Cuba sans Fidel
Le pouvoir militaire, un corps monolithique sans fissures visibles
par Gustavo Sierra
Article publié le 19 juin 2007

Les Forces Armées Révolutionnaires (FAR) cubaines sont un corps monolithique où aucune fissure n’apparaît pour l’instant. « Certains veulent voir une sorte de ‘putsch militaire démocratique’ qui changerait le régime, mais ils ne comprennent pas que les militaires sont l’essence du régime », explique un diplomate qui a des années d’expérience dans le labyrinthe politique de l’île.

Le pouvoir des uniformes vient directement du Politburo du Parti Communiste (PC). Cinq de ses 19 membres sont des généraux : Leopoldo Cinras, Ramón Espinosa, Abelardo Colomé, Julio Casas et Ulises Rosales del Toro. Abelardo Colomé Ibarra, le ministre de l’Intérieur, est un autre général puissant. Mais l’officier de plus haut rang après les frères Castro est le général Alvaro López Mierta, un homme de 62 ans (relativement jeune pour la nomenclature cubaine) et qui occupe le poste de chef de l’Etat-Major des FAR.

Ces hommes ont sous leur commandement trois cent mille soldats professionnels plus un million d’hommes et de femmes desdites milices de troupes territoriales. Et 3,5 autres millions de travailleurs des brigades de production et défense reçoivent aussi un entraînement militaire. Un chiffre impressionnant pour un pays qui compte 11,3 millions d’habitants.

Les forces armées cubaines sont les seules qui aient une expérience de combat de guerre hors de leur territoire en Amérique latine et les seules qui soient sorties victorieuses de deux conflits : ceux de l’Angola et de l’Ethiopie.

« Elles ont un armement un peu obsolète, mais elles sont très bien entraînées, beaucoup mieux que n’importe quelle armée du continent, à l’exception des Etats-Unis », ajoute le diplomate.

Jusqu’à maintenant il n’y a pas eu de grandes désertions. La plus retentissante a été celle du général Rafael del Pino, en 1997, qui est parti aux Etats-Unis avec un avion de combat. C’était un héros de l’invasion de la Baie des Cochons en 1961. Les militaires ont vécu leur plus grand moment d’angoisse en 1989, quand Fidel Castro ordonna de fusiller le général Arnaldo Ochoa et deus autres officiers accusés de corruption. Ochoa était un général très populaire qui avait commandé les troupes cubaines dans les guerres africaines.

Le moment le plus difficile de la Révolution s’est produit entre 1993 et 1994, quand la population, déjà fatiguée des restrictions économiques dues à la disparition de l’Union Soviétique, se jeta dans les rues pour protester. Les troubles les plus violents eurent lieu en août 1994, quand un groupe de jeunes se rassembla spontanément sur le Malecón de La Havane en criant « liberté » et « à bas Fidel ». A aucun moment les forces armées n’intervinrent. Ce fut Fidel Castro lui-même qui alla dans la rue pour affronter les manifestants et ce sont quelques « brigades d’action rapide » de militants du parti qui firent le « sale travail ».

« La répression détruirait la mythologie populaire qui maintient le système ; c’est pour cela que les militaires ne sortiront pas pour réprimer », explique un vieux journaliste étranger qui travaille depuis plus de 30 ans dans l’île.

Source : Clarín (http://www.clarin.com/), 12 mars 2007.

Traduction : Cathie Duval, pour le RISAL.

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