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Sur le renversement du président Gutiérrez
√‰quateur : potentialit√©s et limites de la ¬« r√©bellion des hors-la-loi ¬ »
par Francisco Hidalgo Flor
30 mai 2005

A Julio García
photographe chilien, ami des mouvements populaires, assassin√© lors des marches de l’opposition √ Lucio Guti√©rrez

Dans une conf√©rence de presse, alors que la mobilisation sociale commen√ßait √ cro√ģtre de fa√ßon inattendue la nuit du 13 avril, le pr√©sident Lucio Guti√©rrez lan√ßa avec m√©pris l’√©pith√®te de ¬« hors-la-loi ¬ » (¬« forajidos ¬ ») en parlant de ceux qui s’√©taient rassembl√©s devant son domicile. Son discr√©dit √©tait d√©j√ si grand cependant, que ce qualificatif, en √©tant diffus√© par la presse, prit un sens positif pour g√©n√©rer une identit√© commune de l’opposition civique non partisane qui commen√ßa alors √ dire : ¬« Nous sommes tous des hors-la-loi ¬ ». C’est ainsi que, du 14 au 21 avril 2005, s’est d√©velopp√©e ¬« la r√©bellion des hors-la-loi ¬ ».

Cette mobilisation sociale a pr√©cipit√© la chute du gouvernement de Lucio Guti√©rrez. Ce n’est que dans le d√©nouement final que le Congr√®s national est intervenu en d√©clarant vacante la pr√©sidence alors que les Forces arm√©es retiraient leur appui √ Guti√©rrez. Cette agitation sociale ayant comme sc√®ne principale la capitale de la R√©publique [Quito], sa composition sociale fut marqu√©e majoritairement par les couches et classes moyennes. Les motifs de l’agitation furent la volont√© de faire partir le pr√©sident de la R√©publique - ¬« Lucio dehors ! ¬ », ses revendications au nom de la citoyennet√©, et ses m√©canismes d’action sous le concept de ¬« l’autoconvocation ¬ ».

Le mouvement, plut√īt amorphe, aura dur√© √ peine une dizaine de jours, mais ses racines remontent aux processus successifs de mobilisation pour la r√©vocation des mandats pr√©sidentiels de ceux qui recourraient √ des coups d’√‰tat parlementaires comme ce fut le cas d’ Abdal√° Bucaram [1] et de Jamil Mahuad [2].

Sa force r√©side dans la participation ouverte de secteurs sociaux divers qui se r√©voltent contre la d√©t√©rioration du syst√®me politique √©quatorien, essentiellement contre sa corruption et contre tous les partis politiques. Cela permet de convoquer un tr√®s vaste spectre de la population qui consid√®re qu’ainsi elle √©vite la manipulation par les directions de partis. L’exp√©rience des cas pr√©c√©dents, la succession en faveur de Fabi√°n Alarc√≥n [3] et Gustavo Noboa [4], avait montr√© que ces derniers avaient fini par n√©gocier des charges, des postes, les contrats et des minist√®res.

De plus, ce large spectre permet de mobiliser une tr√®s large gamme de groupes : des associations sportives, des cercles ma√ßonniques, des congr√©gations religieuses, des associations √©tudiantes, des clubs juv√©niles, des unions professionnelles, des comit√©s de quartiers, etc. o√Ļ les syndicats et les communaut√©s indig√®nes sont quasiment absents, et encore plus les partis politiques, Tous ces groupes ne repr√©sentent pas en soi un projet historique consolid√© mais proposent une ¬« refondation du pays ¬ ».

Le d√©nominateur commun fut le rejet de la corruption qui s’est r√©v√©l√©e cyniquement lors de la derni√®re √©tape du gouvernement Guti√©rrez ; un sentiment de r√©pugnance et de n√©cessit√© morale d’agir devant le spectacle grotesque d’un syst√®me politique d√©cadent, que l’√©crivain Moreano a appel√© ¬« la sc√®ne obsc√®ne ¬ ».

Le renversement du gouvernement de Lucio Guti√©rrez constitue un revers pour le D√©partement d’√‰tat des √‰tats-Unis, qui s’√©tait immisc√© sans cesse davantage dans la politique int√©rieure de l’√‰quateur, en particulier au travers du d√©ploiement du plan Colombie [5], du renforcement de sa base militaire √ Manta [6] et des n√©gociations du trait√© de libre-√©change [7].

Guti√©rrez a fond√© la base politique de son r√©gime sur un alignement absolu sur l’administration Bush. Lors de son premier voyage √ Washington, en 2003, il s’est proclam√© ¬« le meilleur ami des √‰tats-Unis ¬ », lors de la r√©union de Guadalajara, en 2004, il a fait r√©f√©rence √ la grande puissance comme √ ¬« notre grand fr√®re ¬ ». Form√© dans les √©coles d’entra√ģnement du Pentagone, il est devenu un pion inconditionnel de la strat√©gie du Commandement sud de l’Arm√©e des √‰tats-Unis pour la r√©gion andine.

Voici maintenant une analyse préliminaire du processus politique vécu ces derniers jours.

Le contexte général

La sc√®ne plus large se situe dans la derni√®re d√©cennie (1995-2005) avec le renforcement de l’application du mod√®le n√©olib√©ral et la d√©sagr√©gation du syst√®me des partis. Elle se caract√©rise par le discr√©dit de la politique et son discours se pr√©tendant unique, la faillite du syst√®me politique √©quatorien domin√© par le corporatisme, le renforcement des pratiques mafieuses des partis politiques, la mise en place de m√©canismes √©conomiques appauvrissant comme la dollarisation, la pr√©sence enfin des nouvelles g√©n√©rations qui questionnent ce qui existe et veulent √™tre des acteurs.

Vingt-trois ans de payement de la dette externe - ce qui signifie qu’entre 40 % et 50 % du budget vont directement aux banques internationales et aux d√©tenteurs des obligations de la dette - auxquels il faut ajouter la multiplication des pratiques de corruption, √ commencer par les hautes sph√®res tant officielles que priv√©es, r√©duisent √ une peau de chagrin ce qui est destin√© √ la la reproduction sociale de l’ensemble. Le g√Ęteau est pour ¬« eux ¬ » (le syst√®me bancaire international et les cercles oligarchiques cr√©oles) et il ne reste que les miettes pour la population.

D’un point de vue id√©ologique sur les rapports entre la politique et l’√©conomie, la premi√®re n’a qu’√ d√©fricher le chemin pour le d√©veloppement de la seconde, car, selon le dogme, ¬« mieux les int√©r√™ts priv√©s sont garantis et plus grande sera la possibilit√© de r√©aliser l’int√©r√™t g√©n√©ral ¬ ». Ceci correspond √ l’id√©al des bourgeoisies.

Le cas √©quatorien pr√©sente cependant des dynamiques particuli√®res. Depuis la fin 1995, il y a dix ans, lorsque fut d√©nonc√©e la corruption du vice-pr√©sident Dahik [8], quand en plus des agitations parlementaires ont lieu des actions sociales directes contre la corruption, des mobilisations importantes et massives se d√©veloppent, r√©clamant √ chaque fois des changements du syst√®me politique et √©conomique. Mais le syst√®me s’est toujours arrang√© pour qu’en fin de comptes rien ne change et m√™me pire, que les m√©canismes de la corruption se perfectionnent au travers de la r√©partition des ¬« espaces du pouvoir ¬ ».

Les vagues de mobilisation sociale ont eu lieu en 1997 lors du renversement de Bucaram, en 1999 pour rejeter la faillite du syst√®me bancaire, en 2000 pour renverser Mahuad. Dans la conscience de la population s’est ancr√© le sentiment que par l’agitation sociale, les protestations, l’occupation des rues et l’expression publique, ¬« il √©tait possible de ficher dehors un pr√©sident ¬ », c’est-√ -dire d’exercer la r√©vocation de mandat des plus hauts fonctionnaires du gouvernement par l’action directe.

Mais, apr√®s la chute de Bucaram, c’est un expert en subterfuges et un manŇ“uvrier de premi√®re qui a pris sa place, Fabi√°n Alarc√≥n. Quelque chose de similaire s’est r√©p√©t√© apr√®s le renversement de Mahuad, qui a donn√© lieu √ une nouvelle r√©partition des pr√©bendes entre les directions des partis et au d√©triment du peuple.

Cela signifie que non seulement le syst√®me √©conomique est exploiteur et oppresseur, mais que de plus le syst√®me politique trouve dans l’expansion de m√©canismes client√©listes et corporatistes le m√©canisme de cooptation de forces qui √©mergent en tant qu’alternatives.

Le m√©canisme de s√©lection et de fonctionnement de la Cour supr√™me de justice constitue un exemple de cette construction corporatiste et client√©liste. Les juges sont d√©sign√©s au prorata des quotas des partis politiques, qui sont administr√©s par le biais des parlementaires. C’est ainsi que le Congr√®s national s’est r√©serv√© la charge de nommer la Cour de justice et que chaque ministre √ son tour dispose d’un quota qui se reproduit au niveau r√©gional et local. Les directions de partis se garantissent ainsi pouvoir, impunit√© et m√©canismes de repr√©sailles. Il en va de m√™me pour les organismes de contr√īle de l’Etat : le Tribunal constitutionnel et le Tribunal √©lectoral supr√™me. Si ce sont les sociaux-chr√©tiens qui ont √©t√© les ma√ģtres de cette construction, leurs rivaux les ont rapidement d√©pass√©s.

Il est tr√®s significatif que le point d’inflexion de la crise politique actuelle soit justement celui de la r√©partition des quotas des partis dans ces tribunaux et dans ces cours ainsi que les d√©cisions scandaleuse d’annuler les poursuites contre les ex-pr√©sidents en fuite [Bucaram et Mahuad, ndlr].

Contexte particulier

Le contexte particulier (2003-2005) est marqu√© par l’√©volution du gouvernement de Lucio Guti√©rrez, qui est parvenu √ la pr√©sidence avec le soutien du mouvement indig√®ne et des partis de la gauche, pour imm√©diatement se d√©tourner d’eux et, apr√®s avoir pactis√© avec le Parti social-chr√©tien (PSC), passer finalement du c√īt√© de l’autre bande oligarchique avec Bucaram et Noboa.

Un gouvernement faible tente de trouver un appui, comme je l’ai dit en d√©but d’article, en se pliant aux diktats des strat√©gies de Washington pour la r√©gion andine, notamment le Plan Colombie, et parall√®lement de se procurer une base politique au travers des m√©canismes les plus vils du syst√®me politique. Un r√©gime corrompu et corrupteur.

Dans le cadre de cette strat√©gie il s’est construit une majorit√© parlementaire en r√©partissant en novembre 2004 ce que lui-m√™me avait d√©j√ distribu√© en avril 2003. S’il avait tout d’abord livr√© le Tribunal constitutionnel et le Tribunal √©lectoral au PSC (Parti social-chr√©tien), il les a repris pour les mettre dans les mains des partis rivaux - le Parti roldosiste √©quatorien (PRE) et le Parti r√©novateur institutionnel d’action nationale (PRIAN) - au travers d’actes ill√©gaux et d√©pourvus d’une ombre de l√©gitimit√©.

Toutefois ¬« la goutte qui a fait d√©border le vase ¬ », le d√©tonateur de la crise, fut le retour de l’ex-pr√©sident Bucaram au d√©but du mois d’avril, √ la suite des r√©solutions du pr√©sident de la Cour supr√™me, mis sous la coupe de la majorit√© gouvernementale, qui a d√©clar√© nuls tous les proc√®s en cours contre lui.

Il signifiait ainsi ne tenir aucun compte des mobilisations sociales qui se sont d√©velopp√©es depuis le mois de janvier 2005, en particulier de celle de Quito √ la mi-f√©vrier, qui avait rassembl√© plus de 100 000 personnes. Un jeu macabre de d√©magogie, de cynisme et de double discours s’est ainsi d√©roul√© entre l’ex√©cutif et le Congr√®s national.

Les secteurs de la social-d√©mocratie et ceux qui se pr√©tendent eux-m√™mes de ¬« participation citoyenne ¬ » n’ont pourtant pas entendu le message, leur horizon √©tant bouch√© par les strictes limites du syst√®me politique. Au sein de ¬« l’Assembl√©e de Quito ¬ » auto-proclam√©e, une vingtaine d’organisations (parmi elles des partis tels la Izquierda democratica (Gauche d√©mocratique) et des ONG telle la ¬« Participation citoyenne ¬ ») ont de mani√®re pr√©somptueuse assum√© la repr√©sentation de l’ensemble de la population et, pire, ont entam√© les n√©gociations avec l’ex√©cutif et les blocs parlementaires pour ¬« r√©cup√©rer l‚€˜institutionnalit√©¬ ». Les exigences populaires - ¬« Lucio dehors ! ¬ » - n’√©taient √ leurs yeux que radicalisme verbal et traduisaient ¬« l’imp√©tuosit√© des masses ¬ ».

Perversité de la conjoncture

La ¬« nouveaut√© ¬ » ne r√©side pas dans la crise des partis de la droite et du centre, mais dans celle des partis de gauche et des mouvements populaires, y compris le mouvement indig√®ne. Sans tenir compte de cette incapacit√© de la social-d√©mocratie d’entendre les exigences de la population mobilis√©e, on ne peut comprendre l’√©mergence du ¬« mouvement des hors-la-loi ¬ ».

Une des particularit√©s du gouvernement Guti√©rrez fut de d√©sarticuler les efforts visant √ la constitution d’un bloc populaire, qui d’une certaine mani√®re √©tait pr√©sent depuis une d√©cennie mais qui, immerg√© dans la dynamique de l’institutionnalit√© √©quatorienne, n’a pas r√©ussi √ √©chapper √ ses vices, bien au contraire, il s’y est embourb√©.

Guti√©rrez a r√©ussi √ attirer vers lui, √ un moment ou √ un autre, tous les partis et les mouvements de la gauche. Il les a utilis√©s pour s’√©lever puis pour se maintenir. Il a pactis√© avec eux non comme r√©sultat de larges accords sociaux ou nationaux, mais en reproduisant les vieux sch√©mas..

C’est vers les mouvements indig√®nes qu’il a orient√© des efforts particuliers pour les diviser et les affaiblir, en s’attaquant √ leur noyau fondamental : les communaut√©s rurales. Il s’est servi pour cela de l’ex-pr√©sident [Antonio Vargas, ndlr] de la CONAIE (principal mouvement indig√®ne), nomm√© ministre du Bien-√™tre social. Depuis lors, des millions de dollars ont √©t√© d√©pens√© pour ¬« le renforcement organisationnel ¬ ».

Un sc√©nario pervers fut ainsi constitu√©, dont les issues √©taient bloqu√©es et o√Ļ tout √©tait d√©pendant des jeux entre l’ex√©cutif et le l√©gislatif, avec les organismes de contr√īle dans le r√īle d’otages.

La révolte des hors-la-loi

Le mercredi 16 avril, le d√©brayage appel√© par ladite ¬« Assembl√©e de Quito ¬ » s’est av√©r√© faible. Tout semblait sous contr√īle. D’un c√īt√© au Congr√®s les pseudo n√©gociations continuaient, de l’autre ceux qui dans le pass√© r√©cent avaient √©t√© le moteur des mobilisations - les organisations indig√®nes et les organisations des travailleurs - avaient d√©montr√© leur incapacit√© √ mobiliser.

Mais ¬« le li√®vre s’est lev√© ¬ » l√ o√Ļ on l’attendait le moins : dans la conscience de la dignit√© et dans l’aspiration √ la participation des classes et couches urbaines moyennes, peu li√©es aux partis et au syndicats. Les acteurs furent des professeurs non organis√©s, des militaires retrait√©s, des avocats ¬« lib√©raux ¬ », des m√®res de famille, des retrait√©s qui touchent une pension de mis√®re, des grands-m√®res, des jeunes des universit√©s priv√©es, des ch√īmeurs, mais aussi des secteurs √©conomiquement ais√©s. Sans oublier des secteurs de professionnels qu’une √©conomie dollaris√©e a r√©duits √ des situations au bord de la pauvret√©.

L’appel est venu d’une radio r√©ellement alternative, la Radio La Luna, qui s’est engag√©e dans la communication populaire et participative et s’est transform√©e en une caisse de r√©sonance de l’indignation sociale. Cette radio a commenc√© √ appeler les gens √ se mobiliser pour un ¬« cacerolazo ¬ » [concert de casseroles] ce m√™me mercredi 16 avril √ 21 h. Des milliers de manifestants sont venus et ont march√© vers le si√®ge de la Cour supr√™me de Justice. Le pi√®ge du contr√īle social fond√© sur la division et l’avilissement a ainsi √©t√© bris√©.

Ce qui les unit est l’identification de ¬« citoyens ¬ », ils se proclament ¬« auto-convoqu√©s ¬ », ils demandent des changements profonds de la soci√©t√© √©quatorienne et pour cela ils adoptent le slogan ¬« Que se vayan todos ! ¬ » (¬« Qu’ils s’en aillent tous ! et se prononcent pour des m√©thodes non violentes et cr√©atives de protestation. Avec √©nergie ils r√©p√®tent ¬« Dehors Lucio ! ¬ », esp√©rant que leur mobilisation pacifique et persistante sera suffisante pour renverser le gouvernement.

Ils ont transform√© en positif le qualificatif d√©daigneux de ¬« hors-la-loi ¬ », employ√© par Guti√©rrez √ leur encontre. Depuis la nuit o√Ļ le pr√©sident a inutilement tent√© d’√©tablir l’√©tat d’urgence, tous ont proclam√© : ¬« Moi aussi je suis un hors-la-loi ¬ ». La reproduction de ce qui a √©t√© entendu lors des manifestations et des interventions √ la radio donne un aper√ßu de ce mouvement.

Sur les banderoles et les pancartes on pouvait lire : ¬« Je suis aussi un hors-la-loi ¬ » ; ¬« Nous sommes tous des hors-la-loi ¬ » ; ¬« Non √ la dictature ¬ » ; ¬« Vive Quito, lumi√®re de l’Am√©rique ¬ ».

Lors des marches, les cris et les slogans √©taient : ¬« Nous allons voir qui tient la baguette, le peuple √©quatorien ou Lucio fils de pute ¬ » ; ¬« En avant, √‰quatoriens, et cette nuit, nous allons le mettre dehors ¬ » ; ¬« Nous ne voulons pas √™tre et nous ne serons pas une colonie nord-am√©ricaine ¬ » ; ¬« Lucio nous t’emmerdons, c’est avec Quito que tu te mesures ¬ » ; ¬« Qu’ils s’en aillent tous, le dictateur en premier ¬ ».

A la radio, on a pu entendre : ¬« La violence ne vient pas de notre c√īt√©, la violence vient du gouvernement ¬ » ; ¬« Voici mon dernier mot - m’entend-on ? - Merdeux ! ¬ » ; ¬« Ce que nous ne d√©fendons pas maintenant, nous m√©ritons de le perdre ¬ » ; ¬« La d√©mocratie ce ne sont pas des spectateurs, ce sont des acteurs ¬ » ; ¬« Aucun de ceux qui viennent ne doit appartenir √ un parti politique, parce que cela pervertit tout ¬ » ; ¬« Chacun est autoris√© √ dire, √ penser et √ mettre ses id√©es en actes ¬ ».

Il s’agit d’un mouvement nouveau. Certains le qualifient d’ ¬« anarchique ¬ », ¬« petit-bourgeois ¬ », ¬« sans direction ¬ », ¬« apolitique ¬ », ¬« ing√©nu ¬ ». Il a un peu de tout cela. Mais ce sont aussi des vents frais qui soufflent sur une mer de consciences vendues, de divisions, de pragmatisme au nom duquel ces ¬« organiques ¬ », ces ¬« prol√©taires v√©ritables ¬ », ces ¬« dirigeants ¬ », ces ¬« matures ¬ » ont soutenu la candidature de Guti√©rrez, l’ont √©lev√© √ la pr√©sidence et plus tard lui ont apport√© leur soutien.

Ce mouvement se d√©veloppe aussi en r√©ponse √ la myopie organique de la social-d√©mocratie et des ONG qui m√©prisent la radicalit√© de la proposition. Le mouvement des hors-la-loi essaye et aspire, depuis l’ext√©rieur des partis, √ d√©passer les gangr√®nes institutionnelles du syst√®me politique, et justement parce que les partis ont √©t√© contamin√©s par la pourriture

Il faut noter le r√īle de la radio alternative, en tant que m√©canisme de rassemblement et d’unification, les gens venant jour apr√®s jour devant ses locaux pour les prot√©ger des agressions (...) Notons aussi le r√īle jou√© par les t√©l√©phones cellulaires, dont les ¬« messages ¬ » permettent d’adapter et de pr√©ciser les convocations ; celui des listes et des courriers √©lectroniques qui diffusent les consignes, les slogans, les lieux de rendez-vous et les orientations.

Il ne s’agit pas de provoquer de nouveaux √©blouissements ni de passer de l’adoration de l’indig√©nisme √ celle de la citoyennet√©. Il y a des sujets fondamentaux que la gauche traditionnelle n’a pas su aborder : la construction d’une politisation populaire et alternative dans le monde actuel, la d√©mocratie au sein des mouvements et des partis, et la d√©mocratie pour toute la soci√©t√©.

Il convient de s’arr√™ter sur certaines r√©flexions qui ont √©t√© mises en avant par les hors-la-loi : ¬« Nous avons d√©couvert qu’il y a une opportunit√© d’intervenir, d’influencer la vie du pays ¬ » ; ¬« Nous avons √©t√© hors de notre condition de citoyens, de sujets ¬ ». Le quotidien El Comercio a reproduit ce dialogue entendu sur les ondes de la Radio La Luna : ¬« Question de Velasco : Ceci [la mobilisation], c’est l’Ň“uvre de... et de l’autre c√īt√© de la ligne t√©l√©phonique l’auditeur a termin√© la phrase : ...de la citoyennet√© ¬ ».

Ces r√©flexions indiquent que, d’une part, la porte a √©t√© ouverte pour que d’autres secteurs acc√®dent au d√©bat et √ la politique sur une sc√®ne qui condamne les pratiques politiques, qui ne privil√©gient que le cot√© administratif. D’autre part, il faut constater le sentiment de r√©pugnance, de d√©go√ »t devant le spectacle donn√© jour apr√®s jour par les mandataires des pouvoirs ex√©cutif (Lucio Guti√©rrez), l√©gislatif (Omar Quintana) et judiciaire (le ¬« petit ¬ » Castro), les authentiques mafieux du genre le plus grotesque.

Il ne s’agit pas d’enterrer les partis, ni l’organisation en g√©n√©ral - ce qui serait une erreur grave. Mais il faut les transformer compl√®tement. C’est un nouveau moment dans la s√©rie des tentatives r√©it√©r√©es par le peuple √©quatorien. Apr√®s les √©tapes historiques qui ont fait du mouvement ouvrier le protagoniste, puis affirm√© la centralit√© du mouvement indig√®ne, aujourd’hui, face √ la crise des deux pr√©c√©dents, √©merge ce mouvement citoyen, avec ses doutes et ses espoirs.

Notes:

[1Abdal√° Bucaram Ortiz fut √©lu pr√©sident de la R√©publique d’Equateur pour la p√©riode d’ao√ »t 1996 √ ao√ »t 2000. Il fut cependant rapidement renvers√© par le mouvement social (1997) et quitta le pays pour se r√©fugier au Panama suite aux accusations de corruption dont il √©tait l’objet (ndlr).

[2Jamil Mahuad, √©lu en ao√ »t 1998, renvers√© et destitu√© en janvier 2000 suite √ un soul√®vement populaire. (ndlr)

[3Successeur en 1997 de Abdal√° Bucaram. (ndlr)

[4Gustavo Noboa Bejarano, vice-pr√©sident de la R√©publique entre 1998 et 2000 sous le gouvernement de Jamil Mahuad, devint pr√©sident de la R√©publique √©quatorienne apr√®s le soul√®vement du 21 janvier 2000. Suite aux √©lections de 2002 et √ la victoire de Lucio Gutierrez, il fuit la justice de son pays qui l’inculpa d’irr√©gularit√©s dans la ren√©gociation de la dette ext√©rieure, en favorisant les d√©tenteurs de bons qui ont pu ainsi r√©alis√© de plantureux profits sur le dos du pays. (ndlr)

[5voir notre dossier ¬« Plan Colombie & Initiative andine : www.risal.collectifs.net/mot.php3 ?i...

[6En 1999, les gouvernements √©quatorien et √©tasuniens signaient une convention octroyant, pour une p√©riode de 10 ans renouvelables, l’usage de la base militaire de la c√īte pacifique de Manta √ l’arm√©e nord-am√©ricaine. Les bases navale et a√©rienne de Manta, en √‰quateur, sur la c√īte, √ une heure de vol de la fronti√®re colombienne sont sous la juridiction exclusive de Commandement Sud (SouthCom) des forces arm√©es √©tats-uniennes. Manta est un centre de commandement de la marine et de l’aviation, dirigeant notamment des op√©rations cl√©s des mercenaires de la Dyncorp. (ndlr)

[7L’Equateur, √ l’instar du P√©rou et de la Colombie √©tait en train d en√©gocier un trait√© de libre-√©change avec le gouvernement des Etats-Unis. On en peut encore se prononcer sur le comportement que va adopter le nouveau gouvernement (ndlr).

[8Ex vice-président de la République. Accusé en 1995 de détournement de fonds, il avait fuit au Costa Rica. (ndlr)


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Fuente : Espacio Alternativo (www.espacioalternativo.org), avril 2005.

Traduction : Isabelle Dos Reis,pour RISAL (www.risal.collectifs.net) et JM, pour Inprecor (www.inprecor.org).

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