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La gauche, le populisme et le Pérou d’Alan García
par Stéphanie Rousseau
14 août 2006

Depuis quelque temps, les éditorialistes, chroniqueurs et reporters tentent de saisir la nature du changement politique en cours en Amérique latine en le qualifiant comme un virage vers une gauche inévitablement liée au « retour du populisme [1]. Les Latino-Américains, désillusionnés face à la corruption des gouvernants, l’augmentation des écarts de revenus, le manque criant d’emploi digne et l’incapacité générale du modèle néolibéral à résoudre les problèmes de développement, se tourneraient vers de nouvelles avenues. Les élections des dernières années ont vu se confirmer la tendance du choix des électeurs pour des partis ou des leaders se situant un peu plus -ou clairement, dans certains cas—vers la gauche de l’échiquier politique.

L’explication centrale qu’on évoque pour expliquer cette (re)montée de la gauche tient aux échecs répétés des politiques néolibérales qui, depuis vingt ans, ont été incapables de résoudre les problèmes sociaux criants de la région. Après deux décennies de retrait étatique de la sphère sociale, on tente donc de revaloriser l’espace politique comme force génératrice de redistribution. Les privilèges fiscaux et tarifaires accordés aux investisseurs étrangers sont également remis en question après une longue période de silence justifiée par le dogme néolibéral de l’attraction des capitaux privés.

Ce qu’on dit beaucoup moins, et qu’il convient de souligner ici, c’est que ce mouvement vers la gauche est également attribuable à la force accumulée par divers secteurs qui ont investi la sphère politique partisane et non partisane. En ce sens, après une longue période de gestation, l’effet de la démocratisation des sociétés latinoaméricaines au cours des vingt dernières années commence à se faire sentir. La crise des années 80, suivie du contrôle technocratique sur le processus législatif et du recours aux mesures d’exception pour réprimer l’opposition aux réformes néolibérales, ont transformé profondément les structures sociales et économiques de la région. En parallèle, cependant, et de façon croissante, divers secteurs populaires et intellectuels ont récupéré leur capacité de mobilisation et fondé de nouvelles organisations, partisanes et non partisanes, pour reprendre possession du processus politique. La fin de la Guerre froide aurait aussi libéré les Latino-Américains de deux référents dominants, le castrisme et l’omniprésence des États-Unis, qui ne s’étaient pas gênés, au cours des décennies précédentes, pour écraser les mouvements révolutionnaires.

Là où l’opinion véhiculée par les médias du Nord est beaucoup plus forte et revêt des connotations normatives, c’est dans la catégorisation des différents gouvernements, rangeant les uns dans une catégorie de gauche « plus acceptable », « moins menaçante », alors que les autres seraient clairement identifiés comme les ennemis des « valeurs occidentales », entendant par là le respect du libre-marché et de la démocratie libérale. Selon Jorge Castañeda, ancien ministre des Affaires étrangères du Mexique, il y a deux gauches aujourd’hui en Amérique latine. « L’une est moderne, ouverte d’esprit, réformiste, et internationaliste. Elle provient, paradoxalement, de la gauche pure et dure du passé. L’autre, née de la grande tradition du populisme latino-américain, est nationaliste et fermée d’esprit. » [2]

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Notes:

[1] « The return of populism », The Economist, édition du 12 avril 2006 ; Jorge G. Castañeda, « Latin America’s Left Turn », Foreign Affairs, Mai-Juin 2006 ; Éric Desrosiers, « Une Amérique latine populiste mais raisonnable », Le Devoir, édition du 9 juin 2006.

[2] J. Castañeda, op.cit.


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Source : La Chronique des Amériques, juillet 2006, n°25, Observatoire des Amériques (www.ameriques.uqam.ca), Université du Québec à Montréal (UQAM).

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).