Le vrai visage de nos ¬« cercles bolivariens¬ »
par Alvaro Sanchez
Article publiť le 20 janvier 2003

Que l’on soit V√©n√©zu√©lien ou non, on a parfois tendance √ oublier les v√©ritables promesses √©lectorales de l’actuel pr√©sident Hugo Ch√°vez. √€ l’inverse de ses pr√©d√©cesseurs, Ch√°vez n’a pas promis de faire un millionnaire de chaque √©lecteur. Au contraire : √ maintes reprises il a r√©p√©t√© les nombreux obstacles qui se dresseraient contre la mise en Ň“uvre des politiques n√©cessaires √ l’√©radication de la pauvret√© et √ une soci√©t√© plus √©galitaire. De fait, le programme politique de Ch√°vez incluait, notamment : la refonte du syst√®me politique v√©n√©zu√©lien ; la participation de l’√‰tat dans les affaires l’incombant directement ; une distribution plus juste des revenus ; la lutte contre la corruption, et -probablement le plus important- le devoir des pouvoirs locaux de rendre des comptes aux √©lecteurs, et la participation politique active des citoyens, √ la base, afin de rehausser leur qualit√© de vie.

Ces mouvements de base ont √©t√© baptis√©s ¬« Cercles bolivariens ¬ », du nom du p√®re de la patrie, Simon Bolivar, et c’est sous ce nom qu’ils virent le jour. Certifi√©s par le pr√©sident lui-m√™me et soutenus massivement par la population, les Cercles bolivariens regroupent dirigeants communautaires et voisins, qui travaillent main dans la main dans les bidonvilles, quartier populaires et petits villages dans tout le pays.

Un exemple : au lieu d’attendre que le pr√©sident de la R√©publique ou toute autre instance du haut gouvernement ne visite le barrio La Palomera, pr√®s de la municipalit√© de Baruta (√©tat de Miranda), les voisins et les dirigeants communautaires, essentiellement des femmes, d√©cid√®rent de prendre les choses en main et s’organis√®rent pour mettre sur pied un dispensaire local qui faisait cruellement d√©faut. Les voisins ont ensuite mis la main √ la p√Ęte pour nettoyer leur barrio et l’embellir. Partout dans le pays, les Cercles bolivariens se sont attel√©s √ un vaste travail social et politique au service des d√©munis de toujours : services d’alimentation aux affam√©s, mise sur pied d’√©coles pour enfants pauvres, octroi de fonds pour petites entreprises, etc.

Bien entendu, le pr√©sident Ch√°vez a tout fait pour fournir moyens et ressources pour que les Cercles bolivariens puissent fonctionner de mani√®re autonome. Ainsi, l’Assembl√©e nationale, avec le soutien pr√©sidentiel, adopta la l√©gislation n√©cessaire et assigna ensuite des fonds pour cr√©er une ligne de cr√©dit destin√©es aux petites entreprises et, surtout, aux initiatives de V√©n√©zu√©liens √ bas revenus, de femmes, d’am√©rindiens et d’autres minorit√©s.

√€ c√īt√© des Cercles bolivariens, le pr√©sident Ch√°vez lan√ßa le Plan Bolivar 2000, dans le cadre duquel il a mobilis√© les forces arm√©es dans les zones les plus pauvres du pays. L’objectif principal √©tait d’offrir des services de soins de sant√©, des produits alimentaires subventionn√©s, des √©quipements de construction, ainsi qu’un accompagnement scolaire et logistique aux plus n√©cessiteux, √ savoir les pauvres des bidonvilles de Caracas et d’autres grandes villes du pays.

Tout ceci est, en soi, un succ√®s majeur. Surtout dans un pays comme le Venezuela, dont les habitants ne sont malheureusement pas habitu√©s √ l’organisation communautaire de base et aux actions de d√©veloppement √ l’√©chelle locale. Le pr√©sident a ajout√© que les membres des Cercles bolivariens avaient aussi des devoirs civiques √ accomplir. Il voulait dire que les citoyens ont le devoir d’apprendre, et d’enseigner, leurs droits et responsabilit√©s d√©rivant de la Constitution. C’est ainsi que les membres des Cercles bolivariens devinrent les principaux d√©fenseurs de la Constitution du Venezuela. On se souvient que cette Constitution, ratifi√©e par 80% de la population lors d’un r√©f√©rendum national en 1999, fut purement et simplement bannie par le gouvernement de 48 heures qui prit le pouvoir apr√®s le coup d’√‰tat militaire et civil du 11 avril 2002.

Les membres des Cercles bolivariens mirent alors en pratique la formation civique re√ßue les ann√©es pr√©c√©dentes et organis√®rent des manifestations massives. Ce qui permit non seulement de remettre le pr√©sident Ch√°vez au pouvoir, mais aussi de restituer pleinement la Constitution v√©n√©zu√©lienne, dans un pays destin√© √ √™tre lib√©r√© par son glorieux peuple.

La r√©action imm√©diate de l’opposition du pays fut de diaboliser les Cercles bolivariens. Apr√®s tout, ce sont eux qui avaient sauv√© la d√©mocratie au Venezuela. Les dirigeants d’opposition et leurs partisans accus√®rent donc les Cercles bolivariens d’√™tre arm√©s et de pratiquer le terrorisme. Et les m√©dias, v√©n√©zu√©liens et internationaux, alli√©s inconditionnels de l’opposition, s’occup√®rent de diffuser ce mensonge.

En fin de compte, pour gagner l’opinion publique √ leur cause, ces organisations de base aux ressources limit√©es et aux relations publiques d√©ficientes doivent lutter contre les grandes corporations m√©diatiques mondiales. Un remake de David et Goliath, version v√©n√©zu√©lienne.

La r√©action des m√©dias est d’autant plus irrationnelle, si pas risible, qu’un programme du m√™me genre a √©t√© mis sur pied dans la r√©publique voisine de Colombie. Et ni la t√©l√©vision, ni la radio, ni la presse √©crite de ce pays n’ont encore critiqu√© l’initiative. Le pr√©sident colombien √ lvaro Uribe a en effet encourag√© ses citoyens √ s’organiser au niveau des communaut√©s de base. En revanche, contrairement au programme de Ch√°vez, fond√© sur l’am√©lioration de la qualit√© de vie et les devoirs civiques, le R√©seau d’informateurs cr√©√© par Uribe visait √ aligner, engager et plonger les paysans pauvres dans un conflit arm√© sans issue √ court terme. D’ailleurs, lorsqu’il √©tait gouverneur de l’√©tat de Antioquia, Uribe avait lanc√© un programme similaire, appel√© CONVIVIR (¬« Vivre ensemble ¬ »), aux r√©sultats catastrophiques pour les pauvres des zones rurales. Les d√©fenseurs des droits de l’Homme, en Colombie et sur la sc√®ne internationale, avaient alors accus√© le plan CONVIVIR de n’√™tre qu’un programme de ¬« paramilitarisation ¬ » institutionnalis√©e de civils. Pour les activistes des droits humains, CONVIVIR n’a absolument rien apport√© de positif aux Colombiens d√©munis.

O√Ļ √©taient les m√©dias internationaux lorsqu’il s’agit de critiquer le R√©seau d’informateurs de Uribe ? Et pourquoi les Cercles bolivariens ont-ils √©t√© jug√©s diff√©remment ? Les m√©dias internationaux devront r√©pondre √ ces questions, sous peine de voir leur cr√©dibilit√© franchement √©corn√©e. Les Colombiens eux-m√™mes devraient √©galement s’opposer aux programmes agressifs du pr√©sident Uribe, et remettre leurs m√©dias en question pour avoir regard√© ailleurs et avoir contribu√© √ aggraver le climat de confrontation en Colombie.

Les Cercles bolivariens du Venezuela n’ont encore eu aucune chance de montrer leur vrai visage. L’opposition v√©n√©zu√©lienne et les m√©dias nationaux et internationaux les ont litt√©ralement emp√™ch√© de pr√©senter leur nature humanitaire. En revanche, avec ou sans Ch√°vez, les Cercles bolivariens vont r√©solument poursuivre leur travail en faveur de la qualit√© de vie des communaut√©s. √€ cet √©gard, le pr√©sident Ch√°vez a bel et bien respect√© sa promesse √©lectorale de fournir aux pauvres les instruments n√©cessaires pour qu’ils se prennent eux-m√™mes en charge et r√©veillent leur conscience politique. Le pr√©sident Ch√°vez a sem√© cette graine. Les g√©n√©rations √ venir, et l’Histoire, lui sauront gr√© de cette g√©n√©reuse action.

Source : Progreso Weekly (www.progresoweekly.com), Rebelion (www.rebelion.org), janvier 2003.

Traduction : Gil B. Lahout, pour le RISAL.

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