Venezuela
La réélection et ses dilemmes
par Vladimir Villegas
Article publié le 19 janvier 2009

Le 15 février prochain, les Vénézuéliens se rendront une fois de plus aux urnes pour se prononcer lors d’un référendum sur un amendement constitutionnel qui permet au président de la République, à un gouverneur ou à un député, etc. de postuler autant de fois qu’ils le veulent à une mandat.

Au-delà des interprétations sur la constitutionnalité ou non de l’initiative [1] pour approuver l’amendement permettant la réélection présidentielle, tout semble indiquer que nous retournerons aux urnes au cours du premier trimestre de l’année 2009 [2] pour rejeter ou accepter que le président Hugo Chávez Frías puisse postuler à nouveau et de manière répétée au poste qu’il occupe depuis une décennie. Seule une décision contraire du Tribunal suprême de justice peut empêcher la réalisation de la consultation. Et, franchement, je ne vois pas cela arriver, même si la vie est remplie de surprises, comme le réaffirme le refrain de Pedro Navaja [3].

La participation active du président Chávez à la campagne pour l’élection des maires et gouverneurs [4] faisait partie d’un scénario en cours. Chávez a été le centre de la campagne parce qu’il garantissait de cette manière le triomphe de son camp dans une série de régions dans lesquelles, sans sa participation directe, le résultat aurait été tout autre. Et les exemples ne manquent pas. Mais aussi parce qu’on dessinait déjà l’étape suivante. Les élections régionales ont constitué la pré campagne pour l’amendement constitutionnel.

Assumer l’appui ou le rejet de l’amendement proposé a ses bémols et ses chemins scabreux. En premier lieu, il est clair que dans les circonstances actuelles et pour l’instant, il n’y a pas au sein du chavisme une figure avec la capacité de ralliement et le leadership du président. Les candidats potentiels pour 2012, Aristobulo Isturiz et Diosdado Cabello, ont été vaincus [5] [lors des élections régionales]. Sincèrement, même s’ils avaient gagné, nous serions sans aucun doute face au même cadre politique, aux portes d’un référendum. Chavez n’a pas de substitut au sein du chavisme. Il n’y a pas travaillé non plus. C’est cela la vérité.

Ce que pense le peuple chaviste, celui qui ne vote pas seulement pour Chávez mais aussi pour ce qu’il incarne et pour les choses et noms qu’il propose compte aussi dans cette analyse. Ce peuple qui défend les « misiones » sociales, qui se sent représenté par le leadership du président, qui a peur de perdre ses conquêtes, nombreuses ou pas, absolues ou relatives, selon l’optique de chacun. Ce vote chaviste et inconditionnel, qui vient d’élire, par fidélité au leader, des maires et gouverneurs sans envergure propre, à quelques exceptions près comme Henri Falcon [gouverneur de l’État de Lara] ou « El Gato » Briceño [gouverneur de l’État de Monagas], pour n‘en mentionner que deux, a beaucoup de poids. Cela donne au président une base très solide, mais est-ce que ce sera suffisant ?

La discussion sur la pertinence ou non de la réélection va au-delà du fait que ce soit le désir d’une majorité. Un système politique dans lequel un homme est indispensable indéfiniment porte dans ses fondements le virus de la faiblesse C’est pourquoi j’ai dit dans une interview récente, publiée sur Noticias24.com [6], que le plus grand succès de Chávez serait d’arriver à ce que le processus de changement puisse le transcender. Pour le reste, ceux qui croient dans la transformation de la société misent sur la promotion d’un leadership collectif, sans messianisme, qui ne fasse pas de concessions à la tentation humaine de s’accrocher au pouvoir. Si, après dix ou quatorze ans, le seul atout capable d’empêcher que l’opposition prenne ou reprenne le pouvoir, c’est Chávez, c’est un signe que ce qui s’est construit au cours de cette période est basé sur la charisme ou le leadership paternel d’une personne et pas sur le progrès et la croissance consciente de la société. Et nous savons déjà ce que l’histoire retient des expériences de cette nature.

Un autre point concerne la réélection taillée sur mesure d’un poste ou d’une personne, comme c’est cas actuel [7]. Pourquoi invoque-t-on le droit du peuple à élire autant de fois qu’il veut un président et qu’on lui refuse ce droit quand il s’agit de réélire un bon maire, député ou gouverneur ?

Puisque le président manque d’un état-major ou d’une direction politique capable de poser un débat de fond sur ces thèmes, je l’invite à une réflexion, même individuelle, sur les implications de son modèle de proposition de réélection dans les circonstances actuelles. Si la révolution ne peut pas continuer sans la réélection, est-ce que ce sera une vraie révolution ?

Notes :

[1[RISAL] De nombreux juristes proches de l’opposition affirme que l’amendement à la Constitution est inconstitutionnel, parce que cet amendement faisait partie de la réforme plus large de la Constitution proposée par le gouvernement et l’Assemblée nationale l’an dernier, une proposition qui fut rejetée lors d’un référendum. Légalement, on ne représenter une même réforme. Du côté du gouvernement et de ses juristes, on affirme que la réforme constitutionnelle et l’amendement sur la non limitation des mandats sont deux choses différentes.

[2[RISAL] Le référendum pour approuver ou rejeter l’amendement devrait avoir lieu le 15 février 2009.

[3[RISAL] L’auteur fait référence à une très célèbre chanson de Ruben Blades qui dit notamment « La vida te da sorpresas, sorpresas te da la vida ».

[4[RISAL] Ces élections ont eu lieu le 23 novembre dernier.

[5[RISAL] Aristobulo Isturiz, ancien ministre de l’Éducation, a perdu l’élection pour l’Alcaldia mayor, la mairie du grand Caracas. Cabello, un militaire fidèle de Chávez, n’a pas réussi à être réélu comme gouverneur de l’État de Miranda.

[7[RISAL] Finalement, si l’amendement est approuvé, il permettra la réélection du président mais aussi des députés, maires ou gouverneurs. La proposition a été élargie à tous les élus.

Source : Aporrea, 16 décembre 2008.

Traduction : Frédéric Lévêque, pour RISAL.info.

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