Bolivie
Assembl√©e constituante et ¬« capitalisme andin ¬ »
par Pablo Stefanoni
Article publiť le 16 mars 2007

Apr√®s un semestre embourb√© dans la discussion sur le mode de scrutin de la nouvelle constitution [1], l’Assembl√©e constituante bolivienne a finalement allum√© les moteurs. D’apr√®s l’accord r√©cemment acquis entre la majorit√© gouvernementale et l’opposition, les articles qui ne r√©colteront pas de majorit√© des deux tiers seront transmis √ une commission sp√©ciale. Si le d√©saccord persiste, ils seront soumis √ un r√©f√©rendum populaire. Bien que l’opposition la rejette, le Mouvement vers le Socialisme (MAS) aspire √ y inclure la r√©√©lection pr√©sidentielle.

Dans ce contexte, le MAS d’Evo Morales - qui contr√īle 60% du ¬« conclave ¬ » - commence √ dessiner sa vision du pays, dont les contours sont la construction d’un Etat fort et la fin du ¬« colonialisme ¬ » qui a exclu la majorit√© indig√®ne.

¬« L’Etat sera le premier wagon de la locomotive de l’√©conomie. Le second, ce seront les investissements priv√©s boliviens ; le troisi√®me, les investissements √©trangers ; le quatri√®me, la micro entreprise ; le cinqui√®me, l’√©conomie paysanne et le sixi√®me, l’√©conomie indig√®ne communautaire. Tel est l’ordre strat√©gique selon lequel l’√©conomie du pays doit se structurer ¬ », r√©sumait le vice-pr√©sident Alvaro Garcia Linera. Le copilote d’Evo Morales ne se sent pas attir√© par le concept de socialisme du XXIe si√®cle ¬« made in Caracas ¬ » et pr√©f√®re parler de capitalisme andin, ¬« diff√©rent du d√©veloppementalisme des ann√©es 50, en ce qu’il ne cherche pas une voie unique de d√©veloppement et de modernisation, mais qu’il reconna√ģt la diversit√© du pays ¬ ». L’objectif : un capitalisme productif.

Sur le plan politique, cette proposition se traduit dans un ¬« Etat plurinational ¬ », qui ne pr√©voit pas seulement les autonomies d√©partementales - r√©clam√©es par le d√©partement de Santa Cruz [dans l’est du pays, ndlr] - mais aussi des autonomies indig√®nes o√Ļ des formes politiques et juridiques propres seront respect√©es. On y reconna√ģtra la ¬« justice communautaire ¬ » qui, selon ses d√©fenseurs, n’inclut pas les lynchages courants en Bolivie, mais ¬« promeut la conciliation entre les parties et la r√©paration des dommages par le coupable ¬ ». Cette justice est critiqu√©e par ses d√©tracteurs ¬« parce qu’il n’y a pas d’avocat de la d√©fense ¬ » et qu’on punit des d√©lits comme l’adult√®re.

Face aux exigences des habitants de Santa Cruz [de plus d’autonomie d√©partementale, ndlr], le gouvernement dit qu’il ne permettra pas ¬« l’√©cart√®lement de la Bolivie ¬ » et qu’on ¬« ne touche[ra] pas ¬ » aux ressources naturelles, √ la terre, √ la politique ext√©rieure, √ la police et aux forces arm√©es qui continueront √ faire partie des attributions du pouvoir central.

La multi culturalit√© atteint jusqu’√ la religion : si la majorit√© gouvernementale r√©ussit √ faire approuver son initiative, l’Eglise catholique ne b√©n√©ficiera plus d’aucun privil√®ge. Un brouillon de la proposition du pouvoir ex√©cutif aux constituants, qui circule aupr√®s de certains m√©dias, affirme que ¬« l’Etat plurinational n’adopte, ne professe, ne promeut aucune religion ; il ne reconna√ģt de caract√®re officiel √ aucune religion ou institution religieuse nationale ou √©trang√®re ¬ ». Pour le constituant du parti conservateur Podemos, Jos√© Antonio Arequipa, le MAS ¬« veut un Etat fondamentaliste (quechua-aymara) ath√©e et totalitaire ¬ ». Du c√īt√© du gouvernement, on dit que, √ la diff√©rence de 1825 [2], cette fois, la majorit√© indig√®ne sera la principale invit√©e.

Notes :

[1[NDLR] En juillet 2006 ont √©t√© tenues des √©lections en vue de former une Assembl√©e constituante. Elles se sont sold√©es par une victoire importante du MAS. Au mois d’ao√ »t, les d√©l√©gu√©s nouvellement √©lus ont entam√© la t√Ęche de r√©√©crire de fond en comble la constitution actuelle. Mais la constituante est vite devenue paralys√©e par des questions de proc√©dure. L’une de celles-ci √©tait la d√©cision concernant la modalit√© d’approbation des articles de la nouvelle loi fondamentale qu’elle est cens√©e produire.

[2[NDLR] Ann√©e de conqu√™te de l’ind√©pendance, gr√Ęce aux arm√©es de Bolivar, de qui le pays tire son nom.

Source Clarín (http://www.clarin.com), Buenos Aires, 27 février 2007.

Traduction : Marie-Paule Cartuyvels, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

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