Cuba et la sauvegarde de l’environnement
par Salim Lamrani
Article publié le 28 mars 2007

Le 2 février 2007, le président français Jacques Chirac a lancé un appel « à la mobilisation générale contre la crise écologique ». Signé par 46 pays, l’Appel de Paris fait suite à la publication d’un rapport alarmant sur le réchauffement de la Terre du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU [1]. Près de 30% des espèces de la planète courent un grave danger de disparition, d’où la proposition de créer notamment une organisation des Nations unies pour l’environnement (ONUE) [2].

« Aujourd’hui, le temps de la lucidité est venu », a déclaré le président français, cinq ans après son discours à Johannesburg au cours duquel il avait lancé un cri d’alarme au sujet de la « maison qui brûle ». « Chaque jour qui passe aggrave les risques et les dangers », a signalé Jacques Chirac qui a stigmatisé « quelques grands pays qui doivent être convaincus et qui, enfermés dans une espèce de mythe libéral, refusent en réalité d’accepter les conséquences de leurs actes [3] ».

« L’humanité est en train de détruire, à une vitesse effrayante, les ressources et les équilibres qui ont permis son développement et qui déterminent son avenir », affirme l’Appel de Paris. « Nous sommes parvenus au seuil de l’irréversible, de l’irréparable », poursuit le texte, qui appelle « à prendre les mesures qui s’imposent pour conjurer des périls qui menacent la survie même de l’humanité [4] ».

Plus de 200 délégués de 70 nations se sont réunis dans la capitale française dont les Etats-Unis, qui n’ont pas signé l’Appel. Washington refuse d’ailleurs toujours de signer les accords de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre alors qu’il est responsable de plus de 25% des émissions mondiales de dioxyde de carbone. Les conclusions du GIEC insistent sur la responsabilité humaine dans les changements climatiques [5].

Le commissaire européen pour l’Environnement, Stavros Dimas a fait part de son « énorme préoccupation » au sujet du dernier rapport du GIEC et a lancé un appel en faveur d’un nouvel accord mondial pour mettre un terme au réchauffement de la planète. La hausse des températures provoque inévitablement une augmentation du niveau de la mer, des précipitations abondantes, des vagues de chaleur et des cataclysmes naturels de plus en plus fréquents et violents. Par exemple, les glaciers de l’Himalaya ont perdu 21% de leur superficie depuis 1962 [6].

Mais, cette prise de conscience écologique arrive un peu tard. En effet, Cuba avait lancé un avertissement sur les dangers qui menaçaient l’environnement il y a près de quinze ans. Le 12 juin 1992, Fidel Castro prononçait son discours lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement :

« Une importante espèce biologique court le risque de disparaître à cause de la liquidation rapide et progressive de ses conditions naturelles de vie : l’homme [...].Il est nécessaire de signaler que les sociétés de consommation sont les responsables fondamentales de la destruction atroce de l’environnement [...]. Avec seulement 20% de la population mondiale, elles consomment les deux tiers des métaux, les trois-quarts de l’énergie que l’on produit dans le monde. Elles ont pollué les mers et les fleuves, elles ont pollué l’air, elles ont affaibli et perforé la couche d’ozone, elles ont saturé l’atmosphère de gaz qui altèrent les conditions climatiques avec des effets catastrophiques dont nous commençons à souffrir. Les forêts disparaissent, les déserts s’étendent, des milliards de tonnes de terre fertile finissent chaque année dans la mer. De nombreuses espèces disparaissent [...]. Si l’on veut sauver l’humanité de cette autodestruction, il faut mieux distribuer les richesses et les technologies de la planète. Moins de luxe et moins de gaspillage dans quelques pays pour qu’il y ait moins de pauvreté et moins de faim sur une grande partie de la Terre [...]. Appliquons un ordre économique international juste [...] Payons la dette écologique et non la dette externe [...]. Demain il sera trop tard pour faire ce que nous aurions dû faire il y a longtemps [7] ».

Cuba a depuis longtemps fait de la protection de l’environnement une priorité nationale. Par exemple, la superficie des forêts a augmenté de 33 631 hectares en 2006 et représente désormais 24,54% du territoire national. L’île dispose ainsi de 2 696 589 hectares de forêts, sans compter les 170 253 hectares de jeunes plantations de moins de trois ans. Grâce au programme national d’amélioration des sols, 515 000 hectares ont été traités en 2006, ce qui a permis de diminuer de 3,8% la pollution de l’environnement par rapport à 2005. Cuba est l’un des seuls pays du monde dont la superficie forestière actuelle est supérieure à celle d’il y a 50 ans [8].

Le savoir-faire cubain en matière de préservation de la nature est reconnu par de nombreuses institutions internationales. Le projet cubain d’énergie renouvelable de l’Université d’Oriente a ainsi obtenu en 2006 le prix mondial Energy Globe qui récompense chaque année les initiatives destinées à favoriser une utilisation plus efficace et durable des ressources naturelles dans le domaine de la consommation d’énergie. Ce prix est décerné conjointement par plusieurs institutions mondiales telles que les Nations unies, le Conseil Européen de l’Energie renouvelable et la Banque mondiale, entre autres [9].

En 2006 encore, World Wild for Fund, la plus importante organisation internationale pour la protection de l’environnement avec plus de 5 millions d’adhérents et une présence dans plus de 100 pays, a souligné dans son rapport annuel Planète Vivante 2006 que Cuba était la seule nation du monde à avoir atteint un développement durable :

« Le développement durable est un engagement à ‘améliorer la qualité de vie humaine tout en vivant dans les limites de la capacité de charge des écosystèmes qui nous font vivre’. L’Indice de Développement Humain est utilisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) comme indicateur de bien-être et l’empreinte est une mesure de la demande sur la biosphère. Les progrès des nations vers un développement durable peuvent donc être mesurés en croisant l’IDH et l’empreinte. L’IDH est calculé sur la base de l’espérance de vie, de l’alphabétisation, de l’éducation et du PIB par personne. Le PNUD considère qu’un pays a un indice de développement humain élevé si sa valeur d’IDH est supérieure à 0,8. Pour l’empreinte, on considère qu’une empreinte inférieure à 1,8 hectare global par personne, c’est-à-dire la biocapacité moyenne disponible par personne, est indicative d’une durabilité à l’échelle globale. Un développement durable réussi implique au moins que le monde, dans son ensemble, réponde conjointement à ces deux critères [...]. Ni le monde dans son entièreté, ni aucune région prise séparément ne répond conjointement aux deux critères de développement durable. Seul Cuba y parvient, d’après les données que ce pays fournit aux Nations Unis [10] ».

En matière de protection de l’environnement - tout comme en matière de santé, d’éducation, de massification de la culture et de la pratique du sport -, le monde a beaucoup à apprendre de Cuba. Ce petit pays sous-développé, confronté à des sanctions économiques extrêmement sévères de la part des Etats-Unis, a démontré qu’en mettant la science et la technologie au service de l’homme et de l’environnement, il était possible de préserver la nature. Il est temps d’ouvrir les yeux à travers le monde et de prendre exemple sur l’Archipel des Caraïbes pour sauver la planète. Il en va de la survie de l’espèce humaine.

Notes :

[1Intergovernmental Panel on Climate Change, Climate Change 2007 : The Physical Science Basis. Summary for Policymakers, Paris, février 2007.

[2Reuters, « Chirac sonne la mobilisation générale pour l’environnement », 3 février 2007 ; Alicia Rivera, « Cambios climáticos alteran la tierra. En peligro 30% de las especies », Granma, 31 janvier 2007.

[3Ibid.

[4Hervé Kempf, « Quarante-six pays appellent à créer une ONU de l’environnement », 6 février 2007.

[5Granma, « La Tierra en serio peligro por cambios climáticos », 3 février 2007.

[6Ibid.

[7Fidel Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el Comandante en Jefe en la Conferencia de Naciones Unidas sobre Medio Ambiente y Desarrollo, en Río de Janeiro, Brasil, el 12 de junio de 1992 », Granma, 3 février 2007.

[8Granma, « La superficie des forêts augmente dans l’île », 27 décembre 2006.

[9Energy Globe, « National Energy Globe Winners », 2006 ; Agencia Cubana de Noticias, « Le projet cubain d’énergie renouvelable gagne le Prix mondial ‘Energy Globe’ », 29 janvier 2007.

[10World Wild for Fund, Rapport Planète vivante 2006, 2006, p. 21.

Source : Rebelión (http://www.rebelion.org), 8 février 2007.

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