Noël arrive plus tôt à Caracas, Venezuela
Chronologie d’une grève qui n’en était pas une
par Al Giordano
Article publié le 22 décembre 2002

Cher lecteur : si à un moment ou un autre, au cours du mois de décembre 2002, vous avez été amené à croire qu’une "grève" se déroulait au Venezuela, et si vous avez eu l’impression que la dite "grève" était populaire, nationale ou générale, ou qu’elle allait renverser le gouvernement démocratiquement élu du Président Hugo Chavez, alors quelqu’un vous a menti.

Juan Forero du New York Times vous a menti lorsqu’il a affirmé qu’il y avait une "grève nationale très suivie". T. Christian Miller du Los Angeles Times vous a menti lorsqu’il a affirmé qu’il y avait "en ce moment une paralysie du pays". Nancy San Martin du Miami Herald vous a menti lorsqu’elle a affirmé que "la grève s’est étendue lundi". Andy Webb-Vidal du Financial Times de Londres vous a menti lorsqu’il a affirmé que le Venezuela était un pays "au bord de l’effondrement". La petite fouine anglaise Phil Gunson, interviewé par la Radio Publique Nationale, vous a menti lorsqu’il a affirmé "euh... ce n’est pas correcte de dire...euh... qu’il s’agit d’une tentative de coup d’état."

Question de la RPN à Gunson : "à quoi ressemblent les rues aujourd’hui ?"

Réponse de Gunson : "Ben, je ne suis pas beaucoup sorti ces derniers temps."

Tous ce "journalistes de bureau" et d’autres comme eux, copiant les uns sur les autres et sur les médias corrompus du Venezuela (au lieu d’effectuer de véritables reportages en interviewant de vrais gens et en usant un peu les semelles de leurs chaussures) ont tenté de présenter quelques pirouettes médiatiques et quelques tentatives isolées de sabotage par l’ancienne classe dirigeante comme une action nationale qui recevait un soutien populaire. Cela n’a pas été le cas. Ce fût une "grève imaginaire", simulée, inventée - une fantaisie tellement répétée jour après jour pendant trois semaines que beaucoup de gens ont commencé à le croire - une brillante démonstration de tout ce qui ne va plus dans le "journalisme de meute" de notre époque.

Je répète : la "grève" n’a jamais eu lieu. Il y a eu un conflit. Il y a eu des manifestations. Il y a même eu de l’éco-terrorisme. Certains événements qui méritaient d’être signalés ont effectivement eu lieu, mais ils n’ont pas été signalés par les Pinocchios des Médias Commerciaux.

Ce qui a eu lieu ne peut être honnêtement qualifié de "grève" (ou de "grève générale", ou de "grève nationale") ou n’importe quoi d’autre de similaire. Les événements de décembre n’ont été rien de plus que des actions menées par un même groupe de personnes - principalement des classes aisées - qui ont docilement manifesté ici et là pour alimenter le grand show des Médias Commerciaux, et ce sont les mêmes personnes qui manifestent depuis un an. Ils ne sont pas plus nombreux qu’il y a un an. Je leur dis "continuez de manifester, vous êtes ici dans un pays libre." Et le fait même qu’ils aient pu manifester en rond tous les jours sans être arrêtés ou réprimés est la preuve que le Venezuela est, à tous points de vue, un pays très libre et très tolérant.

Ces gens, les mêmes qui marchent dans les rues depuis un an sans que leur nombre augmente de manière significative, jouent à faire-semblant ; ils ne jouent pas aux pompiers ou aux astronautes ou se faire belle comme les enfants normaux ; à l’intérieur de leur petite bulle rose, ils se disent "grévistes". Et une petite élite minoritaire se qualifie de "journalistes".

Ils se sont même comportés littéralement comme des enfants. Demandant à Môman Bush et Papa Militaire de piétiner leur constitution et de renverser, par la force, le président élu à deux reprises par la majorité du pays. Ils ont cyniquement - emmenés par les oligarques des Médias Commerciaux qui ont rédigé le scénario - tenté de provoquer les conditions d’un coup d’état.

Ils ont tout à fait le droit de jouer à faire-semblant et se découvrir une âme de "garnements mal élevés". Mais ils ne sont pas, en aucune manière, en train de mener une "grève nationale".

Cette critique va au-delà d’une simple question de vocabulaire ou de la définition de ce qu’est une "grève". Il est évident que les simulateurs professionnels des Médias Commerciaux sont restés plantés derrière leurs bureaux, ou dans leurs chambres d’hôtels, et ont rédigé leurs articles sous la dictée des riches et des puissants, de Caracas à Washington, avant de les communiquer à leurs employeurs.

Dans les rares cas où ces simulateurs ont interviewé de "vrais gens", ils ont souvent été menés par le bout du nez par des conseillers politiques et autres responsables en relations publiques pour donner de la "crédibilité" à leurs "reportages" bidonnés. (Vous croyez que je plaisante ? Consultez l’analyse de Dan Feder de Narco News sur le jour où Forero du New York Times et Miller du Los Angeles Times, dans un pays de 24 millions d’habitants, ont incroyablement réussi à interviewer la même "vraie personne" pour leurs articles respectifs.)

Mais lorsqu’il y a de la fumée, il y a forcément un peu de feu. Quelque chose a bien eu lieu au Venezuela ce mois-ci. Mais quoi ?

Nous allons maintenant vous présenter, cher lecteur, les faits connus des journalistes qui font leur métier et ignorés par les journalistes sédentaires.

[JOUR 1, 2 DECEMBRE : UNE TENTATIVE MANQUEE DE "GREVE"]

Pendant les semaines précédant le 2 décembre, les Médias Commerciaux du Venezuela (et les correspondants anglophones fainéants qui ont copié sur eux) pouvaient à peine retenir leur joie à l’idée d’une nouvelle tentative - la quatrième en un an (les trois autres avaient aussi échoué mais on avait trop senti le vent du boulet pendant le coup d’état d’avril pour être tranquilles) - pour déloger un gouvernement démocratiquement élu.

Lorsque nous disons "un gouvernement démocratiquement élu", nous pouvons l’affirmer dans hésitation : au cours de six élections en quatre ans, le peuple Vénézuélien s’est rendu aux urnes et a voté, encore et encore et encore et encore, pour le Président Hugo Chavez, ses alliés au Congrès, et en faveur d’un référendum de soutien à sa politique et la Constitution Bolivarienne de 1999 : la plus démocratique, la plus favorable aux Droits de l’Homme, la plus favorable aux Libertés, de tout le continent Américain. (Quoi ? Forero et Miller ne vous l’ont pas dit ?)

L’ancienne classe dirigeante - ayant perdu six élections en quatre ans - a annoncé ce qu’elle a appelée "une grève générale" pour le 2 décembre. Le but de la "grève" : renverser le Président Chavez. D’abord ils ont dit qu’ils voulaient un référendum consultatif sur le mandat de Chavez. Puis ils ont dit qu’ils voulaient un référendum tout court. Puis ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas attendre le mois d’août. Ces derniers jours, leur dirigeant, le patron de syndicat corrompu Carlos Ortega (un des dirigeants du coup d’état d’avril) a déclaré aux journalistes que l’objectif n’était plus un vote : il voulait la démission de Chavez, point.

Les organisateurs de la soi-disant "grève" sont les mêmes personnages visqueux qui ont soutenu le coup d’état d’avril et le dictateur d’un jour Pedro Carmona, qui, une fois au pouvoir, a aboli la Cour Suprême, le Congrès, a fait fermer les chaînes de télévision et stations de radio communautaires, fit assassiner 50 militants et abolit la Constitution. Carmona a aussi fait libérer les snipers-assassins qui avaient tiré sur la foule depuis les toits des immeubles le 11 avril, créant ainsi le prétexte de ce qui était, à l’époque, un coup d’état militaire. (Nous allons bientôt révéler la complicité d’un journaliste étranger qui a aidé à créer ce prétexte).

Le fait que les mêmes forces - la chambre nationale du commerce, les dirigeants corrompus des syndicats, et les médias commerciaux malhonnêtes du Venezuela - soient derrière le dernier "coup d’état déguisé en grève" aurait du suffire pour mettre la puce à l’oreille des correspondants étrangers simulateurs - Juan Forero et T. Christian Miller ; Nancy San Martin et les mercenaires anglais Andrew Webb-Vidal et Phil Gunson, planqués derrière leurs bureaux, entre autres - et leur faire comprendre que la tentative de coup était condamnée d’avance.

Au cours du premier jour de "grève", et après avoir examiné les faits réels, Narco News était arrivé à cette conclusion : la "grève" était, écrivions-nous, "un échec fracassant, limitée aux quartiers chics tandis que la grande majorité des Vénézueliens continuent de travailler et de faire leurs courses normalement, défiant ouvertement l’appel à la grève"

C’est ainsi que tout a commencé, et c’est ainsi que tout a continué, pendant trois semaines. Cette action fut un échec dès le début.

Pourtant, vous auriez de la peine à le croire, à entendre les cris poussés par les Médias Commerciaux. Ivan Roman du Orlando Sentinel (c’est un débutant qui couvre le Venezuela pour les journaux de langue anglaise, mais laissez-lui du temps : ses articles se lisent comme des communiqués de presse de la CIA) affirma, le 4 décembre, que "la situation s’est tendue au Venezuela lorsque l’opposition a poursuivit sa grève générale en envahissant les rues." Hum, hum. Ils ont "envahi les rues" parce que leur "grève" était un échec sur les lieux de travail. Une manifestation n’est pas une grève. Suis-je clair ou faut-il recommencer depuis le début ?

Le pseudo-journaliste Phil Gunson (qui écrit un jour pour le Miami Herald, un autre pour le Christian Science Monitor, un autre pour le St Petersburg Times) écrivit dans le Herald que la "grève" n’avait pas encore frappé le principal secteur économique du Venezuela - le pétrole - mais que "cela n’allait pas tarder". Le lendemain il prit sous dictée :

"Bien qu’il y ait eu quelques problèmes dans certaines raffineries (de pétrole), des usines à gaz et dans les ports, dus au manque de personnel, certaines sources indiquent qu’il faudra encore plusieurs jours avant que le situation ne devienne critique."

Traduction : "Il ne se passe rien. Mais il se passera quelque chose. Ainsi parle Langley (siège de la CIA - NDT)."

Cher lecteur, il faut apprendre à lire entre les lignes.

Malgré tous les efforts déployés par les Gunson, les Forero, les Miller (et autres comploteurs d’avril et de décembre), et tous les autres tout juste bons à faire de la bouche-à-bouche à un vampire, la "grève" n’en était pas une, que ce soit depuis le premier jour, le deuxième, le troisième ou le dix-neuvième... En fait, cela n’a jamais été une "grève".

Au fait, vous ai-je déjà dit qu’il n’y a jamais eu de grève au Venezuela au cours du mois de décembre 2002 ?

Tous ces jours, les dirigeants de la "grève" qui n’a jamais eu lieu ont sans cesse lancé des appels aux Forces Armées Vénézueliennes pour qu’elles renversent le gouvernement élu par la force et la violence.

Les militaires, dont les rangs ont été purgés de 400 officiels qui ont tenté un premier coup d’état, leur ont répondu qu’ils pouvaient aller se faire voir. Et c’est ainsi que la porte a claqué au nez des comploteurs du coup d’état de décembre. Les soldats - et c’est une autre bonne nouvelle pour l’Amérique latine - ont dit "non, nous préférons la démocratie".

En l’absence de soutien de Papa Forces Armées, peu enclin à jouer au coup d’état, tout ce qui restait aux tenants de la "grève des enfants gâtés" était de faire appel à la Mama : le gouvernement des Etats-Unis et leur fils au pair, César Gaviria, secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains. Tout le spectacle de ces derniers jours n’a été qu’un effort désespéré pour créer les conditions - avec le soutien théâtral de Gaviria - d’une intervention militaire des Etats-Unis, ou de n’importe quelle armée de mercenaires qu’ils auraient trouvée, pour arracher la démocratie des mains du peuple.

Il y a 12 jours, nous avons demandé à Gaviria de bien vouloir partir du Venezuela.

Il y a 5 jours, le Conseil Permanent de sa propre organisation, l’OEA, l’a désavoué [ http://www.narconews.com/Issue26/article566.html] et, au passage, a rejeté une proposition majeure de Washington (visant à forcer des "élections anticipées") et ce pour la première fois dans l’histoire de l’organisation.

Hier, finalement, Gaviria a plié bagages. Hasta la Vista, baby !

Pauvre César : il a quitté sa demeure luxueuse de Caracas pour rentrer chez lui tout penaud et sans un accord en poche mais avec une remontée de bretelles bien méritée de la part de sa propre organisation. Ce n’est pas ça qui va favoriser la campagne de Washington visant à le faire élire aux commandes de l’ONU à la place de Koffi Annan. ( Quelle horreur ! Après ce que Gaviria a fait en Colombie, imaginez ce que cela donnerait au Moyen-Orient ! )

Gaviria n’a pas apporté la paix au Venezuela. Il apporta uniquement des mensonges et de la confusion. La présence de Gaviria n’a fait que retarder l’échéance - ce merveilleux jour est arrivé à présent - où le monde se rendrait compte que la "Grève qui n’en était pas une" n’allait pas réussir à nous voler notre Noël. Est-il étonnant que la paix et le calme soient revenus à Caracas précisément le lendemain du départ de Gaviria ?

Il manque encore de l’essence dans certaines stations, mais monsieur-tout-le-monde est en train de célébrer l’événement. On ne peut s’empêcher d’imaginer le petit César Gaviria dans la chambre de sa suite à l’hôtel, se couvrant les oreilles tout en faisant les valises : "le bruit, le bruit, le bruit... S’il y a une chose qu’il déteste, c’est le bruit !!!".

Gaviria, par ses commentaires malhonnêtes dans les médias et ses tactiques furtives de relancer la "Grève qui n’en était pas Une" a provoqué beaucoup de problèmes au Venezuela. Principalement, en contradiction directe avec la raison officielle de sa présence, il a repoussé de nombreuses solutions qui sont finalement en train d’être mises en oeuvre. La plupart - comme le retour à la normale de la production pétrolière - seront atteintes dans les semaines qui viennent.

D’autres, comme la perte de vies humaines - sont la conséquence de numéro de duo entre Cesare Gaviria avec les Médias Commerciaux.

JOUR 4, 6 DECEMBRE : LE TIREUR QUI VENAIT DU PORTUGAL

Il est important de faire un rappel historique du coup d’état d’avril pour bien comprendre l’état d’esprit des partisans d’un nouveau coup d’état aujourd’hui. Le 11 avril dernier, des coups de feu suspects ont été tirés à partir des toits des bâtiments environnants au cours d’une confrontation de manifestants pro et anti Chavez. Il y eut 19 morts - la majorité parmi les partisans du gouvernement démocratiquement élu du Venezuela.

Comme nous allons le révéler plus en détail au cours de cette semaine, un des "journalistes" (Phil Gunson), qui a contribué à faire croire que les coups de feu n’ont été tirés que par les membres d’un seul camp - les partisans de Chavez - a aussi publié une série d’articles basés sciemment sur des contre-vérités qui ont alimenté la justification d’un coup d’état, et de tous les malheurs qui ont suivi.

Mais pendant quelques heures le 11 avril, les partisans du coup d’état avaient atteint leur objectif, et ils tentent aujourd’hui de revenir à la même situation où le dictateur-d’un-jour Pedro Carmona gouverna par décret. Alors, si vous souffrez d’infantilisme politique comme ces pseudo-"grévistes", que faites-vous ? Vous tentez de refaire le même coup.

La pièce fût donc rejouée le vendredi 6 décembre, sur la place Altamira, quartier général des forces favorables au coup d’état.

Ce jour-là, vers 18 heures, le "leader de l’opposition" Carlos Ortega tenait sa conférence de presse quotidienne couverte par la télévision Globovision, soutien important au comploteurs. Ce soir-là - et cela fut retransmis en direct - il fut questionné par un soi-disant journaliste sur des coups de feu qui venaient d’être tirés sur la Plaza Altamira. Messieurs les journalistes, voici une chronologie des événements qui mérite d’être examinée : le ressortissant Vénézuélien Valentin Herrera a révélé au quotidien Cubain GRANMA que le moment choisi pour poser la question était bizarre parce que le question fut posée AVANT que les coups de feu de soient tirés.

Je ne sais pas si cette information est exacte ou non, mais je sais que lorsque de telles déclarations qui portent atteinte à l’image de l’opposition se révèlent fausses, les Foreros, Millers et Gunsons et autres falsificateurs leur tombent dessus à bras raccourcis. Leur silence sur cette information dérangeante - et sur d’autres - autour des violences du 6 décembre m’interpelle.

Par contre, il y a d’autres informations importantes que nous sommes en mesure de confirmer et elles contredisent ouvertement la hâte déployée par les médias commerciaux pour rejeter la responsabilité des coups de feu sur Chavez et ses partisans :

Des coups de feu furent tirés ce soir-là sur la Plaza Altamira, quartier général des comploteurs, contre des civils innocents appartenant tous au camp de l’opposition. Trois personnes furent assassinées et 28 autres blessées. Cela fait beaucoup de coups de feu pour un seul tireur, mais la vérité se fait lentement connaître - même deux semaines après - et semble montrer du doigt la Police Municipale, contrôlée par l’opposition et qui fut la première à se rendre sur les lieux.

Un tireur fût arrêté. Ses pièces d’identité indiquaient le nom de "Joao de Gouveia", citoyen Portugais. J’ai mis son nom entre guillemets parce que soit il y a deux "Joao de Gouveia" d’origine portugaise à Caracas (ce n’est pas un nom courant au Venezuela), soit le tireur portait de faux documents, d’une qualité que les services secrets sont habitués à fournir. Quelques jours plus tard, des membres de l’opposition ont poursuivi, battu et presque lynché un autre Gouveia, un simple travailleur d’origine portugaise qui vit à Caracas depuis 20 ans alors que le tireur se trouvait - et se trouve toujours - en prison. Mais cela nous donne un aperçu de l’hystérie des forces de l’opposition et le résultat de la constante guerre psychologique menée par les médias commerciaux sur leur comportement à Caracas ce mois-ci.

Comme indiqué plus haut, Ortega était en direct à la télé et, sans avoir reçu d’informations précises, a immédiatement accusé Chavez et a qualifié le président d’assassin.

L’ex-Général Enrique Medina Gomez - un des dirigeants du coup d’état d’avril qui a été limogé, et qui se trouvait sur la Plaza Altamira - accusa aussi immédiatement Chavez et lança un appel aux Forces Armées, en direct à la télévision, pour renverser le Président en exercice. En d’autres termes, il n’a pas appelé à des "élections", mais au véritable objectif de l’opposition : un coup d’état.

L’histoire devient encore plus bizarre : quelques heures seulement après les coups de feu, Globovision affirma être en possession d’un "vidéo amateur" qui montre le tireur "de Gouveia" près de la voiture d’un officiel pro-Chavez. Le film indiquait la date et l’heure, le 5 décembre à 2h17 du matin. Le film, selon les correspondants qui ont pu le visionner, avait été tourné dans le noir et était flou, mais montrait quelqu’un qui avait une nette ressemblance avec le tireur - un homme rouquin à la peau blanche - et qui mesurait environ 5 pieds et six pouces.

Cependant, le tireur "de Gouveia" mesure 5 pieds et 9 pouces.

Globovision n’a pas diffusé publiquement le film et il n’a pas pu être examiné par des analystes indépendants.

Avec cette étrange "preuve", les médias commerciaux ont conclu que le tireur appartenait au camp de Chavez, comme si les partisans de Chavez avaient le moindre intérêt à répéter le scénario qui devait aboutir au coup d’état du 11 avril.

Mais la chronologie des faits qui devaient amener "de Gouveia" à Caracas à 2h17 du matin le 5 décembre ne colle pas et voici pourquoi : le grand rouquin "de Gouveia" est arrivé à Caracas depuis Funchal sur l’île portugaise de Madeira - située à environ 250 km des côtes africaines - à 16 h 30 le même jour, soit 14 heures après la date mentionnée sur le "film amateur". Lorsque le gouvernement Vénézuélien présenta les formulaires de passage à la frontière qui démontraient ce fait, l’opposition l’accusa de présenter de faux documents. Mais quelques jours plus tard - chose que les correspondants US et Britanniques ont passé sous silence, mais que le presse portugaise a mentionnée - la compagnie aérienne portugaise TAP-Air Portugal a confirmé que l’homme en possession des papiers d’identité au nom de "Joao de Gouveia" était bien sur son vol pour le Venezuela ce jour-là.

Cher lecteur, il suffit de faire deux plus deux : selon le site de la compagnie TAP-Air Portugal , il y a un vol direct le jeudi qui dure 7 heures et 25 minutes de Funchal (à 12h15 heure locale sur l’île de Madeira) à Caracas (à 4h15 heure locale de Caracas).

Mais seul le vol de Jeudi de Caracas à Funchal effectue deux escales - à Porto et Lisbonne, Portugal, et dure 12 heures et 35 minutes.

Même avec un vol direct sur un jet privé, il aurait été impossible pour "de Gouveia" ou quiconque d’être à Caracas à 2h17, d’aller à l’aéroport et voler vers Funchal puis faire aussitôt demi-tour vers Caracas en 14 heures ! Mathématiquement, le tireur "de Gouveia" ne peut être la même personne que sur le "film amateur" de Globovision.

De plus, le profil du "de Gouveia" actuellement en prison présente les caractéristiques de ce que certains journalistes ont qualifié d’un "individu mentalement dérangé" : un faible d’esprit caractéristique, incapable de mener seul une telle opération. L’opposition, qui l’a d’abord qualifié de tireur professionnel à la solde du gouvernement, a rapidement changé son discours et le qualifie désormais de fou. Dans un film, on voit "de Gouveia" dire que c’était le Général Medina Gomez qui l’avait payé pour tirer sur la foule. Ce film n’a jamais été diffusé par les télévisions commerciales du Venezuela.

Il y avait pourtant là un intéressent sujet d’enquête pour les correspondants de presse US et Britanniques. Ils ont choisi de l’ignorer. Le correspondant Britannique Phil Gunson, dans une lettre datée du 18 décembre à Narco News, s’est plaint de nos articles qui parlaient de falsification de la part d’Associated Press. Il y disait que "le fait qu’un ou deux porte-paroles du gouvernement aient affirmé que Gouveia était payé par l’opposition n’en fait pas pour autant une "théorie crédible" - surtout lorsque la seule preuve impartiale que nous ayons (y compris celle des anciens propriétaires de Gouveia) font penser qu’il existe un lien entre lui et le gouvernement."

Gunson, bien sûr, ne fait que répéter une rumeur sans citer un seul fait vérifiable, puisqu’il n’a publié lui-même aucune information dans ce sens, ce qui jetterait un doute sur ses affirmations. Anciens propriétaires ? Personne n’est même pas sûr de l’identité de ce grand rouquin, ni s’il a déjà vécu au Venezuela. Il y a par contre de sérieuses raisons de penser qu’il ne s’agit pas de l’autre "de Gouveia" qui vit au Venezuela depuis 20 ans. De quels "propriétaires", et de quel "de Gouveia" parle Gunson ? Et pourquoi ne mène-t-il pas une enquête et ne publie-t-il pas ses conclusions au lieu de confier sa théorie de la conspiration dans une lettre à Narco News ?

Et bien, c’est parce que Gunson a été pris la main dans le sac dans de plus sérieuses entorses à l’étique journalistique. Nous lui avons envoyé une liste de questions avec une partie des informations en notre possession et nous lui avons dit que nous allions publier les questions - avec l’espoir de les accompagner de ses réponses que nous nous sommes engagés à publier dans leur intégralité - au cours de la semaine prochaine.

Bien entendu, les événements au quotidien se sont déroulés à une telle vitesse au Venezuela que les Médias Commerciaux ont très peu suivi cette histoire ou même d’autres de même importance.

Par contre, ce qui n’est pas contesté au sujet du tireur du 6 décembre est que le gouvernement Chavez l’ait emprisonné et que l’enquête continue, contrairement aux snipers du 11 avril qui ont été étrangement libérés lors du coup d’état du dictateur-d’un-jour Carmona.

MI-DECEMBRE : LE SABOTAGE DE L’INDUSTRIE PETROLIERE

Il y a eu, ce mois-ci, une partie des dirigeants de l’industrie pétrolière qui se sont déclarés "grèvistes", mais en réalité ils ont passé le mois à fermer leurs entreprises et mettre leurs employés en chômage technique, selon leurs propres déclarations, afin de faciliter le sabotage, y compris par l’éco-terrorisme, des sites pétroliers.

Selon les rapports officiels du Ministère des Mines et de l’Energie du Venezuela (MEM d’après les initiales espagnoles) voici les salaires annuels des 22 principaux dirigeants "grévistes", incluant leurs primes, congés payés et autres avantages, le tout aux frais de la société d’état Petroleo de Venezuela, ou PdVSA.

Edgar Paredes gagne 837 millions de Bolivars par an (643.000 dollars US).

Le salaire le plus bas chez ces "grèvistes" est celui de Luis Ramirez, soit 310 millions de bolivars par an (238.000 dollars US).

Le mieux payé est Karl Mazeika, avec 990 millions de Bolivars par an (761.000 dollars US).

Le salaire moyen de ces 22 dirigeants "grévistes" est de 426.000 dollars US par an, soit pratiquement 100 fois le revenu moyen d’un Vénézuélien, qui est environ 4.760 dollars par an. Au Venezuela, un salaire de 426.000 dollars équivaut à celui d’un millionnaire aux Etats-Unis.

Vous pouvez vérifier le salaires des autres, exprimés en Bolivars Vénézuéliens (taux de change 1.300 bolivars pour un dollar US). Voici le pactole de "l’avant-garde" opprimé de la "Grève Qui N’a Jamais Existé".

Luis Andrés Rojas : 688 million Vincenzo Paglione : 979 million Raúl Alemán : 687 million Horacio Medina : 320 million Juan Fernández : 399 million Edgar Rasquin : 668 million Rogelio Lozada : 410 million Luis Matheus : 533 million Carlos Machado : 542 million Iván Crespo : 498 million Luis Aray : 530 million Andrés Riera : 508 million Maria Lizardo : 444 million Armando Izquierdo : 501 million Luis Pacheco : 542 million Gabriel García : 322 million Francisco Bustillos : 643 million Salvador Arrieta : 596 million Armando Acosta : 471 million

Tous ces dirigeants, bien sûr, ont chacun à leur service et sous leurs ordres toute une équipe de personnes grassement payées qui contrôlent l’administration, les ordinateurs, les embauches et les licenciements, et tous les autres aspects de la compagnie.

Ces dernières semaines, ils ont jeté leurs employés à la rue et ont installé leurs propres hommes aux points stratégiques où des actes de sabotage ont été commis sur les sites sous leur contrôle.

L’opposition se plaint de graffiti sur les murs d’une Télévision Commerciale et parle de "vandalisme" ou de "violence". Ces types, dans le même temps, ont entrepris la destruction des pompes, des oléoducs, des pétroliers et autres navires, des camions, et autres points clés situés entre les puits de forage et le consommateur final, Etats-Unis inclus.

S’ils avaient tenté quelque chose de similaire aux Etats-Unis, nous aurions entendu la Maison Blanche les qualifier de terroristes, et ils auraient été enfermés à Guantanamo, et ils auraient été poursuivis en justice pour les préjudices occasionnés qui se seraient élevés à plusieurs millions de dollars. Certains membres de la "oil-igarchie" ont publiquement déclaré que certaines réserves de pétrole avaient été contaminées, et que certains sites avaient été piégés de façon à déclencher une catastrophe écologique s’ils étaient remis en marche.

Entre les puits de forage et les pompes il y a de nombreux points intermédiaires. Si on ferme ou sabote un de ces points, on interrompt toute la chaine. Cela a certainement eu lieu en différents endroits. Mais à entendre les correspondants de presse US et Britanniques, leurs distorsions incessantes sur les événements ont réussi à faire croire qu’il s’agissait d’une situation répandue sur toute la chaîne. Ce n’est pas le cas, et ne l’a jamais été à aucun moment donné au cours du mois de décembre 2002.

A présent que le gouvernement est en train de licencier ces éco-terroristes et de récupérer les pétroliers et les sites, il a du faire venir des inspecteurs étrangers pour éviter d’éventuels désastres écologiques lorsque les sitesseront inévitablement remis en marche, et pour s’assurer aussi que le pétrole envoyé aux Etats-Unis et ailleurs répond bien aux normes de sécurité et de qualité. Ceci explique les retards et les pénuries dans certaines régions. Il n’y a rien qui ressemble, de près ou de loin, au résultat d’une "grève" ou d’un "arrêt de travail" par des éco-terroristes qui prétendent être des ouvriers.

Même avec tout ce sabotage, cinq pétroliers sont déjà partis pour les Etats-Unis. De centaines de camions-citernes sillonnent le pays pour approvisionner les stations d’essence.

Il faudra encore quelques semaines pour revenir à une situation normale, vers le début de 2003.

Mais ce qui est impardonnable pour les correspondants US et Britanniques, ainsi que les Médias Commerciaux corrompus du Venezuela, est la manière qu’ils ont menti sur les retards, comment ils ont gardé le silence sur les véritables causes de ces retards, le tout pour créer une fausse impression de "grève" (ce qui n’était pas le cas), que la grève "prenait de l’ampleur" (ce qui n’était pas le cas), et que les problèmes "s’aggravaient" (ce qui n’était pas le cas) pour le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela.

Lorsque l’histoire des événements de décembre 2002 sera écrite, il sera dit que ce fut le mois où le Venezuela a récupéré son industrie pétrolière accaparée par une poignée de dirigeants comploteurs et surpayés, après que ces derniers aient tenté de la saboter. Tout comme le mois d’Avril est entré dans l’histoire comme le mois où le peuple a ramené les Forces Armées sous son contrôle démocratique ; un fait qui prend toute sa signification à la lumière des événements de décembre, où l’appareil militaire, désormais purgé de la plupart des terroristes formés à l’Ecole des Amériques par les précédentes administrations, s’est comporté de manière exemplaire.

Répétons le : au mois d’avril, le problème d’un coup d’état militaire fut résolu par un mouvement populaire inventif et ses dirigeants démocratiquement élus. Au mois de décembre, nous avons assisté à la dernière emprise d’une élite sur l’industrie pétrolière d’une nation et à la débandade des pétro-terroristes.

De même, au mois de décembre 2002, et pour la première fois dans l’histoire, les nations d’un continent entier se sont dressées contre le pouvoir exécutif des Etats-Unis, par l’intermédiaire du Conseil Permanent du l’Organisation des Etats Américains. Il y a encore des manoevres en cours de la part du secrétaire générai de l’OEA Cesare Gaviria et la Maison Blanche pour tenter une déstabilisation, mais à présent leur marge de manoeuvre est plus réduite que jamais. Comme nous l’avons déjà indiqué : Gaviria s’est déjà enfui des lieux du crime. Et au mois de janvier, le Brésil et l’Equateur inaugureront leurs présidents suffisamment intelligents et malins pour résister à une intervention extérieure. On peut dire que l’Amérique du père Bush n’existe plus.

Nous assistons à des événements historiques. Au beau milieu de la pseudo "Guerre Contre le Terrorisme" et sa tour jumelle, la "Guerre Contre la Drogue", déployées par un pouvoir cynique qui cherche à s’imposer sur tous les fronts, un mouvement démocratique citoyen au Venezuela, en relation avec des mouvements similaires à travers toute l’Amérique, a réussi à mettre l’Empire en échec.

VENEZUELA ET L’AMERIQUE EN 2003 - QUE FAUT-IL EN ATTENDRE ?

Alors que les Forces Armées et l’industrie pétrolière retournent aux mains de leurs propriétaires légitimes - le peuple Venezuelien, à travers ses choix démocratiques - et que la marge de manoeuvre pour une intervention étrangère est plus réduite que jamais, les partisans du coup d’état et les forces anti-démocratiques ont encore une arme importante : les Médias Commerciaux, à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela.

A moins que les Médias Commerciaux ne nous surprennent par une sorte de "Glasnost" (Gustavo Cisneros dans le rôle de Mikhael Gorbatchev ? Voilà ce qui améliorerait l’audimat de la Télévision !) la bataille va désormais s’engager autour du dernier obstacle à une Véritable Démocratie : les médias.

C’est pour cela, cher lecteur, qu’il est d’un très haute importance que nous agissions dès à présent pour faire rendre des comptes aux falsificateurs des Médias Commerciaux de 2002. Nous devons nous assurer que le monde entier connaisse les noms de ceux à qui nous ne pouvons pas faire confiance, ceux dont la crédibilité doit être dénoncée à haute voix, ceux dont il ne faut jamais oublier les crimes commis au mois de décembre 2002. Dans les semaines à venir, j’encourage tous nos lecteurs, tous les compagnons du Journalisme Authentique, à analyser les événements de décembre 2002 : de nommer les falsificateurs professionnels et de démontrer leurs mensonges, de limiter définitivement leur marge de manoeuvre. Je ne suis pas croyant, mais je crois que les véritables travailleurs devraient avoir le droit de se reposer au mois une semaine par an. Ne les laissons plus tenter de nous voler notre Noël.

Le programme pour 2003 est clair. Nous devons continuer de briser le blocus de l’information en développant nos propres moyens de communication communautaires, et travailler ensemble à travers le monde.

Nous sommes le dimanche 22 décembre, et nous avons survécu, une fois de plus, à une des journées les plus sombres de l’année dans l’hémisphère nord, de Caracas à Washington. Je viens d’avoir une conversation téléphonique avec nos collègues de la Télévision Catia - la station en pointe des Télévisions Communautaires à Caracas - et l’ambiance est à la fête.

Nos collègues nous disent que tout est calme à Caracas. Bien que le dirigeant pro-coup Carlos Ortega ait appelé vendredi à une marche sur le palais présidentiel à Miraflores pour provoquer une confrontation violente dans une dernière tentative de coup d’état, personne n’a manifesté samedi, et personne ne manifeste aujourd’hui.

(...)
Bien entendu, nos collègues sont à leurs postes d’observation dans toutes les stations des médias communautaires du Venezuela et ils ont annulé leurs vacances, tout comme nous ici à Narco News. Nous sommes tous vigilants, suivant chaque piège ou tour de passe-passe que pourraient tenter ceux qui ont essayé de nous voler notre Noël en 2002.

De quelque part dans un pays appelé l’Amérique qui, après la Bataille de Décembre 2002, est une Amérique un peu plus libre.

Source : The Narco News Bulletin (www.narconews.com, 22 décembre janvier 2002.

Traduction : Cuba solidarity Project.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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