Les fac√©ties d’Alexandre Adler : Hugo Chavez, ¬« gorille populiste ¬ » et ¬« antis√©mite ¬ »
par Henri Maler
Article publiť le 9 septembre 2004

L’omnipr√©sence d’Alexandre Adler, √©ditorialiste multicarte et expert en tout, interdit, sauf √ s’y consacrer √ plein temps, de pouvoir b√©n√©ficier de toutes ses fac√©ties, des plus grotesques au plus vulgaires  [1]. Parfois, on rel√®ve ... et on oublie. Pourtant, les d√©licieux commentaires que ledit Adler a fait para√ģtre dans Le Figaro du 18 ao√ »t 2004 sous le titre ¬« Chavez, mi-Peron et mi-Guevara ¬ » sont inoubliables.

Cela commence merveilleusement bien : ¬« La victoire du semi-Caudillo v√©n√©zu√©lien Hugo Chavez est un tournant de l’histoire politique de l’Am√©rique latine.M√™me amplifi√©e par des fraudes et des bourrages d’urnes, elle est n√©anmoins incontestable. ¬ »[soulign√© par nous] Adler le sait : la victoire est ¬« incontestable ¬ », mais elle a √©t√© ¬« amplifi√©e par des fraudes et des bourrages d’urnes ¬ » ... m√™me si cette victoire a √©t√© enregistr√©e par un vote √©lectronique et non par un d√©compte des bulletins de vote d√©pos√©s dans des urnes. Mais l’ignorance d’Alexandre n’est pas frauduleuse...

Poursuivons : ¬« Mais, comme la langue d’Esope, cette victoire du populisme cr√©ole est √ la fois la pire et la meilleure des choses. ¬ ». ¬ » [soulign√© par nous]

Ainsi, la ¬« victoire du semi-Caudillo ¬ » est une ¬« victoire du populisme cr√©ole ¬ ». La prose d’Adler, √ la diff√©rence de la langue d’Esope, est √ la fois la pire et ...la pire des choses. Commen√ßons par le pire...

Hugo Chavez ? Un produit de synth√®se...

¬« Commen√ßons par le pire : l’Argentine [...] a engendr√©, du temps de sa fragile prosp√©rit√©, deux aberrations id√©ologiques durables : le p√©ronisme et le gu√©varisme. Oppos√©es en apparence, puisque Peron √©tait un fasciste sympathisant actif de Mussolini et d’Hitler tandis que Guevara √©tait, en tant qu’√©l√®ve du grand avocat de gauche Silvio Frondizi, un semi-trotskiste √ la recherche d’une r√©volution latino-am√©ricaine originale, les deux id√©ologies se sont pourtant rencontr√©es sur l’essentiel. Toutes deux se fondent sur l’ex√©cration du mod√®le de libert√© nord-am√©ricain. ¬ »

Oppos√©es en apparence, convergentes en r√©alit√© : de son pass√© stalinien, Alexandre n’a gard√© que les meilleures postures du savoir absolu et les pires le√ßons de la dialectique. A moins que la dialectique en question ne soit, plus trivialement, celle qui permet d’√©crire des dissertations sur n’importe quoi. Th√®se : Peron. Antith√®se : Guevara. Synth√®se : Chavez.

Apr√®s une grande le√ßon sur le p√©ronisme [2], Alexandre poursuit : ¬« Le jeune Che Guevara, issu d’une famille d’intellectuels de gauche, ne partage pas l’id√©ologie p√©roniste mais en conservera toutes les illusions : anti-am√©ricanisme fanatique dans lequel il poussera un Fidel Castro, lui aussi √©lev√© dans ce culte barbare par un p√®re espagnol et franquiste, vaincu de la guerre de 1898, populisme foncier [...] mais surtout m√©pris de fer pour les difficult√©s de la production. ¬ ». On souligne... et on continue.

Apr√®s une grande le√ßon sur le gu√©varisme [3], qu’il vaut √©pargner √ nos lecteurs, Alexandre-le-dialecticien en vient √ la ¬« synth√®se ¬ » des oppos√©s : ¬« Chavez est le r√©sultat d’une synth√®se particuli√®rement perverse de ces deux mouvements pulsionnels n√©s de la grande d√©tresse argentine [...] ¬ »

P√©roniste ? ¬« [...] il est p√©roniste car, comme son ma√ģtre, c’est un militaire autoritaire et putschiste [...] Tout comme Peron encore, Chavez, apr√®s une tentative infructueuse de coup d’Etat pur, s’impose √ un syst√®me d√©mocratique scl√©rotique et exsangue [...] [4].

Gu√©variste ? ¬« C’est ici que l’on retrouve le gu√©varisme de Chavez : si Peron avait pris l’Argentine en 1943, avec toutes les facilit√©s que cela lui permit initialement et le ralliement enthousiaste d’une partie des classes moyennes, Chavez, lui, est pl√©biscit√© au bas de la pente en 1995 alors que la d√©pression de la rente p√©troli√®re a profond√©ment √©rod√© la soci√©t√© v√©n√©zu√©lienne. ¬ »

Faute d’avoir trouv√© le ¬« gu√©varisme ¬ » dans la phrase qui pr√©c√®de, on s’attend √ le d√©couvrir dans celles qui suivent. Peine perdue : ce n’est qu’un bavardage sur la gauche du pays qui s’ach√®ve par ce diagnostic : ¬« Chavez [...] tient un discours essentiellement de gauche ¬ ». Quelle surprise !

Ce n’est pas la derni√®re.

Hugo Chavez ? Un criminel de gauche

Mais reprenons. ¬« Chavez [...] tient un discours essentiellement de gauche ¬ »Voil√ au moins qui m√©rite explication. La voici :

¬« Chavez [...] tient un discours essentiellement de gauche : r√©forme agraire qui ici touche en les spoliant non les propri√©taires absent√©istes d’autrefois mais une agriculture productiviste de paysans moyens ; redistribution sans progr√®s de la productivit√© de ce qui reste de la rente p√©troli√®re sous forme de cadeaux sans lendemain, tandis que s’effritent tous les jours les infrastructures du pays ; contingentement et r√©glementation des exportations industrielles et agricoles d√©j√ faibles, en partie pour ruiner d√©lib√©r√©ment le monde des entrepreneurs fonci√®rement hostiles au chef. [...] ¬ » .

Ici, tout est aussi faux que dans la pire des propagandes de l’opposition v√©n√©zuelienne, mais Adler n’a pas besoin de savoir pour savoir... Il est donc inutile de lui r√©pondre.

¬« Voil√ pour les mauvaises choses : la victoire nette de Chavez est la confirmation de la force du populisme qui balaie aujourd’hui toute l’Am√©rique du Sud. M√™me la Colombie de droite et le Chili de centre gauche, qui sont encore √©pargn√©s par le cyclone, ne manqueront pas d’en √™tre affect√©s. Chavez, vainqueur aujourd’hui, c’est pour reprendre Barbey d’Aurevilly : ¬« Le bonheur dans le crime.¬ ».

Ce court trait√© de populisme et de criminologie confondus n’est pas fini. Au d√©tour de cette fresque, on d√©couvre, entre autres choses √©tranges, celle-ci : oppos√©es en apparence, AD et Copei sont identiques en r√©alit√©. Mais pour une raison d√©sesp√©rante : ils sont tous ... populistes ! : ¬« [...] les radicaux argentins ont ici pour √©quivalents l’Action d√©mocratique, un parti de type social-d√©mocrate europ√©en qui fut grand sous son fondateur Romulo Betancourt, et les conservateurs une formation d√©mocrate-chr√©tienne, le Copei, dont les dirigeants finirent dans les ann√©es 80 par adopter le m√™me programme populiste inepte que leurs adversaires du centre gauche . ¬ » [soulign√© par nous]

Tout est populiste au Venezuela. Voici comment on peut arriver √ cette conclusion :
Th√®se : Tout. Antith√®se : N’importe quoi. Synth√®se : Adler.

Et Adler de nous compter la fabuleuse histoire que voici :

¬« Mais il y a aussi un bon c√īt√© dans cette affaire : c’est le triomphe de la diplomatie br√©silienne qui, patiemment, est √ la recherche d’une voie non antagoniste d’ind√©pendance des Etats-Unis. ¬ » Plus exactement, c’est le triomphe d’un compromis entre le r√©gime br√©silien qui ne peut pas ¬« se permettre de voir le Venezuela rebasculer dans le camp am√©ricain ¬ » et des Etats-Unis qui ¬« ne souhaitent pas √ pr√©sent une d√©faite trop large de Chavez ¬ », pour des motifs p√©troliers. De l√ cette cons√©quence : ¬« Les Am√©ricains n’avaient plus qu’une exigence : que Chavez organise le r√©f√©rendum de r√©vocation qui a constitu√© une sorte de pr√©sidentielle anticip√©e. Les Br√©siliens ont obtenu en √©change le l√Ęchage par Washington de l’opposition v√©n√©zu√©lienne et l’absence totale de pression sur Caracas. ¬ ».

Vous avez bien lu : ¬« L’absence totale de pression de Washington sur Caracas ¬ » ! Parole d’expert !

Hugo Chavez ? Un gorille antis√©mite

Au milieu de cette histoire l√©gendaire, la figure oblig√©e de l’opposition entre Lula et Chavez permet √ Adler de justifier sa r√©putation. M√™me en retirant quelques boursouflures (c’est-√ -dire, dans la pens√©e adl√©rienne, l’essentiel), il reste ceci : ¬« [...] tout oppose en effet le r√©gime de Lula et celui de Chavez. Chez les dirigeants br√©siliens du Parti des travailleurs, on ne trouve aucun exc√®s √©conomique [...] aucun populisme irresponsable, aucune d√©magogie en mati√®re de r√©forme agraire, aucune apologie du protectionnisme industriel et, bien que cela soit un √©l√©ment secondaire, pas trace de l’antis√©mitisme populiste que Chavez a contract√© au contact de ses interlocuteurs les plus extr√©mistes dans l’Opep. ¬ » [soulign√© par nous]

L√ on ne commente plus, on s’extasie !

Le semi-caudillo cr√©ole, synth√®se du fascisme de P√©ron et du semi-trotskysme de Gu√©vara, est un populiste antis√©mite. Et ce n’est pas fini, comme le pr√©cise, en incise, ce sobre constat d’un expert : ¬« le d√©sir √©vident √ l’entendre qu’√©prouve Chavez, le gorille bolivarien ainsi remis en selle, de confisquer le pouvoir ¬ » est d’instaurer au Venezuela ¬« une dictature rouge-brune , √©troitement alli√©e √ Cuba ¬ ». [soulign√© par nous]

A quoi bon s’indigner ? Indiscutablement, Adler, lui, est un humano√Įde...

... D’autant plus distingu√© que c’est un humano√Įde soulag√©, puisque, dit-il, la perspective d’une dictature rouge-brune s’√©loigne. ¬« Mais attention, tout repose ici sur le r√īle civilisateur du Br√©sil qui h√©rite curieusement, √ l’√©chelle de toute l’Am√©rique du Sud, du r√īle dont Fernand Braudel r√™vait pour le Portugal √ l’√©chelle de la p√©ninsule Ib√©rique sous Philippe II : inculquer √ des peuples hispaniques plus intol√©rants et plus violents la douce m√©lancolie lusitanienne de ceux qui n’ont jamais √©t√© r√©ticents √ m√™ler leur sang et √ cultiver un la√Įcisme improbable mais h√©doniste. ¬ ».

Apr√®s cet √©loge de l’h√©donisme portugais - dont les douceurs, √ l’√©poque de la conqu√™te de l’Am√©rique, sont r√©put√©es -, on ferme le ban !

Notes :

[1Alexandre Adler est un √©ditorialiste influent et cumulard - Le Figaro, France Culture, proche-orient.info, etc.- qui ¬« fait autorit√© ¬ » dans le champ m√©diatique fran√ßais : c’est une raison suffisante de s’int√©resser √ lui. A garder en m√©moire : ¬« Depuis le 11 septembre, je suis en guerre. (...) Dans ce nouveau combat pour moi, et qui n’√©tait plus seulement intellectuel, je dus quitter Courrier International et Le Monde, le second avec regret, le premier avec un regret m√™l√© de soulagement. (...) Je ne pouvais gu√®re, en ces temps de radicalisation, me retrouver coude √ coude avec ceux qui combattent la mondialisation, la d√©mocratie am√©ricaine et Isra√« l ¬ » (Alexandre Adler, Au fil des jours cruels, Grasset, Paris, 2003, pp. 17-18).

Visitez la page consacr√©e aux fac√©ties d’Alexandre Adler sur le site d’ACtion-CRItique-MEDias (Acrimed) : http://www.acrimed.org/mot283.html.

[2On d√©plore toujours d’avoir √ priver le lecteur des d√©tours de la pens√©e adl√©rienne et d’avoir √ prendre des raccourcis... Mais lire Adler n’est pas une promenade de sant√© : il ne faut donc pas en abuser.

[3Voir note précédente.

[4Voir notes précédentes...

Source : Acrimed (www.acrimed.org), septembre 2004.

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