Bolivie
Nationalisations en jeu
par Hervé Do Alto
Article publiť le 9 novembre 2006

Reconstruire un appareil d’√‰tat r√©duit √ peau de chagrin apr√®s vingt ans de politiques d’ajustement structurel, tout en faisant face aux compagnies transnationales et aux pressions corporatistes : voil√ l’objectif premier d’Evo Morales.

La difficult√© de la t√Ęche du gouvernement Morales est apparue plus √©vidente que jamais ces derniers jours, avec la signature de nouveaux contrats r√©gissant les conditions du partenariat entre l’√‰tat et les compagnies p√©troli√®res concernant l’exploitation des r√©serves de gaz et de p√©trole que poss√®de la Bolivie. Au Palacio de Comunicaciones, situ√© dans le centre de La Paz, o√Ļ fut conclue dix ans plus t√īt la ¬« capitalisation ¬ » (privatisation) de la compagnie d’√‰tat Gisements p√©trolif√®res publics de Bolivie (YPFB), Morales et son √©quipe, les 27 et 28 octobre, ont fait un nouveau pas en avant dans le ¬« processus ¬ » de nationalisation des hydrocarbures entam√© le 1er mai 2006. La dite ¬« migration ¬ » des contrats qui, √ ce jour, n’ont toujours pas √©t√© rendus publics, n’√©tait effectivement pas une mince affaire, tant la pression des compagnies √©trang√®res et, en particulier, celle de la Br√©silienne Petrobras risquaient de repousser les n√©gociations au-del√ de la date limite du 28 octobre, mena√ßant de la sorte la cr√©dibilit√© d’un gouvernement d√©j√ secou√© par la trag√©die de Huanuni [1].

Pourtant, en d√©pit des c√©l√©brations conjointes de Morales comme des compagnies p√©troli√®res, il est bien difficile de savoir, aujourd’hui, qui est vraiment sorti gagnant de ces n√©gociations. Les premi√®res r√©v√©lations laissent entendre que la part de revenus de l’√‰tat sera ramen√©e √ un taux fixe de 50% - au lieu des 82% pr√©vus par le d√©cret du 1er mai -, les 50% restants donnant lieu √ une redistribution √©volutive entre √‰tat et compagnies d√©pendant directement de l’activit√© d’exploration de ces derni√®res. Autrement dit, si une compagnie r√©alise des travaux de prospection, elle b√©n√©ficiera d’une compensation fiscale, sur une dur√©e de deux ans √ partir du d√©but de la dite prospection, pouvant atteindre le plafond de 50 % au titre de retour sur investissements et d’amortissements.

La mesure a √©t√© tr√®s positivement accueillie par l’ensemble de la soci√©t√© bolivienne, des organisations sociales populaires √ une opposition saluant l’action d’un gouvernement ¬« qui a os√© faire ce que nous-m√™mes n’avons pas √©t√© capables de faire par le pass√© : rendre sa dignit√© au peuple bolivien ¬ », dixit le s√©nateur de Podemos (droite), Walter Guiteras. Les revenus pour l’√‰tat bolivien passeront de 250 millions de dollars √ plus de 4 000 millions annuels d’ici quatre ans, selon le ministre des Hydrocarbures, Carlos Villegas. De quoi envisager, √ court terme, le financement de mesures sociales temporairement suspendues aujourd’hui, telle qu’une hausse significative du salaire minimum.

Cependant, la ¬« migration ¬ » des contrats est d√©nonc√©e par quelques voix discordantes au sein de la gauche radicale, notamment en ce qu’elle tourne la page sur plus de dix ans d’exploitation juridiquement ill√©gale du gaz bolivien par ces compagnies (les contrats sign√©s √ cette √©poque n’avaient jamais √©t√© valid√©s par le Congr√®s, comme l’exige pourtant la Constitution). Toutes fond√©es soient-elles, ces critiques omettent toutefois de prendre en compte la d√©pendance d’un √‰tat dont la compagnie, YPFB, a vu sa ¬« refondation ¬ » repouss√©e √ mars 2007, faute de fonds suffisants. Cette faiblesse structurelle de l’√‰tat, qui est √©galement √ l’origine du report pour 2007 de l’annonce d’un plan de nationalisation des mines - initialement pr√©vue pour le 31 octobre dernier - conditionne, pour le moment, les rapports de force entre le gouvernement et ses ¬« interlocuteurs ¬ », des compagnies transnationales aux mineurs coop√©rativistes, imposant de la sorte un horizon d’action concret limitant les perspectives imm√©diates du projet nationaliste, √©tatiste et populaire d’Evo Morales.

De La Paz, Hervé Do Alto

Notes :

[1[NDLR] Lire √ ce propos dans la rubrique ¬« Bolivie ¬ » du RISAL, Pablo Stefanoni, Voyage √ Huanuni, le cŇ“ur minier de la Bolivie, RISAL, 27 octobre 2006 ; Luis A. Gomez, Huanuni et le ¬« m√©tal du diable ¬ », RISAL, 27 octobre 2006.

Source : Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste R√©volutionnaire (www.lcr-rouge.org), France, novembre 2006.

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info