Entretien avec Jorge Sanmartino
Où va l’Argentine ?
par Razmig Keucheyan
Article publié le 12 novembre 2007

A l’occasion des élections présidentielles argentines du 28 octobre prochain, nous nous sommes entretenus avec Jorge Sanmartino, membre du collectif des Economistes de gauche (EDI), et porte-parole du groupe Praxis, un courant qui prend une part active au regroupement de la gauche radicale argentine au sein du Movimiento Socialista de los Trabajadores-Nueva Izquierda (Mouvement socialiste des travailleurs- Nouvelle gauche).

On dit parfois que la gauche latino-américaine actuelle comprend trois tendances. D’abord un axe « social libéral », incarné par Michelle Bachelet (Chili), Tabaré Vazquez (Uruguay) et Lula (Brésil). Une deuxième tendance est plus radicale, elle inclut Evo Morales (Bolivie), Hugo Chavez (Venezuela), et Rafael Correa (Equateur). Le gouvernement argentin de Nestor Kirchner semble se situer à mi-chemin de ces deux positions. Es-tu d’accord avec ce constat ?

Je suis globalement d’accord avec cette manière de présenter les choses. Rappelons d’abord que même s’ils sont aujourd’hui sociaux-libéraux, le Frente Amplio uruguayen ou le Parti des Travailleurs (PT) de Lula trouvent leur origine dans la gauche combative historique de chacun de ces pays. Le PT brésilien est un parti de travailleurs, qui s’est développé dans le cadre de la lutte contre la dictature, et qui incluait des courants marxistes puissants. Le Frente Amplio est quant à lui le produit de l’histoire du Parti communiste uruguayen, des Tupamaros, et plus généralement de la gauche radicale des années 1970.

En Argentine, au moment de la crise économique de 2001, un mouvement populaire de grande ampleur, au cours duquel ont convergé des secteurs de la population jusque-là séparés, a renversé quatre présidents successifs, ce dans une période très courte. 2001 fut certes une crise économique et politique, pendant laquelle les institutions du pays se sont effondrées, mais cette crise a de surcroît généré un mouvement social considérable. Or, ni le Brésil ni l’Uruguay n’ont connu de mobilisations de cette ampleur au cours des dernières années. Cela explique que la pression des mouvements sociaux sur les gouvernements de ces pays a été moindre, et donc leur conversion au social-libéralisme plus aisée. C’est parce qu’il y a eu un mouvement social fort que le type de social libéralisme qui a cours au Brésil ou en Uruguay n’a pas de réelle légitimité en Argentine. Ceci n’empêche pas, bien entendu, que Nestor Kirchner et le parti péroniste aujourd’hui au pouvoir constituent le parti de l’ordre, qui canalise et tempère les énergies populaires. Le gouvernement argentin actuel est bien loin de constituer un gouvernement des mouvements sociaux…

Quelles sont les principales caractéristiques de la politique économique menée par Nestor Kirchner depuis son élection en 2003 ? Y a-t-il une réelle rupture par rapport à celles mises en oeuvre par les deux gouvernements précédents, celui de Carlos Menem (1989-1999) et de Fernando De la Rua (1999-2001) ?

Pour comprendre la politique économique menée par le gouvernement Kirchner, il faut remonter à la crise de 2001. Nestor Kirchner est la créature d’Eduardo Duhalde, qui fut l’un des éphémères présidents de la République argentine qui officièrent pendant la crise. Duhalde est à l’origine le gouverneur de la province de Buenos Aires, la plus peuplée. S’appuyant sur l’appareil clientélaire du péronisme de cette province, il accède à la présidence, à la suite de la chute des trois présidents antérieurs en un bref laps de temps. Une fois au pouvoir, Duhalde comprend le caractère explosif de la situation. Il décide alors, d’une part, de mettre en place une série de plans sociaux visant à calmer les ardeurs des mouvements sociaux. C’est de cette époque que date une certaine prise de distance par rapport aux politiques néolibérales menées jusque-là. D’autre part, Duhalde convoque des élections générales, et fait appel, pour y participer, à un représentant d’un secteur relativement marginal du péronisme, à savoir Nestor Kirchner. Si Duhalde suscite la candidature de ce dernier, c’est parce qu’il a compris — en habile politicien péroniste qu’il est — que le champ politique argentin glisse vers la gauche, et que pour contenir les mouvements sociaux, un nouveau discours doit être développé. Nestor Kirchner, qui était jusqu’alors l’obscur gouverneur de la province patagonne de Santa Cruz — mais qui provient d’un secteur combatif du péronisme des années 1970 — est l’homme de la situation…

Quelle est la nature du changement qui s’opère avec Kirchner ?

Le gouvernement Kirchner commence par s’emparer de la bannière des « droits de l’homme ». Il décide d’ouvrir à nouveau le débat et les procès relatifs à la dictature militaire de 1976-1983, et de suspendre les lois dites du « Point final et de l’obéissance due », votées par le gouvernement de Raul Alfonsin en 1986. Ces lois constituaient une amnistie pure et simple des crimes de cette dictature. Dans cette mesure adoptée par Kirchner et ses collaborateurs, il y a sans doute un phénomène générationnel. Comme je l’ai dit, ceux-ci proviennent de secteurs de gauche du péronisme, notamment des Montoneros, et ont pour certains directement ou indirectement souffert de la dictature. La politique menée par Kirchner dans le domaine des droits de l’homme lui a permis d’emporter le soutien de nombre d’organisations de ce secteur, au premier rang desquelles les Mères de la Place de Mai, qui sont le symbole de la lutte contre la dictature. Il ne faudrait toutefois pas s’exagérer les penchants démocratiques de Nestor Kirchner. La stratégie mise en œuvre par ce dernier vise, entre autres choses, à faire oublier que pendant son mandat de gouverneur de la province de Santa Cruz dans les années 1990, il a appliqué sans discussion les politiques néolibérales décidées par Carlos Menem. La bannière des droits de l’homme que j’évoquais à l’instant permet donc à la fois de satisfaire le vigoureux mouvement démocratique qui s’est fait jour avec les événements de 2001, et de conduire une politique pragmatique répondant à la nécessité de reconstruire un ordre politique stable.

La politique économique menée par Kirchner n’est pas la politique économique néolibérale qui prévalait à l’époque de Carlos Menem et de Fernando De la Rua. Cette politique économique peut être qualifiée de « néo-développementaliste ». La dévaluation du peso, qui est passé de la parité avec le dollar à un rapport de 1 à 3, a permis de réactiver certains secteurs industriels nationaux. Ceux-ci étaient soumis, à l’époque de la parité, à une concurrence internationale intenable pour eux. Dans le nouveau « bloc » de pouvoir, la bourgeoisie nationale a pris le dessus sur la bourgeoisie internationalisée, celle qui est directement connectée aux marchés mondiaux, et qui dominait l’économie du pays au cours des décennies précédentes…

Les différences par rapport aux politiques économiques de Menem et De la Rua sont donc significatives…

L’élément crucial à relever est que le « néo-développementalisme » de Kirchner maintient en l’état certaines caractéristiques essentielles du néolibéralisme antérieur. D’abord, prévaut en Argentine un marché du travail extrêmement flexibilisé, précarisé et fragmenté. En son sein coexistent différentes figures du prolétariat. On y trouve par exemple une classe de travailleurs relativement favorisée, représentée par les syndicats péronistes officiels, proches du gouvernement, et en particulier par la Confédération générale du travail (CGT), le sommet de la compromission et de la corruption syndicales. Mais 40% des travailleurs argentins travaillent dans le secteur informel, c’est-à-dire au noir ! Les conditions de travail de ces gens sont désastreuses, il va sans dire que la protection sociale ou la retraite constituent un rêve inatteignable pour eux.

Un autre élément de continuité est que malgré un discours « étatiste », Kirchner n’a pas renversé la tendance à la privatisation des entreprises publiques. Jusqu’aux années 1990, les ressources naturelles et les industries nationales stratégiques étaient aux mains de l’Etat. Elles ont été privatisées par Menem et De la Rua. Or, Kirchner n’a en rien remis en question ces privatisations. Les rares entreprises qui sont repassées dans le giron de l’Etat, comme les services de la poste ou de l’eau, l’ont été non pour des raisons politiques, mais pour des motifs de gestion concrète, les entreprises qui les possédaient s’étant avérées incapables de faire leur travail convenablement. La politique de Kirchner n’est pas une politique de réabsorption de ce qui a été cédé au marché. Le cadre néolibéral a donc été maintenu. C’est bien entendu toute la différence avec les gouvernements d’Hugo Chavez ou Evo Morales, dont la volonté de transformation des conditions économiques de leur pays est nettement plus affirmée.

A noter encore que la croissance économique importante que connaît l’Argentine dans le cadre de sa récupération économique après la crise n’a en aucune manière suscité une redistribution de la richesse digne de ce nom, même si elle a permis une baisse du chômage. Les riches sont toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres, et la tragique réalité est que des enfants meurent de faim aujourd’hui en Argentine, dans le pays jadis considéré comme le « grenier du monde »...

Quels sont les changements à attendre de l’élection de Cristina Fernandez de Kirchner, l’épouse de l’actuel président ? La politique qu’elle mènera sera-t-elle analogue à celle de son mari ?

C’est difficile à dire. Si l’on en croit la campagne électorale, on peut s’attendre à une certaine continuité entre les politiques de Nestor et Cristina Kirchner. En même temps, un glissement vers la droite dans les années à venir n’est pas à exclure. Au cours des élections au poste de chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires en juin passé, la coalition de droite emmenée par Mauricio Macri a triomphé, en emportant 60% des suffrages. [1] Macri est une sorte de Berlusconi argentin. Il est le fils de Franco Macri, un entrepreneur qui s’est enrichi sous la dictature et à l’époque de Carlos Menem. Mauricio Macri est notamment le président du grand club de football Boca Junior, ce qui lui confère une popularité indéniable...

En Argentine, la droite est traditionnellement représentée dans le champ politique par des gouvernements militaires, c’est-à-dire par des dictatures. C’est l’impossibilité de la droite « classique » à s’organiser politiquement qui explique la longue succession des dictatures militaires qu’a connue l’Argentine au cours du 20e siècle. La victoire de Macri, pour l’heure, n’a pas encore d’effets à l’échelle nationale, c’est un phénomène limité à la capitale fédérale. L’opposition de droite au « kirchnerisme » demeure ainsi largement atomisée, et incapable de mettre sur pied une coalition. Cela dit, le triomphe de Macri est peut-être un symptôme annonçant l’émergence, dans les années à venir, d’une droite « moderne ». Ce d’autant plus que malgré le maintien d’un cadre néolibéral, les classes dominantes critiquent durement le gouvernement Kirchner, en particulier depuis la fin de l’année 2006. Bien que les affaires se portent bien dernièrement, elles supportent mal certains aspects de la rhétorique du président, qu’elles considèrent « populistes ». C’est la haine traditionnelle des élites argentines à l’égard du péronisme…

On assistera donc progressivement à l’émergence d’un schéma droite-gauche classique en Argentine…

Il est à mon sens difficile que se développe en Argentine un schéma qui opposerait un centre droit et un centre gauche. La raison en est toujours la même : le péronisme. Selon les conjonctures historiques, celui-ci peut jouer le rôle de centre gauche ou de centre droit. Le péronisme a d’innombrables visages… Jusqu’aux années 1970, il était nationaliste et populaire, et disposait d’une base sociale ouvrière et syndicale puissante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle bien des intellectuels et des militants de gauche, y compris de la gauche révolutionnaire, ont intégré le péronisme, afin de tenter un rapprochement avec la classe ouvrière.

Dans les années 1980, avec le retour de la démocratie et l’accession à la présidence de Raul Alfonsin (un représentant du parti radical), le péronisme s’est transformé en parti social-démocrate plus « moderne ». Au cours des années 1990, il est devenu néolibéral, sous la conduite de Carlos Menem. N’oublions pas que Menem, qui était un homme de droite, un néolibéral s’il en fut, est issu des rangs du péronisme. Aujourd’hui, le péronisme est de centre gauche. Qui peut dire ce qu’il deviendra dans les années à venir ?

Quoi qu’il en soit, ce qui réunit l’ensemble de ces visages du péronisme, malgré l’extraordinaire plasticité de ce courant, c’est que le péronisme a toujours été le parti de l’ordre. Même lorsqu’il cédait à des revendications ouvrières importantes, comme pendant le « premier » péronisme de 1946 à 1955, il a toujours servi à canaliser et contrôler par le haut les mouvements populaires argentins…

Où en est la gauche argentine ? On a vu que certains de ses secteurs, par exemple les Mères de la Place de Mai, se sont rapprochés de Kirchner. Un autre secteur, constitué par la myriade de groupes marxistes (d’orientation trotskyste dans leur majorité), demeure indépendant, mais très marginal électoralement. Par ailleurs, que reste-t-il des mouvements sociaux des années 2001-2002, notamment des piqueteros  ?

La crise de 2001, je l’ai dit, a suscité un mouvement social de grande ampleur. Au Brésil a eu lieu en 1998 une crise économique importante. Mais celle-ci n’a pas suscité de mouvements populaires insurrectionnels du type de ceux qui sont apparus au moment de la crise argentine de 2001 (même si la crise brésilienne a provoqué à l’époque un mouvement de l’électorat vers la gauche, qui a favorisé l’élection de Lula). En Argentine, le peuple s’est littéralement emparé de l’espace public. En témoignent les trois principaux symboles de ces événements que sont les assemblées populaires, le mouvement des entreprises récupérées, et surtout le mouvement des piqueteros.

Le mouvement piquetero est l’héritier des luttes ouvrières argentines. Il est né dans la seconde moitié des années 1990 dans des lieux où existait une tradition ouvrière forte, avec des militants aguerris qui savaient ce qu’était une grève. Les piqueteros ont appliqué le « répertoire d’action » qu’ils avaient appris depuis les années 1970 à l’intérieur de l’usine, à l’extérieur de celle-ci, puisque les politiques néolibérales des années 1990 les avaient mis au chômage. Il s’agit d’un phénomène, à mon sens très intéressant, de reconversion d’anciennes traditions de luttes sociales dans de nouvelles formes de luttes. Soit dit en passant, un phénomène analogue peut être observé en Bolivie. Là, le très puissant mouvement des travailleurs des mines a nourri celui des cocaleros, dont est issu Evo Morales, ou encore les organisations de quartier d’El Alto, dans la banlieue de La Paz…

Le mouvement des piqueteros semble cependant être aujourd’hui en recul…

Après avoir accumulé des expériences sociales importantes entre 2001 et 2003, ce mouvement aurait dû produire une solution de rechange de type politique. Il n’en a cependant pas eu la capacité. Malgré la crise des partis, le système institutionnel argentin disposait de suffisamment de ressources à faire valoir pour assurer sa pérennité. Dans des pays au système politique sans doute moins sophistiqué, comme le Venezuela par exemple, les choses se seraient peut-être passées différemment. Contrairement au Venezuela, mais aussi à la Bolivie et à l’Equateur, le mouvement social argentin n’a jamais été en situation de disputer sérieusement le pouvoir aux classes dominantes. Il faut dire aussi que la récupération des mouvements sociaux par le gouvernement Kirchner a joué à plein. Celui-ci s’est non seulement assuré le soutien d’Hebe de Bonafini, la principale dirigeante des Mères de la Place de Mai, mais il a réussi également à intégrer dans ses ministères et secrétariats nombre de dirigeants piqueteros. C’est ainsi que des mouvements piqueteros significatifs — ou en tout cas une partie de leurs dirigeants — comme Barrio de Pie, Patria Libre ou la Fédération Tierra y Vivienda collaborent aujourd’hui avec lui…

Les événements de 2001 ont constitué un moment de grande créativité. C’était un moment « utopique » par excellence. Certains secteurs pensaient par exemple que le système du troc [2], qui s’était fortement développé, se transformerait de lui-même en une alternative au système monétaire. Après une période néolibérale si dure, il est logique que des idées de ce genre apparaissent… Mais il s’agissait là d’espérances immatures, qui empêchaient de voir que le péronisme attendait son heure… Ainsi, pendant que les mouvements sociaux pensaient « changer le monde sans prendre le pouvoir » — pour citer le fameux slogan de John Holloway à la mode à l’époque — le péronisme s’emparait du pouvoir pour ne rien changer au monde, et ce, qui plus est, sur la base d’un discours « progressiste »...

Qu’en est-il des partis représentant la gauche anti-capitaliste ?

Pendant l’ère Menem, la gauche radicale a été une gauche de dénonciation systématique du gouvernement, parce que les politiques menées étaient brutalement néolibérales. Avec Kirchner, on l’a vu, le discours a changé, même si le cadre économique néolibéral n’a pas été fondamentalement remis en cause. Le problème de l’extrême gauche est qu’elle a cru qu’elle pouvait continuer à dénoncer le gouvernement comme si rien n’avait changé, comme si Kirchner était absolument identique à Menem et De la Rua. A mon sens, c’est une erreur. Ayant perçu qu’après 2001, la société opérait un tournant vers la gauche, le gouvernement a emprunté certains éléments discursifs à celle-ci. Ceci nécessitait de la part de la gauche anticapitaliste une nouvelle stratégie, qui tienne compte de ce nouvel élément. On ne lutte pas contre un gouvernement ouvertement néolibéral de la même manière que contre un gouvernement qui adopte des accents anti-impérialistes, comme lorsque Kirchner a payé la dette de l’Argentine auprès du FMI, en critiquant durement cette institution (ce qui n’empêche pas la dette argentine auprès d’autres créanciers internationaux d’être en augmentation exponentielle).

Sur quelles bases refonder un mouvement social radical en Argentine ?

L’élément important est qu’il ne suffira pas de regrouper les structures déjà existantes. Il faudra fonder du neuf, sur des bases distinctes. Il nous manque des idées nouvelles, qui nous permettent de repenser les fondements de la gauche radicale dans la situation actuelle. Nous devons notamment construire une gauche capable de s’allier avec d’autres secteurs combatifs, par exemple avec certains secteurs nationalistes progressistes, qui posent à juste titre la question de la « dé-privatisation » des ressources naturelles nationales. Mais tout reste à faire… L’Argentine est secouée, tous les 15 ans, par une crise économique et sociale de grande ampleur. A mon sens, le cycle politique ouvert par la crise de 2001 est aujourd’hui clos. A nous de nous tenir prêts à relever les défis que posera la prochaine…

Notes :

[1[NDLR] Lire à ce propos Téo Ballvé, Le « Berlusconi » argentin et le triomphe du football, RISAL, 23 octobre 2007.

Source : solidaritéS (http://www.solidarites.ch/), n°115, Cahiers émancipationS.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
RISAL.info - 9, quai du Commerce 1000 Bruxelles, Belgique | E-mail : info(at)risal.info