Une Banque du Sud pour se passer du FMI et de la Banque mondiale ?
par Simon Petite
Article publié le 22 mai 2007
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Six pays latino-américains planchent sur une Banque du Sud pour financer des projets de développement. Ses contours sont encore flous.

Sale temps pour les institutions de Bretton Woods. Alors que la Banque mondiale (BM) est paralysée par le discrédit de son directeur démissionnaire Paul Wolfowitz, le Fonds monétaire internationale (FMI) voit son influence décliner. Le 1er mai, le Venezuela a annoncé son retrait des deux « mécanismes de l’impérialisme ». Profitant des cours élevés du pétrole, la République bolivarienne de Hugo Chavez venait de rembourser ses dernières dettes envers les deux organismes. L’Argentine avait montré la voie en réglant son ardoise afin de s’affranchir de la tutelle du FMI qui, en échange de ses prêts, avait imposé au pays une douloureuse cure d’austérité, jetant de l’huile sur le feu de la crise sociale de 2001.

Le Venezuela et l’Argentine mais aussi l’Equateur - qui a expulsé récemment le représentant de la BM -, le Brésil, la Bolivie et le Paraguay planchent maintenant sur une Banque du Sud. « L’idée vient de Hugo Chavez. Il l’avait soumise début 2006 à des dirigeants africains et à l’Inde mais sans rencontrer beaucoup d’enthousiasme. L’Amérique du Sud et son virage à gauche constituent un terreau plus favorable  », explique l’économiste belge Eric Toussaint, président du CADTM (Comité pour la l’annulation de la dette du tiers monde) associé à une rencontre préparatoire début mai à Quito.

Questions qui fâchent

Le président vénézuélien imaginait un fonds contrôlé par les gouvernements du continent où puiser en cas de nouvelle crise financière - le rôle dévolu au FMI - mais aussi pour financer des projets de développement - l’affaire de la BM - tels qu’un colossal gazoduc de 8 000 kilomètres à travers l’Amazonie et les Andes. Mais les ministres de l’Economie des six pays partants ont décidé de découpler les deux tâches et de créer « en priorité » une « banque de développement » avant un éventuel « fonds de stabilisation ».

Les six pays espèrent finaliser leur fonds de développement d’ici la fin juin. Les ministres ont rendez-vous aujourd’hui au Paraguay. Il leur reste à trancher plusieurs questions épineuses. Comment financer le nouvel établissement ? Ces dernières années, le Brésil, l’Argentine et, bien sûr, le Venezuela ont amassé des réserves considérables grâce au boom de leurs exportations. Ces devises ont servi au remboursement de la dette - même si les milieux altermondialistes auraient voulu une annulation pure et simple - ou ont été bien souvent placées aux... Etats-Unis.

Pour sa part, le gouvernement Lula a exprimé des réticences à piocher dans les excédents commerciaux faisant valoir que l’utilisation des réserves de devises étrangères était du ressort de la Banque centrale brésilienne. « Le Brésil est prêt à reprendre le modèle de la BM qui ne compte pas uniquement sur les apports de ses pays membres. A l’opposé, le Venezuela et l’Equateur ne veulent pas que la future Banque du Sud emprunte sur les marchés financiers  », commente M. Toussaint.

Un projet alternatif ?

Du mode de financement dépendra aussi l’influence de chacun. Les poids lourds du continent penchent naturellement pour un vote proportionnel, alors que les autres, à l’instar de l’Equateur, réclament une voix par pays. « J’ai du mal à imaginer que Chavez, qui critique systématiquement les mécanismes injustes des institutions de Bretton Woods, les reproduise au sein de la Banque du Sud  », avance M. Toussaint.

A la BM et au FMI, les grands actionnaires - au premier rang desquels les Etats-Unis - font la pluie et le beau temps. Selon « l’usage établi », le président de la BM a toujours un passeport US et est nommé par la Maison-Blanche alors que son homologue du FMI est invariablement européen.

« Je crains que le projet ne soit pas assez audacieux  », avoue M. Toussaint. Selon l’économiste belge, la Banque du Sud ne devrait en aucun cas se limiter au soutien de méga-projets. « Elle pourrait investir dans l’industrie pharmaceutique sud-américaine ou accompagner une politique agricole commune basée sur la souveraineté alimentaire. Voilà ce qui serait un modèle alternatif. »

Source : Le Courrier (http://www.lecourrier.ch), Genève, 22 mai 2007.

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