Des Cubains à Caracas : aide ou idéologie ?Il y a quelque chose de neuf qui est en train de se développer entre les grattes ciels et le trafic automobile de Caracas. Qu’il s’agisse de légumes frais ou d’infiltration communiste, tout dépend de la personne à qui on s’adresse.
Au cours des derniers mois, le gouvernement du président Hugo Chávez a lancé plusieurs nouveaux programmes.Un visant à doter les quartiers pauvres de médecins, un autre d’alphabétisation et un de cultures biologiques sur des terrains de la capitale. Cependant, aussi admirables que puissent apparaître ces initiatives, elles attirent de féroces critiques dans le climat politique vénézuélien de plus en plus chaud. Du fait notamment que les personnes qui participent à ces projets soient des conseillers et des médecins cubains. Plus de 2.500 médecins font pourtant le même travail dans différents pays d’Amérique et d’Afrique (Noticias Aliadas, 17 Décembre 2001).
Les opposants de Chávez, qui depuis déjà un moment l’accuse de vouloir imposer un "communisme castriste" dans leur nation pétrolière (Noticias Aliadas, 21 Mai 2003), affirment à présent que le véritable objectif des Cubains est d’enseigner le communisme, faire de l’espionnage et même réaliser des entraînements paramilitaires.
Les Cubains "sont préparés pour endoctriner", a affirmé le vice amiral à la retraite Rafael Huici, fondateur d’une organisation d’officiers des Forces armées à la retraite.
Cependant, tout ceci n’apparaît pas de manière évidente dans l’exploitation biologique d’un demi hectare du centre de Caracas où poussent des betteraves, de la laitue, de la menthe et d’autres cultures. Rafael Lira, 46 ans, ex chauffeur de bus qui était sans emploi avant son entrée dans cette coopérative agricole de 9 personnes, affirme qu’il y a obtenu un revenu stable via sa participation dans la vente des produits et qu’il a en outre perdu du poids grâce à l’exercice et à un régime alimentaire plus sain. Il affirme que les conseillers cubains du programme ne font pas de propagande et que de toute façon il n’en tiendrait pas compte.
"Personne ne m’idéologise, moi ", a-t-il déclaré. "[Les vénézuéliens] nous avons nos propres principes et nos libertés établies depuis 200 ans".
Chávez a donné à croire à ses critiques très motivées qu’il lui plairait de copier le système communiste de Cuba. Il a même une fois décrit l’île comme "la mer du bonheur". Il s’est également réuni très fréquemment avec son très proche allié : le président cubain Fidel Castro. Lorsque des dizaines de dissidents cubains ont été emprisonnés lors de la vague de répression en avril (Noticias Aliadas, 23 avril 2003), Chávez s’est tu.
Cependant, après quatre ans de "révolution bolivarienne" chaviste, le Venezuela est toujours encore définitivement capitaliste. Même les cultures biologiques d’inspiration cubaine sont financées par la vente de leurs produits.
Chávez nie avoir l’intention de transformer le Venezuela en une nation communiste mais il reconnaît vouloir tirer les leçons des avancées internationalistes de Cuba dans des domaines tels que l’alphabétisation et la santé. On rertouve également des cultures biologiques dans certaines villes cubaines (Noticias Aliadas, 11 février 2002).
Bien qu’elle soit une nation vaste et fertile, le Venezuela importe traditionnellement la plus grande partie de ses aliments, pratique que Chavez affirme vouloir changer.
L’agronome cubain Anastasio García Capote, qui gère la petite exploitation dans laquelle travaille Lira, ainsi qu’un autre tout proche qui est en chantier, soutient qu’il existe un potentiel pour une agriculture intensive sur 1.000 hectares dans et aux alentours de Caracas et que cela pourrait donner un grand essor à la consommation de légumes frais au Venezuela.
"En étant producteurs ici, ils peuvent vendre [les légumes] moins chers" , dit-il.
Les agronomes sont sans doute moins controversés que le gros millier de Cubains qui travaillent dans les programmes gouvernementaux d’assistance. Les conseillers cubains collaborent à un programme national d’alphabétisation et les médecins cubains travaillent et vivent dans des quartiers pauvres.
Les opposants à Chávez ont lancé de furieuses attaques contre ces programmes, en affirmant que les produits des exploitations urbaines sont contaminées par les gaz d’échappement émanant du trafic proche, que les médecins n’étaient pas qualifiés et prescrivaient des médicaments non homologués au Venezuela. Les médias privés, férocement anti-chavistes, ont même mis en avant des cas supposés de négligence des médecins cubains.
Jusqu’à présent, pourtant, les opposants de Chávez n’ont présenté aucune preuve de leurs accusations les plus radicales. Les programmes en question ont également leurs défenseurs.
"En quarante ans, je n’ai pas vu de gens travailler comme le font les Cubains", affirme Paula Bastidas, membre de la Commission de la santé du quartier de San Agustín, dans lequel plusieurs médecins cubains vivent et travaillent. Avant l’arrivée des Cubains, raconte-t-elle, les habitants devaient parcourir de longues distances pour se rendre dans les hôpitaux publics et ils devaient souvent attendre des heures avant que l’on ne s’occupe d’eux .
Les personnes qui critiquent ces programmes disent qu’au lieu d’importer plus de médecins étrangers, le gouvernement devrait investir dans les hôpitaux du pays qui font face à une pénurie de médicaments et d’autres fournitures de base. Le 21 août, un tribunal a ordonné que les médecins cubains soient remplacés par des vénézuéliens ou d’autres médecins étrangers qualifiés. Le gouvernement, qui affirme n’avoir pu trouvé de médecins vénézuéliens disposés à travailler dans les quartiers pauvres, a ignoré cet ordre.
Dans les exploitations urbaines, Xiomara Hernández, administratrice d’entreprise, achète sa laitue et affirme qu’elle y coûte moins chère et qu’elle tient plus longtemps car elle est biologique. Elle souligne que le Venezuela a accueilli bien d’autres conseillers de différentes nations et que des experts du Chili et du Sénégal travaillent également dans ces exploitations.
"Le Venezuela ne sera jamais comme Cuba", dit-elle. "Toutes les bonnes choses qui viennent de n’importe quelle partie du monde sont les bienvenues".
Traduction de l’espagnol : Anne Vereecken, pour RISAL.
Article original en espagnol : "¿Ayuda o ideologia ?", Noticias Aliadas, 15-10-03.