Venezuela
Démocratie et « socialisme du XXIe siècle »
par Margarita Lopez Maya
Article publié le 24 avril 2007

Depuis sa nette victoire électorale en décembre dernier, le président vénézuélien, Hugo Chavez, n’a pas perdu du temps. L’une à la suite de l’autre, il a annoncé une série de mesures qui devraient, selon lui, conduire le Venezuela sur la voie du « socialisme du XXIe siècle ». Parmi celles-ci, notons la loi habilitante qui octroie, durant une période de 18 mois, des pouvoirs spéciaux au président pour mettre en œuvre des réformes dans une série de matières ; la création du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) ; des « nationalisations » dans les secteurs pétroliers, des télécommunications et de l’électricité ; l’approfondissement de la construction du « pouvoir populaire » par l’accélération de l’établissement de conseils communaux, instruments de démocratie directe des communautés organisées, sur tout le territoire ; la réforme de la constitution qui devrait permettre au président de postuler pour un autre mandat en 2012, etc.
Ces initiatives ont suscité enthousiasme, scepticisme et critiques. Certaines propositions du chef de l’État - et la manière dont il les a présentées (imposées ?) - n’ont pas plu à Margarita Lopez Maya, un historienne vénézuélienne, respectée tant pour les partisans de ladite révolution bolivarienne que par l’opposition. Sympathisante du projet de « démocratie participative » constitutionnalisé en 1999 [1], Lopez Maya exprimait déjà ses préoccupations en 2004, après la victoire de Chavez au référendum révocatoire : « Dans un pays où la faiblesse institutionnelle est si accentuée, et avec une tendance autoritaire visible chez tous les acteurs politiques des deux camps, il peut y avoir une accentuation de l’autoritarisme, du manque de débat et de négociation. Il y a un processus de croissance de l’organisation populaire mais il ne me semble pas encore suffisant pour contenir l’autoritarisme.  » [2] Ces inquiétudes semblent s’être accrues dernièrement. C’est ce qui ressort de l’interview qu’elle a accordée au quotidien antichaviste El Nacional le 21 janvier 2007.
La rédaction du RISAL a décidé de reproduire quelques extraits de cet entretien ainsi qu’une série de textes qu’elle a écrits ces dernières semaines sur la conjoncture que traverse aujourd’hui le Venezuela. Les thématiques dont elle traite tournent essentiellement autour de la question démocratique : démocratie représentative et démocratie participative, système politique et multipartisme, relations entre État et « société civile », séparation des pouvoirs, etc.

Socialisme démocratique en 2007 ?, 8 janvier 2007
— Entretien avec Margarita Lopez Maya : « Je ne sais pas si le socialisme chaviste sera démocratique », 21 janvier 2007
— Participation et politique de rue, 4 février 2007
— Sur les Conseils communaux, 4 février 2007
— Le Venezuela en débat, 4 mars 2007
— Socialisme, partis et système politique, 18 mars 2007

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Socialisme démocratique en 2007 ?

Une année politiquement incertaine commence, car le mois de décembre s’est terminé sur des signes inquiétants. J’avais pensé passer des fêtes tranquilles, mais une poussée de fièvre révolutionnaire a pris le président au théâtre Teresa Carreño [3], et il a pratiquement ordonné la création du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). Sans débat, sans consultation et sur un ton arrogant en parlant des partis politiques alliés de son gouvernement.

Que reste-t-il de la démocratie participative et « protagonique » ? Est-ce ainsi que l’on gouverne ? « Je n’ai pas le temps pour des débats insipides », a-t-il dit. Et s’ils [les partis] ne veulent pas intégrer le parti uni, « ils sortiraient du gouvernement ». Le parti Patria Para Todos (PPT, Patrie Pour Tous) [4] a reçu son avertissement. Clair. Très clair.

Le mépris envers les partis que ce discours reflète, malheureusement, n’est pas l’exclusivité du président. Un sondage réalisé en août 2006 par des universitaires étrangers sur un échantillon de 850 personnes de trois villes vénézuéliennes, 550 de secteurs populaires et 300 d’« urbanisations » [quartiers de classes moyennes] a montré une dévalorisation similaire. La concurrence entre partis, dans un ensemble de huit autres caractéristiques de la démocratie, a semblé être la moins importante pour 41% des sondés des quartiers populaires et 60% des urbanisations et pourrait être même éliminée sans que la démocratie en soit fort affectée Ç’a été l’unique convergence entre les deux groupes sur une vingtaine de questions. Le mépris présidentiel aurait donc un appui important.

Ce parti uni s’ajoute à d’autres offres du chavisme dans le cadre du « socialisme du XXIe siècle » comme la réforme constitutionnelle pour la réélection indéfinie, l’élimination de la représentation proportionnelle et un nouveau pouvoir, le « populaire », dont le contenu est fort incertain, puisqu’il y a eu peu d’information donnée, sans parler des débats. Au niveau économique, rien de ce qui a été dit par les dirigeants jusqu’à ce jour ne méritait une réforme constitutionnelle, puisque celle de 1999 semblait avoir les dispositifs nécessaires.

Je pense que plus qu’à l’offre du socialisme, la victoire de Chavez [à l’élection présidentielle du 3 décembre 2006, ndlr] est due à la prospérité pétrolière, au succès de certaines « missions » et aux immenses attentes que les ressources que le gouvernement dépense dans les activités les plus variées ont soulevées. Mais c’est dû aussi au manque de proposition alternative du côté de l’opposition. Les bases chavistes ont peu prêté attention aux offres de contrôler la sphère politique en limitant la représentation et la réélection indéfinie car l’accès aux droits socioéconomiques est leur priorité. Dans les bases de l’opposition, où l’urgence pour la satisfaction des besoins de base est moindre, même si son discours fait allusion au besoin de pluralisme, il y a peu d’intérêt à reconstruire un système de partis ou à défendre la représentation proportionnelle, comme le révèle le sondage cité ci-dessus. Avec ces faiblesses, il est possible que le fantôme d’un processus involutif de notre démocratie fasse sa réapparition cette année.

Heureusement, plusieurs chercheurs en sciences sociales vénézuéliens comme Edgardo Lander [5], Julio Escalona, Javier Biardeau qui ont suivi et appuyé de manière critique ce processus transformateur, ont ouvert le débat sur les idées exposées au Teresa Carreño et leurs conséquences pour le processus d’approfondissement démocratique.

Elargir et enrichir ce débat est un des défis cruciaux de 2007, tant pour ceux qui appuient le gouvernement que pour ceux que s’y opposent.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 8 janvier 2007. Traduction : Frédéric Lévêque, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.aporrea.org/ideologia/a2....

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Entretien avec Margarita Lopez Maya : « Je ne sais pas si le socialisme chaviste sera démocratique » [6]

Chercheuse disciplinée qui a suivi le cours du devenir national à la tentation d’adjectiver devant les caméras de télévision, Margarita López Maya est l’une des rares analystes locales qui jouit d’un prestige incontestable aussi bien auprès de la majorité que de l’opposition.

L’universitaire, qui, à plusieurs occasions, a reproché à l’opposition son manque de compréhension du moment actuel, semble préoccupée. (...)

« Au moment des élections, Chávez avait deux possibilités, parce qu’il avait employé deux discours pendant la campagne : l’un très dur, pour ses militants inconditionnels et, à partir de la moitié de la campagne, un autre plus doux, qui appelait à la reconnaissance de l’autre. (...) L’opposition avait pris résolument la voie électorale et ce processus allait permettre la consolidation d’un jeu politique stable et pluriel. Mais, au début de l’année, le président Chávez a tout jeté à terre. Depuis, il a clairement choisi l’option dure. Ce qu’il appelle « l’approfondissement de la révolution ». Echanger les huit ans précédents de ladite « démocratie participative et protagonique » pour le « socialisme du XXIe siècle ». (...)

Avec cette abondance de votes, Chávez considère que les gens l’ont mandaté pour aller vers ce socialisme. (...) J’ai l’impression que nous sommes en présence d’un processus qui se propose de changer le régime politique au Venezuela. De par certaines choses qu’il annonce, il a initié un lent processus d’affaiblissement de la démocratie libérale.
Pas nécessairement de la démocratie. Je crois que nous allons, avant tout, vers un affaiblissement institutionnel de l’Assemblée nationale en tant qu’espace pour la délibération et dépositaire de la souveraineté populaire. L’égalité et l’autonomie des pouvoirs figurent dans la Constitution de 1999, mais je crois qu’il y a une intention de produire une modification pour aller vers une subordination de tous les autres pouvoirs à la présidence. (...)

Ici, il y a un affaiblissement du concept libéral de la représentativité. Le président a dit qu’il veut aller vers la création d’un sixième pouvoir, le pouvoir communal.

La gauche a été traditionnellement très méprisante envers les instances de représentation. Le concept de pouvoir communal, pourtant, reste très vague. L’assembléisme [assemblées populaires, conseils communaux] garantit, on le suppose, l’exercice d’une démocratie directe. Par la loi, en ce moment, les conseils communaux ne regroupent pas plus de 400 familles. Ce sont de très petites unités, en prenant en compte la taille d’un quartier populaire.
Ce sont des instances qui peuvent prendre des décisions sur des problèmes ponctuels, mais qui, du point de vue politique, pour ce qui est de gouverner de façon absolument autonome, ont une mission et une utilité pour le moins discutable. Les dirigeants populaires que j’ai consultés sur l’opportunité d’un tel instrument pour gouverner ont fini par me répondre qu’il ne servait à rien.(...)

L’une des caractéristiques de ce processus est qu’il a miné la capacité d’autonomie et d’indépendance de pensée à l’intérieur du chavisme. Il y a un mécontentement ; des décisions surprenantes ont été prises, dans l’urgence, sans consultation d’aucune sorte.(...)

Il y a des traits autoritaires et personnalistes ; on ne sait pas quels sont les espaces de délibération, l’Assemblée nationale a délégué ses obligations. Les questions ne sont pas discutées à l’Assemblée parce que pour le président c’est une perte de temps. Ni avec l’Assemblée ni avec le pays. Le temps des procédures démocratiques est une chose, celui des opérations militaires en est une autre. (...)

Il est démontré que les Vénézuéliens estiment la démocratie, c’est l’un des mandats du gouvernement. Pour l’immense majorité des Vénézuéliens, ce régime a été jusqu’à maintenant beaucoup plus démocratique que celui du Pacte de Punto Fijo [le système antérieur à 1999, ndlr].

Source : El Nacional (http://www.el-nacional.com/), 21 janvier 2007. Traduction : Marie-Josée Cloiseau, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.soberania.org/Articulos/...

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Participation et politique de rue

Parmi les nouveautés qui sont apparues dans les derniers discours présidentiels [d’Hugo Chavez, ndlr], il y a l’idée que les ministres travaillent au bureau du lundi au mercredi et dans la rue du jeudi au dimanche.

Un exécutif de rue, donc.

L’idée que le parlementarisme de rue convient très bien à l’Assemblée nationale et qu’il faut approfondir ce mécanisme circule également. Il pourrait même se faire qu’il n’y ait plus besoin d’un pouvoir législatif comme dans les démocraties libérales, puisque le peuple délibérant sur les places ou dans la cour du Capitole [l’Assemblée nationale, ndlr] est plus authentique. En outre, on nous promet un sixième pouvoir, le « pouvoir populaire », constitué par les conseils communaux, leurs fédérations et d’autres regroupements de conseils communaux, jusqu’au sommet, qui est le bureau du président. La délibération pourrait être ainsi de meilleure qualité que les longues et infructueuses discussions parlementaires.

Selon une autre conviction qui se généralise, notre participation et/ou notre démocratie directe est robuste : nous l’avons vu dans les mobilisations gigantesques de la campagne électorale. Et aussi dans la protestation populaire. 1 383 manifestations de rue ont eu lieu l’an dernier selon les calculs de Provea [7], c’est-à-dire une moyenne de presque quatre manifestations par jour. Les trois quarts ont concerné des revendications socio-économiques et plus de 32 % ont eu recours aux barrages de rue comme mode de protestation. Les gens luttent donc de manière participative pour leurs droits.

L’enthousiasme pour la rue comme étant l’espace de la démocratie participative et « protagonique » a fini par changer le sens qu’avait ce terme dans la constitution de 1999. Quand nous avons approuvé cette constitution, il s’agissait de construire une combinaison de démocratie représentative et de démocratie directe. Mais, au cours de ces dernières années, le concept de démocratie s’est polarisé. Aujourd’hui, une partie du chavisme soutient que seuls les mécanismes de démocratie directe sont de la démocratie authentique, c’est pourquoi l’opposition, s’accroche à la démocratie représentative. Cette évolution perverse pourrait annoncer un naufrage de la démocratie.

Commençons par le plus facile. La protestation de rue est un mécanisme légitime d’expression politique, mais de mauvaise qualité, car elle nécessite beaucoup de temps perdu et beaucoup de monde pour être effective. Elle est en augmentation dans nos villes, surtout à Caracas, pour différentes raisons. Dans les deux dernières années surtout, parce que les mécanismes institutionnels ne sont simplement pas efficaces. Si les plaintes concernant des droits socio-économiques trouvaient dans les institutions publiques des instances qui les recueillent et garantissent leur traitement effectif, les gens n’auraient pas à bloquer la rue en face de Miraflores [le palais présidentiel, ndlr], où ils vont bien sûr parce qu’ils savent que les problèmes ne peuvent être réglés qu’à la présidence.

Les campagnes électorales, comme la dernière, ressemblent tellement à celles de la quatrième République [8] qu’il n’est pas besoin d’argumenter que beaucoup d’argent et/ou de ressources médiatiques, et un faible débat, cela ne signifie nulle part une meilleure démocratie. Mais la question du parlementarisme de rue, de l’exécutif de rue ou du sixième pouvoir [ledit pouvoir populaire, ndlr] mérite davantage d’attention.

Le parlementarisme de rue est apparu quand l’opposition s’est retirée des élections [9]. Nous nous sommes réveillés avec une Assemblée « rouge, très rouge » [10]. Les députés, devant la faiblesse démocratique qui en résultait, ont inventé cette proposition. C’est un mécanisme intéressant pour informer et recueillir les idées et les opinions de ceux qui désirent participer volontairement à la formulation de lois ou de politiques. C’est aussi un espace privilégié d’éducation politique. Mais je ne crois pas qu’en mettant des kiosques et des tables dans des parcs ou sur des places publiques en fin de semaine, pour discuter, par exemple, le budget de 2007 au milieu du peuple, nous ayons une meilleure démocratie que dans l’espace de délibération de l’Assemblée, élue au suffrage universel et direct. Dans des sociétés à intérêts divergents, il faut un lieu comme l’Assemblé nationale, où le pluralisme trouve sa place, où on dialogue et où on tente de vivre avec l’autre de manière pacifique en établissant des consensus élémentaires. Si ce n’est pas ce que font les députés, alors il y a le référendum révocatoire [11] pour les remplacer.

Le parlementarisme de rue est un complément de la
représentation, il ne la remplace pas.

A propos de l’exécutif de rue, étant donné les inefficiences du gouvernement, la piètre qualité de nombreux fonctionnaires et la corruption omniprésente, des caravanes présidées par le ministre, recueillant les opinions et prenant des décisions à partir de la rue, ressemblerait à une fable qui ne serait ni bon marché ni sage. Le président pourrait confier à quelques personnes qualifiées en gestion publique la mission d’ouvrir une consultation dans le pays et de concevoir une procédure participative pour que les bureaucrates connaissent mieux les problèmes régionaux et locaux.

Le pouvoir populaire, qui sera le nœud de l’organisation du Socialisme du XXIe siècle, est plus complexe à évaluer. D’une part, les conseils communaux [12] sont des unités d’organisation populaire intéressantes pour résoudre les problèmes de base des communautés et pour ouvrir des espaces de discussion politique.

Pourtant, leur composition par la loi, d’un maximum de 400 familles, n’en fait des substituts ni à l’Assemblée Nationale, ni aux municipalités, ni aux gouvernements régionaux comme espaces de coexistence pluralistes, même en créant des fédérations et autres regroupements. En plus, jusqu’à maintenant, ils se sont constitués surtout grâce à la rente pétrolière et parce que les communautés ne sont pas idiotes. C’est à prendre ou à laisser. Cette forme court le risque de devenir une structure clientéliste, dans le meilleur style de la quatrième République ou pire, de Fujimori ou de Menem.

Il est impérieux que le gouvernement ouvre cette discussion et que le débat soit partie prenante de la réforme constitutionnelle en gestation.

La participation sans la représentation n’est pas une réelle démocratie. Bien que des figures comme les conseils communaux ou le parlementarisme de rue soient des éléments importants, ils sont loin de produire un nouveau citoyen au pouvoir renforcé face à l’Etat ou une société post-capitaliste et réellement démocratique.

Source : Últimas Noticias (http://www.ultimasnoticias.com.ve/) ; Rebelión (www.rebelion.org), 4 février 2007. Traduction : Marie-José Cloiseau, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.rebelion.org/noticia.php....

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Sur les Conseils communaux

En cette nouvelle période constitutionnelle, notre démocratie cherche à s’approfondir en augmentant et en améliorant la participation communautaire dans la gestion des services publics au niveau local. Il y a quelques jours, le président - Hugo Chavez - a constitué le Conseil Présidentiel du Pouvoir Populaire (Cppp, Consejo Presidencial del Poder Popular) en application de la Loi des conseils communaux adoptée l’an dernier [avril 2006, ndlr]. L’exécutif a de plus inclus dans les matières de la Loi habilitante [13] tout ce qui concerne le pouvoir populaire, ce qui lui permettra de décréter une réforme de la Loi des conseils communaux afin de renforcer le pouvoir populaire. Le Cppp obéira et remplira les fonctions assignées par la loi en vigueur.

Le gouvernement nourrit de grands espoirs quant aux conseils communaux en tant qu’unités territoriales de base facilitant la participation populaire et l’autogouvernement. Pour le président, ils sont la base de la construction du Socialisme du XXIe siècle. Est-ce certain ? Est-ce que ce sera démocratique ? La figure du conseil communal, fixée par la loi de l’an dernier, qui sera - selon la promesse du président de la Cppp, Jorge Rodríguez [vice-président de la République, ndlr] - soumise à consultation et à discussion avant que la nouvelle loi soit décrétée, est surtout un concept théorique. Si elle a bien été soutenue par une sorte de consultation et/ou parlementarisme de rue, elle est surtout le fruit d’une élaboration par des professionnels proches du gouvernement, qui ne sont pas allés au bout de ce débat avec notre société plurielle.

Pourvu que cette fois ils ne gâchent pas la chance, car ces conseils ont éveillé une grande attente dans certains secteurs - surtout populaires -, des doutes importants dans d’autres et des craintes dans d’autres encore, surtout dans la classe moyenne.

La loi actuelle présente des faiblesses. Par exemple, elle stipule que le conseil communal est une unité constituée au maximum de 400 familles et fonctionne comme une instance d’articulation et d’intégration de diverses organisations communautaires. C’est-à-dire qu’elle articule toutes les autres organisations qui fonctionnent sur son territoire, dont le nombre peut varier entre zéro et une vingtaine, car il y a des communautés qui ont de tout : des « tables » techniques d’eau [14], des coopératives, des groupes de musique, de sport, de femmes, etc.

Les conseils sont des mini-gouvernements chargés de nombreuses tâches. Des questions se posent : les gens le feront-ils par pure solidarité ? Disposeront-ils de suffisamment de temps et de bonne volonté ? Les gens qui travaillent ne peuvent souvent pas y participer, ils arrivent fatigués chez eux et les femmes en particulier ont une double journée, comment ce sera résolu ? Beaucoup de ceux qui aujourd’hui participent aux diverses organisations impulsées par le gouvernement reçoivent un appui matériel de l’Etat à travers des bourses en tout genre, comme avec les Mission Ribas [15], Madres del Barrio [16], etc. La rente pétrolière pourra-t-elle permettre à d’autres encore de réduire leurs journées de travail pour y participer ? Pour arriver à réformer cette loi, il est extrêmement intéressant de connaître les opinions de femmes et d’hommes qui ont passé des années, des décennies dans le mouvement populaire et dans les associations de quartiers des classes moyennes, qui luttent pour résoudre les problèmes de base de leurs communautés. Elles (ils) peuvent apporter l’éclairage d’expériences concrètes précédentes sur la viabilité et la meilleure échelle de l’unité d’articulation territoriale de base. Un bilan des expériences des gouvernements locaux de Libertador et de Caroni des années 90, de la figure du gouvernement paroissial [la paroisse, parroquia, est une unité administrative, ndlr] articulé au gouvernement local, ainsi que l’étude de l’immense bibliographie existante sur les expériences participatives dans d’autres villes comme Porto Alegre au Brésil, serait aussi très utile.

Le Cppp doit impulser une consultation massive. Pour cela, il pourrait suivre l’exemple de la méthodologie utilisée par le ministère de l’Intérieur et de la Justice, développée par la Commission nationale pour la réforme de la police (Conarepol, Comisión Nacional para Réforma Policial) pour connaître le modèle de police auquel aspirent les Vénézuéliens [17]. Nous apprenons de nous-mêmes et de l’expérience des autres. Il est bon de savoir que la pratique et la réflexion sur la démocratie participative ont déjà plusieurs décennies, aussi bien dans le monde qu’en Amérique latine, nous ne sommes pas les premiers à essayer.

Inventer sans évaluer nos expériences antérieures et sans étudier des cas qui ont eu du succès dans d’autres pays pourrait conduire inutilement à l’erreur.

L’Etat et la participation

Au Venezuela, à la différence des autres pays, une grande partie de l’organisation de la participation populaire - pas toute - est induite par l’Etat. Ceci entraîne des particularités dans la participation, entre autres, la faiblesse de son autonomie potentielle.

La structure actuelle des conseils communaux limite sévèrement l’impulsion d’une participation démocratique et autonome. Selon la loi, les conseils dépendent en tout de l’exécutif national. C’est là qu’ils sont enregistrés et que le Cppp, à ses différents niveaux administratifs, examine et approuve les ressources qu’il leur accorde.

En définitive, c’est le président qui décide qui reçoit l’argent. Quelle est la capacité de dialogue et de négociation d’un conseil communal de 400 familles pauvres avec le gouvernement central ? Pour que la participation soit source d’appropriation de pouvoir et de renforcement des capacités, elle doit entraîner une dynamique du bas vers le haut. La loi, au contraire, dans sa conception, favorise la dépendance par rapport au président et pourrait faciliter le clientélisme. Aujourd’hui je te finance et demain tu me paies par tes votes.

Il faut du temps à la démocratie participative pour se développer. Le respect pour l’autonomie et le pluralisme doit être cultivé chez les gens, en particulier chez les fonctionnaires d’Etat qui arrivent dans les quartiers armés du pouvoir que leur donnent les ressources et leur maigre formation pour se mettre en relation avec les communautés qu’ils servent.

Le gouvernement ferait bien de revoir les délais dans lesquels il prétend impulser la démocratie participative. La logique de l’urgence et des opérations [18], qui semble prédominer dans l’exécutif, se heurte aux délais nécessaires pour que la participation démocratique mûrisse.

A privilégier l’une par rapport à l’autre, l’échec est assuré.

A chacun ses prismes

Chacun voit la réalité avec sa propre loupe, déterminée entre autres par son milieu social, son genre, son éducation. Personne n’a tort a priori et il est important que tous participent au débat pour la construction de notre avenir. Au lieu de sous-estimer a priori des points de vue différents, il est enrichissant et en plus démocratique de les reconnaître et de les intégrer.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 4 février 2007. Traduction : Marie-José Cloiseau, pour le RISAL (http://www.risal.collectifs.net/). Article en espagnol : http://www.aporrea.org/poderpopular....

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Le Venezuela en débat

Les deux premiers mois de 2007 ont été intenses en débat sur les tendances actuelles du processus économique et sociopolitique du pays. Vers quoi allons-nous ? Quel est le bilan de ce qui s’est passé jusqu’à présent ? Les récents discours radicalisés du président le renforcent-ils ou l’affaiblissent-ils dans son intention de nous mener au socialisme ?

Parmi les innombrables espaces de discussion ouverts dans et hors du pays - ainsi que sur Internet - je veux parler des idées entendues dans deux d’entre eux : un forum qui s’est tenu à Washington le 14 février, organisé par l’ONG Washington Office on Latin America (WOLA), et un symposium qui a eu lieu dans la ville de Maracaibo à l’Université du Zulia peu de temps après.

Lors de ces deux événements, les interventions des invités et du public furent de grande qualité et représentent le début prometteur d’un débat non polarisé.

A Washington les analystes venaient de différents pays, mais la représentation vénézuélienne fut significative. Sur le thème des politiques sociales, il y a eu un consensus sur les bons côtés de la conception sociale du premier gouvernement de Chavez, son objectif de surmonter, non pas uniquement la pauvreté, mais aussi l’exclusion comprise comme l’absence de droits et de citoyenneté des majorités.

Il y a aussi eu convergence sur des faiblesses et des contradictions, la plus préoccupante étant la faible attention prêtée à doter des politiques comme Barrio Adentro [19] d’un support institutionnel et des bases financières solvables qui garantissent leur survie dans le temps.

A aussi été répétée la vive volonté d’encourager et d’appuyer des évaluations honnêtes sur ce qui a été réalisé dans les différentes « missions » et programmes sociaux, et qui permettent de les perfectionner afin de consolider celles qui réussissent et sont nécessaires pour un Etat démocratique.

L’économie et la politique pétrolière provoquent évidemment de l’embarras dans tout forum public. Il existe deux visions antagoniques en de nombreux aspects dans ces deux domaines, bien que le modèle économique gouvernemental continue d’être assez confus pour la plupart des analystes. Quant à la politique pétrolière, celle-ci est plus cohérente.

La vision pro gouvernement est de la maintenir sous le contrôle de l’Etat, pour garantir un revenu raisonnable destiné à développer aussi bien au niveau national le projet socialiste qu’au niveau international les alliances avec des pays d’Amérique latine et avec le monde afin de construire un ordre multipolaire et anti-impérialiste.

Pour la vision opposée, présente aussi à Washington, la confrontation avec les Etats-Unis et les investissements faits dans d’autres pays pour gagner leur sympathie et leur soutien sont une erreur qui risque d’aboutir non seulement à un conflit avec l’« empire », mais aussi à des pertes matérielles considérables qui auraient pu être investies dans la lutte pour une économie nationale plus productive et indépendante de la rente pétrolière.

Ce débat est crucial et, malheureusement, le degré de polarisation dont il est encore l’objet ne favorise pas la réalisation d’une analyse pondérée des avantages et inconvénients de l’actuelle mise en oeuvre de cette politique.

Deux données que je ne connaissais pas ont attiré mon attention : la première c’est que malgré la prolifération des accords énergiques qui ont été signés, le Venezuela continue de vendre aux Etats-Unis plus de 60% de sa production, autrement dit, en termes de diversification des clients, le résultat est maigre jusqu’à présent ; la deuxième, l’année dernière, la balance commerciale entre le Venezuela et les pays avec lesquels il a signé des accords commerciaux en Amérique latine a été favorable à tous ces pays, sauf à nous.

Dans les analyses politiques à Washington, les panélistes sont tombés d’accord sur les tendances du gouvernement à réduire le système politique, concentrer et subordonner les pouvoirs de l’Etat à l’exécutif national, ou plus spécifiquement au président, et à laisser derrière la constitution de 1999, pour aboutir à des réformes importantes qui se feront sans large consensus.

Cette évolution vénézuélienne coïncide avec d’autres dans des pays andins comme la Bolivie et l’Equateur et semblerait être le fruit des conditions d’exclusion et de faiblesse institutionnelle qui ont marqué ces sociétés.

Comme donnée intéressante, il y a eu cette affirmation très catégorique de la part de Jennifer McCoy, de l’impossibilité matérielle d’une invasion aujourd’hui du Venezuela par les Etats-Unis, ainsi que des différences entre les conditions générales qui ont mené au modèle socialiste autoritaire de Cuba dans les années 60 et les caractéristiques aujourd’hui de la société vénézuélienne, plus globalisée et avec une plus grande tradition démocratique et pluraliste.

Dans le panel, plusieurs personnes sont aussi tombées d’accord sur le fait que l’inefficience économique est le grand talon d’Achille du gouvernement, et elle tend à s’accroître du fait de l’approfondissement des tendances à la concentration des pouvoirs dans les mains du président et aux nationalisations. Le résultat c’est que Chavez peut finir par être perçu comme le principal responsable de tous les maux de la cinquième République.

Tendances de la violence sociale

Peut-être que le diagnostic et les tendances les plus alarmantes, présentées lors du forum de Washington, ont été donnés par Carlos Ayala, sur la violence sociale dans ses différentes manifestations.

Après avoir été jusqu’en 1989 une société ayant de faibles taux de violence, le Venezuela a connu une augmentation en flèche de ceux-ci et nous sommes devenus aujourd’hui le pays le plus violent des 57 pays - dont font partie tous ceux du continent - étudiés par l’UNESCO.

Caracas, après la ville brésilienne de Recife, est la deuxième ville avec le plus haut taux d’homicides dans l’hémisphère. Dans nos prisons, qui comptent 18 000 détenus, meurent plus de prisonniers que dans les prisons du Mexique, de la Colombie, de l’Argentine et du Brésil qui ensemble comptent quelque 500 000 prisonniers.

Un gouvernement véritablement révolutionnaire devrait maintenant se concentrer à résoudre ces énormes problèmes, parallèlement à la construction des institutions nécessaires à la démocratie participative.

Un frein au parti unique ?

Beaucoup d’eau a coulé depuis que le président « a décidé » de créer un nouveau parti le 15 décembre de l’année dernière, en appelant les partis alliés à s’unifier en un seul et en menaçant de les expulser du gouvernement s’ils ne suivaient pas sa volonté. Chavez a alors fait remarquer que les votes obtenus le 3 décembre [élection présidentielle 2006, ndlr] « sont à Chavez et au peuple, qu’on ne s’y trompe pas  ».

Sans mettre en doute que c’est Chavez qui capitalise leurs votes, de toutes manières, pourquoi le tiers des votes chavistes sont-ils allés à des partis différents du Mouvement Cinquième République (MVR, Movimiento Quinta Republica) [20] ?

Depuis décembre, les turbulences n’ont pas cessé dans les bases, dans les partis alliés, et au sein de secteurs qui ont des affinités avec le processus comme chez les intellectuels. Il y a des désaccords, des tensions et des discussions sur cette proposition.

Le résultat a été que le président a baissé le ton, que les partis et divers groupes ont réussi à ouvrir les débats et à organiser des plénières et des assemblées, et il semble que maintenant on va réduire la vitesse à laquelle allait se faire au départ l’unification. Heureusement !

Plusieurs jours après, des membres de la commission chargée par le président de la proposition de parti « unique » ont fait savoir qu’un parti ne se décrète pas mais qu’il se construit, et que les temps des processus d’organisation sociale et politique sont différents de ceux de l’urgence et des « opérations » [21].

Lors du symposium de Maracaibo le général Müller [22] a réfléchi sur l’aspect éphémère de la vie humaine face aux processus de transformation des sociétés et il s’est montré favorable à refréner cette hâte. Sera-t-il écouté ?

Source : Ultimas Noticias (http://www.noticierodigital.com/), 4 mars 2007. Traduction : Emmanuelle Chapon, pour le RISAL (http://www.risal.collectifs.net/). Article en espagnol : http://venezuelareal.zoomblog.com/a....

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Socialisme, partis et système politique

Le processus de ces dernières semaines autour du parti socialiste uni pourrait être un signe de progrès dans notre faible et retardataire sphère politique. Les turbulences ont semblé annoncer non seulement la naissance d’un parti de l’oficialismo, du gouvernement, mais peut-être celle d’un système politique très nécessiteux.

A la différence de ceux qui voient les conflits au sein des organisations chavistes comme un signe dangereux de leur faiblesse, moi, je le perçois comme une manifestation de santé. Le mouvement bolivarien qui, depuis les élections de 1998, s’est emparé du pouvoir, avance à la recherche une fois de plus d’une identité politique plus stable. Il est donc inévitable qu’émergent les différences qui cohabitent en son sein et qui sont fort significatives. Elles pourraient servir de base pour un parti de conception et de structure nouvelles, ou pour l’émergence de plusieurs partis à l’intérieur d’un système politique nouveau et pluriel. Dans les deux cas, nous gagnerions en matière d’édification de la démocratie profonde à laquelle nous aspirons.

L’an dernier, j’ai fait état d’une donnée alarmante : le Conseil National Electoral (CNE) avait enregistré plus de 800 partis comme organisations politiques actives. Cela révélait la faiblesse et l’inopérance virtuelle d’un système politique dans notre pays. Mais cela montrait en même temps un intérêt des citoyens pour la participation et le jeu politique. Dans ce contexte, la recherche par le président d’une organisation qui unifie ses forces est logique et louable, même si je ne partage en rien le style avec lequel il a prétendu l’imposer.

Ses ordres ont stimulé la réorganisation à laquelle nous assistons.

Tous les partis se sont empressés à déclarer leur vocation révolutionnaire et leur reconnaissance du leadership du président. Mais, au sein de ces consensus - que je considère sincères -, il y a des divergences sur l’organisation qu’on veut voir surgir, puisque, s’il y a un projet politique partagé, il existe des différences notables sur la manière de reconstruire les relations entre l’Etat et la société, autrement dit comment comprendre la politique et les partis. Cela ne pouvait pas être différent dans une société complexe, avec une histoire importante de lutte pour la démocratie, comprise tant comme l’égalité sociale que comme la liberté dans tous les domaines de la vie humaine.

Une portion significative des forces pro gouvernementales appuie toute initiative prise par le président. Ils sont unis à ce projet par un lien affectif avec le président, ils ont confiance dans son bon jugement. Lino Ron et son Unidad Popular Venezolana (UPV, Unité Populaire Vénézuélienne) sont un cas emblématique mais aussi le Movimiento Quinta Republica (MVR, Mouvement Cinquième République) qui n’a jamais été véritablement un parti politique mais plutôt un instrument politique au service du charisme du président et qui ne pourrait survivre sans lui. Il me semble logique que ceux-ci et des partis de faible pouvoir électoral propre acceptent de se dissoudre sans problèmes, selon les règles que le président veut bien leur indiquer.

Les trois partis qui ont déclaré cette semaine, avec différentes nuances, qu’ils ne se dissoudraient pas encore, ont des raisons respectables pour justifier leurs positions. Podemos et Patria Para todos (PPT, Patrie Pour Tous) sont issus de divisions du Parti Communiste du Venezuela (PCV) produites par l’échec de la lutte armée des années 60. A leurs origines, il y a un intense débat d’idées où sont intériorisées la critique du verticalisme et de l’autoritarisme du PCV et une reconnaissance de plusieurs principes de la démocratie libérale comme le pluralisme qu’ils considèrent comme un patrimoine universel et pas seulement bourgeois. La forme selon laquelle s’est développé le processus du PSUV a affecté ces valeurs, comme l’a reflété de manière éloquente le discours d’Ismael Garcia [leader de Podemos, ndlr]. Son « socialisme démocratique » se traduit par le pluralisme, le dialogue, le débat. Il a été courageux en rendant visible un problème d’une importance cruciale que le chavisme, de par ses caractéristiques charismatiques, militaristes, et d’une gauche peu démocratique en matière politique, tend à éviter.

Pour sa part, le PCV a aussi ses bonnes raisons, même si elles sont bien distinctes de celles des deux autres. Pour eux, ni le verticalisme, ni l’autoritarisme politique n’est un problème, mais le personnalisme oui. Ce qui est crucial c’est le manque de clarté sur le caractère marxiste léniniste du processus qui se développe et du parti qu’on veut construire. Rentre également en compte le fait qu’il possède une identité politique claire, fruit de longues décennies remplies d’histoire qui représente une petite portion de la société, mais respectable comme toutes les autres.

Les turbulences au sein du chavisme ont coïncidé avec la rénovation de Un Nuevo Tiempo (UNT, Un Nouveau Temps) en tant que parti d’opposition [23]. Ici aussi, naturellement, il y a des réorganisations et des regroupements. La « démocratie sociale » et la « participation », des termes avec lesquels ce parti a défini ses objectifs politiques, révèlent une continuité avec la pratique de jouer dans les règles, jeu qu’ils ont déjà joué en décembre dernier. Rosales, dans un geste symbolique bien ciblé, a assermenté les nouveaux dirigeants de UNT au nom de la constitution de la République bolivarienne du Venezuela [24].

Bien que ces développements soient positifs, ils sont très loin de résoudre les profonds problèmes que nous avons devant nous. Créer des partis politiques dans le contexte actuel est un défi considérable. Ils ne peuvent être des partis d’élites comme l’ont été ceux dans les démocraties représentatives. Ils ne peuvent pas non plus imiter les partis du socialisme du XXe siècle qui ont échoué aussi, en soustrayant le pouvoir de décision aux gens et en ne reconnaissant pas le pluralisme comme principe démocratique. Il vaudrait peut-être la peine d’examiner des expériences passées comme celles qui ont donné naissance dans notre pays au MAS [25] ou à la Causa R [26] qui, même si elles ont failli, ont cherché à leur époque à créer de nouvelles modalités d’articulation entre des organisations sociales et politiques, ce qu’Alfredo Maneiro et d’autres ont appelé le parti comme « mouvement de mouvements ». Malheureusement, un des problèmes de cette révolution est qu’elle méprise le passé immédiat, retirant ainsi la possibilité d’apprendre de lui, de ses erreurs et de ses réussites.

Source : Aporrea (http://www.aporrea.org/), 18 mars 2007. Traduction : Frédéric Lévêque, pour le RISAL. Article en espagnol : http://www.aporrea.org/ideologia/a3....

Notes :

[1[NDLR] Lire à ce sujet Margarita Lopez Maya, Le Venezuela « bolivarien » : une démocratie participative, RISAL, rubrique Venezuela, 22 juillet 2005.

[2[NDLR] Claudia Jardim, “Sans opposition, le gouvernement peut devenir autoritaire”, entretien avec Margarita Lopez Maya, RISAL, rubrique Venezuela, novembre 2004.

[3[NDLR] L’annonce publique formelle de la constitution du parti unique a été formulée par le président Chávez au Théâtre Teresa Carreño, à Caracas, le 15 décembre 2006.

[4[NDLR] Le PPT est le principal parti, après celui du président, le MVR, a occupé des postes au sein du gouvernement.

[5[NDLR] Lire Edgardo Lander, Création du Parti unique : fin du débat sur le socialisme du XXIe siècle ?, RISAL, rubrique Venezuela, 9 février 2007.

[6[NDLR] Notons que le président Chavez a brièvement répondu aux propos de Margarita Lopez Maya au cours de la 263e édition de son émission hebdomadaire « Alo Presidente » du 21 janvier :
http://www.gobiernoenlinea.ve/misc-...

[7[NDLR] Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos (Provea) : http://www.derechos.org.ve/.

[8[NDLR] Par quatrième République, on entend au Venezuela le régime politique de démocratie représentative établi par la constitution de 1961. Par l’adoption d’une nouvelle constitution en 1999, le Venezuela est entré dans la cinquième République.

[9[NDLR] Les différents partis d’opposition ont retiré leurs listes électorales aux législatives de décembre 2005.

[10[NDLR] « Rouge, très rouge », « roja, rojita », est une formule très utilisée au cours des derniers mois par les « chavistes ».

[11[NDLR] Les citoyens vénézuéliens peuvent révoquer par référendum tout représentant public élu à la moitié de son mandat en respectant une certaine procédure. La figure du référendum révocatoire a été introduite dans la constitution de 1999.

[12[NDLR] Une des priorités du gouvernement Chavez est d’accélérer le développement de « l’autogouvernement du peuple » par la construction du « pouvoir communal ».

[13[NDLR] Loi adoptée par l’Assemblée nationale du Venezuela qui octroie des pouvoirs spéciaux dans une série de matières au président Chavez durant une période de 18 mois.

[14[NDLR] Dans la Venezuela de Chavez, les entreprises publiques d’eau ont le devoir d’impulser au sein des communautés l’organisation de « conseils communautaires de l’eau » afin que celles-ci participent à la gestion des réseaux de distribution et que les habitants prennent conscience de la rareté de ce bien si convoité. C’est à travers les « tables techniques de l’eau » que se rencontrent l’entreprise publique, les techniciens, des représentants de la communauté, la mairie, etc. Ce type de fonctionnement promeut la coresponsabilité et l’identification de la population avec les services de distribution d’eau.

[15[NDLR] Le gouvernement a créé la Mission Ribas, d’après le nom de José Felix Ribas, destinée à des individus qui ont dû abandonner le collège. La Mission Ribas est censée incorporer ceux-ci dans un programme d’éducation qui devrait leur permettre de passer l’examen adéquat en deux ans maximum. Comme les autres missions, ce programme est gratuit. Cependant, les participants reçoivent des bourses sur la base de leurs besoins propres.

[16[NDLR] Programme gouvernemental de soutien aux femmes aux foyers.

[17[NDLR] Dans le cadre de la réforme de la police, le gouvernement vénézuélien a établi un diagnostic de la situation en lançant un vaste processus de consultation de la population.Voir : http://www.reformapolicial.org.ve/.

[18[NDLR] La logique des opérations va à l’encontre de la discussion et de la consultation. Il s’agit de prendre des décisions le plus vite possible.

[19[NDLR] Programme qui offre des soins de santé de base gratuits dans les quartiers pauvres, mis en place grâce à la coopération avec Cuba.

[20[NDLR] le MVR est le parti du président, créé en 1997. Des 7,3 millions de votes obtenus par Chavez à l’élection de décembre 2006, le MVR en a récolté 4,8 millions, Podemos 760 000, Patria Para Todos (PPT) 600 000 et le Parti communiste (PCV) 340 000. Les 800 000 votes restants ont été recueillis par une douzaine de groupes et partis plus petits.

[21[NDLR] La logique des opérations va à l’encontre de la discussion et de la consultation. Il s’agit de prendre des décisions le plus vite possible.

[22[NDLR] Alberto Muller Rojas, général à la retraite de l’armée vénézuélienne, ancien ambassadeur et gouverneur, membre de l’état-major présidentiel d’Hugo Chavez, conseiller politique.

[23[NDLR] Parti vénézuélien d’opposition. Son leader, Manuel Rosales, était le candidat d’opposition à Chavez à la dernière élection présidentielle en décembre 2006.

[24[NDLR] C’est de fait une reconnaissance de la constitution adoptée par référendum populaire en 1999 à l’initiative du gouvernement de Chavez. Cette reconnaissance n’a pas toujours existé si on se rappelle du coup d’Etat d’avril 2002.

[25[NDLR] Le parti Mouvement Au Socialisme (MAS, Movimiento Al Socialismo), est une évolution social-démocrate d’une aile du Parti communiste qui s’est intégré au jeu institutionnel à partir des années 70. Son principal leader, Teodoro Petkoff, a quitté le MAS quand ce dernier a décidé de soutenir Chavez lors des élections de 1998. Par la suite, la majorité du MAS a retiré son soutien à l’actuel président de la République. Une minorité de sa direction a alors créé Podemos qui fait actuellement partie des la coalition gouvernementale.

[26[NDLR] La Causa Radical, Causa R, a été créée en 1971 par un groupe de militants communistes en rupture avec l’évolution “droitière” du MAS et du PCV. La Causa R a été proche de Chavez lorsque celui-ci se fit connaître en prenant la tête de l’insurrection militaire du 4 février 1992. Après l’échec de ce soulèvement, Andres Velazquez, leader de la Causa R, a raté de peu la victoire à l’élection présidentielle de 1993, une fraude l’en aurait empêché. En 1997, la Causa R a splitté. Cette division a donné naissance au parti Patria Para Todos (PPT, Patrie pour tous) qui fait parti de la majorité gouvernementale.

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