Analyse du brouillon du document de fondation
Radiographie de la Banque du Sud
par Fernando Krakowiak
Article publié le 4 juillet 2007

La Banque du Sud devrait officiellement être lancée à la rentrée prochaine. En effet, selon la ministre de l’Économie argentine, Felisa Miceli, le document de fondation et les statuts seront prêts pour le mois d’août, quand les ministres de l’Économie des pays membres se rencontreront à nouveau à Rio de Janeiro pour finaliser les derniers détails.
Préalablement à cet événement, le quotidien argentin Página 12 en profite pour dresser le portrait de cette nouvelle institution régionale sur base d’un brouillon du document de fondation qu’un « vent favorable » lui a apporté.

Quels seront les pays membres de la Banque du Sud ?

La Banque du Sud est une idée originale du président vénézuélien Hugo Chávez qui, en août 2004, a proposé la mise en place d’une institution financière régionale pour « cesser de déposer nos réserves dans des banques du Nord » et pouvoir disposer de ces ressources pour nous « entraider », au lieu d’emprunter à des organismes multilatéraux comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Ce projet a reçu l’appui initial de l’Argentine, puis de l’Equateur et de la Bolivie, rejoints enfin par le Brésil et le Paraguay. A terme, les promoteurs du projet espèrent rallier d’autres pays d’Amérique latine [1].(...)

Quel sera son objectif ?

L’une des principales discussions des derniers mois a porté sur les objectifs que devra se fixer l’institution. Hugo Chávez voulait que la banque favorise les investissements et qu’elle adopte en plus le rôle de prêteur en dernière instance dans la région, ce qui en aurait fait une sorte de FMI du Sud. Cependant, l’accord s’est fait sur un modèle proche de celui de la Banque nationale de développement du Brésil (BNDES). Dans la dernière version du texte fondateur, auquel [le quotidien argentin] Página 12 a eu accès, on peut lire que la banque a pour objet de financer le développement économique et social des pays membres de la toute nouvelle Union des nations sud-américaines (UNASUR), fondée en avril au cours du Sommet énergétique sud-américain, en se servant de « l’épargne intra- et extra-régionale, en favorisant l’intégration, en réduisant les asymétries et en promouvant une répartition équitable des investissements entre les Etats membres ».

Quelles fonctions concrètes remplira-t-elle ?

Les principales fonction de cet organisme seront les suivantes : a) financer des projets de développement dans des secteurs clés de l’économie, pour améliorer la compétitivité et le développement scientifique et technologique ; b) fournir une assistance technique, apporter des cautions, des avals et autres garanties qui permettent de soutenir le développement productif, économique et financier ; c) émettre des bons, des billets à ordre, des obligations ou tout autre type d’instruments financiers et agir comme agent de placement des titres de ses membres, capter des ressources financières de toutes sortes et sous quelque forme que ce soit, aider financièrement en cas de catastrophe naturelle ; d) proposer des services de gestion de portefeuille, assurer des fonctions de trésorerie au service d’organismes gouvernementaux, intergouvernementaux et internationaux, ainsi que d’entreprises publiques ou privées.

Quel sera son capital initial ?

Chaque membre souscrira le même nombre d’actions. Toutefois, il est précisé que si un Etat en souscrit un plus grand nombre, la part du portefeuille sur laquelle il aura le droit d’obtenir des prêts sera augmentée d’autant. Le ministre des Finances brésilien, Guido Mantega, a assuré début mai que chaque pays apporterait entre 300 et 500 millions de dollars, mais le capital qu’ils y mettront effectivement sera beaucoup plus petit. (...)

Quelle sera sa structure administrative ?

La banque sera dotée d’un conseil ministériel composé des ministres de l’Economie des Etats qui auront souscrit des actions de classe A (seuls peuvent le faire les pays de l’UNASUR). Chaque Etat aura une voix et les décisions se prendront à la majorité absolue. Cet organisme établira les politiques générales à moyen et long terme. Pour gérer la banque au quotidien, un directoire sera chargé d’approuver le budget et les états comptables, d’élire le président, d’exécuter la politique financière, de procéder aux opérations de crédit. Chaque pays de classe A nommera un directeur. En donnant une voix à chaque pays, on tente de rompre avec la logique des organismes multilatéraux, dominés par les pays développés.(...)

Notes :

[1[NDLR] Le ministre de l’Économie uruguayen a annoncé officiellement ce jeudi 28 juin que son pays rejoignait le projet.

Source : Página 12 (http://www.pagina12.com.ar/), 11 juin 2007.

Traduction : Courrier International (http://www.courrierinternational.com - 12 juin 2007). Traduction revue par l’équipe du RISAL.

Introduction à l’article rédigée par l’équipe du RISAL.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info