Interview de Ricardo Alarcon, pr√©sident de l’Assembl√©e nationale du pouvoir populaire
Ricardo Alarcon : ¬« La d√©mocratie cubaine ne se limite pas √ la repr√©sentation formelle, elle incorpore des m√©canismes et des formes de d√©mocratie directe ¬ »
par Pascual Serrano
Article publiť le 17 janvier 2004

Il n’est pas exag√©r√© d’affirmer que la presse traditionnelle occidentale n’offre pas ou tr√®s peu la possibilit√© aux autorit√©s cubaines de s’exprimer et de r√©pondre ainsi aux attaques r√©p√©t√©es dont le r√©gime est la cible. Il n’est pas n√©cessaire d’√™tre un chaud partisan du r√©gime cubain pour faire une telle constatation. C’est une des raisons pour laquelle RISAL a d√©cid√© de publier cette longue interview de Ricardo Alarcon, pr√©sident de l’Assembl√©e nationale du pouvoir populaire de Cuba. Le mandataire politique nous donne de pr√©cieuses informations mais manie √©galement tr√®s bien la langue de bois.(RISAL)

Ricardo Alarcon, 66 ans, est sans aucun doute l’une des figures les plus importantes de l’administration cubaine et peut-√™tre celui qui conna√ģt le mieux la politique des √‰tats-Unis. Apr√®s avoir v√©cu √ New York pendant plus de 14 ans, il est pr√©sident de l’Assembl√©e nationale depuis 1993 et charg√© des relations avec les √‰tats-Unis. (...)

Comment peut-on justifier que le pr√©sident cubain soit toujours le m√™me depuis 1959 ?

Et bien, je dois dire qu’il n’a pas toujours √©t√© le m√™me depuis 1959.
Fidel Castro est notre pr√©sident depuis 1976, lorsqu’il fut √©lu par
l’Assembl√©e nationale. La justification se trouve dans ses qualit√©s
personnelles, qui sont nombreuses, sa capacit√© ind√©niable √ diriger et un
d√©vouement exceptionnel √ son travail, ce qui a motiv√© l’Assembl√©e √ le
r√©√©lire depuis cette date. Il est d’abord propos√© comme d√©put√© √ 
l’Assembl√©e municipale de Santiago de Cuba et se fait √©lire en tant que tel, par une √©lection libre et √ bulletin secret. Puis il est propos√© comme
candidat √ la pr√©sidence et √©lu par l’Assembl√©e selon les m√™mes modalit√©s.

Il existe diff√©rents groupes anti-castristes qui affirment que le blocus des √‰tats-Unis contre Cuba est une erreur, puisqu’il offre au gouvernement cubain une excuse pour emp√™cher toute r√©forme. Qu’en pensez-vous ?

C’est ridicule et ne fait que refl√©ter un cynisme r√©pugnant. Le blocus,
ou pour être plus précis, la guerre économique, est un crime abominable
contre l’ensemble du peuple cubain. Ce n’est pas une excuse mais plut√īt une tentative de g√©nocide selon l’ONU. Cela a m√™me √©t√© reconnu par le
D√©partement d’√‰tat en 1959, dans des documents rendus d√©sormais publics o√Ļ on peut lire que l’objectif de cette politique √©tait "de provoquer la famine et le d√©sespoir" parmi le peuple cubain. A plusieurs reprises, lorsque des journalistes √©tats-uniens m’ont pos√© la question, j’ai r√©pondu : convainquez Washington de retirer notre "excuse" et de lever le blocus. Qu’ils osent le lever, ne serait-ce que pour une courte p√©riode, disons un an.

Le pr√©sident des √‰tats-Unis a annonc√© des restrictions impos√©es √ ses concitoyens sur les possibilit√©s de voyager √ Cuba. Dans le m√™me temps, le gouvernement cubain a annonc√© sa d√©cision de faciliter l’entr√©e du pays aux Cubano-am√©ricains. Comment faut-il interpr√©ter cette contradiction ?

(L’administration Bush) n’a pas seulement "annonc√©" des restrictions
mais a aussi impos√© diff√©rentes m√©thodes de contr√īle et de pression dans les a√©roports. Elle a aussi distribu√© des amendes et menac√© de poursuites
judiciaires des centaines de citoyens états-uniens qui ont visité Cuba.

Cette ann√©e, une fois de plus, la Chambre des repr√©sentants et le S√©nat du Congr√®s des √‰tats-Unis ont approuv√© un texte de loi qui aurait mis fin √ ces restrictions et, une fois de plus (c’est d√©j√ arriv√© dans le pass√©) de hauts dirigeants ont "d√©mocratiquement" retir√© le texte qui avait √©t√© approuv√© par une large majorit√©. En ce qui nous concerne, nous avons poursuivi et continuerons de poursuivre une politique d’ouverture et de main tendue vers la communaut√© d’origine cubaine qui vit aux √‰tats-Unis.

La plupart voient d’un oeil favorable une relation respectueuse et constructive avec leur pays d’origine. Le contraste entre ces deux politiques est tr√®s r√©v√©lateur : Washington a appliqu√© la m√™me politique depuis plus de quarante ans et s’acharne √ vouloir la durcir. Cuba, au contraire, a cherch√© √ d√©velopper avec maturit√© et responsabilit√© un dialogue et une communication avec ceux qui ont √©migr√©, malgr√© le fait que de cette communaut√© soient sortis tous les mercenaires et les terroristes qui nous attaquent. Le contraste en dit long sur la confiance respective que nous avons de notre soci√©t√©, de nos valeurs. Notre porte est ouverte aux Cubano-am√©ricains et aux citoyens √©tats-uniens. Nous ne sommes pas pr√©occup√©s par tous ceux qui voudraient venir. De quoi a peur M. Bush ?

Les relations entre Cuba et l’Union europ√©enne (UE) sont dans une passe difficile. Vous avez accus√© les gouvernements europ√©ens de c√©der aux int√©r√™ts des √‰tats-Unis. Quels sont les motivations derri√®re cette position de l’UE ?

Washington a souvent exprimé sa satisfaction devant le soutien de
l’Europe √ sa politique contre Cuba, et ce depuis l’√©poque de Clinton,
lorsqu’ils ont approuv√© un "accord", ce qui dans la pratique signifie que
l’Europe rejetait sa propre opposition √ la loi Helms-Burton et offrait son
soutien √ la politique √©tats-unienne de subversion, tout √ßa en √©change de
rien. L’UE fait tout simplement √©cho √ la machine de propagande et
diplomatique des √‰tats-Unis vis-√ -vis de Cuba. Les raisons : servilit√© de la
part de certains et, pour d’autres, une faiblesse ou un manque de
coh√©rence. Les avantages pour l’Europe ? Aucun, bien s√ »r, mais cela ne nous pr√©occupe pas. En ce qui concerne l’Europe, il y aura de plus en plus de remises en cause de ce "soutien inconsid√©r√©" que certains individus
attendent et imposent et dont les noms ne m√©ritent pas d’√™tre mentionn√©s et qui englobent une sorte de n√©o-fascisme domestiqu√© par Washington.

Le gouvernement Cubain a d√©nonc√© le d√©sir de l’administration Bush de d√©stabiliser l’√ģle, afin de justifier une intervention US. Quelle est la cr√©dibilit√© d’un plan US pour une intervention militaire √ Cuba ?

Chaque fois que les dirigeants des √‰tats-Unis sont interrog√©s sur la
possibilit√© d’une action militaire contre Cuba, ils se bornent √ d√©clarer
qu’un tel plan n’existe pas mais que la possibilit√© d’une telle action n’a
jamais √©t√© exclue, par principe. M√™me le G√©n√©ral Powell, avec sa soi-disant image de colombe, a √©t√© tr√®s explicite √ ce sujet. M. Bolton, le
sous-secr√©taire d’√‰tat et d’autres fonctionnaires du D√©partement d’√‰tat ont fait les m√™mes d√©clarations √ maintes reprises, dont la derni√®re date d’il y a seulement quelques semaines. Dans ces d√©clarations, Cuba a √©t√© accus√©e de poss√©der et de fabriquer des armes de destruction massive. Que cherchent-ils avec ces mensonges grossiers et irresponsables ?

Dans le m√™me temps, c’est exactement ce que r√©clame la mafia partisane de Batista √ qui Bush doit son √©lection en 2000 (ne l’oublions pas !).
Rappelez-vous qu’au cours du dernier week-end de f√©vrier, des millions de
personnes dans le monde entier ont manifest√© contre l’attaque contre l’Irak, qui √©tait imminente √ l’√©poque. La seule exception fut Miami. A Miami, il y a eu une manifestation en faveur de la guerre. Plusieurs groupes terroristes avec √ leur t√™te Orlando Bosch, un ami de Bush, et auteur de l’attentat en plein vol contre un avion civil cubain en 1976, ont publiquement appel√© √ cette manifestation - avec une grande banderole qui disait "Aujourd’hui l’Irak, demain Cuba".

Tout ceci dans le contexte d’un nouvel unilat√©ralisme et de guerres
pr√©ventives, et les menaces de Bush d’attaquer n’importe qui, n’importe
quand. Cuba fait partie des pays que les √‰tats-Unis qualifient de
"terroristes" et le seul situ√© √ 150 km et √ l’int√©rieur de son p√©rim√®tre de
d√©fense militaire : pour attaquer Cuba, les √‰tats-Unis n’ont pas besoin
d’exp√©dier une large force militaire de l’autre c√īt√© de la plan√®te. Il leur
suffirait d’appuyer sur un bouton et le monde entier ne serait au courant
qu’apr√®s la destruction de la Havane par leurs missiles.

Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre cette question √ la l√©g√®re. C’est pour cela que nous nous pr√©parons. Notre agresseur potentiel doit savoir qu’il sera incapable d’occuper notre territoire. Ce serait un Vietnam √ la puissance x. Ce que nous voulons le plus c’est qu’ils le comprennent √ temps.

Les dissidents cubains accusent souvent l’administration cubaine de corruption. Quel est, selon vous, le niveau de corruption √ Cuba ?

La soi-disant "dissidence cubaine" est elle-même synonyme de corruption,
depuis qu’elle a √©t√© invent√©e, fabriqu√©e, organis√©e, dirig√©e et pay√©e par le
gouvernement des √‰tats-Unis. Diff√©rents documents officiels US rendus
publics en 1990 le prouvent. Il y a des manifestations de corruption √ Cuba. Nous sommes une soci√©t√© humaine et nous vivons sur la m√™me plan√®te o√Ļ le syst√®me dominant g√©n√®re la corruption en permanence. Mais dans notre pays il n’y a pas de corruption √ la t√™te du pays ou parmi ses principaux dirigeants et ce n’est pas non plus un ph√©nom√®ne g√©n√©ralis√© dans notre soci√©t√©.

Les signes de corruption qui sont apparus, et que nous combattons sans
rel√Ęche, se trouvent surtout dans les √©chelons interm√©diaires. De plus, nous voyons assez fr√©quemment, mais pas uniquement, qu’elle est li√©e √ une activit√© commerciale en relation avec certains √©l√©ments de l’√©conomie de march√© qui fait d√©sormais partie de notre r√©alit√©. Si le capitalisme devait √™tre r√©tabli ici, nos "accusateurs" pourraient se vautrer dans un "oc√©an de corruption".

Quelles sont les formalit√©s pour un Cubain qui d√©sire quitter l’√ģle et
aller vivre ailleurs ?

Pour pouvoir partir, il ou elle doit √™tre en possession d’un passeport
et d’un visa pour le pays en question, et avoir accompli certaines t√Ęches
(comme r√©server un si√®ge dans un avion et acheter un billet, par exemple). Pour pouvoir r√©sider dans un autre pays, certaines conditions doivent parfois √™tre remplies, comme effectuer un service social pour certaines professions ou le service militaire, pour les jeunes. Ces conditions peuvent retarder le d√©part de quelques mois. Il y a aussi une condition en rapport avec l’autorit√© parentale (patria potestad) et qui concerne les mineurs qui voyagent avec un seul de ses parents. Dans ce cas une autorisation √©crite doit √™tre fournie par l’autre parent.

Il y a une rupture √©vidente entre les Cubains de l’√ģle et ceux de Miami. Voyez-vous une possibilit√© pour que ces deux communaut√©s se r√©concilient et quelles mesures pensez-vous seraient n√©cessaires pour aboutir √ une r√©conciliation ?

Il faut avant tout mettre fin aux mythes qui entourent la question de
l’immigration cubaine aux √‰tats-Unis. Il faut comprendre une bonne fois pour toutes que l’immigration cubaine aux √‰tats-Unis est une des principales armes employ√©es par Washington contre la R√©volution, pour d√©stabiliser le pays √ l’int√©rieur et d√©former son image √ l’ext√©rieur. Examinons certaines donn√©es fournies par le Bureau de recensement, d’immigration et de naturalisation des √‰tats-Unis (acronyme INS - N.d.T.) qui peuvent attester de certains faits concernant l’immigration cubaine aux √‰tats-Unis :

— dans les ann√©es 50, avant la R√©volution, Cuba occupait la deuxi√®me placepour ce qui du nombre d’immigrants l√©gaux vers les √‰tats-Unis dans le monde occidental, derri√®re le Mexique.

— Aujourd’hui, il y a au moins sept pays devant Cuba. Je dis "au moins"
parce que pour conna√ģtre avec certitude le nombre exact d’immigrants il
faudrait pouvoir compter les immigrés clandestins, qui sont plusieurs
millions, dont aucun n’est cubain. Il se peut qu’il y ait des Cubains
clandestins aux √‰tats-Unis, dont beaucoup sont arriv√©s avant le triomphe de la R√©volution. C’est pour cela que la Loi d’Ajustement cubain [loi
états-unienne - N.d.T.], qui fut conçue pour privilégier les partisans de
Batista et transformer l’immigration en une arme de d√©stabilisation, r√©p√®te √ plusieurs reprises que cette loi ne s’applique qu’aux Cubains arriv√©s aux √‰tats-Unis "√ partir du 1er janvier 1959". Cette phrase est r√©p√©t√©e dans chaque paragraphe de la loi.

La politique qui consiste √ accueillir automatiquement tout Cubain qui foule le sol des √‰tats-Unis m√™me si celui-ci voyage sans papiers ou a
eu recours √ la violence (ce qui est ill√©gal selon les lois √©tats-uniennes
sur l’immigration) est bien connue. Auriez-vous une id√©e du nombre de
Latinos-am√©ricains qui entreraient aux √‰tats-Unis si les portes leur √©taient
ouvertes et qu’une loi comme la Loi d’Ajustement cubain, qui ne s’applique qu’aux cubains, √©tait vot√©e ?

Le discours que la mafia de Miami répète depuis des années est que des
"millions" de cubains ont "fui" Cuba pour vivre aux √‰tats-Unis. La v√©rit√©,
selon les derniers recensements, est qu’il y a moins d’un million de Cubains aux √‰tats-Unis, en comptant leurs descendants et tous ceux qui sont arriv√©s avant 1959 et qui √©taient d√©j√ nombreux. La plupart sont arriv√©s par un vol confortable qui a dur√© cinquante minutes.

Miami est la ville d’o√Ļ partent le plus de vols pour Cuba. Cinq ou six vols
par jour, selon la saison, arrivent dans différentes villes de Cuba. Ces
vols sont pleins malgr√© le fait que les √‰tats-Unis n’autorisent que les
Cubano-am√©ricains √ les emprunter. Combien de fois les millions de
Latino-am√©ricains qui arrivent √ peine √ survivre aux √‰tats-Unis ou au
Canada ou en Europe peuvent-ils visiter leur pays d’origine ?
Connaissez-vous un seul clandestin qui quitte un pays du Nord pour passer ses vacances avec sa famille et retourne ensuite dans le pays o√Ļ il vit clandestinement ? Qui vit l’exp√©rience de rupture la plus profonde et la
plus d√©finitive ?

En ce qui concerne les Cubains, il faudrait pouvoir dépolitiser la question.
Il faudrait qu’elle cesse d’√™tre un outil de manipulation. Washington doit
cesser les restrictions discriminatoires qui sont imposées, comme le fait de
ne pouvoir voyager √ Cuba qu’une fois par an, et d’autres restrictions
arbitraires sur les relations avec les familles cubaines qui ne sont
appliqu√©es qu’aux √‰tats-Unis.

Et il ne faudrait pas oublier tous ceux qui ne sont pas cubains. Nous devons aussi exiger la fin de la pers√©cution, de l’exploitation et de la
discrimination de nos fr√®res et soeurs d’Am√©rique latine qui r√©clament aux
√‰tats-Unis leur droit √ la dignit√©. Une bonne initiative serait de leur
faire b√©n√©ficier √ tous d’une Loi d’Ajustement, qui r√©gulariserait leur
situation et leur garantirait la possibilité de faire venir leurs familles.

Apparemment, l’environnement ne para√ģt pas trop d√©favorable √ Cuba en ce moment en Am√©rique latine. Les relations sont bonnes avec Hugo Ch√°vez, Kirchner et Lula. Qu’est-ce que cela pourrait signifier pour l’avenir de Cuba ?

Ce qui est important est de prouver que le néolibéralisme est en train
d’entrer dans une crise irr√©versible sur tout le continent. Les mouvements
populaires ont le vent en poupe et nous avons assist√© √ des victoires
importantes ; on le voit dans chaque pays et selon des caract√©ristiques
propres, qui ne suivent aucun modèle ou programme particulier. Cela va
accro√ģtre les possibilit√©s de coop√©ration entre nos pays.

Cuba a jou√© un r√īle tr√®s important pendant la Guerre froide, en
soutenant les mouvements arm√©s de lib√©ration. Certains de ces mouvements sont toujours en activit√©, comme les FARC ou l’ELN en Colombie, et d’autres un peu moins bien implant√©s comme au P√©rou, et m√™me des nouveaux, comme l’EZLN au Mexique. Quelle est la position officielle de Cuba face √ ces
mouvements ?

Nous, les Cubains, qui avons combattu si durement toutes les
interventions √©trang√®res, nous serons toujours r√©ticents √ exprimer une
opinion sur une situation qui nous est étrangère. Selon le contexte
historique et les particularités de chaque pays, différentes stratégies
doivent √™tre adopt√©es. En ce qui concerne la Colombie, et √ cause de
l’int√©r√™t exprim√© √ la fois par le gouvernement, les FARC et l’ELN, nous
avons tent√©, avec d’autres pays, de contribuer √ un processus de paix.

Prenons les √‰tats-Unis. Durant toute la p√©riode de la R√©volution
cubaine, aucun pr√©sident n’a tent√© de normaliser les relations avec la Havane ou de lever le blocus. Comment expliquez-vous cela ?

Dés 1870, le père fondateur de la patrie, Carlos Manuel de Céspedes,
avait prévenu que "le secret" de la politique US était de "prendre le
contr√īle de Cuba."
Jos√© Marti a d√©vou√© une bonne partie de sa vie √ d√©noncer ce "secret". Par une intervention militaire en 1898, les Etats-Unis occup√®rent la place de l’Espagne. Cuba devint un protectorat militaire et courait le risque d’une annexion. Nous avons finalement conquis notre
ind√©pendance le 1er janvier 1959. Le jour m√™me une politique d’agression
fut initi√©e, et qui a √©t√© appliqu√©e par tous les dirigeants d’un pays dont
l’oligarchie croyait qu’elle poss√©dait l’√ģle. Aujourd’hui, des documents
d√©-classifi√©s et publics nous √©clairent sur l’origine de la confrontation
avec la Révolution ("Foreign relations of the United States, 1958-1960,
Volume VI, Cuba,"
Department of State, Washington, 1991). Il y a des
centaines de pages qui laissent entrevoir discr√®tement, pour prot√©ger leurs sources, tout ce que l’administration Eisenhower entreprit tout au cours de l’ann√©e 1958 pour soutenir Batista et "emp√™cher la victoire de Castro" : celui qui ignore cette partie de l’histoire serait surpris de d√©couvrir qu’au cours de la nuit de No√« l et jusqu’aux derni√®res heures de l’ann√©e, les Cubains ont √©t√© les trouble-f√™te qui ont oblig√© le Pr√©sident et ses principaux collaborateurs √ passer de longues et p√©nibles heures pench√©s sur la question, alors que tout le monde √©tait en cong√©. Pourquoi ? A leurs yeux les √‰tats-Unis √©taient en train de perdre quelque chose qui leur appartenait, et c’est quelque chose que de nombreux historiens l√ -bas n’ont pas encore compris. Il est bien connu qu’ils ne sont pas tr√®s forts en histoire et g√©ographie.

Cuba est fi√®re des ses organisations de jeunesse, de ses travailleurs, de ses syndicats, de ses √©tudiants, de ses artistes. Mais comment participent-ils √ la politique cubaine et comment se font-ils entendre aupr√®s du gouvernement cubain ?

Ces organisations avec d’autres, comme celles des paysans, ou m√™me
professionnelles ou de quartier, occupent un r√īle vital et organique dans la gouvernance de la soci√©t√©. Il est de leur responsabilit√© que de d√©signer des candidats aux postes de d√©put√©s nationaux et d√©l√©gu√©s provinciaux. Non seulement ils sont √©cout√©s mais ils interviennent directement dans le
processus de prise de d√©cision. Je peux citer d’autres exemples : la Loi
d’Imposition a fait l’objet d’un examen tr√®s attentif de la part des
syndicats avant d’√™tre pr√©sent√©e √ l’Assembl√©e nationale. Cela aboutit √ 
d’importantes modifications du texte original ; la Loi sur les Coop√©ratives
agricoles, qui fut pr√©sent√©e par l’Association nationale des petits
agriculteurs (ANAP), fut d√©battue par des centaines de milliers de membres dans toutes les coop√©ratives. De ces discussions est sortie la version d√©finitive du projet qui fut pr√©sent√© et approuv√© par l’Assembl√©e. Mais le meilleur exemple est ce que nous appelons les "parlements ouvriers", auxquels toute la soci√©t√© cubaine a particip√© afin de r√©fl√©chir ouvertement et profond√©ment sur les probl√®mes g√©n√©raux et concrets rencontr√©s par notre √©conomie dans les pires moments de la crise (1993), c’est une exp√©rience que nous avons utilis√© comme ligne de conduite dans la pratique du pouvoir l√©gislatif. Il faut souligner que pendant que Cuba √©tait confront√©e √ une situation tr√®s difficile et une intensification des attaques de l’√©tranger (Loi Torricelli, Loi Helms-Burton et autres mesures agressives) et que la d√©mocratie s’approfondissait et se d√©veloppait dans la pratique, le monde occidental s’acheminait dans la direction oppos√©e. Ce que nous pratiquons ici a √©t√© d√©fini par Kelsen comme "une parlementarisation de la soci√©t√©", tandis qu’ailleurs des mesures sont prises sans m√™me faire semblant de respecter les rituels de la d√©mocratie formelle, et qui affectent l’ensemble de la population. Il y a eut parfois m√™me des conspirations secr√®tes contre certains peuples : l’Accord Multilat√©ral d’Investissement, l’ALCA, et les n√©gociations sur le "libre-√©change" sont des exemples de jusqu’o√Ļ la "fiction de la repr√©sentation dans une d√©mocratie repr√©sentative" est all√©e.

Cuba est aussi accus√©e d’emp√™cher la libert√© d’expression. Quelle est la situation des m√©dias √ Cuba ? Est-ce que l’acc√®s √ Internet est limit√© pour les Cubains ?

En ce qui concerne la libert√© d’expression, j’ai cit√© des cas tr√®s
concrets qui illustrent la différence radicale entre les Cubains qui non
seulement s’expriment, mais qui prennent aussi des d√©cisions sur les
questions fondamentales qui les touchent, et ceux qui vivent sous le
n√©o-lib√©ralisme et qui "jouissent" de ce que quelqu’un d’aussi peu suspect
que Thomas L. Friedman d√©crit comme "la peur des changements rapides d’un ennemi qu’on ne peut voir, ni toucher ou sentir... que votre emploi,
communaut√© ou lieu de travail peut √™tre modifi√© √ tout moment par des forces √©conomiques et technologiques anonymes."
Ce que Friedman appelle "l’angoisse devant la d√©finition de la globalisation" est la preuve
irr√©futable de l’absence de d√©mocratie. Que devient la "libert√©
d’expression" dans ces conditions ?

On pourrait s’√©tendre longtemps sur les m√©dias cubains. J’ai d√©j√ eu
l’occasion de souligner ses d√©fauts √ des journalistes cubains. Il y a eu
quelques progrès sensibles dans les médias électroniques.

En ce qui concerne l’Internet, je recommanderais une √©tude excellente d’un professeur cubano-am√©ricain, Nelson P. Vald√©s, au sujet de la bataille que Cuba a d√ » mener dans ce domaine, face aux restrictions impos√©es par les √‰tats-Unis. L’acc√®s √ Internet et le nombre d’utilisateurs est en
croissance, non pas d’une mani√®re √©litiste mais d’une mani√®re d√©mocratique et participative. L’exp√©rience est en train d’√™tre multipli√©e dans les clubs et les centres o√Ļ tous ceux que cela int√©resse peuvent apprendre √ s’en servir. Tous les √©tudiants cubains, m√™me les plus jeunes, √©tudient l’informatique, et toutes les √©coles, m√™me les plus modestes dans les coins recul√©s du pays, ont des ordinateurs.

L’ONU, et surtout le Conseil de S√©curit√©, a √©t√© s√©v√®rement critiqu√©e pour sa r√©serve au moment de l’invasion de l’Irak. Selon vous, quel est le r√īle de l’ONU et quelles r√©formes faudrait-il envisager ?

La première victime de la soi-disant "guerre contre le terrorisme" fut
l’ONU. Et m√™me bien avant, les pays du Tiers Monde demandaient une
d√©mocratisation. Cette exigence est encore plus urgente aujourd’hui
qu’hier, et ce serait possible en supprimant le droit de veto au Conseil de
S√©curit√©, en mettant fin aux exc√®s de pouvoir que cet organe s’autorise. Il
serait aussi n√©cessaire que l’Assembl√©e g√©n√©rale assume ses responsabilit√©s, selon la Charte. Parmi ces responsabilit√©s, on trouve la responsabilit√© fiscale et le contr√īle du Conseil de S√©curit√© et d’autres organes de l’ONU. Il faudra travailler tr√®s dur pour r√©aliser ces changements indispensables. Il est √©vident que ceux qui d√©tiennent le droit de veto ne l’abandonneront pas de gaiet√© de coeur. Mais il est du domaine du possible que de renforcer le r√īle de l’Assembl√©e g√©n√©rale, parce que nous y avons tous une voix et un vote et personne ne peut opposer un veto √ ses d√©cisions.

Malgr√© le fait qu’elle soit toujours qualifi√©e de communiste, la Chine s’est orient√© vers une politique √©conomique tr√®s diff√©rente de celle de Cuba. Quelle est votre opinion sur le syst√®me politique et √©conomique de la Chine ?

Les Chinois ont leur propre syst√®me politique et √©conomique. La R√©volution chinoise a accompli d’admirables
réalisations. Il faut se souvenir des fameuses famines, de la misère et de
l’arri√©ration en Chine √ une √©poque encore r√©cente et des progr√®s incessants accomplis dans tous ces domaines, dans un laps de temps historiquement court. Bien s√ »r, nos politiques √©conomiques sont diff√©rentes et c’est normal - je ne crois pas en un mod√®le unique de socialisme - mais nos relations politiques et √©conomiques avec la Chine sont excellentes.

Le magazine Forbes affirme que le Pr√©sident Fidel Castro poss√®de une fortune personnelle de 110 millions de dollars. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont des foutaises, tout comme ce magazine. M√™me sur leur propre site Internet, le magazine reconna√ģt qu’ils n’ont aucune id√©e de la fortune de Fidel Castro, alors avec √ßa ils se sont content√©s d’imputer √ la fortune
personnelle du pr√©sident une somme √©quivalente √ un pourcentage du PNB. Je pense qu’il s’agit l√ d’un exemple tr√®s √©loquent de la mani√®re dont le poison est distill√© dans les m√©dias √©tats-uniens en ce qui concerne Cuba et son pr√©sident.

Pouvez-vous me dire le montant d’un salaire de ministre √ Cuba ?

450 pesos (plus ou moins 20 dollars - N.d.T.)

Avez-vous des d√©saccords avec Fidel Castro ?

Aucun, si on parle de principes. Mais permettez-moi de vous dire une
chose que tous ceux qui ont eu affaire √ lui connaissent tr√®s bien : il est
infatigable dans les conversations. Il cherche avidement √ obtenir des
autres des faits et des opinions, qu’il compare ensuite aux siens lors
d’√©changes d’une fluidit√© et d’un naturel inhabituels. N’oubliez pas qu’il
s’agit de quelqu’un qui n’est pas simplement un personnage : c’est un
dirigeant politique cultiv√© qui n’arr√™te jamais de travailler et
d’apprendre. Il est totalement d√©vou√© √ ce qu’il fait.

Le gouvernement cubain est accus√© d’emp√™cher aux Cubains l’acc√®s √ certains services et installations sur l’√ģle, ceux qui sont r√©serv√©s aux touristes √©trangers. Qu’en pensez-vous ?

C’est une contre-v√©rit√© destin√©e √ tromper ceux qui ne sont pas cubains.
Heureusement, il y a de nombreuses personnes qui pourraient confirmer ce que je vais dire. Avant 1959, la plupart des Cubains, parce qu’ils √©taient pauvres ou noirs, se voyaient refuser l’acc√®s non seulement aux services et installations mais aussi √ pratiquement toutes les plages du pays et dans certaines zones r√©serv√©es de la capitale et dans d’autres villes. C’est la R√©volution qui a √©radiqu√© ce genre de discrimination honteuse, comme l’a si bien dit le po√®te Nicol√°s Guill√©n dans un de ses po√®mes les plus populaires.

Jamais auparavant il n’y a eu autant de Cubains modestes, de travailleurs,
ayant acc√®s aux m√™mes installations et services (les h√ītels) que les
touristes √©trangers. Ces derniers payent en dollars ou en euros tandis que les Cubains paient en pesos (monnaie locale - N.d.T.). Chaque ann√©e des dizaines de milliers de Cubains en profitent dans le cadre de r√©compenses pour leur travail ; ils sont choisis pour la qualit√© de leur travail par des groupes de travailleurs. Si nous ne permettions pas √ ces Cubains r√©compens√©s d’utiliser ces services - qui ne sont pas illimit√©s - et qu’√ la place nous permettions aux Cubains qui re√ßoivent des dollars de l’√©tranger d’utiliser les m√™mes services que les √©trangers, alors l√ oui nous ferions un retour en arri√®re vers une v√©ritable discrimination qui exclurait la plupart des Cubains pour des raisons financi√®res ou raciales. Ce genre de discrimination est finie, et bien finie.

Un autre sujet qui pr√©occupe le peuple cubain et de nombreuses personnes dans le monde est celui des cinq Cubains emprisonn√©s aux √‰tats-Unis, accus√©s d’espionnage par le gouvernement √©tats-unien. Quels √©taient leurs r√īles aux √‰tats-Unis ?

Ils combattaient le terrorisme. Ils accomplissaient une mission très
d√©licate et courageuse : infiltrer les groupes terroristes de Miami afin
d’obtenir des informations sur leurs projets et aider ainsi Cuba √ pr√©venir leurs crimes. Leurs accusateurs et le bureau du State Attorney de la
Floride du sud ont tous reconnu oralement et par √©crit que c’√©tait bien l√ 
leur mission. Au cours du proc√®s, le m√™me bureau du State Attorney a tent√© d’emp√™cher la pr√©sentation de t√©moignagesou de preuves sur les activit√©s terroristes qui avaient √©t√© r√©v√©l√©es et a menac√© plusieurs t√©moins au cas o√Ļ ces derniers r√©v√©leraient quelque chose sur ces activit√©s.

La Cour a m√™me impos√© une sanction suppl√©mentaire qui dit litt√©ralement qu’ "il est interdit aux accus√©s de se rendre sur les lieux fr√©quent√©s par les
individus ou groupes terroristes"
. Il est tellement important pour le gouvernement de prot√©ger ses terroristes qu’il est all√© jusqu’√ "frapper
d’incapacit√©" quelqu’un qui pourrait se retrouver emprisonn√©dans un
quartier de haute-sécuritépour le reste de sa vie, plus dix ans.

Toute cette histoire "d’espionnage" est un exemple des vices en cours et de la manipulation m√©diatique. Ce qu’on appelle "la presse" √ Miami les a
accus√©s d’√™tre des "espions", la m√™me presse qui publie √ longueur de pages les d√©clarations d’individus qui ont un lourd pass√© d’activit√©s terroristes et qui se prom√®nent librement dans les rues de cette ville. Les procureurs sont all√©s encore plus loin et les ont accus√©s de tenter de "d√©truire les √‰tats-Unis", rien de moins, et les ont compar√©s √ ceux qui ont attaqu√© Pearl Harbor.

Pourtant, le Pentagone a déclaré dans une note officielle que les accusés
n’avaient jamais mis en danger la s√©curit√© des √‰tats-Unis et de nombreux
t√©moins, des g√©n√©raux √ la retraite et des amiraux, et m√™me de hauts
officiels qui ont t√©moign√© en tant qu’experts du gouvernement, ont d√©clar√© sous serment qu’il n’y avait pas eu d’activit√© d’espionnage.

Quelles ont √©t√© les irr√©gularit√©s dans le proc√®s des cinq Cubains ? O√Ļ en est ce proc√®s ?

La liste des irr√©gularit√©s est longue. Je vais tenter d’en faire un r√©sum√© :

— il a √©t√© refus√© aux accus√©s quelque chose qui est accord√© tous les jours √ n’importe qui, √ savoir le droit de d√©placer le lieu du proc√®s √ l’√©cart de
l’ambiance hostile et pr√©judiciable de Miami. La d√©fense a demand√© que le
proc√®s se tienne √ Fort Lauderdale, qui n’est qu’√ une demi-heure de Miami et qui se trouve dans la m√™me circonscription, mais cela a √©t√© refus√©.

— il y a eu une manipulation des preuves et des restrictions s√©v√®res ont √©t√© impos√©es aux accus√©s pour leurs contacts avec leurs avocats, et ces derniers demandent toujours le droit de consulter environ 80% des "preuves".

— trois des camarades ont √©t√© jug√©s coupables d’espionnage sur la base d’une seule pi√®ce vers√©e au dossier et ce malgr√© les t√©moignages des militaires et des experts que j’ai d√©j√ mentionn√©s. Il est difficile de trouver un seul pr√©c√©dent o√Ļ quelqu’un ait √©t√© condamn√© pour espionnage sans aucune mention d’au moins un document, information ou publication secret qui aurait √©t√© vis√©.

— un d’entre eux a √©t√© accus√© de meurtre avec pr√©m√©ditation et de tra√ģtrise, sans la moindre preuve qu’il ait commis l’acte (le 24 f√©vrier 1996, des avions ayant viol√© l’espace a√©rien cubain avaient √©t√© abattus), ni m√™me qu’il y ait particip√© de quelque mani√®re que ce soit. Et pour combler le tout, le procureur a reconnu qu’il ne pouvait pas prouver cette accusation et que cela constituait "un obstacle insurmontable". A la derni√®re minute il a demand√© l’autorisation de modifier l’acte d’accusation, ce qui fut refus√©. Malgr√© cela, Gerardo fut jug√© coupable par un jury de Miami.

— il y a eu un nombre incalculable de violations en ce qui concerne le
traitement des d√©tenus et prisonniers. Je me contenterais de rappeler qu’ils ont √©t√© maintenus en isolement total, dans le soi-disant "trou", depuis le jour de leur arrestation et pendant 17 mois. Ils y ont √©t√© renvoy√©s ensuite une fois de plus. La violation la plus r√©cente a dur√© un mois, au moment pr√©cis o√Ļ ils pr√©paraient leurs dossiers pour faire appel, et on leur interdisait d’entrer en contact avec leurs avocats.

— le gouvernement √©tats-unien a eu un comportement ill√©gal. A part tout ce que je viens de mentionner, le Procureur a agit d’une mani√®re malhonn√™te et d√©lictueuse en ce qui concerne la demande faite par les accus√©s de d√©placer le proc√®s en dehors de Miami. A cette √©poque, qui co√Įncidait avec les troubles et les violences autour de l’enl√®vement du petit Elian Gonzalez, il a √©t√© d√©cid√© que le proc√®s de repr√©sentants de la R√©volution cubaine pouvait se d√©rouler d’une mani√®re honn√™te et objective √ Miami. Un an plus tard, le m√™me procureur a d√©clar√© qu’il √©tait "virtuellement impossible" √ Miami de juger quoi que ce soit en relation avec Cuba, alors qu’il √©tait lui-m√™me accus√© dans une affaire administrative qui n’avait qu’un rapport indirect avec notre pays.

L’affaire est d√©sormais devant la 11e chambre d’appel d’Atlanta. Les
documents requis ont d√©j√ √©t√© pr√©sent√©s. La d√©fense a demand√© une audience devant la cour, que le procureur estime inutile.

Du point de vue juridique, tout d√©pend de la Cour d’Appel d’Atlanta. Un
jugement devrait √™tre prononc√© l’ann√©e prochaine.

Source : Rebeli√≥n (http://www.rebelion.org/), 6 d√©cembre 2003.

Traduction : Cuba Solidarity Project.

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