Le populisme radical, une nouvelle menace en Amérique latine selon le Pentagone
par Jim Cason , David Brooks
Article publié le 30 mars 2004

Selon le Pentagone, une nouvelle menace surgit en Amérique latine : « le populisme radical ».

En plus des menaces traditionnelles toujours mentionnées dans les évaluations sur la sécurité hémisphérique, comme le terrorisme, la corruption et le crime organisé, le Pentagone a détecté une menace tout aussi préoccupante. « Ces menaces traditionnelles se complètent maintenant par une menace émergente que l’on définit mieux comme un populisme radical, qui sape le processus démocratique en réduisant, au lieu d’augmenter, les droits individuels », a déclaré cette semaine le général James T. Hill, chef du Commando Sud des Etats-Unis.

La semaine dernière, évaluant dans ses déclarations l’état de sécurité de l’hémisphère devant le Comité des Forces armées de la Chambre des représentants, le général Hill a averti que « certains dirigeants de la région exploitent les frustrations profondes issues de l’échec des réformes démocratiques visant à procurer les biens et les services espérés. En exploitant ces frustrations, lesquelles se manifestent conjointement aux frustrations causées par l’inégalité sociale et économique, les dirigeants parviennent en même temps à renforcer leurs positions radicales en alimentant le sentiment anti-étasunien. De plus, d’autres acteurs cherchent à miner les intérêts étasuniens dans la région en appuyant ces mouvements ».

Il a cité les exemples d’Haïti, du Venezuela et de la Bolivie, où des dirigeants « radicaux » ont favorisé un sentiment anti-étasunien et cherchent en même temps à exploiter le contexte fragile de leurs pays pour favoriser et renforcer leur pouvoir. Il a signalé également que « la crise économique argentine a suscité de nombreuses mises en question de la validité des réformes néolibérales, comme cela s’est manifesté dans le Consensus de Buenos Aires signé en octobre dernier par le président argentin Néstor Kirchner et le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, déclaration qui a mis l’accent sur le ‘respect des pays pauvres’ ».

Hill avertit que les menaces traditionnelles jointes à cette menace émergente se nourrissent d’un contexte dans lequel « des Etats de la région en général sont affaiblis par de fragiles institutions et des économies en difficulté. Ce faible contrôle de l’Etat peut rendre des espaces et des peuples ingouvernables ou mal gouvernés, et engendrer de la corruption et du clientélisme ».

Le général Hill, chef suprême des Forces armées étasuniennes en Amérique latine, a ajouté que « les militaires avec lesquels nous travaillons dans ce domaine de responsabilité ressentent le poids des menaces et de la faiblesse des gouvernements, mais ils ont dans une grande mesure soutenu leurs constitutions respectives, ils sont demeurés professionnels, et ils ont respecté les droits humains ». Cependant, il a informé le Congrès que les militaires latino-américains « resteront sous la pression croissante de ces facteurs de stress dans les prochaines années ».

Mais le général n’a pas proposé d’options pour résoudre ces problèmes, ni suggéré de changement dans les politiques économiques et sociales qui nourrissent ces nouvelles « menaces ». Sa seule recette est que « nous devons maintenir et étendre nos contacts de militaire à militaire, de façon à institutionnaliser irrévocablement le caractère institutionnel des forces militaires avec lesquels nous avons travaillé si étroitement ces dernières décennies ».

La seule réponse qui s’offre pour affronter les facteurs d’instabilité sociale, selon Hill, est d’aider les efforts des pays alliés à « aborder ces menaces et les facteurs structuraux qui les sous-tendent au moyen d’une coopération consistante et patiente ».

Hill a alerté les législateurs que, selon l’Organisation mondiale de la santé, l’Amérique latine est la région la plus violente de la planète en termes d’homicides par habitant. Ceci résulte en partie du manque de sécurité publique, de la corruption et des activités illicites, mais provient aussi des problèmes socio-économiques, a-t-il suggéré.

De la surgit aussi la nouvelle menace du « populisme radical », a-t-il ajouté. Selon lui, « le populisme en soi n’est pas une menace. La menace surgit plutôt quand il se radicalise sous l’influence d’un dirigeant qui utilise de plus en plus sa position et l’appui d’un segment de la population pour enfreindre graduellement les droits de tous les citoyens », tendance qui, toujours selon lui, conduit à dégrader la démocratie et à concentrer « le pouvoir dans les mains de quelques-uns au lieu de garantir les droits individuels d’un grand nombre ».

Développant ce point, il a signalé que « le sentiment anti-étasunien a été utilisé pour renforcer les positions des dirigeants radicaux qui cherchent à détourner l’attention de la population sur leurs propres limites », et il a déclaré que ce sentiment « préoccupe aussi nos nations alliées », car leurs dirigeants élus se voient obligés de prêter attention aux revendications de leurs bases.

La zone, sous surveillance

Hill considère que ces tendances dans la région « dessinent un tableau négatif sous de nombreux aspects » et doivent être observées attentivement. « Nous resterons vigilants », a-t-il affirmé.

Il conclut qu’en dépit de quelques succès dans la région, on n’a pas suffisamment agi pour limiter « l’accroissement du populisme radical et l’insatisfaction populaire dans certains pays où les réformes visant à résoudre les injustices sociales et économiques fondamentales ont échoué ». Il a signalé que « nous continuerons à travailler pour améliorer les capacités aussi bien que le professionnalisme des militaires chez nos alliés, pour qu’ils puissent maintenir leur propre sécurité et aider à combattre les menaces transnationales communes ».

Source : La Jornada (http://www.jornada.unam.mx/), 29 mars 2004.

Traduction : Hapifil, pour RISAL.

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