 médecins au Venezuela, et Castro a offert  l’Organisation des Nations unies d’en envoyer environ 4 000 en Afrique pour combattre le syndrome d’immunodéficience acquise (sida).

Source : IPS Noticias (www.ispnoticias.org), 12 ao »t 2006.

Traduction : Cathie Duval, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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