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Election présidentielle 2006
Le Mexique, les élections et les observateurs internationaux
par Marcos Roitman R.
28 juillet 2006

Depuis les ann√©es 80 du XXe si√®cle, pour √©viter des fraudes et des transgressions √©lectorales, les pays du Premier monde fournissent un m√©canisme de contr√īle sur les d√©mocraties ¬« en transition ¬ » d’Am√©rique latine, d’Afrique et d’Asie. Il s’agit de confirmer que les processus √©lectoraux sur ces continents sont propres. Que gagnent les candidats qui ont le plus de voix dans les urnes et non ceux qui volent, br√ »lent ou ourdissent une escroquerie le jour des √©lections.

Pour cela, rien de mieux que de disposer d’observateurs impartiaux. Ainsi, avec un manuel sous le bras et des ann√©es d’exp√©rience de vote en d√©mocratie, une fois termin√©e la guerre froide, la vieille Europe communautaire, toujours aussi matinale, s’engage avec ses observateurs accr√©dit√©s et ses institutions. Elle envoie des parlementaires, des repr√©sentants de la culture et des sciences, des prix Nobel, des ex-chefs d’Etats, des d√©put√©s, des s√©nateurs et tout sujet souhaitant participer. Ce n’est qu’une question de budget.

Des professeurs de science politique, des boursiers, des militants et des conseillers. Le spectre est large et couvre tout le champ id√©ologique. La tourn√©e des √©lections. Tous les tant de temps, partis, syndicats et autres organisations r√©compensent avec un voyage en qualit√© d’observateur international. Il y en a qui ont parcouru toute l’Am√©rique latine, du Mexique au Chili. Il n’y a rien √ craindre. La situation est sous contr√īle et ce n’est qu’une simple formalit√©. Il s’agit de tourisme √©lectoral. On d√©couvre des gens, des paysages, des plats exotiques, on peut draguer et en plus on exerce un certain pouvoir, ce qui n’est jamais mauvais.

Les premi√®res occasions qu’ils eurent de voyager, ce fut en Am√©rique centrale. Le Nicaragua plong√© dans une guerre de basse intensit√© et avec une arm√©e contra fut une situation sous contr√īle. Les sandinistes perdirent, rien √ objecter. Les √©lections furent propres. Puis suivirent le Salvador, le Guatemala, le Honduras. Bref, depuis la derni√®re d√©cennie du XXe si√®cle, avec autant d’√©lections, les observateurs sont d√©bord√©s. Ils arrivent avec quelques jours d’avance et se retirent quand ils le souhaitent. Ils en profitent pour donner des conf√©rences, se faire des relations ou conna√ģtre le lieu. Ils partagent avec les vainqueurs la joie du moment. Ils produisent un rapport qui loue le bon comportement civique de la population, reconnaissant qu’il n’y a pas eu d’incidents graves, qu’il n’y a pas d’indices de fraude ni de violence pendant le processus √©lectoral.

Ils r√©digent un autre communiqu√© pour remercier les autorit√©s d’avoir mis √ leur disposition des moyens pour r√©aliser leur travail et enfin ils se f√©licitent du r√©sultat jusqu’√ la prochaine opportunit√©. Non sans avoir d’abord soulign√© le grand sens de responsabilit√© des citoyens pendant la f√™te de la d√©mocratie qu’est le fait d’aller voter. En d’autres termes, que les bulletins de vote √©taient √ leur place, les votants en train de voter, les pr√©sidents de bureaux √©lectoraux, les d√©l√©gu√©s de partis, les urnes, tous √©taient √ leur place, et l’attirail fonctionnait. Les r√®gles du jeu √©taient suivies √ la lettre. Les heures de vote furent respect√©es. La paix fut maintenue, les forces de l’ordre public agirent pour prot√©ger la citoyennet√© et les institutions donn√®rent les r√©sultats √ temps. Rien de bizarre.

Parfois, des divergences surgissent et quelques observateurs notent des probl√®mes mineurs qui ne ternissent pas ou ne contredisent pas le comportement d√©mocratique des citoyens. Ainsi s’√©coule la journ√©e de travail. Ils se r√©partissent le pays, selon la hi√©rarchie. Monsieur James Carter, par exemple, sera dans la capitale et sera d√©plac√© selon les besoins. Tout est parfaitement organis√©. Ils couvrent tout l’espace g√©ographique et sont pay√©s par leurs organisations respectives. Il est bien √©vident que leur honorable pr√©sence, diront certains, en cas de conflit peut l√©gitimer un processus √©lectoral. N’oublions pas le Venezuela [1], par exemple. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Si on veut faire un coup d’Etat ou invalider un processus √©lectoral, cela se fera avec ou sans observateurs.

Or, nous voyons qu’au Mexique la fraude pendant ces √©lections pr√©sidentielles [2 juillet 2006] a √©t√© monumentale [2]. Et o√Ļ √©taient les observateurs ? En train de manger des tamales, des tacos ou des enchiladas ? Ou encore ils ont √©t√© frapp√©s par la ¬« vengeance de Moctezuma ¬ » [3] et cela a jou√© en faveur du PAN. C’est une honte que la d√©l√©gation du Parlement europ√©en s’en sorte par une pirouette et en reste √ des g√©n√©ralit√©s. Il ne pouvait en √™tre autrement. On avalise le processus √©lectoral, son porte-parole √©tait du groupe du Partido Popular espagnol (Parti populaire [4]). Mais ils n’ont pas vu la fraude ? Ils n’√©taient pas au comptage et √ la fermeture des urnes ? O√Ļ √©taient-ils ? Et ne me dites pas qu’ils √©taient peu nombreux et qu’on les a envoy√©s justement l√ o√Ļ il n’y a pas eu de fraude.

Je m’interroge : quel est le sens du maintien d’une figure internationale, telle que celle d’observateur international, si quand des probl√®mes apparaissent il fuit ou baisse la t√™te et regarde ailleurs. Cela veut dire qu’il ne sert que quand les √©lections sont cuisin√©es, il n’y a pas de probl√®me et il part pour passer un moment agr√©able en compagnie d’amis, d’adversaires et de coreligionnaires.

Ce qui est vraiment dolosif c’est le discr√©dit d’une option politique qui pourrait √™tre r√©ellement utilis√©e √ l’√©chelle internationale comme contr√īleur, sauf que, comme d’habitude, elle sert √ des fins b√Ętardes de type propagandiste du Premier monde. Jamais on n’enverra d’observateurs aux Etats-Unis, en Espagne ou dans un autre pays europ√©en. Leurs processus se contr√īlent eux-m√™mes. Question qui est plus que mise en doute si nous regardons l’Italie, par exemple. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, le Mexique, ils font mauvaise figure quand tout indique qu’ils sont partis par la petite porte au premier indice de probl√®mes.

C’est pour cela qu’il vaut mieux en finir avec cette com√©die une fois pour toutes. Si on veut faire du tourisme il y a d’autres moyens et pas aux d√©pens des processus politiques et des luttes d√©mocratiques des peuples d’Am√©rique latine. Le personnage de l’observateur international √©lectoral ne fonctionne pas, c’est un conte, mais il y en a beaucoup qui en vivent, comme des parasites. Comme d’habitude.

Notes:

[1[NDLR] L’auteur fait r√©f√©rence au r√©f√©rendum r√©vocatoire du mandat du pr√©sident Chavez le 15 ao√ »t 2004. Ce processus de r√©f√©rendum a √©t√© remport√© largement par le camp ¬« bolivarien ¬ » et avalis√© par les observateurs internationaux comme le Centre Carter et l’Organisation des Etats am√©ricains (OEA). L’opposition a d√©nonc√© une fraude sans jamais apporter la moindre preuve s√©rieuse.

[2[NDLR] Consultez √ ce sujet les articles d√©j√ publi√©s dans le dossier ¬« Election pr√©sidentielle 2006 ¬ » sur le RISAL.

[3[NDLR] Expression populaire faisant r√©f√©rence √ l’empereur azt√®que Moctezuma II tu√© lors de la Conquista et qui d√©signe la fameuse diarrh√©e du voyageur.

[4[NDLR] Le Parti populaire est le parti conservateur espagnol, actuellement dans l’opposition apr√®s huit ans au pouvoir avec le gouvernement de Jos√© Maria Aznar.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : Le Jornada (www.jornada.unam.mx), Mexique, 22 juillet 2006.

Traduction : Cathie Duval, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).


GLOSSAIRE

Contras

Nom des troupes contre-r√©volutionnaires qui, √ l’instigation des Etats-Unis et depuis le Honduras, ont amen√© la guerre au Nicaragua, apr√®s le victoire des sandinistes en 1979. Plus de 50.000 personnes sont mortes pendant la guerre des Contras au Nicaragua, une guerre men√©e sous le pr√©texte de ¬« ramener la pays sur le chemin de la d√©mocratie ¬ ».

Enchilada

Tortilla de ma√Įs enroul√©e ou pli√©e, frite , et accompagn√©e d’une sauce chile et d’autres ingr√©dients.

Parti d’Action Nationale (PAN)

le Parti d‚€™action nationale est le parti conservateur mexicain dont est issu le pr√©sident Vicente Fox (2000-2006).

Tamal

Tortilla farcie recouverte de feuilles de ma√Įs. Dans de nombreux pays d’Am√©rique latine, les tamales servent d’enveloppes pour la cuisson des aliments. Cette m√©thode simple et primitive permet de cuire les aliments sans les ass√©cher et leur conf√®re une saveur particuli√®re.