Des documents déclassifiés apportent les preuves
Du financement de l’opposition vénézuélienne par les Etats-Unis
par Eva Golinger Moncada
Article publi le 17 février 2004

Dans son émission hebdomadaire en direct  la radio et  la télévision, « Aló Presidente  », le chef de l’‰tat vénézuélien, Hugo Chávez, a annoncé que son administration avait obtenu la preuve que le gouvernement des ‰tats-Unis avait directement financé au Venezuela de virulents groupes d’opposition cherchant  l’évincer.

Le Président Chávez a déclaré que la preuve du financement par les ‰tats-Unis de groupes travaillant  déstabiliser et abattre son gouvernement  l’aide de moyens anticonstitutionnels « circule actuellement sur Internet.  » Plus spécifiquement, Chávez a confirmé l’existence de documents indiquant que le groupe d’opposition Súmate a reçu 53.400 dollars US du la National Endowment for Democracy (NED), la Fondation Nationale pour la Démocratie. C’est juste une partie des plus de 800.000 dollars distribués  diverses organisations anti-Chávez au cours des deux dernières années.

La preuve  laquelle se réfère le leader vénézuélien a été mise  la disposition du public via le World Wide Web sur le nouveau site http://www.venezuelafoia.info/. Ce site, créé par une organisation privée  but non lucratif établie aux ‰tats-Unis, le Venezuela Solidarity Committee (Comité de Solidarité avec le Venezuela), contient des centaines de documents mettant en évidence les aides financières de plusieurs départements du gouvernement états-unien accordés aux groupes d’opposition vénézuéliens. Les documents de Venezuelafoia.info ont été obtenus grâce au Freedom of Information Act (Loi sur la liberté de l’information, « FOIA  » ) par le journaliste d’investigation vétéran Jeremy Bigwood, un expert dans les requêtes de ce type. Cette loi permet aux citoyens de demander formellement l’accès aux documents classifiés du gouvernement états-unien appartenant  différents départements et agences. Chaque agence gouvernementale analyse alors les documents et décide si elle peut ou non les remettre au demandeur. De tels documents sont souvent publiés, mais certaines phrases, certains noms, ou des pages entières peuvent être biffés au marqueur si l’on considère qu’il y va de l’intérêt de la « sécurité nationale  ».

Comment l’on a utilisé le Freedom of Information Act (FOIA)

Le FOIA a été utilisé pour révéler l’implication du gouvernement états-unien dans le coup d’Etat de 1973 contre le Président Salvador Allende, ainsi que dans beaucoup d’autres guerres et interventions secrètes des ‰tats-Unis dans le monde entier. Cette loi a été également utilisée par des citoyens états-uniens pour révéler les actions brutales du Federal Bureau of Investigation (FBI), l’agence de renseignements intérieurs du gouvernement états-unien, qui a détruit entièrement des mouvements sociaux dans les années 1960 et 1970, comme le American Indian Movement et le Black Panthers Party. Une fois révélées les tactiques intrusives, agressives et anticonstitutionnelles du COINTELPRO (Counter Intelligence Program - Programme de Contre-Renseignement) de l’ancien chef du FBI J. Edgar Hoover, un tollé public avait forcé le Congrès  suspendre le programme en refusant de le financer.

De l’argent pour révoquer Chávez

Les documents découverts grâce aux requêtes Bigwood révèlent un modèle cohérent de versement de fonds par diverses agences et entités états-unienne, comme le Département d’‰tat et la National Endowment for Democracy,  plusieurs groupes anti-Chávez connus au Venezuela. L’un de ces groupes, Súmate, a reçu 53.000 dollars pour l’ « ‰ducation électorale  » pendant la période de septembre 2003  septembre 2004. Les fonds ont été attribués  Súmate, conformément  la subvention du NED, pour « former des citoyens au processus électoral dans tout le Venezuela et promouvoir leur participation  un référendum révocatoire.  » Súmate est l’organisation qui a dirigé une campagne de référendum illégale en février 2003 qui voulait faire démissioner le Président Chávez avant le milieu de son mandat, ce que la loi vénézuélienne n’autorise pas. Súmate prétendait avoir collecté « 27 millions de signatures en un jour  », [1] mais on a découvert plus tard qu’une majorité de ces signatures avait été réunie par des moyens frauduleux, et même photocopiés  partir d’enregistrements bancaires et de reçus de cartes de crédit.

Parmi les autres groupes financés par la NED et le Département d’‰tat qui sont mentionnés par Venezuelafoia.info, on trouve des groupes liés  Primero Justicia, un parti de droite ouvertement anti-Chávez qui a encouragé des mesures antidémocratiques pour évincer le leader vénézuélien. Bien qu’ils aient reconnu avoir eu tort de participer au coup d’Etat d’avril 2002 et au lock-out de décembre 2002, Primero Justicia refuse  présent d’accepter toute décision qui ne leur serait pas favorable du Conseil national électoral sur la possibilité d’un référendum révocatoire contre Chávez.

Une relation continue et intime entre les ‰tats-Unis et l’opposition

Venezuelafoia.info contient des pages et des pages de notes internes et de communications par courrier électronique entre la NED et le Département d’‰tat et entre la NED et divers groupes d’opposition vénézuéliens. Ces communications mettent en évidence une relation intime et continue entre les parties qui montre le profond soutien du gouvernement états-unien  ces groupes. De nombreuses communications par courrier électronique entre Chris Sabatini, Directeur principal du Programme pour le Département ’Amérique latine et Caraïbes’ de la NED, et les divers bienfaiteurs de la NED au Venezuela, expriment son inquiétude pour les développements politiques au Venezuela et le renforcement de son soutien aux bénéficiaires des subventions.

Une note entre le Département d’‰tat et la NED révèle une attribution supplémentaire d’un million de dollars en avril 2002, juste après l’échec du coup d’Etat contre le Président Chávez. Les principaux bénéficiaires sont the International Republican Institute, the National Democratic Institute for International Affairs, the American Center for International Labor Solidarity et the Center for International Private Enterprise. Les petits bénéficiaires comprennent entre autres Acción Campesina, Asociación Civil Asamblea de Educación, Fundación Momento de la Gente, Instituto Prensa y Sociedad, Asociación Civil Liderazgo y Visión et Asociación Civil Consorcio Justicia.

Comment les groupes utilisent les fonds

Acción Campesina (« Action Paysanne  ») a reçu en tout plus de 80.000 dollars US en 2002 et 2003 pour déployer des efforts afin d’empêcher le vote et la mise en “uvre de la nouvelle réforme agraire. Le groupe Asamblea de Educación (« Assemblée sur l’Education  ») a reçu environ 57.000 dollars US pour contrôler et distribuer des informations sur des questions de politique d’éducation, un objectif respectable. Pourtant, le directeur de cette association a été nommé ministre de l’Education sous le bref régime dictatorial de Pedro Carmona mis en place après le coup d’Etat d’avril 2002. L’implication possible du gouvernement états-unien dans le coup d’Etat a été documentée par Newsweek, le New York Times et d’autres médias importants.

Le président de Asamblea de Educación, Leonardo Carvajal, a confirmé lundi avoir reçu une « aide internationale  », mais il a déclaré que l’aide avait été supprimée il y a six mois. Il a déclaré que son groupe était une organisation non partisane, mais  l’époque de ses déclarations il se trouvait pourtant au quartier général de la coalition d’opposition, la Coordinadora Democratica, Coordination Démocratique.

Suivant cette ligne, le American Center for International Labor Solidarity, Centre américain pour la Solidarité internationale des Travailleurs, a fait don de plusieurs centaines de milliers de dollars  la Confederación de Trabajadores de Venezuela, Confédération des Travailleurs du Venezuela (CTV), le syndicat corrompu et pro-patronat qui a participé au coup d’Etat contre le Président Chávez en avril 2002 et plus tard a co-dirigé avec la chambre de commerce nationale Fedecámaras le lock-out dévastateur de 64 jours, de décembre 2002  février 2003, qui a fait perdre au pays 10 milliards de dollars.

Les autres bénéficiaires majeurs des subventions, comme le Center for International Private Enterprise, Centre pour l’Entreprise privée internationale, qui a reçu plus de 200.000 dollars US l’année dernière pour ses activités au Venezuela, et le International Republican Institute, Institut républicain international, qui a perçu presque 300.000 dollars US pour son travail pendant les deux dernières années au Venezuela, ont investi leur aide financière dans le soutien  Fedecámaras, le syndicat patronalradical  la tête du mouvement d’opposition, et dans le développement et le renforcement des partis politiques pour s’opposer avec succès  Chávez lors des élections futures.

La timide réponse du gouvernement des Etats-Unis

Après que le Président Chávez a mis en lumière ce dimanche les documents récemment déclassifiés, l’administration Bush a répondu dès lundi matin lors du briefing quotidien du Département d’‰tat. Le porte-parole Richard Boucher n’a pas nié le financement d’organisations vénézuéliennes et il a admis que la NED a alloué des subventions  des groupes qui « promeuvent la démocratie et renforcent la société civile au Venezuela.  » Il a également prétendu que de tels financements cadraient clairement avec la politique états-unienne de « renforcer les institutions démocratiques partout dans le monde.  » Cependant, Boucher a seulement mentionné le financement par son gouvernement de deux groupes, le International Republican Institute et le National Democratic Institute for International Affairs, mais il a manqué de mentionner les plus de 800.000 dollars US qui ont été versés  des groupes spécifiques d’opposition du Venezuela par l’intermédiaire de ces deux instituts et d’autres encore.

Boucher n’a pas non plus expliqué comment ces fonds aidaient  la promotion de la démocratie vu qu’une majorité des bénéficiaires des subventions ont soutenu et participé  deux tentatives anticonstitutionnelles pour faire chuter le Président Chávez. Boucher n’a pas non plus expliqué pourquoi des groupes comme Súmate, qui a utilisé la fraude pour atteindre ses buts électoraux, aurait reçu des fonds destinés  « promouvoir la démocratie.  »

Boucher a ajouté que des groupes pro-gouvernementaux avaient reçu des fonds état-uniens dans le passé et que cette aide était également  leur disposition.

Notes :

[1Note du traducteur : en effet, un des leaders de l’opposition avait annoncé un tel chiffre, supérieur d’ailleurs au total de la population vénézuélienne. Mais la plupart des membres de l’opposition au gouvernement Chávez parlaient, eux, de 3  4 millions de signatures collectées illégalement.

Source : Venezuelanalysis.com (->http://www.venezuelanalysis.com/]), 10 février 2004.

Traduction : Hapifil, pour le RISAL.

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