Opinion
Pourquoi les classes privilégiées du Venezuela ne comprennent pas les Cercles bolivarienss
par Charles Hardy
Article publi le 12 décembre 2002

J’ai récemment lu dans un journal non commercial vénézuélien que la classe privilégiée ne comprend pas les Cercles bolivariens, car elle ignore comment les choses se passent dans les barrios lorsque quelqu’un meurt. Je pense que l’auteur avait raison. Et si cette question des funérailles dans les bidonvilles ne vous est pas familière, permettez-moi que vous éclairer.

Si quelqu’un meurt dans un hôpital public, les ’vautours’ se pressent aussitôt autour de la famille. Le terme ’vautour’ est utilisé par les habitants des barrios pour désigner les employés des pompes funèbres, postés dans les hôpitaux, guettant un décès pour fondre sur la famille et lui faire signer un contrat de service funéraire. La victime est souvent un membre de la famille très ému de sa perte, qui signe sans bien se rendre compte des termes du contrat.

Commence alors la quête de l’argent nécessaire. A peine la nouvelle du décès est-elle donnée dans le barrio que les voisins -boîtes de fer en main (cannettes vides)- font la collecte dans le quartier pour aider la famille  couvrir les frais de l’enterrement.

Je me souviens d’un cas où c’est un petit garçon qui était mort. Lorsque je suis arrivé  la maison de la famille en deuil, le père n’était pas l . Le corbillard déglingué devant mener le cercueil au cimetière n’était pas arrivé non plus.

« Où est le père ?  », demandai-je. « Il est allé payer les pompes funèbres... On l’avait menacé de l’envoyer en prison s’il ne venait pas payer tout de suite  ».

Il n’est pas rare que des enterrements soient retardés pour cette raison. Les voisins durent simplement continuer leur collecte et la famille fut obligée d’appeler d’autres parents pour réunir les fonds nécessaires. Finalement, lorsque le père arriva, je le pris en aparté.

Je savais qu’il avait dépensé jusqu’ son dernier bolivar pour payer l’enterrement de son fils, si bien que je lui remis l’équivalent d’environ 20 dollars, pour qu’il ait au moins quelque chose pour sa famille. Ensuite, le cercueil fut transporté au corbillard par le père du défunt ou plusieurs enfants du quartier (les deux pratiques sont courantes, mais dans ce cas-ci, je n’en ai plus le souvenir).

A notre arrivée au cimetière, un fossoyeur nous aida  trouver un endroit pour le cercueil.

Il nous fallu grimper la colline, enjamber une multitude de tombes. Ensuite, le fossoyeur commença  creuser, sans succès. Partout où il plantait sa pelle, il y avait déj un cercueil. A certains endroits, il ne fallait même pas creuser : on pouvait voir des bouts de cercueils, sortant de la terre lavée par les pluies antérieures.

Le fossoyeur trouva enfin un endroit et l’enfant fut enterré sous quelques pelletées.

Un ami de la famille donna au père une petite planche de bois et lui dit d’y écrire le nom de l’enfant. Apparemment, personne n’avait de quoi écrire. Finalement, quelqu’un trouva un bic et le père écrivit : J-O-N-AT-A, puis leva le regard vers moi, un peu gêné, pour me demander les larmes aux yeux : « C’est comme ça que s’écrit son nom ?  ». Je lui répondis qu’il manquait le N  la fin. La plaque était prête. L’enterrement termina.

Un autre ami s’approcha du père et lui chuchota : « Tu devrais donner quelque chose au fossoyeur  ». Le père mit la main dans sa poche et tendit  l’employé le seul argent qui lui restait : les vingt dollars que je lui avais donnés.

Quel est le rapport avec les Cercles bolivariens qui se propagent dans tout le pays, sous les fortes critiques de l’opposition ? Simplement le fait que les classes moyenne et privilégiée n’ont pas  souffrir tout le processus que je viens de décrire. Il y a des plans funéraires souscrits au préalable, des parcelles de cimetière que l’on peut acheter de son vivant... Et si l’on manque encore de fonds, il reste les cartes de crédit.

Les habitants des barrios n’ont pas ces avantages... Ils n’ont que leurs voisins. Et c’est précisément  cela que servent les Cercles bolivariens : s’avoir les uns les autres, être ensemble. Les Cercles sont composés de gens qui s’organisent pour s’entraider dans leur communauté. Le quartier peut avoir besoin d’eau ou d’électricité, d’une rue ou d’un terrain de sport.

L’opposition les décrit comme des ’groupes subversifs’ qui apprennent  mener une guerre de guérilla contre les riches.

Les membres des Cercles bolivariens n’ont cure de ce que font les riches. L’entraînement  la guerre ne les intéresse pas non plus.

Ils ont trop  faire dans leurs propres barrios.

Oui, j’en suis convaincu. Les classes riches ne comprennent rien au Cercles bolivariens, car ils ignorent ce qui se passe lorsque quelqu’un meurt dans un barrio.

Et c’est bien dommage.

Dans les classes riches et privilégiées abondent les gens de bonne volonté qui, s’ils comprenaient  quoi ressemble la vie dans les barrios, seraient s »rement, eux aussi, partisans des Cercles bolivariens.

Source : VHeadline.com (http://www.vheadline.com), Rebelion (www.rebelion.org), février 2003.

Traduction : Gil B. Lahout, pour le RISAL.

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