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http://www.risal.info/spip.php?article1123

Crise en Colombie : conséquences pour les populations indigènes
par Jean E. Jackson
22 septembre 2004

La Colombie vient de vivre une mobilisation historique de ses peuples indigènes. La semaine dernière, plus de 50.000 indigènes ont marché vers la ville de Cali, sur la route Panaméricaine, le grand axe qui relie la Colombie à l’Équateur. Sous les drapeaux des différentes ethnies et suivie de camions charriant des tonnes de nourriture, l’immense colonne a défilé pour exiger le respect de son droit « à la vie et à l’autonomie », pour dénoncer la violence dont ils sont victimes et condamner la politique néo-libérale du gouvernement d’Alvaro Uribe qui négocie actuellement un traité de libre échange avec les Etats-Unis.

A l’occasion de cette mobilisation, nous publions une analyse du professeur d’anthropologie étasunien Jean E. Jackson sur les conséquences du conflit armé interne sur la vie des peuples indigènes colombiens. Si certains aspects de cette étude peuvent être sujets à débat [1], ce document offre néanmoins un bon panorama de la difficile situation dans laquelle survivent ces populations civiles. (ndlr)

La Colombie s’enfonce dans un abîme de violence qui gagne chaque jour un peu plus en atrocité. [2] Ce document se propose d’étudier l’impact de 38 ans de conflit sur les peuples indigènes du pays qui représentent environ 2 % des quelque 44 millions de Colombiens, constituent 84 communautés ethniques (pueblos), et parlent 64 dialectes différents. [3]

L’horreur sous toutes ses formes semble être le lot de chaque guerre civile, mais ce qui est particulièrement terrible dans le cas présent de la Colombie, c’est la forte proportion de civils tués, déplacés de force ou soumis en permanence à des menaces dirigées contre eux, contre leur famille ou leur moyen de subsistance. Derrière une apparente lutte de l’Etat colombien contre des groupes insurrectionnels de guérilla désireux de renverser le gouvernement et de le remplacer par un régime à tendance marxiste, se cache en réalité un conflit beaucoup plus complexe.

Les abus de violence dont sont victimes les pueblos tiennent à trois facteurs. D’abord, la plupart des communautés vivent en zones rurales et jusqu’à présent, il s’agit précisément d’une révolte à dominante rurale. [4] D’autre part, de nombreux pueblos vivent dans les zones de conflit les plus exposées. Enfin, près de 80 % des ressources minières et énergétiques du pays (eau, minerais, pétrole, biodiversité) sont concentrées sur les 27 % du territoire national détenus en propriété commune inaliénable par les peuples indigènes colombiens. [5] Ces ressources naturelles constituent un intérêt stratégique et font l’objet de nombreuses convoitises (capitaux internationaux, gouvernement, combattants), ce qui explique pourquoi tant de pueblos se trouvent constamment pris sous les feux croisés. [6]

Les communautés indigènes sont la cible de tous les groupes armés : les militaires (l’Armée et la Police), les paramilitaires (les AUC, Autodefensas de Colombia - Milices d’Autodéfense Unies de Colombie [7]), et les guérillas (les FARC, Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia - Forces armées révolutionnaires de Colombie, et l’ELN, Ejército de Liberación Nacional - Armée de libération nationale). [8] L’élection d’Alvaro Uribe en 2002, candidat du troisième parti du pays et ancien sénateur et gouverneur de forte tradition conservatrice, traduit bien le renouveau auquel le pays aspirait après la rupture des pourparlers avec les FARC en février 2002 et la reprise par l’Armée d’une enclave démilitarisée de la taille de la Suisse cédée aux rebelles en 1998. La victoire d’Uribe semble indiquer que de plus en plus d’électeurs jugent bon de durcir la politique envers les groupes rebelles ou n’entrevoient du moins pas d’autre alternative au règlement du conflit. Pourtant, malgré les mesures engagées par Uribe dès sa prise de fonction en août 2002 pour renforcer la sécurité, [9] notamment la proclamation de l’état d’urgence limité (l’autorisant à contourner le Congrès et à légiférer par décret) et le renforcement des troupes militaires, les forces armées révolutionnaires et paramilitaires ont toutes deux vu leurs rangs grossir. L’ELN et les FARC (le groupe d’opposition le plus puissant et le plus riche dans toute l’histoire de l’Amérique latine) contrôlent au moins un quart du territoire national. L’effectif des paramilitaires, qui se sont rendus responsables des trois quarts des massacres, a augmenté de 560 % depuis 1996. De plus en plus de territoires échappent au contrôle de l’Etat et l’ordre public continue à se détériorer, donnant lieu à des degrés de violence absolument effrayants. La Colombie s’inscrit au premier rang mondial en termes d’assassinats et d’enlèvements ; le taux d’homicide est dix fois plus élevé qu’aux Etats-Unis et chaque jour, 1 000 citoyens viennent s’ajouter au nombre des personnes déplacées à l’intérieur du pays (IDP). En 2002, on a recensé 353 387 personnes déplacées, ce qui porte le nombre total d’IDP à plus de 2,7 millions sur les dix dernières années, soit environ 5 % de la population. [10] 95 % des crimes restent impunis. Chaque mois environ, un défenseur des droits de l’Homme est assassiné. [11] Au cours de l’année 2002, 148 syndicalistes ont été tués. [12] Autre indice de violence : le rapport du Christian Science Monitor qui parle de 160 000 hommes employés comme gardes du corps et agents privés de sécurité. Un nombre qui dépasse de loin celui des 60 000 soldats. [13]

Des centaines de dirigeants indigènes ont été tués sans qu’aucun des auteurs de ces crimes ne soit traduit en justice. [14] Au cours des vingt dernières années, le gouvernement a abandonné sa politique répressive à l’encontre des mouvements indigènes et a cessé d’assimiler opposition politique à subversion. Pourtant, bon nombre d’autorités locales en zones rurales continuent à penser que la situation géographique et la pauvreté des Indiens en font de réels ou de potentiels sympathisants des guérilleros et par conséquent des cibles toutes indiquées pour les mesures contre-insurrectionnelles. [15] D’après Armando Valbuena, le président de l’ONIC (Organización Nacional Indígena de Colombia - Organisation nationale indigène de Colombie), plus de 150 membres de communautés indigènes ont été tués entre janvier et septembre 2002. [16] Quelques exemples permettront de se faire une idée de la répression exercée. En 1994, 84 indiens de la communauté des Coreguay étaient assassinés par les FARC. [17] En 1996, une organisation établie par décret gouvernemental appelée CONVIVIR (Servicios de Vigilancia y Seguridad Privada - Services de surveillance et de sécurité privée) était impliquée dans la mort de trois chefs paez (ou nasa) au nord du département du Cauca. [18] Le 11 octobre 2002, Gonzalo Opocué, un Indien nasa vivant à Villa Garzón dans le département du Putumayo, était abattu par les paramilitaires des AUC pour ne pas leur avoir répondu - il était sourd et muet. Le 18 janvier 2003, des paramilitaires torturaient et assassinaient 4 chefs kuna. [19] La répression paramilitaire est vaste dans la Sierra Nevada de Santa Marta et Serranía de Perija : une délégation envoyée sur place en septembre 2002 faisait état du véritable contrôle exercé par les forces paramilitaires sur la vente des produits agricoles et le ravitaillement en marchandises des communautés indigènes. Certains secteurs sont le théâtre de massacres, de villages incendiés, d’activités militaires illégales, d’assassinats et de recrutements de la part des FARC. [20] Les communautés des Emberá-Katío dans le département de Córdoba souffrent énormément de la répression et des déplacements forcés de population. En octobre 2002, le bureau du Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme condamnait le déplacement d’environ un millier de personnes devant les menaces permanentes des guérillas et des groupes paramilitaires. [21]

Le conflit colombien trouve ses origines dans des oppositions qui ont émergé il y a plusieurs dizaines d’années sur fond de vieilles inégalités structurelles, de répression politique, de clientélisme et de corruption généralisés. D’après la Banque mondiale, la concentration des terres en Colombie est l’une des plus importantes du monde et continue toujours d’augmenter. [22] En 1990, la revue The Economist classait la Colombie parmi les cinq pays les plus corrompus du monde. [23] A la fin des années 80, le sentiment général que l’ordre social de l’époque était incapable de s’adapter aux changements sociaux a fait pression en faveur d’une réforme constitutionnelle qui a abouti à la signature d’une nouvelle Constitution en 1991. Avoir des relations au sein d’un parti politique était la seule et unique façon d’entrer au gouvernement, via un système bien ancré de parrainage. Tout autre chemin politique était quasiment voué à rester dans l’ombre ou à être accusé de subversion. [24]

Les conflits locaux s’articulaient alors autour des droits terriens et du droit d’organisation. Les deux groupes armés d’opposition actuels se veulent les représentants des opprimés du pays - les pauvres, les populations sans terre, etc. - or dans la plupart des régions, la guerre s’apparente aujourd’hui avant tout à une guerre de territoire. [25] Les chefs paramilitaires se sont personnellement enrichis grâce aux déplacements forcés de population qui leur ont permis de faire main basse sur plusieurs millions d’hectares. Si l’on en croit Adam Isacson, des statistiques citées à plusieurs reprises indiquent que 40 % des terres cultivables de Colombie sont actuellement sous le contrôle des trafiquants de drogue et des paramilitaires. [26] Pour reprendre les propos de Kimberly Theidon, on peut également qualifier le conflit de guerre de ressources stratégiques, de « guerre du pétrole » et de « guerre de corruption », cette dernière formule soulignant en l’occurrence les sommes d’argent colossales générées par le trafic illicite d’armes et de stupéfiants. [27] La production et la vente de cocaïne et d’héroïne profitent autant aux révolutionnaires qu’aux paramilitaires. Le pavot est principalement cultivé dans les vallées du Cauca, et la coca sur les terres du Putumayo ; ces deux départements se situent dans le sud du pays où vivent justement de nombreux pueblos indigènes. [28]

De toute évidence, le problème colombien se distingue donc clairement des autres campagnes révolutionnaires de gauche qui ont marqué l’histoire de l’Amérique latine. La fin de la guerre froide et les craintes du Congrès américain de voir les Etats-Unis s’enfoncer dans un « bourbier colombien » ont modifié la nature des interventions américaines en Colombie. Jusqu’à présent, ce n’est plus tant pour faire barrage au communisme que les Etats-Unis ont déployé leurs forces militaires en Colombie, mais exclusivement pour lutter contre les stupéfiants : 90 % de la cocaïne qui pénètre aux Etats-Unis provient en effet des plantations colombiennes de coca. Toutefois, la situation critique dans laquelle se trouvent les pueblos indigènes n’est pas sans rappeler celle des populations civiles du Guatemala, du Salvador et du Pérou, ces paysans pauvres qui s’étaient retrouvés en première ligne pendant les périodes d’extrême violence des années 80.

De vastes zones de territoire indigène sont occupées par les forces de la guérilla, les formations paramilitaires et les détachements militaires qui obligent les membres des communautés à leur servir de guides, d’informateurs ou à prendre les armes, en exerçant bien souvent des menaces sur leurs familles. [29] La rencontre de 1998 entre Francisco Rojas Birry, sénateur indigène, Abadio Green, alors président de l’ONIC, et Carlos Castaño, dirigeant des AUC, est assez révélatrice de la vulnérabilité des indigènes : l’ordre du jour prévoyait la négociation d’un cessez-le-feu de soixante jours dans les zones actives de combat de Córdoba et d’Urabá. [30] Dans certains cas, la répression exercée sur les pueblos vient de leur réticence à choisir un camp ou à cultiver la coca. Certains membres de communautés indiennes s’engagent volontairement dans les mouvements de guérilla et parfois même dans les formations paramilitaires - soit pour protéger leur famille dans les régions sous contrôle paramilitaire, soit contre la promesse d’un uniforme et d’un salaire. Le nombre de volontaires indigènes à rejoindre les guérillas est difficile à évaluer. Si la grande majorité des Colombiens fait peu de cas de l’autorité morale ou de la crédibilité idéologique dont se targuent les rebelles (les considérant au contraire comme des kidnappeurs, des assassins et des extorqueurs), on peut facilement comprendre que de jeunes gens vivant dans les zones rurales martelées par les combats, hommes et femmes confondus, Indiens ou non-Indiens, soient séduits par le discours d’organisations telles que les FARC.

Cultures illicites

Dans de nombreuses régions, le trafic de drogue menace sérieusement l’existence des peuples indigènes. Les cultures illicites sont pratiquées aussi bien sur les hauts plateaux andins que dans la forêt tropicale ou dans les plaines, par choix ou par obligation. Dans les deux cas, l’économie de subsistance traditionnelle et l’ordre social sont sérieusement touchés : outre les conflits familiaux, les problèmes de santé et les sanctions judiciaires encourues, les fumigations aériennes des plantations de coca et de pavot qui entrent dans le cadre du Plan Colombie présentent un vrai risque sanitaire pour les membres des communautés indigènes et menacent d’anéantir leur moyen de subsistance. [31] Sur le papier, ce programme d’assistance américain adopté dans la législation par le président Clinton le 13 juillet 2000 vise à éradiquer la production de stupéfiants et à permettre à l’économie du pays de se restructurer, en assurant notamment des avantages économiques et sociaux aux régions productrices de coca et de pavot. Dans sa volonté de lutter contre les drogues illicites, Washington a déjà débloqué ou demandé une aide de près de 2 milliards de dollars en faveur de la Colombie. L’épandage aérien d’herbicides, susceptible de ravager les cultures de subsistance et de tuer en grande partie le gibier et le poisson, crée une situation particulièrement inquiétante puisque de nombreuses communautés ont été contraintes d’abandonner leurs terres et de fuir vers les zones urbaines ou le pays voisin, l’Equateur. [32] Les Etats-Unis prétendent que les produits chimiques ne sont pas nocifs, mais de nombreux éléments peuvent établir la preuve du contraire. [33] Les Indiens kofán vivant dans le Putumayo, l’une des zones les plus abondamment traitées, ont considérablement souffert de cette mesure. Le 10 juillet 2002, l’OZIP (Organización Zonal Indígena del Putumayo - Organisation régionale des indigènes du Putumayo), représentant 13 pueblos, s’est plainte du fait que les mesures de lutte antidrogue ne faisaient pas assez la différence entre les exploitations industrielles et les petites cultures de subsistance, et que les accords d’éradication manuelle signés entre le gouvernement et quelques paysans n’étaient pas respectés. Le programme de fumigation allié au fait que le département du Putumayo est en passe de devenir l’une des régions les plus meurtrières de la planète, inspire ce commentaire à Klaus Nyholm, du Programme des Nations Unies pour le Contrôle international des Drogues : « Les fumigations ont bel et bien un effet, mais nous maintenons qu’il s’agit d’un effet migratoire. » [34] Les Etats-Unis ont beau affirmer que seules les grandes exploitations de coca sont visées, les rapports publiés par les délégations dépêchées dans la région mentionnent de nombreux dégâts sur des plantations de seulement 1 à 3 hectares. Les conclusions du « Rapport sur les questions liées à l’éradication aérienne des cultures illicites de coca en Colombie », publié par le Département d’Etat américain en septembre 2002, [35] ont soulevé des contestations de la part de différentes ONG militant pour la protection de l’environnement et pour les droits de l’Homme. L’avis de l’AAA (American Anthropological Association) transmis au Congrès au mois d’octobre [36] soutenait que le rapport n’avait pas examiné l’ensemble des effets nuisibles à la santé imputables aux fumigations, comme ceux qui sont directement liés à la diminution des réserves alimentaires et au déplacement de populations. De même, le rapport ne mentionnait pas le moindre préjudice social ou culturel porté aux peuples indigènes de la région (les Kofán, Andoke, Awa anciennement appelés Kwaiker, Embera, Inga, Kamsá, Nasa, Siona et Witoto) qui représentent une proportion considérable de la population du Putumayo. Etant donné la grande richesse culturelle qu’offrent ces communautés et leur position historique, culturelle et socio-économique unique au sein de la nation colombienne, le moindre impact susceptible de mettre en danger le maintien de leur culture et de porter atteinte à la structure même de la société communautaire indigène doit être pris en considération dans son ensemble au travers d’analyses portant sur les possibles « préjudices humains ».

La diminution avérée des réserves alimentaires est un préjudice incontestable. Bien que le Département d’Etat affirme que les dégâts sur les cultures vivrières licites restent minimes (notons d’ailleurs que la loi colombienne autorise la fumigation des cultures vivrières lorsque celles-ci sont entremêlées de plants de coca), l’étude menée par l’EPA (Environmental Protection Agency - Agence américaine de Protection de l’Environnement) parue l’été dernier émet l’hypothèse que les produits d’épandage sont déviés par le vent jusqu’à 180 m environ de la zone traitée et peuvent ainsi causer de sérieux dégâts sur des végétations avoisinantes non visées. [37] Le risque de contamination des cultures vivrières adjacentes ou proches est donc évident. Bien que le Département d’Etat réfute tout dommage collatéral majeur lié à la déviation des produits d’épandage, bon nombre d’éléments récents prouvant l’existence de dégâts sur des cultures licites et des pâturages indigènes ont été rassemblés. Certains ont été fournis par le bureau du médiateur colombien en septembre 2002, [38] d’autres émanent d’un grand nombre de communautés de la région. [39]

L’avis de l’American Antropological Association indique que les paysans indigènes du Putumayo pratiquent une agriculture de subsistance et n’ont, dans le meilleur des cas, que peu de ressources pour acheter des réserves alimentaires supplémentaires. Leur liberté de mouvement pour aller se ravitailler ailleurs en nourriture et en gibier est limitée par la présence de groupes armés qui encerclent de nombreuses communautés. Outre le risque de graves problèmes de malnutrition chez des populations déjà fragiles, le cycle de la production agricole est si étroitement lié aux pratiques rituelles et cosmologiques des indigènes que son interruption par les traitements aériens empêche également ces pueblos de pratiquer pleinement leurs modes de vie. Nous sommes en possession de nombreuses preuves confirmant qu’un grand nombre de familles, voire des communautés entières, fuient les zones fumigées pour rejoindre le Brésil et l’Equateur.

Les Indiens des forêts tropicales ne sont pas les seules victimes des mesures d’épandage. Des puebloscommelesNasa, les Guambiano et les Kokonuko, vivant plus en altitude dans les départements du Cauca et du Nariño, sont eux aussi exposés aux fumigations dans les zones concernées par l’éradication du pavot à opium. Ces peuples font également l’objet de menaces - parfois mises à exécution - lorsque rebelles et paramilitaires se disputent leurs terres. [40]

Cela fait des centaines d’années que tous ces pueblos habitent leurs terres, comme le rappelle l’AAA. Les chasser revient à compromettre sérieusement leurs chances de survieentant que groupe ethno-culturel. La culture indigène est indissociable de son territoire. La terre constitue non seulement le moyen de subsistance, mais elle symbolise aussi les origines ancestrales, un espace sacré, lieu de rituels et autres pratiques. Certaines caractéristiques du paysage sont d’une extrême importance. La perte du territoire signifie bien plus que la simple perte des ressources économiques. Lorsque terre et identité sont si inextricablement liées l’une à l’autre par des pratiques et des croyances cosmologiques, sociales, politiques et économiques, la perte du territoire entraîne la disparition de l’identité culturelle. Au-delà de l’importante rupture socio-économique qui résulte des migrations forcées - en gagnant les villes ou l’Equateur, ces populations déjà pauvres se destinent à une réalité bien sombre et à une misère encore plus profonde - c’est le maintien de leur spécificité et de leur autonomie culturelle qui est également sérieusement en jeu.

Dans certaines considérations finales du rapport de l’American Antropological Association concernant tout particulièrement les communautés indigènes touchées par le programme d’éradication aérienne, il est précisé que nombre d’entre elles utilisent en priorité les plantes médicinales pour se soigner et n’ont recours qu’en second lieu aux méthodes thérapeutiques occidentales. Or certaines communautés se plaignent que les fumigations détruisent des plantes médicinales et des plantes sacrées. Par ailleurs, de nombreux pueblos colombiens, notamment dans les plaines tropicales, consomment l’eau des rivières et des ruisseaux, s’y baignent, y lavent leurs vêtements et les familles qui possèdent un puits ne prennent bien souvent pas le soin de le recouvrir. Il est probable que les avions qui passent à vive allure jusqu’à 30 m du sol (pour les opérations de fumigation, les avions volent plus haut que la normale à cause des éventuels tirs au sol des groupes armés) [41] aspergent accidentellement ces réserves d’eau. Très peu de familles indigènes en Colombie possèdent un poste de radio, très peu par conséquent peuvent entendre les messages annonçant les dates des fumigations, sans compter que dans ces régions, beaucoup parlent principalement le dialecte indigène local et ne comprennent que partiellement les annonces faites en espagnol.

Des voix indigènes se sont élevées en signe de protestation au travers d’organisations locales, régionales et nationales qui critiquent violemment le programme de fumigation aérienne, parmi lesquelles l’ONIC (Organización Nacional Indígena de Colombia - Organisation nationale indigène de Colombie), l’OPIAC (Organización de los Pueblos Indígenas de la Amazonia Colombiana - Organisation des peuples indigènes de l’Amazonie colombienne), le CRIC (Consejo Regional de los Indígenas del Cauca - Conseil régional indigène du Cauca), et l’OZIP (Organización Zonal Indígena del Putumayo - Organisation régionale des indigènes du Putumayo). Ces organisations ont déjà proposé une éradication manuelle de la coca et un développement économique comme alternative à la fumigation. Comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, des centaines de communautés indigènes se sont engagées à arracher elles-mêmes leurs plants de coca. [42] Le directeur du PLANTE (Plan Nacional de Desarrollo Alternativo - Programme national de développement alternatif), [43] a annoncé le succès de l’opération, succès confirmé par des ONG de la société civile. [44] Toute la volonté dont font preuve ces pueblos pour protéger leurs cultures, leurs terres - en somme, leur devenir - témoigne clairement d’une grande capacité à s’engager dans des projets de développement économique alternatifs.

Ironie du sort, la campagne d’éradication est un échec. Dans les rues américaines, la cocaïne et l’héroïne s’échangent au même prix qu’il y a 10 ans, et la quantité de feuilles de coca cultivées en Amérique du Sud n’a pour ainsi dire pas diminué. [45] En février 2002, voyant que la production de coca avait continué à progresser malgré la fumigation de 38 000 hectares, le General Accounting Office suggérait de suspendre l’aide accordée à la Colombie. [46] En mars 2002, l’Office of Drug Control Policy de la Maison Blanche estimait que la culture de la coca avait augmenté de pas moins d’un tiers au cours de l’année 2001. [47] Nous sommes manifestement en présence du fameux « phénomène des vases communicants » : alors que la production de stupéfiants régresse sur un territoire donné où s’exerce la pression, la production globale reste constante pour la bonne et simple raison que la culture et la transformation de la drogue se font ailleurs. [48] Pour le cas présent de la Colombie, les filières production et transformation se déplacent vers les pays du sud : Pérou, Equateur [49] et Bolivie.

Autres problèmes

Les déplacements de populations indigènes à l’intérieur du pays constituent également un problème extrêmement préoccupant. Nous avons déjà évoqué la situation critique des Embera-Katío. Le Haut Commissaire des Nations Unies aux Réfugiés a récemment rapporté que 472 Indiens panaméens dont 324 enfants avaient fui après l’attaque de leurs villages par des paramilitaires colombiens. [50] Ce type de rapport n’est soumis au HCR que dans la mesure où une frontière a été franchie, mais la grande majorité des Indiens déplacés reste en territoire colombien. [51]

Un grand nombre de populations autochtones de par le pays sont confrontées chaque jour aux affres de la guerre. Les U’wa, qui vivent dans le nord-est de la Colombie à la frontière vénézuélienne, sont parmi les pueblos qui ont su le mieux conserver leur culture traditionnelle, adoptant un profil bas comme stratégie d’autopréservation. Cependant, leur résistance face aux essais intensifs pratiqués par la compagnie pétrolière Occidental Petroleum (Oxy) les a mis sur le devant de la scène internationale. Ils sont attaqués de toutes parts : d’abord par l’ELN et les FARC qui s’opposent aux forages pétroliers pratiqués par les transnationales, considérant qu’elles privent le pays de ses ressources naturelles. Bien qu’eux aussi contre les forages, les U’wa s’insurgent lorsque des membres de l’ELN font disparaître du haut d’une falaise des équipements appartenant à la compagnie Oxy. Des actions qui à leur sens ne font qu’envenimer le conflit. [52] Malgré l’engagement de Bogotá pour les protéger, les U’wa ne peuvent pas non plus compter sur le soutien du gouvernement, et ce pour une raison simple : lui aussi encourage la prospection pétrolière. Enfin, ils sont harcelés par les groupes paramilitaires. Les efforts de solidarité internationale se sont soldés par les meurtres de trois activistes américains pro-indigènes en visite sur le territoire u’wa en mars 1999, meurtres perpétrés par les FARC. Comme c’est le cas dans d’autres régions, la position de neutralité adoptée par les Indiens u’wa, leur refus d’ouvrir leurs terres aux différents acteurs du conflit, conduit les guérillas et les paramilitaires à penser qu’ils se rangent dans le camp adverse. La stratégie de défense des U’wa formulée en termes de morale, de religion et de préservation de la nature, suscite de remarquables élans de sympathie provenant des quatre coins de la planète. Selon des croyances auxquelles les U’wa restent très attachés, les forages constituent une offense à la relation sacrée qu’ils entretiennent avec la terre qu’ils appellent la Terre Mère. Ils glorifient l’harmonie qui unit la nature et les humains et considèrent la défense du territoire de leurs ancêtres comme la première des priorités s’ils veulent assurer leur survie en tant que peuple. Tout comme les organisations indigènes, les U’wa estiment que le Plan Colombie dessert leurs intérêts. « Ce que nous voyons dans le Plan Colombie, c’est une invasion pure et simple de la part des Etats-Unis » [53], selon le chef des U’wa Roberto Pérez.

Comme si la guerre et la position déjà extrêmement vulnérable des peuples indigènes de Colombie ne suffisaient pas, ils doivent encore subir les effets dévastateurs de la politique néo-libérale des années 90 qui, à l’instar de tous les autres pays indianisés d’Amérique du Sud à l’exception du Chili, a conduit à la crise économique la plus grave depuis plusieurs dizaines d’années. [54] Voulant à l’époque sortir le pays de la crise de la dette, le président César Gaviria (1990-1994) a suivi les recommandations des institutions financières internationales et des banques privées. Résultat : cela n’a fait qu’entraîner le pays dans un lent déclin économique et social dont il n’est toujours pas sorti aujourd’hui. [55] Le peso continue de chuter, affichant une dévaluation de 31 % par rapport au dollar américain au cours des 12 derniers mois. [56] Le taux de chômage global est actuellement de 22 % et atteint même 50 % dans les zones rurales. [57] Si les répercussions sur la vaste économie informelle du pays sont difficiles à évaluer, elles n’en sont pas moins lourdes. La Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes parle de 22 millions de Colombiens en situation de pauvreté (soit 54,9 %) et de 10,8 millions en situation d’extrême pauvreté (soit 27,6 %). [58]

Au cours des dix dernières années, la Banque interaméricaine de développement a encouragé la privatisation du secteur public. A partir de 1995, le gouvernement d’Ernesto Samper (1994-1998) a étendu cette politique, et en 1999, le président Andrés Pastrana a dû signer un accord avec le Fond monétaire international, le premier du genre pour la Colombie, marquant le début d’un plan de privatisations plus intensif, d’une austérité fiscale et d’une vague de licenciements massifs dans le secteur public. [59] Les décisions actuelles sur de futurs accords de libre-échange annoncent l’aggravation de ces effets et la suppression des avantages offerts par l’ATPA (Andean Trade Preferences Act - Loi de préférences commerciales pour la région andine).

Les réformes néo-libérales ne favorisent donc en rien les populations indiennes du pays. La décentralisation en tant que telle ne donne pas plus de poids à leur participation dans la société civile qu’elle ne l’augmente, et dans l’ensemble, l’adoption d’un modèle de gouvernement « minimaliste » dépendant beaucoup plus du secteur privé a finalement eu pour conséquence d’isoler de nombreuses communautés. Au mois d’octobre 2002 par exemple, des organisations indigènes et afro-colombiennes du département de Valle del Cauca se plaignaient de la fermeture de tous les bureaux locaux du ministère de l’intérieur, obligeant ainsi la population à se rendre à Bogotá pour toute démarche ou réclamation. [60] De plus, bien que la Colombie ait mis en place un « filet de sécurité » (Red de Solidaridad) destiné à soulager les secteurs les plus pauvres du poids des ajustements structurels, ce « filet » ne peut compenser les compressions d’effectif drastiques effectuées dans les services publics, qui ont particulièrement touché les populations indiennes de Colombie. D’autres mesures, comme la suppression des prix de soutien et des subventions dans le secteur agraire, ont gravement affecté les pueblos des hauts plateaux et des plaines. Un coup dur pour le secteur agricole : les produits d’importation en provenance des Etats-Unis comme le maïs, largement subventionnés (ce qui nous amène à repenser la notion de « libre-échange »), se vendent moins cher que les produits cultivés par les paysans colombiens, indigènes ou non, qui doivent augmenter leurs prix s’ils veulent réaliser des bénéfices. On comprend alors mieux pourquoi plusieurs dirigeants indigènes considèrent le Plan Colombie comme une arme militaire servant la politique économique répressive de Washington en Amérique Latine.

L’optimisme des premiers jours : l’adoption de la Constitution de 1991

La noirceur du tableau actuel offre un contraste flagrant avec l’optimisme qu’avaient suscité la rédaction et l’adoption de la nouvelle Constitution en 1991. Comme nous l’avons vu, la longue lutte des pueblos colombiens pour leurs droits terriens avait fini par leur donner gain de cause dans les années 70 et 80, non sans faire couler de sang. [61] La crise politique et morale engendrée par la lutte armée, l’intensification des violences alors que les propriétaires terriens et les forces de sécurité tentaient d’y mettre un terme, et la perte de crédibilité grandissante d’un Etat aux mains de l’oligarchie, ont mené, contre toute attente, à la formation d’une Assemblée constituante. La protection promise aux pueblos dans les réformes de fond de la nouvelle Constitution dépassait de loin tout ce qu’avait pu proposer jusqu’alors aucune des 17 constitutions adoptées en Amérique Latine au cours de la transition démocratique des années 80 et 90. Les pueblos ont ainsi obtenu une autonomie beaucoup plus large en matière de prise de décision sur les questions territoriales, de même que la garantie du respect des différences culturelles dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la religion. Ils ont également bénéficié d’un transfert du pouvoir judiciaire leur permettant de juger les conflits internes et d’engager des poursuites pénales conformément à leur droit coutumier respectif (« usos y costumbres »).

Le Congrès colombien de même que d’autres groupes d’intérêt puissants continuent pourtant à bloquer des réformes constitutionnelles déterminantes pour la démocratisation et la légitimation du système politique, mais de toute évidence, étant donné la crise permanente qui touche l’ordre public, peu de réformes auraient pu aboutir un jour. Comme nous le disions, les réformes néo-libérales n’ont fait qu’accroître la pauvreté dans un grand nombre de secteurs, tout particulièrement dans les régions rurales agricoles, et n’ont en aucun cas servi les intérêts des citoyens indigènes.

Les conséquences de la politique des Etats-Unis

Une chose est sûre, la politique américaine ne contribue pas à rétablir la paix. Au-delà du programme d’éradication des cultures illicites de drogue, le Plan Colombie et l’Initiative andine prévoient une aide destinée à restructurer l’économie du pays. Néanmoins, seuls 20 % du budget total sont affectés à ces programmes, et vu le haut degré de corruption que connaît la Colombie, il est pratiquement certain que l’argent n’arrivera que très tardivement, si tant est qu’il arrive. Les 80 % restants sont réservés à l’assistance militaire qui vise en fait à punir les violations graves et avérées des droits de l’Homme perpétrées en permanence par quelques factions de l’Armée régulière en relation étroite avec les paramilitaires (chargés d’effectuer le ‘sale boulot’). En prenant rapidement la décision de revoir nettement à la baisse sa promesse de participation au Plan Colombie, craignant que cela ne déclenche une escalade du conflit, l’Union européenne semble avoir fait preuve d’intuition.

Après les attentats du 11 septembre 2001, le discours antidrogue du gouvernement américain a laissé la place à un discours antiterroriste. [62] Le Secrétaire d’Etat Colin Powell remarquait par exemple que la séparation des luttes antiterroriste et antidrogue ne se justifie plus puisque dans les deux cas, c’est la démocratie qui se trouve attaquée. Depuis plusieurs années, la Colombie est le troisième plus gros bénéficiaire de l’assistance militaire américaine (après Israël et l’Egypte), et avec les augmentations significatives dont a bénéficié ce type d’aide, le pays s’aligne désormais quasiment avec l’Afghanistan et le Pakistan. [63] Le gouvernement demande cette année 537 millions de dollars contre 411 millions l’année dernière. Au total, les Etats-Unis auront consacré 1,8 milliard de dollars aux programmes de lutte contre les stupéfiants ainsi qu’à l’assistance militaire et au maintien de l’ordre depuis 2000. [64]

De nombreux éléments viennent confirmer la thèse selon laquelle le discours « antiterroriste » de l’après 11 septembre donne au cas colombien son nouvel angle d’éclairage. Au printemps 2002, à l’occasion d’une rencontre avec l’ancien chef d’Etat Pastrana, le président Bush a par exemple déclaré que les deux pays concentraient leurs efforts sur « la façon de modifier l’axe principal de [leur] stratégie afin d’intégrer la lutte antiterroriste à la lutte antidrogue. » [65] Quant à Pastrana, il a affirmé : « C’est la raison pour laquelle nous demandons le soutien des Etats-Unis mais aussi de l’ensemble de la communauté internationale pour combattre le narcoterrorisme, cet ennemi commun dont la violence est financée par la drogue. » [66] Le problème principal ne semble plus être les drogues illicites, mais bien la violence financée par le revenu de la drogue. La dernière mission semble désormais s’employer davantage à combattre le terrorisme qu’à stopper l’écoulement de la drogue vers les Etats-Unis. Le président Bush affirme là encore sa détermination : « En combattant le trafic de drogue, nous combattons aussi la source financière de ces terroristes politiques. Et l’inverse est parfois vrai. » [67]

Au-delà des glissements de discours concernant l’aide américaine, plusieurs analystes sont tentés de croire que les changements de la donne internationale, notamment l’instabilité au Venezuela et au Moyen-Orient, ont fait passer les Etats-Unis d’une préoccupation première, à savoir l’arrivée illicite sur leur territoire de stupéfiants en provenance de Colombie, à une autre, celle de s’assurer une réserve de pétrole sûre. [68] Les changements dans la politique actuelle vont dans le sens de cette théorie. [69] En 2002 a été présenté officiellement un projet de loi sur les interventions extérieures. C’est la première fois qu’il est explicitement prévu d’étendre la nature de l’assistance prêtée à la Colombie et de débloquer 538,2 millions de dollars pour l’année fiscale 2003 « afin de financer une campagne unifiée contre le trafic illicite de stupéfiants, les activités terroristes et autres menaces visant la sécurité nationale de la Colombie ». [70] En juillet 2002, le Congrès a adopté une nouvelle disposition dans la législation antiterroriste qui autorisera qu’une partie du matériel fourni par les Américains (les hélicoptères par exemple) soit directement utilisée contre les rebelles. [71] Autre preuve que les Etats-Unis ne cherchent plus à éradiquer les drogues mais bien à s’assurer une réserve durable de pétrole : la proposition d’une enveloppe de 98 millions de dollars destinée à protéger les 780 km d’oléoduc reliant les gisements de pétrole de Caño Limón au port caribéen de Coveñas, détenu en partie par Occidental Petroleum. [72] L’argent sert à recruter, entraîner et équiper une brigade de l’Armée colombienne (environ 2 000 soldats). En janvier 2003, les Etats-Unis ont déployé 70 Bérets verts pour entraîner un groupe de commando antiguérilla dans l’Arauca, département traversé par l’oléoduc de Caño Limón. [73]

Reprochant au gouvernement de jouer les protecteurs d’entreprise, les détracteurs de cette politique dénoncent l’augmentation de près de 3 dollars par baril sur la taxe que les contribuables américains versent à Occidental Petroleum. « La société Occidental n’a qu’à payer elle-même pour sa sécurité », objectent-ils, ajoutant qu’une telle intervention américaine en Colombie équivaudrait à refaire les erreurs du Salvador et du Viêt-nam. [74] Ceux qui sont à l’origine du projet soutiennent qu’une telle mesure de protection permettra d’assurer une source de revenus importante au gouvernement colombien, lui donnant plus de moyens pour lutter contre les stupéfiants, ce qui est, après tout, l’une des exigences explicites des Etats-Unis. Certains défenseurs du projet reconnaissent que cette proposition de loi servira de test pour voir si le Congrès souhaite véritablement élargir le financement destiné à la lutte contre les groupes terroristes autres qu’Al Qaeda.

Conclusion

Dans un pays où la situation actuelle est extrêmement préoccupante et où l’avenir est pour le moins incertain, les Indiens de Colombie se retrouvent dans une position extrêmement vulnérable. Selon Jorge Rojas, président du CODHES (Consultoria para los Derechos Humanos y el Desplazamiento - Observatoire des droits de l’Homme et des déplacements), [75] si la tendance actuelle se confirme, la moitié de la population indienne de Colombie est amenée à disparaître : certains mourront, d’autres perdront leurs terres, résultat des déplacements forcés vers les « zonas de miseria », ces quartiers miséreux en bordure des zones urbaines, ou vers les camps de réfugiés en Equateur, au Panama et au Brésil. Espérons qu’une solution équitable et durable saura être apportée à cette terrible tragédie, une solution qui épargne au pays les bains de sang du Guatemala et du Pérou.

Notes:

[1Certaines phrases de l’auteur de ce texte sont en effet assez contestables. L’auteur écrit par exemple : "Au cours des vingt dernières années, le gouvernement a abandonné sa politique répressive à l’encontre des mouvements indigènes et a cessé d’assimiler opposition politique à subversion". Une telle affirmation entre en contradiction avec de nombreux cas de persécutions politiques et d’assassinats commis contre des leaders de mouvements sociaux. A lire notamment : "Colombie : L’armée, bourreau de syndicalistes ?".

L’affirmation suivante est également sujette à débat : "Jusqu’à présent, ce n’est plus tant pour faire barrage au communisme que les Etats-Unis ont déployé leurs forces militaires en Colombie, mais exclusivement pour lutter contre les stupéfiants : 90 % de la cocaïne qui pénètre aux Etats-Unis". En effet, les politiques anti-drogues des différents gouvernements étasuniens ont souvent comportés des éléments de politiques économique et de stratégie contre-insurrectionnelle. A lire : "Colombie : cinquante ans de violence. (ndlr)

[2Ce document a été présenté pour la première fois lors de la Conférence Internationale donnée à l’Université de Liverpool les 21 et 22 février 2003 : "Gaining Ground : Social, Cultural, Environmental and Political Processes of Latin America’s Indigenous Peoples". Je remercie Rosaleen Howard, organisateur de la conférence, ainsi que le public et tous les participants pour leurs commentaires.

[3Voir Roldán Ortega, Roque, 2000. Pueblos Indígenas y leyes en Colombia : Aproximación crítica al estudio de su pasado y su presente. Bogotá : Tercer Mundo. Voir aussi Gros, Christian, 2000. Políticas de la etnicidad : Identidad, estado y modernidad, Bogotá : Instituto Colombiano de Antropología e Historia ; et Jean Jackson, "Die indianischen Gemeinden Kolumbiens und der Krieg." Dans Doris Kurella, ed., Amazonas-Indianer : LebensRaume, LebensRituale, LebensRechte. Stuttgart : Reimer, 2002.

[4Tout indique que la guerre devient une guerre urbaine. De nombreuses villes sont aux mains des groupes paramilitaires, comme Medellín Barrancabermeja, Montería, Apartadó, Turbo et Cúcuta (Observatoire pour le Programme présidentiel colombien sur les droits de l’Homme - Colombia This Week, 13 décembre 2002). Quant aux FARC, ils multiplient leurs actions dans les villes : Bogotá a subi d’importants bombardements le 7 août, les 22 et 24 octobre, le 14 décembre 2002, et le 7 février 2003. Voir Kirk Semple, "In Colombia, mainly rural war moving to city streets : Rebel attacks, army raids rise." Boston Globe, 3 novembre 2002.

[5Voir Armando Valbuena (entretiens avec David Edeli & Zachary Hurwitz), "There can be no peace without Indians at the table," Cultural Survival Quarterly, Hiver 2003 : page 14.

[6Voir Jean Jackson, "Caught in the crossfire : Colombia’s indigenous peoples during the 1990s." Dans David Maybury-Lewis, ed., Identities in Conflict : Indigenous peoples and Latin American States, Harvard University Press : pages 107 à 134, 2002.

[7Les paramilitaires ont récemment connu des dissensions internes quant à leur politique. Au cours de l’été 2002, Carlos Castaño a quitté son poste de dirigeant des AUC, expliquant son désaccord avec la participation active de nombreux paramilitaires au trafic de stupéfiants, condamnant également l’attitude et l’implication de certains membres dans des assassinats et des enlèvements. Il s’est désormais engagé à la tête d’une unité paramilitaire régionale, l’ACCU (Autodefensas Campesinas de Córdoba y Urabá - Groupe d’Autodéfense de Córdoba et Urabá) (Colombia This Week, 19 juillet 2002). Voir aussi Juan Forero, "Colombian rightists declare cease-fire as prelude to talks." New York Times, 30 novembre 2002.

[8Colombia This Week, 18 octobre 2002. Voir aussi Droits & Démocratie, 2001. Mission d’enquête en Colombie sur la situation des populations indigènes, 27 mai - 3 juin 2001. Montréal : Centre international des droits de la personne et du développement démocratique.

[9Uribe prévoit de doubler les forces de sécurité du pays. Il a déjà mobilisé les quelque 40 000 réservistes et a commencé à mettre sur pied un réseau de renseignements d’un million de civils grâce à l’argent d’une « réforme » budgétaire - la levée d’un nouvel impôt servira à financer ces mesures (Christopher Marquis, "Colombia’s next leader seeks drug-war aid", New York Times 6/21/02). Ce projet qui vise à recruter des informateurs pour constituer un réseau de défense civil inquiète les organisations des droits de l’Homme qui craignent que les civils ne soient pris pour cible encore plus souvent ; voir Vanessa Arrington, [AP] "Colombia’s Uribe to fight rebels", 9 août 2002. Voir aussi Juan Pablo Toro, "Plans to arm peasants raise fear of wider war." Boston Globe, 23 août 2002 ; et Juan Forero, "New Colombian president gets jump on country’s problems." New York Times, 7 août 2002. La nouvelle politique d’Uribe comprend d’autres mesures qui autorisent par exemple l’arrestation arbitraire de civils sans mandat et une détention préventive pouvant aller jusqu’à 24 heures. Plus besoin non plus de mandat pour perquisitionner. Dans certaines zones de conflit sous contrôle militaire, les habitants devront signaler leurs futurs déplacements et les visiteurs extérieurs devront demander une permission spéciale pour pouvoir passer. Les autorités pourront intercepter et enregistrer les lignes de communication sans mandat judiciaire (Brodzinsky, Miami Herald, 13 septembre 2002.).

[10CODHES, 17 novembre 2002 (www.codhes.org.co) ; Reuters, "Colombia : refugees occupy embassy," New York Times, 6 novembre 2002. Voir aussi Colombia Forum 30, mai-août 2002.

[11Adam Isacson, "Firm hand, large heart." Conseil de Carnégie sur l’éthique et les affaires internationales, 2003 (www.carnegiecouncil.org).

[12Colombia This Week, 15 novembre 2002.

[1321 octobre 2002 ; comme le rapporte Colombia This Week, 25 octobre.

[14Voir Mario Murillo, 1996, "Confronting the dilemmas of political participation." NACLA 29, 5 : 21-22, page 21 ; voir aussi Armando Valbuena, op cit.

[15Voir Donna Lee Van Cott, 2000. The friendly liquidation of the past : The politics of diversity in Latin America. Pittsburgh : University of Pittsburgh Press : page 10.

[16Colombia This Week, 18 octobre 2002.

[17Voir Armando Valbuena, op. cit.

[18Meneses Natalia, "Massacres in Colombia, 1940 to 1999." Colombia Update 13, 1 : pages 5 et 6, 2001. Voir aussi Hagen (2003 : page 69) sur le danger des unités du CONVIVIR à devenir un bras armé des paramilitaires. (Jason Hagen, "Uribe’s people : Civilians and the Colombian conflict." Conflict & Security, Hiver/Printemps 2003, pages 65 à 71.)

[19La Prensa (Panama), 21 janvier 2003.

[20Colombia Reality #1, novembre 2002. On estime entre 6 000 et 14 000 le nombre d’enfants-soldats recrutés par les groupes rebelles et paramilitaires. (Colombia This Week, 15 novembre 2002).

[21Colombia This Week, 18 octobre 2002.

[22Marco Palacios, Diario El País, Madrid, 7 août 2002.

[23Buenahora 1991 ; comme cité dans Van Cott, op. cit. : page 49.

[24Van Cott, op. cit. : pages 63 à 89.

[25Voir Hagen, op. cit.

[26Adam Isacson, "Peace talks with the paramilitaries : Four conditions for U.S. support." Center for International Policy, 10 décembre 2002 (http://ciponline.org/colombia/02121...). Pour le contexte historique, voir Russell Crandall, 2002 : Driven by Drugs : U.S. Policy Toward Colombia. London : Lynne Rienner.

[27Voir Kimberly Theidon, "Practicing peace, living with war : Going upriver in Colombia." Ms., utilisation autorisée. Voir aussi Steven Dudley, "War in Colombia’s oilfields," The Nation, 5/12 août 2002 : pages 28 à 31.

[28Pour une vue d’ensemble de la situation dans le Putumayo, voir María Clemencia Ramírez, 2001. Entre el estado y la guerrilla : Identidad y ciudadanía en el movimiento de los campesinos cocaleros del Putumayo. Bogotá : Instituto Colombiano de Antropología e Historia.

[29Roldán Ortega, Roque, op cit.

[30El Espectador, 1998. "Tregua indígena con ’paras’ : 60 días para evaluar papel de los indígenas en el conflicto." 25 septembre.

[31Le président George Bush a complété le Plan Colombie avec l’Initiative Régionale Andine, qui outre la Colombie, accorde des aides financières au Panama, au Venezuela, au Brésil, à l’Equateur, au Pérou et à la Bolivie.

[32Voir COICA, OPIAC, CONFENIAE, 2002 : "Memoria : Foro Internacional : Impactos de las fumigaciones sobre los cultivos tipificados como ’ilícitos’ y el conflicto armado : Las respuestas de los pueblos indígenas Amazónicos, en áreas de frontera." Quito : Casa de la Cultural Ecuatoriana Benjamín Carrión.

[33Voir Judith Walcott, "Spraying crops, eradicating people," Cultural Survival Quarterly, Hiver 2003 : pages 29 à 35. Voir aussi "Denuncian éxodo masivo de campesinos de Putumayo, afectados en su salud por fumigaciones." El Tiempo, 6 septembre 2002, et "Gobernador de Nariño asegura que concentración de glifosato afecta la salud de la población" El Tiempo, 6 septembre 2002.

[34"Fumigation continues amidst widespread killings in Putumayo." Colombia Update 14, 1 : page 11, 2002. Les informations concernant les taux d’homicide proviennent d’un article de l’AP daté du 31 août 2002.

[35Voir "Científicos y ONG hacen trizas informe del gobierno de E.U. sobre fumigacion." El Tiempo, 2 octobre 2002. L’intégralité du rapport est disponible sur internet à l’adresse http://www.amazonalliance.org.

[36Donald Brenneis, président de l’American Anthropological Association, Janet Chernela, Jean Jackson, 9 octobre 2002, « Commentaires adressés au Congrès à propos du ‘Rapport sur les questions liées à l’éradication aérienne des cultures illicites de coca en Colombie, 4 septembre 2002’ publié par le Département d’Etat Américain ».

[37Réponse du président adjoint de l’EPA Stephen Johnson au Secrétaire d’Etat, 19 août 2002. Partie 4, page 51.

[38« Droits de l’Homme et droit humanitaire international dans le contexte du conflit armé et de l’épandage aérien des plantations de coca dans le département du Putumayo », Résolution Nationale No. 026, bureau du médiateur colombien (Defensoria del Pueblo), 9 octobre 2002.

[39Voir par exemple OZIP, "PlanesfromPlanColombia, full of glyphosate, destroy indigenous communities of the Amazon," communiqué de presse, 7 septembre 2002.

[40Pour une analyse intéressante des différentes formes de résistance et d’autoprotection des indigènes sous forme de rituels chamaniques, de guardias, et d’une action civile collective qui a réussi à déjouer les menaces de représailles des FARC contre les municipalités dont les élus n’avaient pas démissionné (s’inscrivant dans une campagne nationale des FARC), voir Joanne Rappaport, "Innovative resistance in Cauca" Cultural Survival Quarterly 26, 4, Hiver 2003, pages 39 à 43.

[41Réponse du président adjoint de l’EPA Johnson au Secrétaire d’Etat, le 19 août 2002, contenue dans le « Rapport sur les questions liées à l’éradication aérienne des cultures illicites de coca en Colombie », Département d’Etat Américain, 4 septembre 2002.

[42Le 26 juillet 2001, cent vingt-huit conseils indigènes du Putumayo ont signé avec des représentants du Gouvernement colombien un « Accord collectif pour la substitution des cultures illicites de coca dans le département du Putumayo, programme complet d’arrachage pour la survie des peuples indigènes ».

[43En juillet 2002, la directrice du Programme colombien de développement alternatif, María Inés Restrepo, s’est jointe à un représentant indien de la Fondation Zio-A’I pour présenter les résultats du programme d’éradication manuelle à l’Agence Américaine pour le Développement International. Ils ont apporté la preuve que 70 % des cultures de coca (500 hectares) avaient été arrachées par les populations autochtones des Kofán et autres communautés indiennes participant au programme.

[44Voir María Clemencia Ramírez, "Balance sobre el componente social del Plan Colombia," ms., Automne 2002, Bogotá.

[45Adam Isacson, "After Plan Colombia : Why doesn’t Washington learn from failure in Colombia ?" Focal Point : Spotlight on the Americas Vol. 1, 5, décembre 2002.

[46Bureau Américain sur la Colombie, 11 mars 2002.

[47Voir María Cristina Caballero, "Is Colombia doomed to repeat its past ?" New York Times 10 août 2002. Voir aussi Reuters, "Colombia’s coca up, U.S. says." New York Times, 9 mars 2002.

[48Lisa Haugaard, du groupe de travail sur l’Amérique Latine, parle d’un « jeu de pousse-pousse de la production de drogue d’un endroit à l’autre » en référence à ce phénomène. ("Coca cultivation in Colombia : the story behind the numbers," LAWG communiqué de presse, 27 février 2003.)

[49Voir Monica Vargas, Reuters 11 août 2002, "Soaring prices lure Peru farmers to cocaine crop" ; Andrew Selsky, AP, 30 août "Cocaine-producing labs reportedly shifting from Colombia to Ecuador amid anti-drug offensive in Colombia."

[50Colombia This Week, 3 février 2003 ; suite à une seconde menace, le président du Panama a demandé deux hélicoptères et une aide humanitaire aux Etats-Unis (El Espectador, 25 janvier 2002).

[51"Forced displacement in Colombia : A ’national diaspora.’" Colombia Update 3, 1 : page 15, 2001

[52Voir Charles Roberts, "Colombia : The U’wa, oil, and militarization." Colombia Update 14, No. 1, Automne 2002 : pages 14 et 15.

[53Roberts, op. cit.

[54Voir Juan Forero et Larry Rohter, "Native Latins are astir and thirsty for power." New York Times, 22 mars 2003.

[55"Privatization in Colombia : Corruption and Waste, Unemployment and Poverty." Colombia Update 14, 1, Automne 2002.

[56El Espectador, 30 janvier 2002. Consulter également www.codhes.org.co.

[57"Privatization in Colombia", op. cit.

[58Colombia This Week, 15 novembre 2002. Le Programme alimentaire mondial établit à 25 % la proportion de Colombiens en situation d’extrême pauvreté. (Colombia This Week, 21 octobre 2002). Le Bureau colombien de la planification estime de son côté que 29 millions de Colombiens, soit 68 % de la population totale, vivent dans la pauvreté. (Colombia Forum 29, 2002).

[59"Privatization in Colombia", op. cit.

[60Colombia This Week, 18 octobre 2002.

[61Voir Jean Jackson, "Contested discourses of authority in Colombian national indigenous politics : The 1996 summer takeovers" dans Kay B. Warren et Jean E. Jackson, eds., Indigenous Movements, Self-Representation and the State in Latin America. Austin, University of Texas Press : pages 81 à 122, 2003.

[62Voir Jean Jackson, "Plan Colombia and the Andean Initiative : Anti-terrorist, or state terrorism ?" pour la conférence intitulée "Rethinking Terrorism" Center for Latin American and Caribbean Studies, University of Illinois Champagne, octobre 2002 ; Swords and Ploughshares, in press.

[63Steven R. Weisman, "Powell says U.S. will increase military aid for Colombia." New York Times, 5 décembre 2002.

[64Steven Weisman, op. cit. 2,4 milliards de dollars ont été dépensés entre 1996 et 2002.

[65Edward Alden, James Wilson, "Bush voices concern over Colombian rebels," 18 avril 2002, isacson@ciponline.org.

[66Carolyn Skorneck, AP, "Congress supports Bush Colombia plan," 18 avril 2002.

[67Sandra Sobieraj, (AP), Washington, "Bush pushes aid for Colombia," 18 avril 2002. Voir aussi Juan Forero, "U.S. strategy in Colombia connects drugs and terror," New York Times, 14 novembre 2002, et Juan Forero, "Colombia will tie aid request to terror," New York Times, 11 février 2003.

[68Sergio Gómez Maseri, "Conflicto armado : El petróleo es el principal objetivo de Estados Unidos en Colombia, según agencia de informacion." El Tiempo, 30 octobre 2002.

[69Voir Christopher Marquis, "The U.S. struggle to battle drugs, just drugs, in Colombia." New York Times, 26 mai 2002.

[70Colombia Support Network, 18 avril 2002, page 6. L’Administration Bush tente de trouver un recours légal pour limiter l’aide ; voir Christopher Marquis, "U.S. to give Colombians data to help fight rebels," New York Times 23 février 2002, et Karen De Young, "U.S. eyes shift in Colombia policy : Greater aid for war against leftist guerrillas sought." Washington Post, 15 janvier 2002.

[71Juan Forero, "New Colombian president gets jump on country’s problems." New York Times, 7 août 2002.

[72Pour tenter de rassurer le Congrès, le Secrétaire d’Etat Américain Colin Powell a expliqué que comme le projet n’était pas vraiment destiné à la contre-insurrection mais essentiellement à la protection de l’infrastructure pétrolière, la politique générale n’aurait pas à subir de modifications. San Francisco Chronicle, 13 février 2002. Voir aussi Juan Forero, "New role for U.S. in Colombia : Protecting a vital oil pipeline." New York Times, 4 octobre 2002. Pour une analyse plus approfondie, voir Martin Hodgson, "Oil inflames Colombia’s civil war." Christian Science Monitor, 5 mars 2002.

[73Agence France-Presse, "Soldiers search for 3 Americans believed kidnapped in Colombia." New York Times, 16 février 2003.

[74San Francisco Chronicle, 13 février 2002. A noter qu’Occidental Petroleum a contribué à financer plus de 1 500 000 dollars dans les campagnes électorales fédérales de 1995 à 2000 (Witness for Peace Newsletter 19, 1, Printemps 2002).

[75Entretien personnel, septembre 2002.


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Source : American Anthropoligical Association (http://www.aaanet.org/), mars 2004.

Traduction : Delphine Piquet.

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