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Brésil
Mouvement des sans terre : 25 ans d’obstination

A l’occasion du 25e anniversaire du Mouvement des paysans sans terre br√©silien, nous publions une tribune d’un de ses plus c√©l√®bres dirigeants.

par Jo√£o Pedro Stedile
12 janvier 2009

En janvier 1984, il y avait un processus de croissance du mouvement de masses au Br√©sil. La classe ouvri√®re √©tait en train de se r√©organiser, accumulant des forces organiques. Les partis clandestins √©taient d√©j√ dans la rue, comme le Parti Communiste Br√©silien (PCB), le Parti Communiste du Br√©sil (PCdoB), etc. Nous avions conquis une amnistie partielle, la majorit√© des exil√©s √©taient revenus.

Le Parti des Travailleurs (PT) s’√©tait d√©j√ form√©. A l’instar de la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT) et du Congr√®s National des Classes Travailleuses (CONCLAT), impuls√© par les communistes et qui allait se fondre dans la CUT.
De larges secteurs des √©glises chr√©tiennes, inspir√©s par la th√©ologie de la lib√©ration, √©tendaient leur travail de fourmi pour cr√©er de la conscience et des noyaux de base en d√©fense des pauvres. Il y avait partout de l’enthousiasme parce que la dictature √©tait en train d’√™tre vaincue et la classe travailleuse br√©silienne √©tait √ l’offensive ; en luttant et en s’organisant.

En milieu rural, les paysans vivaient le m√™me climat et menaient la m√™me offensive. Entre 1979 et 1984, des dizaines d’occupation de terre furent organis√©es dans tout le pays. Les posseiros , les sans terre, les salari√©s ruraux se d√©firent de la peur et se mirent √ lutter. Ils ne voulaient plus migrer √ la ville comme des boeufs marchant vers l’abattoir (selon l’expression du fameux po√®te uruguayen Zitarroza).

R√©sultat de tout cela, nous, leaders de luttes pour la terre de seize √‰tats br√©siliens, nous nous sommes r√©unis √ Cascabel, en janvier 1984, motiv√©s par le travail pastoral de la Commission Pastorale de la Terre (CPT). Et l√ -bas, apr√®s cinq jours de d√©bats, de discussions, de r√©flexions collectives, nous avons fond√© le MST : le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre.

Nos objectifs √©taient clairs. Organiser un mouvement de masses au niveau national qui puisse conscientiser les paysans pour qu’ils luttent pour la terre, pour la r√©forme agraire (impliquant des changements plus larges dans l’agriculture) et pour une soci√©t√© plus juste et √©galitaire. Enfin, nous voulions combattre la pauvret√© et l’in√©galit√© sociale. Et la cause principale de cette situation √ la campagne, c’√©tait la concentration de la propri√©t√© de la terre, connue sous le nom de latifundium.

Nous n’avions pas la moindre id√©e de si c’√©tait possible. Ni de combien de temps il nous faudrait pour atteindre nos objectifs.

Vingt-cinq ann√©es ont pass√©. C’est beaucoup de temps. Ce furent des ann√©es de nombreuses luttes, et de mobilisations et d’une obstination constante, celle de toujours lutter et de nous mobiliser contre le latifundium.

Nous avons pay√© cher cette obstination. Durant le gouvernement Collor, nous f√ »mes durement r√©prim√©s avec, y compris, la cr√©ation d’un d√©partement sp√©cialis√© ‘sans terre’ √ la Police f√©d√©rale. Ensuite, avec la victoire du n√©olib√©ralisme du gouvernement de Fernando Enrique Cardoso, le feu vert fut donn√© aux latifundistes et √ leurs policiers provinciaux pour attaquer le mouvement. Et rapidement nous conn√ »mes deux massacres : Corumbiara et Caraj√°s. Tout au long de ces ann√©es, des centaines de travailleurs ruraux pay√®rent de leur propre vie le r√™ve de la terre libre.

Mais nous avons continué la lutte.

Nous avons frein√© le n√©olib√©ralisme en √©lisant le gouvernement Lula. Nous avions l’espoir que la victoire √©lectorale puisse d√©clencher une nouvelle croissance du mouvement de masses et, et de ce fait, que la r√©forme agraire soit renforc√©e pour √™tre (enfin) mise en oeuvre. Il n’y a pas eu de r√©forme agraire durant le gouvernement Lula. Au contraire, les forces du capital international et financier, au travers de ses entreprises transnationales, ont √©tendu leur contr√īle sur l’agriculture br√©silienne. Aujourd’hui, la plus grande partie de nos richesses, la production et la distribution de marchandises agricoles sont sous le contr√īle de ces entreprises. Elles se sont alli√©es avec les propri√©taires terriens capitalistes et ont produit le mod√®le d’exploitation de l’agrobusiness. Beaucoup de ses porte-paroles se sont h√Ęt√©s √ annoncer dans les colonnes des grands journaux de la bourgeoisie que le MST allait p√©ricliter. Malentendu trompeur.

L’h√©g√©monie du capital financier et des transnationales sur l’agriculture n’est heureusement pas venu √ bout du MST. Pour le seul motif que l’agrobusiness ne pr√©sente aucune solution aux probl√®mes des millions de pauvres qui vivent en milieu rural. Et le MST est l’expression de la volont√© de lib√©ration de ces pauvres.

La lutte pour la r√©forme agraire qui, avant, se basait seulement sur l’occupation de terres du latifundium est devenue aujourd’hui plus complexe. Nous devons lutter contre le capital. Contre la domination des entreprises transnationales. La r√©forme agraire a cess√© d’√™tre cette mesure classique : exproprier de grands latifundios et distribuer la terre en lots aux paysans pauvres. Maintenant, les changements en milieu rural pour combattre la pauvret√©, l’in√©galit√© et la concentration des richesses d√©pendent de changements non seulement de la propri√©t√© de la terre mais aussi du mod√®le de d√©veloppement. Aujourd’hui, les ennemis sont aussi les entreprises internationalis√©es qui dominent les march√©s mondiaux. Cela signifie aussi que les paysans d√©pendront chaque fois plus des alliances avec les travailleurs de la ville pour pouvoir avancer dans leurs conqu√™tes.

Heureusement, le MST a acquis de l’exp√©rience au cours des ces 25 ann√©es. Un savoir n√©cessaire pour d√©velopper de nouvelles m√©thodes, de nouvelles formes de lutte de masse qui puissent r√©soudre les probl√®mes du peuple.


En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous:

Source : publi√© en portugais par la Revista Caros Amigos, S√£o Paulo, janvier 2009, et en espagnol par ALAI, janvier 2009.

Traduction : Fr√©d√©ric L√©v√™que, RISAL.info.

Les opinions exprimťes et les arguments avancťs dans cet article demeurent l'entiŤre responsabilitť de l'auteur-e et ne reflŤtent pas nťcessairement ceux du Rťseau d'Information et de Solidaritť avec l'Amťrique Latine (RISAL).