Révision, Rectification et Réimpulsion
Après la défaite du 2 décembre, un nouvel élan pour le processus bolivarien ?
par Sébastien Brulez
Article publié le 29 janvier 2008

Début janvier, à peine un mois après la défaite lors du référendum sur la réforme constitutionnelle, Hugo Chávez annonçait sont intention de « réimpulser » le processus bolivarien afin de corriger les erreurs. Plus qu’un simple rejet de la réforme, la victoire du « non » et surtout le taux d’abstention sont à prendre comme une sonnette d’alarme envers une gestion dans bien des cas inefficace. Après neuf ans de gouvernement et à deux ans de la définition du projet socialiste, la population espère enfin voir se concrétiser les avancées du socialisme du XXIe siècle.

« Révision, Rectification et Réimpulsion du processus révolutionnaire », c’est la politique annoncée en début d’année par le président vénézuélien. Baptisée « la campagne des 3R », elle est la conséquence du résultat du référendum du 2 décembre dernier.

Malgré des avancées considérables dans de nombreux domaines, comme le furent en 2007 la nationalisation des gigantesques réserves pétrolières de la ceinture de l’Orénoque, de la compagnie nationale de télécommunication Cantv, la consolidation et l’expansion de l’Alternative Bolivarienne des Amériques (ALBA) et de Petrocaribe, entre autres ; on tarde cependant à voir se concrétiser sur le terrain des actions qui traduisent cette volonté affichée d’aller vers ce fameux socialisme du XXIe siècle.

Corruption, inefficacité dans l’exécution des projets, désapprovisionnement de certains produits de base et insécurité sont des thèmes qui déçoivent et qui ont certainement amené une partie de la population à ne pas voter le 2 décembre. Si l’opposition joue un rôle actif dans certains de ces problèmes (comme l’accaparement de produits de base par les capitalistes nationaux qui empêchent leur distribution et favorisent la spéculation), le gouvernement porte lui aussi une lourde responsabilité par son incapacité à les résoudre.

Le 11 janvier, lors de son rapport annuel devant l’Assemblée nationale, le président Chávez à lui même reconnu qu’il fallait en finir avec ce décalage entre « le discours du leader et les actions concrètes » qui sont menées sur le terrain. Quelques jours avant, il avait annoncé un remaniement de son cabinet touchant 13 ministères. Peu de nouvelles têtes sont cependant apparues à ces postes.

Le PSUV enfin en congrès

Le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), dont l’idée avait été lancée par Chávez il y a un an, a commencé son congrès fondateur le 12 janvier. Celui-ci devrait durer environ deux mois. Après une campagne d’inscription massive d’ « aspirants militants » (plus de 5 millions de personnes s’étaient inscrites en 2007), le congrès avait été reporté à plusieurs reprises.

Ce parti qui devrait normalement naître de la base a cependant déjà du faire face à sa bureaucratisation avant même d’être officiellement créé. Les députés à l’Assemblée nationale ayant intégré le parti ont par exemple déjà conformé leur « bloc socialiste uni ». On peut se demander s’ils ont consulté les « aspirants militants » à la base pour approuver cette décision. De plus, avant même d’avoir élaboré le moindre statut ou la moindre orientation idéologique, une commission disciplinaire était déjà créée, laissant redouter que la bureaucratie et les vieilles pratiques staliniennes ne s’emparent du parti encore en gestation.

Nouvelles élections en 2008

L’année 2008 sera de nouveau électorale. Dans le courant du mois d’octobre, les vénézuéliens seront appelés à voter pour élire les gouverneurs des 23 états du pays, ainsi que les maires des différentes villes et municipalités.

S’il veut « réimpulser » le processus, Chávez devra pouvoir compter sur l’appareil efficace que devrait être le PSUV. Et si celui-ci se forme réellement depuis la base, de nouveaux visages devraient apparaître sur la scène politique.

Mais le Président à d’ores et déjà appelé les partis qui ne se sont pas joints au PSUV à travailler conjointement pour la victoire. Le 11 janvier il déclarait : « Ensemble avec le PCV (Parti communiste du Venezuela), le PPT (Patrie Pour Tous) et les autres partis révolutionnaires et patriotiques, nous devrons reformer un pôle patriotique pour remporter ces élections et montrer qui nous sommes  ».

Lors de la campagne électorale du dernier référendum, le PCV s’était plaint de l’inefficacité et de la dispersion dans la propagande en faveur de la réforme. « Chacun travaille dans son coin » avait alors déploré Oscar Figuera, secrétaire général du Parti communiste. Cet appel à travailler conjointement de Chávez semble être lui aussi une des leçons tirées du 2 décembre et l’un des axes de la « campagne des 3R ».

Quoi qu’il en soit, 2008 sera plus que jamais une année clé pour le processus bolivarien. Une nouvelle défaite serait cette fois catastrophique car l’opposition reprendrait le contrôle des niveaux de pouvoir les plus proches de la population.

Seule une victoire écrasante des partis soutenant le gouvernement sera capable de donner ce nouvel élan nécessaire au processus. Et pour que celui-ci puisse se radicaliser, le mouvement populaire devra se réveiller et prendre la place qui lui revient sur la scène politique.

Source : Le Drapeau Rouge & La Voix du Sud, janvier 2008.

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