Cette Bolivie qui se refuse à Evo Morales…
par Hervé Do Alto
Article publié le 23 janvier 2009

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, le gouvernement d’Evo Morales fait face à la forte opposition du mouvement dit autonomiste des départements de l’Est bolivien. A l’occasion du référendum d’approbation de la nouvelle constitution bolivienne ce dimanche 25 janvier, nous mettons en ligne une analyse d’Hervé Do Alto sur ce mouvement publiée par la revue Inprecor en juin 2008. Même si ce texte ne traite pas des derniers événements (le référendum révocatoire d’août 2008, les actions violentes de l’opposition qui l’ont suivi, le massacre de Pando, etc.), l’analyse garde toute sa pertinence pour ne pas tomber dans une vision caricaturale de la conjoncture bolivienne.

« La Bolivie, c’est le pays où tout arrive et auquel il n’arrive rien ». Ce dicton, popularisé en son temps par l’ex-président Víctor Paz Estenssoro, le dirigeant historique du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR), n’a jamais paru autant d’actualité que ces derniers mois. Dans les rangs de la gauche radicale, solidaire avec le gouvernement d’Evo Morales, comme dans les articles de presse internationale, plutôt hostiles au processus de transformation sociale en cours, c’est le même spectre qui semble hanter les esprits : le séparatisme de la « demi-lune ». Cette région, majoritairement amazonienne, regroupe les départements administrés par l’opposition [1]. Une opposition dont les dirigeants tentent depuis décembre 2007 d’imposer au reste du pays des statuts d’autonomie conçus comme un rempart à l’hégémonie nationaliste et populaire qui gagne la Bolivie depuis 2005, date des premiers succès d’ampleur de « l’instrument politique » du mouvement paysan, le Mouvement vers le Socialisme (MAS) [2].

De là à analyser ce repli de la droite comme les prémisses d’un complot contre le gouvernement Morales, le pas est vite franchi. Si le coup de force tenté par la « demi-lune » consistant à convoquer des référendums visant à faire approuver ses statuts d’autonomie départementale est effectivement entaché d’une indiscutable illégalité d’un strict point de vue juridique, ce serait pourtant une grave erreur de les réduire à une simple manipulation de « l’oligarchie cruceña » [3]. La communication du gouvernement relative à ces processus électoraux, fondée sur une lecture pour le moins superficielle et caricaturale des quatre statuts d’autonomie soumis au vote au cours des mois de mai et juin, a largement contribué à consolider la légitimité de ces scrutins en Orient même, perçus dès lors comme la seule alternative au « centralisme paceño » [4]. En assimilant ce coup de force autonomiste à une initiative séparatiste, en effet, on en vient bien vite à négliger l’influence prépondérante qu’exercent certains processus historiques et sociaux sur la situation actuelle. Parmi eux, l’importance d’une aspiration autonomiste toujours plus forte au sein d’une majorité de la population de l’Orient — née des dysfonctionnements d’un État très centralisé autour de sa capitale de facto, La Paz —, qui a progressivement gagné certains mouvements populaires locaux, telle la Centrale Ouvrière Départementale (COD) de Santa Cruz, dont une fraction est aujourd’hui liée aux groupes de pouvoir locaux.

Cette approche néglige a fortiori les différences qui peuvent exister au sein d’une opposition qui n’a pourtant rien d’un bloc homogène, et que le gouvernement n’a à aucun moment été capable de diviser. Certes, la situation politique en Bolivie est grave, cela ne fait aucun doute. La multiplication des agressions racistes à l’encontre de militants syndicaux paysans dans les centres urbains de la « demi-lune », à Sucre en particulier, illustre le climat de haine larvée qui règne dans le pays. La diffusion de discours catastrophistes anticipant la division de la Bolivie, souvent alimentés par les déclarations des membres du gouvernement Morales, tend ainsi à nier la complexité même du contexte actuel, ce qui ne permet guère d’apprécier les rapports de force qui structurent la société bolivienne de nos jours. À l’heure où la nécessité de trouver des solutions à une crise qui ne cesse de s’intensifier se fait de plus en plus pressante, un regard nuancé sur la situation politique devient pourtant impératif.

Retour sur les origines de l’autonomisme oriental

À entendre certains intellectuels issus de la gauche radicale, le mouvement autonomiste qui a pris son essor ces dernières années à Santa Cruz ne serait doté que d’une faible légitimité, sa base sociale se limitant aux élites économiques qui en avaient pris l’initiative [5]. À titre d’exemple, le « cabildo du million » réalisé à Santa Cruz le 15 décembre 2006 en soutien aux autonomies départementales fut immédiatement rebaptisé, depuis La Paz, le « cabildo des millions », offrant de la sorte une lecture réduisant cet événement ayant réuni plus de cinq cent mille individus à une simple manipulation médiatique, menée à bien grâce au pouvoir économique des élites locales — et supposant du même coup le faible enracinement, voire l’absence, d’un réel mouvement autonomiste ancré au sein de la population [6]. Ces commentaires, courants dans l’Occident andin dès lors que l’on évoque la situation politique dans l’Orient amazonien, illustrent de manière éclatante la cécité qui caractérise le débat intellectuel à gauche au sujet de Santa Cruz et des départements alliés. Les statuts d’autonomie départementale soumis au vote le 4 mai 2008 n’ont pas échappé à cette grille de lecture : les critiques au sujet de leur prétendu caractère séparatiste — fondées à juste titre sur leur illégalité, mais généralement limitées par une méconnaissance du texte dans sa globalité — ont clairement contribué à ce que les débats sur les autonomies soient perçus comme une confrontation entre Orient et Occident, reléguant ainsi à un second plan l’analyse en profondeur du contenu du projet autonomiste.

Pour comprendre les dynamiques à l’œuvre au sein du mouvement autonomiste, sans doute faut-il opérer un retour vers l’histoire de la construction de l’État bolivien. Car indéniablement, les statuts d’autonomie promus par les élites crucéniennes et leurs organisations représentatives, tel le Comité Pro Santa Cruz (CPSC) [7], s’inscrivent dans une mémoire régionale balisée par les luttes pour un projet d’auto-gouvernement des Crucéniens — un projet qui, d’une certaine manière, trouve sa source dans l’intégration heurtée des régions amazoniennes à la toute jeune République bolivienne [8]. Historiquement, en effet, leur développement passe au second plan jusqu’à la moitié du vingtième siècle. S’il existe une élite politique et économique à Santa Cruz, notamment grâce au boom de la production du caoutchouc, celle-ci se voit marginalisée par les élites occidentales andines, dont la bonne santé économique est garantie par l’extraction de minerais — tel l’étain dans le département d’Oruro, dès la fin du dix-neuvième siècle, qui succède à l’or de Potosí. Depuis Santa Cruz se cimente alors le sentiment, encore tenace aujourd’hui, que les élites paceñas, incarnées jusqu’au début du vingtième siècle par les « barons de l’étain » [9], en cherchant à canaliser les ressources économiques de l’État vers leurs propres activités privées, empêchent de fait le développement de leur propre région. Ce sentiment se renforce notablement avec la création du département du Beni en 1842 [10], et la cession parallèle d’autres régions peuplées de Crucéniens à des pays voisins, tel l’Acre, annexé par le Brésil avec le Traité de Petropolis (1903).

Comme le décrit l’historien argentin Hernán Pruden, les conséquences de la politique conduite par l’État central — qu’il n’est pas faux de caractériser alors comme « andin » — ne mènent toutefois pas la population crucénienne à adopter une posture sécessionniste. Si les débats politiques et intellectuels se structurent en effet entre « intégrationnistes » et « séparatistes », les travaux de Pruden semblent montrer une prédominance des premiers dans le paysage politique local, contrairement à bien des idées reçues. Il faut en effet attendre la Guerre du Chaco (1932-1935) [11] pour voir un courant séparatiste, très lié aux intérêts paraguayens et argentins, défendre avec un certain écho dans la population l’idée d’un État indépendant, voire d’un territoire crucénien annexé par Asunción ou Buenos Aires [12]. À l’époque, certes, les intégrationnistes partagent avec les séparatistes un certain nombre de présupposés, raciaux notamment. Ainsi, c’est au nom de la supériorité raciale des Blancs — les Crucéniens étant un peuple, à leurs yeux, directement issu de la colonisation espagnole — que Santa Cruz est, selon eux, destinée à diriger le pays et à soumettre les régions andines à leur domination [13]. C’est par le biais du concept de fédéralisme que se définit le projet, depuis l’Orient, d’un État laissant une marge de manœuvre plus importante aux régions dans leur propre gestion des ressources publiques. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce projet est également porté par des mouvements populaires progressistes : ancien conseiller municipal et député national, l’avocat crucénien Andrés Ibañez conduira le mouvement des Égalitaires, mouvement plébéien anti-esclavagiste qui déclarera Santa Cruz État fédéré à l’État bolivien en 1876. Rejetés par les groupes de pouvoir crucéniens et réprimés par l’État central, les Égalitaires seront liquidés dès mai 1877. Parallèlement, une des limitations du projet séparatiste porte sur la viabilité d’une région crucénienne indépendante ou annexée par les pays voisins, tant certains secteurs économiques soulignent déjà la possibilité qui existe pour elle d’approvisionner les Andes de produits dont les marchés paraguayen, argentin ou brésilien sont saturés.

Cette « bataille crucénienne pour l’intégration » prend tout son sens du point de vue de la politique des transports. Ainsi, la route liant Santa Cruz à Cochabamba, ville-pivot dans la géographie nationale, ne sera achevée que dans les années 1950, consolidant de la sorte le sentiment de bien des Crucéniens d’être des laissés-pour-compte de la vie économique et sociale bolivienne. En définitive, il faut attendre les années 1940-50, et notamment l’élaboration d’un plan de développement connu comme le Plan Bohan (1942), réalisé avec la complicité de la coopération étasunienne, pour que la politique de développement de l’Orient, et en particulier de Santa Cruz, soit prise en compte comme une politique publique de dimension nationale. Le Plan Bohan, qui sera appliqué avec zèle à partir de 1952 par le nouveau régime révolutionnaire, soucieux de se doter d’une base électorale stable au sein d’un département qui lui était traditionnellement hostile, constitue de fait un tournant pour une région qui bénéficie de la construction d’infrastructures routières et productives (agro-industrie, élevage) qui seront plus tard à l’origine de son boom économique. Ces ressources, tirées de l’excédent minier, conduit même l’historienne bolivienne Rossana Barragán à observer l’émergence, à cette époque, d’un nouvel axe de développement dans le pays reliant La Paz à Cochabamba et Santa Cruz [14].

La trêve qui semble s’initier alors entre Santa Cruz et l’État central est toutefois rompue sous le régime militaire du général Ovando Candia (1969-1970), puis du général progressiste Juan José Torres (1970-1971). La crise économique qui se développe lors de cette période pousse les élites de Santa Cruz, représentées depuis 1950 par le Comité Pro Santa Cruz, à agir directement au sein du champ politique, notamment via les activités conspiratrices de la Phalange Socialiste Bolivienne (FSB), parti nationaliste catholique et conservateur. Un contre-feu qui contribuera, en 1970, à la réussite du coup d’État du général Hugo Banzer Suárez, représentant l’aile droite la plus dure des Forces Armées. C’est sous le règne de ce natif de Santa Cruz que la région connaît un boom, se convertissant de la sorte en un moteur de l’économie bolivienne à l’orée des années 1980 [15]. À des facteurs externes très favorables, comme la remontée du cours mondial du pétrole — bénéficiant directement à un département producteur qui perçoit des royalties sur les recettes tirées des exportations —, s’ajoute une politique interne conduite par le gouvernement militaire permettant de placer des Crucéniens à des postes-clés, comme par exemple à la tête de l’Institut National de la Réforme Agraire (INRA), ou de procéder à l’annulation de la dette de certains producteurs et industriels [16]. Si le CPSC — devenu un protagoniste à part entière des jeux de pouvoir durant les régimes militaires — détient alors le monopole de la représentation des intérêts patronaux de Santa Cruz, il se voit soumis à une véritable rivalité de la part des partis politiques et des syndicats avec le rétablissement de la démocratie représentative en 1982. Habilement, ses membres entreprennent d’investir les directions locales de ces partis, et garantissent ainsi leur élection au sein du Congrès national, au sein duquel ils se livrent à la défense des revendications portées par le Comité [17].

Le mouvement autonomiste oriental aujourd’hui

De ce détour par l’histoire, on peut tirer certains enseignements. La « mémoire longue » de la population crucénienne — dont la croissance repose pourtant sur un flux important de migrations internes provenant des régions andines — repose sur une réalité historique : le faible intérêt de l’État central pour le développement de départements orientaux considérés comme marginaux. Ce fait, néanmoins, est à relativiser à partir des années 1960, tant les Crucéniens s’imposent comme des protagonistes de premier plan sur la scène politique internationale — ce qui a pour conséquence d’atténuer du même coup les aspirations autonomistes et/ou fédéralistes des groupes de pouvoir locaux. Hernán Pruden en tire d’ailleurs la conclusion suivante : « l’autonomisme [crucénien] fut inversement proportionnel à la capacité des élites locales d’exercer une influence sur le processus politique national » [18]. À voir le contexte au cours duquel réémerge aujourd’hui un projet autonomiste d’ampleur dans la région, on peut dire que cette affirmation reste d’une étonnante actualité.

Si la « guerre du gaz » d’octobre 2003 s’achève sur la fuite du président Gonzalo Sánchez de Lozada (appelé « Goni »), coupable d’avoir ordonné le massacre de manifestants à El Alto, l’une des conséquences de la crise à moyen terme est le discrédit qui frappe l’ensemble des partis politiques boliviens. Le vice-président de « Goni », Carlos Mesa, lui succède en effet en annonçant sa volonté de gouverner sans le Congrès, tant les partis qui s’y trouvent représentés souffrent de leur association à l’ancien gouvernement coupable de la tuerie. Or, c’est justement dans ces partis que les groupes patronaux crucéniens disposent de leurs relais politiques. Des organisations telles que la Chambre Agricole Orientale (CAO) ou la Chambre d’Industrie et du Commerce de Santa Cruz (Cainco), et leur instance de coordination, le Comité Pro Santa Cruz (CPSC), y sont massivement présents. Par ailleurs, s’est instaurée au cours de ces années de « démocratie de pacte » [19] une pratique garantissant, lors de chaque nomination d’un nouveau cabinet gouvernemental, une présence en son sein de membres de ces groupes de pouvoir régionaux — une pratique connue comme le « cupo [quota] cruceño », à laquelle Carlos Mesa ne se soumettra jamais tout à fait.

Avec l’arrivée au pouvoir de Mesa en octobre 2003, c’est donc tous les canaux de représentation politique du CPSC qui disparaissent d’un seul coup. Les revendications autonomistes refont peu à peu leur apparition, grâce au travail politique des dirigeants du Comité qui, pour la plupart, analysent la « guerre du gaz » comme un événement révélateur du fossé qui séparerait un Occident marqué par le conflit social, d’un Orient préoccupé par le travail et la croissance économique [20] — une analyse qui justifie en dernière instance le fait de « se prémunir » des soubresauts de la politique nationale. Plusieurs mobilisations autonomistes voient le jour, notamment le 22 juin 2004 avec un cabildo [21] qui réunit plus de cent mille personnes. Quelques mois plus tard, le 24 octobre de la même année, la tension s’accentue entre les élites crucéniennes et le président Mesa, qui accuse celles-ci d’avoir « une mentalité provinciale »… La rupture entre le CPSC et le pouvoir central est imminente, seul manque le prétexte pour l’officialiser. Il ne faudra pas attendre bien longtemps : le 30 décembre 2004, Mesa, sous la pression du FMI, augmente le prix de l’essence — un épisode connu comme le « gasolinazo » —, suscitant un tollé tant au sein de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), en raison de l’impact de cette hausse sur le coût de la vie des populations les plus pauvres, que parmi les élites crucéniennes. Celles-ci se voient en effet affectées dans leurs activités économiques et décident de prendre le chemin de la rue.

Cette mobilisation ne se limite pas à une simple contestation de la mesure. Très vite, les manifestations de janvier 2005 à Santa Cruz, qui culminent le 28 janvier avec un nouveau cabildo encore plus massif que le précédent, sont directement dirigées contre le pouvoir central, et mettent en avant une plate-forme de revendications censée donner l’impulsion décisive au « processus autonomiste » : c’est le fameux « agenda de janvier ». Celui-ci exige l’élection au suffrage universel des préfets départementaux (les préfets demeurant encore aujourd’hui des représentants formels du pouvoir exécutif, ils sont alors nommés par le président), ainsi que la réalisation d’un référendum sur les autonomies départementales, et mandate parallèlement une Assemblée autonomiste pour entamer le travail de rédaction de statuts d’autonomie. À l’évidence, cet agenda s’oppose à « l’agenda d’octobre [2003] » promu par les organisations sociales populaires (nationalisation des hydrocarbures et convocation d’une Assemblée Constituante). Si Mesa cède rapidement à la première revendication en promulguant, le 8 avril 2005, un décret permettant la réalisation « d’élections pour la sélection des préfets départementaux », la mobilisation ne ralentit pas pour autant, l’objectif ultime du CPSC étant de garantir le référendum sur les autonomies avant que ne soit convoquée l’Assemblée Constituante.

La crise de mai-juin 2005, qui voit Carlos Mesa être contraint de démissionner sous les feux croisés des mouvements sociaux populaires et du mouvement autonomiste, impose une nouvelle trêve qui conduit tout naturellement la droite régionale à se concentrer sur les élections préfectorales du 18 décembre 2005, et d’affiner à ce titre son projet autonomiste autour de candidats censés le symboliser, tels Ruben Costas à Santa Cruz, Mario Cossío à Tarija, Ernesto Suárez dans le Beni, et Leopoldo Fernández dans le Pando [22]. Si l’élection de ces préfets témoigne incontestablement d’une réelle « poussée autonomiste » dans les régions orientales [23], celle-ci ne doit cependant pas être radicalement opposée à la victoire du MAS sur le plan national.

À la tête de l’appareil d’État à partir de janvier 2006, le parti de Morales entretient en effet une position des plus ambiguës à l’égard des autonomies : si celles-ci figurent dans sa plate-forme revendicative lors de la campagne électorale — non sans rappeler qu’il s’est également agi d’un projet politique défendu par les peuples indigènes avant d’être repris par le CPSC —, le concept d’autonomie est néanmoins désormais intimement lié à « l’oligarchie crucénienne » dans l’imaginaire populaire. C’est pourquoi le MAS garantit la réalisation d’un référendum sur les autonomies départementales, parallèlement à l’élection de l’Assemblée Constituante, le 2 juillet 2006. Si celui-ci appelle dans un premier temps à voter en faveur du « oui » aux autonomies, l’analyse réalisée par les organisations syndicales membres du MAS (notamment celles qui, dans le cadre de leur activité militante quotidienne, s’opposent au Comité Pro Santa Cruz et à ses satellites dans les autres départements de la « demi-lune »), amène certaines d’entre elles à se prononcer pour le « non », désavouant ainsi le gouvernement et la direction nationale du parti. Ceux-ci, plusieurs mois durant, s’avèrent incapables de s’accorder sur une position commune sur ce référendum : si Álvaro García Linera, le vice-président, prône la « neutralité » du pouvoir exécutif, le président Morales, pour sa part, appelle ouvertement à voter pour le « non » à quelques jours du scrutin. Une fois encore, la dynamique interne du MAS, permettant aux bases d’influer sur les prises de position de leur parti hors des canaux de débat propres à une formation politique classique, aura fait ses preuves [24]. Reste à savoir si cela fut une bonne initiative, tant le MAS paraît encore payer le prix de la prise de position de son leader à l’époque.

Ces revirements ne semblent pas affecter les scores du MAS lors de ces scrutins. Mis en parallèle avec ceux du « oui » dans les départements orientaux, les résultats du parti paysan permettent d’avancer l’hypothèse qu’il existe une part significative de l’électorat de la « demi-lune » qui, tout en adhérant, en partie au moins, au projet nationaliste incarné par la figure d’Evo Morales, est alors favorable à la mise en œuvre d’un statut d’autonomie dans sa région [25]. À moyen terme, en revanche, le bilan s’avère catastrophique : la victoire du « non » sur le plan national, avec plus de 57 % des voix, ne parvient pas à atténuer la légitimité dont se voient auréolés les préfets dont les départements ont approuvé les autonomies (Beni, Pando, Santa Cruz et Tarija). Dès lors, ceux-ci se convertissent en des protagonistes à part entière de la scène politique nationale — Ruben Costas, le préfet crucénien, bénéficiant d’une autorité morale sur les autres élus au regard du rôle pivot joué par son département dans l’impulsion donnée aux autonomies. Les conséquences sont rudes pour le MAS dans l’Orient, désormais suspecté de ne proposer qu’une nouvelle variante d’un gouvernement andin et centraliste. Le groupe de constituants du parti majoritaire à l’Assemblée ne dispose, qui plus est, d’aucune légitimité aux yeux des habitants orientaux pour définir le contenu d’autonomies auxquelles son leader, Evo Morales, s’est opposé avec intransigeance. C’est en partie pour ces raisons que le « mouvement civique » mené par le Comité Pro Santa Cruz optera pour la politique du pire tout au long de l’existence d’une Assemblée à laquelle ses dirigeants n’auront jamais cru.

Les Crucéniens auront tout tenté : blocage de l’approbation du règlement intérieur de l’Assemblée plusieurs mois durant ; alliance avec le Comité Inter-institutionnel de Chuquisaca dans le cadre d’une campagne pour le rapatriement des pouvoirs législatif et exécutif au sein de la capitale constitutionnelle qu’est Sucre ; mobilisations autonomistes de plus en plus régulières dans les principales villes de la « demi-lune » [26]… Le texte constitutionnel, nous le verrons, consacre pourtant aux autonomies toute une section. Mais celles-ci se voient affaiblies par l’introduction de nouveaux échelons d’autonomies, comme les autonomies régionales, municipales ou indigènes. Pas suffisant, donc, pour le CPSC, qui garde en mémoire son propre échec lors des négociations sur la première loi de décentralisation, la Loi de Participation Populaire (LPP, 1994), promulguée sous le premier gouvernement de Sánchez de Lozada (1993-1997). À l’époque, le CPSC souhaitait déjà que les « gouvernements municipaux » [27] soient constitués d’élus et de représentants institutionnels sélectionnés par ses soins [28]. Cette fois, le mouvement autonomiste ne relâche pas la pression : le 15 décembre 2007, alors que l’Assemblée Constituante — transférée de Sucre à Oruro en raison des violences perpétrées par les étudiants de la capitale — conclut ses travaux en l’absence d’une partie de l’opposition qui prône le boycott, les Comités civiques et les préfets des départements de la « demi-lune » organisent quatre cabildos autonomistes simultanément à Santa Cruz, Trinidad (capitale du Beni), Cobija (capitale du Pando) et Tarija. Ces cabildos qui, une fois encore, sont un succès en termes de participation, donnent pour mandat aux préfets de convoquer des commissions chargées d’écrire les statuts d’autonomie, dont le travail est encadré par des Assemblées autonomistes qui, dans la majeure partie des cas, ne sont autres que les conseils préfectoraux (dont les membres sont nommés par le préfet).

Les erreurs et les errements du MAS face au mouvement autonomiste

Lors de la campagne référendaire, seuls quelques stratèges du MAS, dans l’entourage du vice-président García Linera notamment, soutenaient ouvertement le « oui » aux autonomies. La tactique, simple mais efficace, visait à faire voter « oui » dans tous les départements pour parer ensuite le MAS de la légitimité la plus grande afin d’imposer ensuite, au sein de l’Assemblée Constituante, « sa » vision des autonomies. Le tout, bien sûr, au détriment d’un Comité Pro Santa Cruz qui se serait vu dépossédé par le gouvernement de sa propre revendication historique. Isolés par Morales à mesure que s’approchait le terme de la campagne, les « pro-autonomies » voient désormais l’ensemble du parti regretter de ne pas avoir adopté cette posture. En effet, force est de constater que la politique gouvernementale en tant que telle ne suscite qu’une opposition limitée. En définitive, seule la cause autonomiste a permis aux différentes fractions de la droite de trouver un terrain d’entente lui permettant de se réarticuler et de reprendre l’initiative.

Dans la conjoncture actuelle, il va sans dire que le gouvernement de Morales est en grande difficulté, en premier lieu parce qu’il ne parvient plus à se départir de l’image d’un camp totalement opposé aux autonomies départementales, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse. Les campagnes menées contre les comités civiques autour de la consigne « autonomías, sí, pero no así » (« les autonomies, oui, mais pas comme ça ») sont restées relativement inaudibles. L’introduction de l’autonomie départementale dans le nouveau texte constitutionnel, quant à elle, n’arrange rien. Pour les Comités civiques, la création parallèle de nouveaux échelons d’autonomie est attentatoire à leur projet, qui vise à doter les futurs gouvernements locaux de la capacité d’agir avec autorité dans l’ensemble du territoire départemental. Ces nouveaux échelons sont non seulement perçus comme une volonté gouvernementale d’affaiblir le futur pouvoir départemental, mais aussi comme des créations illégitimes qui ne bénéficient pas du sceau de l’approbation populaire, comme ce fut le cas de l’autonomie départementale le 2 juillet 2006. Face à cette situation de blocage, Morales a cru pouvoir trouver une sortie de crise en multipliant les appels au dialogue à partir de janvier 2008, puis en acceptant, sur la suggestion de la Cour nationale électorale, de reporter sine die le référendum sur le nouveau texte constitutionnel, prévu dans un premier temps le 4 mai, en même temps que le référendum crucénien sur le statut d’autonomie. Autant d’initiatives sans résultats, en partie à cause de la faiblesse des propositions gouvernementales, certes, mais surtout en raison de l’intransigeance de préfets décidés à couper court à toute négociation jusqu’à la réalisation de référendums censés faire approuver leurs statuts.

De là la situation d’illégalité à laquelle on assiste dans l’Orient bolivien depuis plus de six mois maintenant. Les référendums portés sur les statuts d’autonomie ne s’inscrivent en effet dans aucun cadre juridique légal. Ces statuts, d’abord, ont été rédigés par des commissions de travail mises sur pied par les préfets et les Comités civiques régionaux — dont ils sont eux-mêmes issus dans bien des cas. Autrement dit, ils ne sont pas le fruit du travail d’élus, dotés d’un tel mandat, mais bien de gens nommés au regard de leur positionnement social dans les réseaux de « décideurs » sur lesquels se structurent les Comités civiques. Les membres du MAS, dirigeants d’organisations rurales ou populaires d’opposition ont tout simplement été tenus à l’écart de ce processus d’élaboration. La convocation des référendums, ensuite, s’est faite au mépris de toute légalité, puisque aucune loi de convocation n’a été soumise au Congrès national, seule instance à même de pouvoir décider de la réalisation d’un scrutin électoral. Ces référendums ont finalement pu avoir lieu grâce à la seule action des Cours Départementales Électorales qui, là encore, ont entravé la loi en rompant tout contact avec leurs « supérieurs hiérarchiques » siégeant à la Cour Nationale Électorale, située à La Paz. Enfin, il est à signaler que la réalisation de ces référendums pourrait aboutir à une situation pour le moins ubuesque : en cas de victoire du « oui » pour l’un des départements, les élites locales seraient amenées à appliquer des statuts et à convoquer des élections pour les Assemblées autonomes départementales, alors même que l’actuelle Constitution Politique d’État ne reconnaît pas la figure juridique de l’autonomie.

C’est sans surprise que l’ensemble de la communauté internationale s’est montrée hostile à la réalisation de ces scrutins : l’Organisation des États Américains (OEA), l’Union Européenne (UE) et les pays voisins — parmi lesquels le Brésil et le Paraguay, limitrophes avec Santa Cruz — ont tous exprimé un soutien sans faille à « l’institutionnalité bolivienne », exhortant les préfets à reporter les référendums à une date ultérieure. Rien n’y fera, ces élections auront finalement lieu. Le 4 mai, le « oui » l’emporte à Santa Cruz avec 85 % des voix. Le 1er juin, c’est au tour de Trinidad et de Cobija de dire « oui » aux statuts soumis au vote, avec respectivement 80 % dans le Beni, et 85 % dans le Pando [29]. Les scrutins, cependant, se déroulent dans un climat délétère : à Santa Cruz, d’innombrables bagarres éclatent dans le quartier Plan Tres Mil, reconnu comme un bastion du MAS. À Trinidad, les échauffourées entre des militants autonomistes et des paysans exprimant leur opposition au référendum dégénèrent et les premiers entreprennent d’assiéger la Fédération syndicale paysanne départementale. Ici et là, des accusations de fraude et des dénonciations d’intimidation surgissent [30]. Certains habitants, craignant ne plus pouvoir exercer certains droits liés à l’exercice du vote, finissent par se rendre dans leur bureau de vote [31]. Les résultats, par ailleurs, montrent tous un fort taux d’abstention — significatif au regard du fait que les principales organisations rurales appelaient justement à boycotter les urnes [32].

La réponse du gouvernement, pourtant, n’est guère à la hauteur de la situation. Dès le soir du 4 mai, tout en soulignant à juste titre que le seul acquis de ces référendums est d’avoir divisé la population crucénienne, Evo Morales se prête d’abord à une analyse des résultats — en insistant notamment sur l’importance cumulée de l’abstention, des votes blancs et nuls et du vote pour le « non » —, puis lance des déclarations agressives à l’encontre des Comités civiques et des préfets. L’analyse avancée ce soir-là était sans doute correcte. Mais il n’en demeurait pas moins étonnant de voir le président s’y consacrer, donnant ainsi l’impression qu’au final, ce scrutin était suffisamment légitime pour ressentir le besoin de montrer que les chiffres n’étaient pas favorables aux élites crucéniennes. Un terrain glissant pour le gouvernement, tant il est vrai que, si le taux d’abstention a été bien plus élevé qu’à l’accoutumée, le CPSC a, d’une certaine manière, réussi son pari en parvenant à mobiliser plus de la moitié de la population locale habilitée à voter pour un scrutin illégal. Qui plus est, débattre des chiffres alors qu’aucune garantie n’était offerte quant au déroulement du scrutin revenait à valider la manière avec laquelle s’était effectué ce dernier. Plus généralement, le ton hostile de Morales est apparu déplacé, tant il alimentait la tension d’une journée qui en était pourtant déjà saturée.

Cependant, par la suite, cette posture adoptée par le gouvernement n’a guère été revue. À nouveau, les comptes d’apothicaire — élaborés à partir de chiffres fournis par les Cours départementales électorales — ont refait leur apparition lors des référendums du Beni et du Pando. Seul objectif : parvenir à montrer que plus de 50 % de la population n’approuve pas les statuts d’autonomie, qu’il s’agisse d’un rejet actif (vote pour le « non ») ou passif (vote blanc ou nul, ou abstention) — et qu’importe si l’existence d’un niveau plancher d’abstention à hauteur de 15 %, et les difficultés qu’il y a en général à interpréter l’abstention, ne permettent pas de conclure à un rejet stricto sensu, fut-il passif, des statuts chez les électeurs ne s’étant pas rendus aux urnes… La focalisation sur les chiffres de l’abstention, dans les déclarations des membres du gouvernement comme chez les rares médias qui lui sont favorables, a parfois donné lieu à des débats de sociologie électorale sans doute ésotériques aux yeux d’une majeure partie des auditeurs et téléspectateurs sympathisants, et peu crédibles aux yeux des opposants. Elle s’est vue également accompagnée d’un discours sur le caractère « séparatiste » des statuts soumis au vote, généralement peu étayé, et contredit de manière relativement aisée par les autonomistes dès lors qu’il s’est vu confronté à l’épreuve du débat contradictoire [33].

Rappelons ici qu’au sein de la nébuleuse autonomiste crucénienne, une petite fraction seulement, très marginale, prône l’indépendance de la région. Le groupe Nación Camba [34], principalement composé d’intellectuels, ne dispose que d’une reconnaissance limitée au sein du CPSC, et d’une surface militante sans doute encore plus restreinte. Les élites économiques demeurent hostiles, comme par le passé, à toute indépendance — sans même parler d’annexion par un pays voisin. Les problèmes qui se posaient hier aux producteurs crucéniens sont toujours d’actualité : le soja, le sucre, la viande ou les laitages orientaux n’ont que peu de perspectives d’insertion dans les marchés paraguayen, argentin ou brésilien. Seul le gaz, principalement concentré dans le département de Tarija, constitue une richesse dotée d’un certain attrait. Mais la dépendance est telle — en Argentine notamment — que la menace de pénurie est à l’origine de la diplomatie active de Buenos Aires et de Brasilia pour garantir la stabilité institutionnelle à La Paz. La réalité du « séparatisme » oriental est donc des plus relatives. Le discours diffusé par le gouvernement n’a donc qu’une seule fonction : stigmatiser le mouvement autonomiste en faisant passer toute demande de décentralisation politique et administrative pour des velléités de sécession.

Cette posture n’est pas seulement contre-productive en Orient : elle est aussi malheureuse d’un point de vue tactique, tant il y avait matière à critiquer les statuts pour ce qu’ils sont [35]. Ce qui aurait peut-être permis par ailleurs d’initier un débat national sérieux sur les autonomies. La lecture des quatre statuts incite en effet à la nuance, tant ils se démarquent du point de vue du rapport qu’ils instaureraient envers l’État central. Une étude récente livrée par Carlos Börth (sénateur de Podemos, droite), Silvia Chávez et Andrés Torrez, menant une comparaison rigoureuse entre la nouvelle Constitution achevée en 2007 (NCPE) et les quatre statuts d’autonomie départementale, aboutit à une conclusion insolite pour qui s’en est tenu jusque-là aux analyses produites par le gouvernement [36]. Ainsi, selon les auteurs, les articles conflictuels dans les statuts de Tarija et du Pando sont très peu nombreux au regard des 13 compétences exclusives que le nouveau texte constitutionnel transfère d’ores et déjà au « département autonome ». Si le statut du Beni se situe à un niveau intermédiaire, le document le plus radical est sans nul doute celui de Santa Cruz, qui prévoit l’ajout de 40 compétences supplémentaires. Pour observer les différenciations existant entre ces textes, le thème de la terre demeure le plus pertinent [37].

Ainsi, le statut crucénien se distingue des trois autres en ce qu’il confère au gouvernement départemental exclusivement le pouvoir de légiférer et d’exécuter des politiques en matière de politique agricole et de propriété de la terre. Les trois autres statuts reconnaissent en effet des compétences partagées entre le gouvernement national et les gouvernements départementaux dans ce domaine. À Santa Cruz, par exemple, seul le gouverneur départemental aura le pouvoir de délivrer des titres de propriété, non révisables par le pouvoir central (art. 109). Dans le Beni, cependant, on envisage d’éliminer, grâce à une « Loi départementale des terres » certains des critères qui, à ce jour, par le biais de la Loi INRA (Institut National de la Réforme Agraire), permettent de définir certaines propriétés foncières comme des latifundios — et de retirer dans ce cas le titre de propriété à la personne qui le détient (Titre IV). À Santa Cruz et, à un degré moindre, dans le Beni, c’est bien d’un blindage contre toute menace sur les grandes propriétés dont il est question. À voir que bon nombre de ces propriétés sont aux mains des dirigeants des Comités civiques (comme Branko Marinkovic à Santa Cruz), on ne peut guère avoir de doutes sur les intérêts qui sont en jeu. Surtout lorsque la nouvelle constitution prévoit de ramener la surface maximale des terres de 50 000 ha (peu respectée dans l’Orient) à 10 000, voire à 5 000 ha [38].

La résistance exprimée par les élites de ces deux départements sur le thème de la terre illustre quelques-unes des différences qui existent entre elles et leurs homologues du Pando et de Tarija. Les dispositions prévues dans les statuts du Beni et de Santa Cruz révèlent en effet l’importance de la propriété foncière, de l’agro-industrie et de l’élevage dans ces deux départements. De la même manière, certaines des dispositions du statut crucénien prévoyant de doter le gouverneur départemental de la faculté de prélever l’impôt montre la place prise dans la région par des compagnies multinationales qui, comme la française Total, ont établi leur siège dans la capitale orientale [39]. À l’inverse, les statuts de Tarija et du Pando prévoient de nombreuses compétences partagées entre gouvernement central et gouvernements départementaux. À Tarija, les groupes de pouvoir locaux ne disposent pas de grandes propriétés, encore moins de grandes industries. S’il s’agit d’un département qui abrite aujourd’hui les principales ressources gazières du pays, ses élites n’ont jamais pu en tirer le moindre profit : les bénéfices issus des réserves de gaz découvertes à l’orée des années 1990 sont passées des poches de l’État à celles des multinationales qui ont tiré le plus grand parti des réformes néolibérales appliquées dans le secteur à partir de 1995. Concernant le Pando, il s’agit dans une certaine mesure d’un département qui vit « sous perfusion », grâce aux ressources redistribuées par l’État central. Dans un cas comme dans l’autre, on le voit, il s’agit de deux départements dépourvus d’un tissu économique et productif significatif, et dont le développement dépend de la redistribution de l’argent public opérée depuis La Paz.

Loin de la vision d’une droite homogène, promouvant des statuts d’autonomie séparatistes, incompatibles avec le texte constitutionnel achevé en décembre 2007 [40], on peut voir un bloc instable, aux intérêts parfois contradictoires en son sein. Si les élites crucéniennes semblent prêtes à engager un combat de longue haleine contre le gouvernement du MAS, la prudence affichée par les élites du Pando et de Tarija en dit long sur la marge de manœuvre dont ce dernier paraît pouvoir disposer. Leurs statuts, de fait, peuvent constituer de très acceptables bases de négociation sur les autonomies. Pour l’heure, le gouvernement reste pourtant campé sur une position de principe consistant à délégitimer coûte que coûte les processus référendaires en cours. Une position qui, paradoxalement, consolide l’unité d’une coalition pourtant plus fragile qu’elle n’y paraît.

Un avenir balisé par l’incertitude

Nombreux étaient ceux qui s’attendaient à ce que s’ouvrent des négociations entre les préfets et le gouvernement, une fois achevé le cycle de référendums autonomistes. C’était mal connaître la vie politique bolivienne qui, depuis la crise de mai-juin 2005, connaît d’incessants bouleversements de calendrier. Cette fois, cependant, la responsabilité n’en incombe pas aux mobilisations sociales, mais à une fraction de la droite qui, à cette occasion, a une nouvelle fois montré combien son unité ne tenait bien souvent qu’à un fil. Le 8 mai 2008, soit quelques jours à peine après la tenue du référendum crucénien, le parti Podemos valide à la surprise générale un vieux projet de loi de référendum révocatoire, programmé pour le 10 août, remettant en jeu les mandats du président, ainsi que des neuf préfets départementaux. Conçu en décembre 2007 par Evo Morales en personne pour résoudre la crise naissante avec Santa Cruz, le référendum a été exhumé par une partie du groupe parlementaire Podemos, majoritaire au Sénat. Pour ce dernier, l’enjeu est double : bloquer quelques mois encore toute possibilité de convocation d’un référendum sur la nouvelle Constitution élaborée par le MAS et ses alliés, et relancer son principal dirigeant, l’ancien président Jorge « Tuto » Quiroga (2001-2002), dans la course à la présidentielle. L’initiative suscite la colère des préfets, car outre le fait qu’elle relègue au second plan un processus autonomiste perçu jusqu’alors comme inéluctable, elle met également en danger la position de certains d’entre eux, tel le préfet de La Paz, José Luis Paredes (Podemos), qui devra batailler ferme pour conserver son poste dans un département désormais acquis au MAS [41]. Seul rempart pour l’opposition régionale : la loi de convocation prévoit qu’un préfet révoqué soit remplacé par un préfet nommé par le président — ce qui devrait, dans certains cas comme Tarija où Mario Cossío faire l’objet d’une grande contestation dans son propre camp, amener les fractions dominantes à serrer les rangs derrière leur préfet, en dépit des divergences internes.

S’il est fort probable, dans ces conditions, que le référendum du 10 août débouche globalement sur un statu quo avec le maintien de Morales et de la plupart de ses rivaux, il n’en demeure pas moins que c’est un climat de forte incertitude politique qui prédomine aujourd’hui. À cette situation s’ajoute une tension sociale de plus en plus palpable, illustrée par les agressions répétées à l’encontre de paysans dans les centres urbains. Ainsi, le 24 mai, des hordes furibondes menées par le maire et les dirigeants « civiques » de Sucre ont pris à partie une vingtaine de paysans, contraints à se dénuder et à crier des slogans contre Morales en pleine place publique. Ce dimanche encore, c’est l’Union des jeunesses de Santa Cruz (UJC), venue prêter sa « collaboration » au contrôle du scrutin dans le Beni, qui a tenté de prendre d’assaut le siège de la Fédération paysanne départementale, à Trinidad. La flambée de racisme à laquelle on assiste actuellement en Bolivie illustre de la manière la plus brutale qui soit la face sombre du mouvement autonomiste oriental et des clivages ethniques qui le traversent.

En dépit de la faible probabilité que Morales soit révoqué, le 10 août constituera le premier défi d’ampleur pour le gouvernement. Au-delà de son propre maintien au pouvoir, c’est l’ensemble du processus de transformation sociale qui sera soumis au vote de la population bolivienne. Un processus qui, ces derniers mois, a de nouveau fait quelques pas positifs avec la nationalisation le 1er mai de la compagnie nationale de télécommunications Entel, alors même que l’État bolivien est traîné devant la cour d’arbitrage de la Banque mondiale, le CIRDI (Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux investissements), par la multinationale EuroTelecom Italia, actionnaire majoritaire de l’entreprise jusque-là. Parallèlement, le rôle de la compagnie pétrolière nationale YPFB (Gisements Pétrolifères Publics Boliviens) dans la chaîne de production des hydrocarbures s’est vu renforcé par la prise de contrôle par l’État des entreprises issues des privatisations des années 1990, parmi lesquelles Andina, filiale de Repsol-YPF (Espagne/Argentine) en Bolivie. Dans cette campagne, le MAS pourra compter sur un nouvel allié en la personne de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) qui, depuis la signature d’un décret présidentiel créant un paquet de mesures favorables aux salariés, a scellé une alliance inédite avec le gouvernement le 1er mai dernier.

En conclusion…

Comme le veut l’adage, mieux connaître son ennemi, c’est se donner les moyens de mieux le combattre. Ce que ne fait pas le MAS actuellement, qui propose ces derniers mois une grille d’analyse des élites orientales somme toute assez caricaturale. Le démembrement de la Bolivie, encore une fois, est des plus improbables. Les groupes de pouvoir de Santa Cruz n’y ont réellement aucun intérêt. À trop marteler un discours réduisant l’opposition à un groupe prônant le séparatisme, le gouvernement suscite un sentiment de rejet en Orient cimenté par une « mémoire longue » qui voit en l’État bolivien un élément de domination de La Paz sur l’ensemble du pays, en même temps qu’il se prive de trouver une sortie négociée qui puisse se jouer des contradictions que cette opposition recèle. Cette négociation, quoi qu’il arrive, n’aura pas lieu avant le 10 août, nouvelle date-butoir qui, sauf énorme surprise, devrait entériner le statu quo dans lequel sont empêtrés les acteurs de la vie politique nationale depuis maintenant plus de deux ans. La convocation inattendue d’un référendum révocatoire pourrait ainsi permettre à Morales de repenser sa stratégie face à la crise — une stratégie qui devra obligatoirement intégrer les organisations sociales paysannes qui refusent que la NCPE (Nouvelle Constitution) serve de monnaie d’échange et qui, comme toujours depuis 2000, s’érigent inlassablement en garants du processus de transformation sociale que connaît le pays.

Notes :

[1La « demi-lune » regroupe traditionnellement les départements de Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija. On leur associe de plus en plus fréquemment le département de Chuquisaca, qui abrite la ville de Sucre, capitale constitutionnelle du pays.

[2Ces statuts ont été élaborés par des groupes de réflexion liés aux élites locales dans chacun des départements ayant dit « oui » aux autonomies lors du référendum du 2 juillet 2006. Ils ont été soumis au vote à Santa Cruz le 4 mai 2008, dans le Beni et le Pando le 1er juin, et à Tarija le 22 juin.

[3De Santa Cruz.

[4De La Paz.

[5Voir Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, « L’Assemblée Constituante au centre des expectatives », Inprecor nº 521/522, 2006.

[6Cette grille d’analyse pour le moins normative conduit à une lecture aussi peu nuancée de la situation des mouvements sociaux populaires « progressistes », qu’il s’agisse des mouvements paysans liés au MAS ou des organisations urbaines comme la Fédération des Comités de Quartiers (Fejuve) de El Alto, dont les défauts ou limites sont systématiquement et presque exclusivement imputés aux rapports que ces organisations entretiennent avec le gouvernement du MAS et l’appareil d’État en général. Voir Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, « L’Assemblée Constituante… », op. cit.

[7Le Comité Pro Santa Cruz, qui regroupe des organisations corporatives de toute origine dans l’ensemble du département, est cependant soumis à l’influence des organisations patronales. La majorité des Crucéniens le considèrent comme leur « gouvernement moral ».

[8Pour un éclairage sur l’histoire de l’Orient bolivien, notamment dans son rapport à l’Occident andin, consulter : Jean-Claude Roux, « Les orients boliviens : de la quête identitaire à l’instance de divorce avec l’État andin central », dans Denis Rolland et Joëlle Chassin (dir.), Pour comprendre la Bolivie d’Evo Morales, Paris, L’Harmattan, 2007, pp. 121-146.

[9Ainsi étaient désignées les familles Aramayo, Hochschild et Patiño, trois familles vivant de l’activité minière, qui seront les garants de l’ordre politique et social conservateur régnant sans partage jusqu’aux années 1930, période de montée du nationalisme qui culminera avec la Révolution Nationale de 1952.

[10C’est en 1842 que le territoire du Beni, jusque-là rattaché à Santa Cruz, est érigé au rang de département. Cette initiative venue de La Paz est alors jugée attentatoire aux intérêts de Santa Cruz, dont les habitants en avaient assuré la colonisation, en raison, entre autres, du potentiel de la région quant à la production de caoutchouc.

[11Cette guerre opposant la Bolivie au Paraguay, financée par des compagnies étrangères intéressées par les ressources pétrolifères abritées par une région sur laquelle la Bolivie est souveraine, aboutit à une crise politique sans précédent à La Paz, exprimée notamment par un rejet des élites politiques liées aux « barons de l’étain ». En bien des sens, la Guerre du Chaco, achevée sur une défaite de l’armée bolivienne en 1935, ouvre la voie à la période du « socialisme militaire » (1936-1940), puis de la Révolution Nationale (1952-1964). Voir James Dunkerley, Orígenes del poder militar en Bolivia, Historia del Ejército, 1879-1935, La Paz, Plural, 2003 [2nde édition] ; Herbert S. Klein, Origenes de la Revolución Nacional Boliviana, La Crisis de la generación de la Guerra del Chaco, La Paz, Juventud, 1995.

[12Hernán Pruden, « Santa Cruz, ¿departamento o República ? », dans Le Monde diplomatique Edición boliviana nº 2, 2008, pp. 6-7.

[13Il s’agit bien évidemment d’un mythe qui a reposé, comme le souligne Jean-Claude Roux, non sans ironie, sur un profond travail de réécriture de l’histoire dans la mesure où les narrations qui le sous-tendent font l’impasse sur l’absence pourtant prouvée de la gent féminine au sein des populations de colons espagnols. D’ailleurs, les partisans de l’annexion par le Paraguay soulignaient quant à eux un commun lignage des Crucéniens et des Paraguayens avec le peuple indigène guaraní, afin de justifier la pertinence ethnique du rattachement de Santa Cruz au pays voisin.

[14Rossana Barragán, « ¿Hegemonías o ejemonías ? Una visión desde la historia », dans Le Monde diplomatique Edición boliviana nº 2, 2008, pp. 8-9.

[15Entre 1950 et 2001, la part du PIB produite par Santa Cruz passe de 3 % à 30 %. La population passe quant à elle, aux mêmes dates, de 40 000 à 1,3 million d’habitants.

[16Pablo Stefanoni, « Son intereses empresarios », entretien avec le sociologue Carlos Romero, dans Página/12 (Buenos Aires), 23 mai 2005.

[17Pour une analyse détaillée du rapport du CPSC au champ politique national, consulter : Zéline Lacombe, « Ni syndical, ni politique : le champ civique, espace de pouvoir spécifique du régionalisme de Santa Cruz », dans Denis Rolland et Joëlle Chassin (dir.), Pour comprendre la Bolivie d’Evo Morales, Paris, L’Harmattan, 2007, pp. 147-155.

[18Hernán Pruden, « Santa Cruz… », op. cit.

[19L’expression « démocratie de pacte » renvoie à la période 1985-2003, au cours de laquelle l’élection du président de la République était garantie à l’issue d’un second tour réalisé au Congrès, au terme de marchandages politiques débouchant sur des pactes entre les principaux protagonistes du système de partis bolivien d’alors — MNR, Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) et Action Démocratique Nationaliste (ADN). Ces alliances tournantes donnèrent lieu à des coalitions parfois très larges (regroupant parfois jusqu’à 80 % des membres du Congrès) au sein desquelles les différences programmatiques se diluèrent pour donner lieu à des consensus forts, notamment dans les domaines de la politique économique et de la politique extérieure.

[20Voir Claudia Peña Claros et Nelson Jordán Bazán, Ser cruceño en octubre : una aproximación al proceso de construcción de la identidad cruceña a partir de la crisis de octubre de 2003, La Paz, PIEB, 2004.

[21Le cabildo, forme de rassemblement commun à l’ensemble des mouvements sociaux boliviens, s’apparente à une assemblée délibérative au cours de laquelle les dirigeants soumettent à « leurs bases » des résolutions approuvées par acclamation.

[22Voir Hervé Do Alto, « Après le triomphe électoral du MAS ; Défis d’un gouvernement issu des luttes sociales », dans Inprecor nº 513/514, 2006, pp. 17-25.

[23À l’évidence, à Santa Cruz comme dans le reste de la Bolivie, des logiques clientélistes ou de loyautés locales ont également joué en faveur des candidats « locaux » disposant d’une solide réputation de gestionnaire au niveau municipal. C’est ce qui a permis, entre autres, la victoire de candidats d’opposition au MAS dans des départements tels que La Paz ou Cochabamba, pourtant remportés par le parti de Morales lors des élections générales (18 décembre 2005) et de l’Assemblée Constituante (2 juillet 2006).

[24Les changements de position du MAS sur la nationalisation des hydrocarbures lors de la crise de mai-juin 2005 avaient déjà permis de percevoir ces dynamiques. Voir Thierry Vermorel, « La seconde guerre du gaz : les mouvements sociaux renversent Carlos Mesa », dans Inprecor nº 507/508, 2005.

[25Voir Hervé Do Alto, « Hégémonie nationaliste et populaire, poussée autonomiste : la complexe reconfiguration du champ politique bolivien lors des élections de 2005 », dans L’Ordinaire Latino-Américain nº 206, 2007, pp. 101-116.

[26Voir Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions ; Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Raisons d’agir, Paris 2008.

[27C’est ainsi que l’on appelle les conseils municipaux, issus de la création de 324 municipes avec la LPP. Ces municipes deviennent le premier échelon de gestion politique et administrative du pays.

[28Zéline Lacombe, « Ni syndical, ni politique… », op. cit., p. 154.

[29À l’heure où nous écrivons ces lignes, le référendum de Tarija, prévu pour le 22 juin 2008 n’a pas encore eu lieu.

[30On pourra consulter de nombreux récits et témoignages sur le site www.bolpress.com. Ces groupes, pour la plupart liés à la fascisante Union des jeunesses de Santa Cruz (UJC), bénéficient d’une tolérance inouïe de la part des forces de l’ordre — une tolérance qui s’explique autant par la crainte qu’a Morales que son gouvernement n’apparaisse comme un « gouvernement répressif », que par les réticences toujours plus fortes des Forces armées pour intervenir militairement dans l’Orient bolivien.

[31En Bolivie, il est nécessaire de présenter sa carte d’électeur dûment remplie pour pouvoir procéder à certaines démarches administratives ou bancaires, comme l’ouverture d’un compte, par exemple.

[32Les taux d’abstention ont atteint 35 % dans le Beni, 40 % à Santa Cruz et 45 % dans le Pando. Dans un pays où le vote est obligatoire, et où la participation a régulièrement atteint les 85 % lors des derniers scrutins (municipales 2004, générales 2005 et Constituante 2006), de tels taux ne sont pas à négliger.

[33Nous nous appuyons ici sur le suivi d’une série de programmes télévisés et radiophoniques conduits par la principale journaliste d’envergure nationale favorable au gouvernement, Amalia Pando. Les programmes qu’elle anime quotidiennement, En directo sur la radio Erbol et Cabildeo sur la chaîne publique Canal 7, bénéficient d’un taux d’audience suffisamment significatif pour les retenir comme l’illustration d’une ligne éditoriale « oficialista » (pro-gouvernement).

[34Le terme camba désigne traditionnellement les populations métis de l’Orient. Initialement cantonné aux campagnes, l’usage de ce terme s’est étendu par la suite aux habitants des centres urbains. Il s’oppose de nos jours au terme colla, qui désigne les « descendants du Kollasuyu », unité territoriale appartenant à l’empire inca, et correspondant à grands traits à ce qu’est le territoire bolivien aujourd’hui.

[35On peut retrouver et télécharger les quatre statuts d’autonomie sur le site www.laconstituyente.org.

[36Carlos Börth, Silvia Chávez et Andrés Torrez, Puentes para un diálogo democrático, La Paz, FES-Ildis/FBDM, 2008.

[37« Estatutos de Pando, Beni y Tarija señalan que la tierra es competencia compartida del gobierno nacional y los gobiernos departamentales », dans le site Bolpress, http://www.bolpress.com/art.php?Cod....

[38Les électeurs boliviens seront appelés à fixer cette limite au cours d’un référendum qui aura lieu parallèlement au référendum portant sur la nouvelle Constitution.

[39À l’image de Total, si bon nombre de compagnies du secteur pétrolier et gazier mènent leurs activités d’exploitation dans le département de Tarija, la plupart d’entre elles possèdent leur siège dans la ville de Santa Cruz.

[40Sur la Nouvelle Constitution Politique d’État (NCPE), consulter : Éric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale. Alternatives et résistances au capitalisme néolibéral, CADTM/Syllepse, 2008 (en particulier, le chapitre 8 consacré à la Bolivie, avec une analyse pointue des principales avancées proposées par ce texte).

[41Pour que le président ou un préfet soit révoqué, il suffira d’atteindre le même pourcentage de voix et le même nombre de suffrages plus une voix gagnés lors des élections générales et préfectorales du 18 décembre 2006. Au regard de ces dispositions, il faudra donc réunir plus de 53,7% des voix et plus d’un million et demi de voix pour voir Morales contraint d’abandonner son mandat. En revanche, un préfet comme José Luis Paredes, vainqueur avec seulement 38 % des voix, pourrait se voir révoquer si ses opposants parviennent à atteindre ce pourcentage, et à réunir plus de suffrages en nombre absolu que lors du scrutin de 2006.

Source : article publié dans la revue Inprecor, n°539-540, juin 2008.

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