Faire le sale travail des Etats-Unis
Isra√« l et les paramilitaires colombiens
par Jeremy Bigwood
Article publiť le 6 juin 2003

Selon son autobiographie r√©cemment publi√©e, Carlos Casta√Īo avait √ peine 18 ans lorsqu’il arriva en Isra√« l en 1983 pour suivre un cours d’un an appel√© "562". Casta√Īo, un Colombien, est arriv√© en Terre Sainte comme un p√®lerin de plus, mais pas pour trouver la paix. Le cours "562" portait sur la guerre, et sur comment la mener √ bien. Par la suite, Carlos Casta√Īo excella en cette mati√®re en devenant le plus fervent et le plus rude leader paramilitaire de l’histoire de l’Am√©rique latine.

Casta√Īo fut pouss√© sur ce chemin quelques ann√©es auparavant, lors de l’assassinat de son p√®re, un √©leveur d√©tenu par les Forces Arm√©es R√©volutionnaires de Colombie (FARC) pour non-paiement de ¬« l’imp√īt de guerre¬ ». Comme on peut le lire dans un document de la DEA [Drug Enforcement Administration, le bureau anti-drogues de l’administration √©tats-unienne] datant de 1994 : ¬« Les groupes gu√©rilleros ont appuy√©s leurs activit√©s par l’extorsion et la prise d’otage dont les gros agriculteurs et d’autres personnes fortun√©es ont √©t√© les principales victimes¬ ».

Rendu amer par la mort de son p√®re, r√©sultat d’un tentative rat√©e de sauvetage par l’arm√©e colombienne, Carlos et son fr√®re a√ģn√© Fidel jur√®rent vengeance, une vengeance qui soutiendra tant les int√©r√™ts de la classes des grands propri√©taires terriens colombiens que, √ long terme, la politique ext√©rieure des Etats-Unis. Cette vengeance continue √ √™tre implacable jusqu’√ aujourd’hui.

Les fr√®res Casta√Īo offrirent en premier lieu leurs services comme guides au Bataillon Bombona de l’arm√©e colombienne en leur signalant les sympathisants des FARC, dans des t√Ęches de renseignements et y compris en participant √ des op√©rations militaires. Cependant, Fidel, de 14 ans plus √Ęg√© que Carlos, arriva √ la conclusion que travailler simplement pour l’arm√©e ne menait √ rien. Un des v√©t√©rans du bataillon les pr√©senta √ un escadron de la mort paramilitaire local nomm√© Caruso avec lequel ils commenc√®rent ¬« √ tuer s√©rieusement ¬ ». Lorsque la police locale commen√ßa √ enqu√™ter sur eux, ils durent op√©rer encore plus clandestinement. A la diff√©rence de ce qui se passe dans d’autres pays du Tiers Monde sous la coupe des Etats-Unis, la police et le syst√®me judiciaire colombien ont jou√© de temps √ autre un r√īle ind√©pendant de l’arm√©e.

Plus tard, selon des reportages parus dans la presse, Fidel mis sur pieds son propre escadron de la mort paramilitaire appel√© ¬« Los Tangueros ¬ » du nom de sa propri√©t√© ¬« Las Tangas¬ ». Les Tangueros ont √©t√© responsables de plus de 150 assassinats au cours des ann√©es 80 et au d√©but des ann√©es 90. Dans son livre, Casta√Īo parle ouvertement des assassinats qu’il a commis ou a commandit√©s au cours de cette p√©riode, faisant une routine de son habitude de tuer ce qu’il appelle les ¬« gu√©rillas populaires ¬ », une routine. Lors d’un seul massacre, Les Tangueros captur√®rent des douzaines de paysans dans un village. De retour √ leur propri√©t√©, ¬« ils les tortur√®rent toute la nuit √ l’arme blanche avant de d’en fusiller certains et d’enterrer les autres vivants ¬ ». Les Tangueros, avec les autres escadrons de la mort dispers√©s dans tous le pays, se sont d√©vcelopp√©s pour constituer une [force de 9000 hommes arm√©s en Colombie qui, aujourd’hui, tuent en moyenne 13 civils par jour

A l’√©poque o√Ļ le p√®re de Casta√Īo √©tait d√©tenu par les FARC, la Colombie rurale √©tait sillonn√©e par de petites et diverses unit√©s paramilitaires qui travaillaient pour l’arm√©e et les grands propri√©taires terriens. Nombre de ces groupes √©taient tout simplement les gardiens et protecteurs de la classe ais√©e locale bien que d’autres travaillaient √ la protection des ¬« nouveaux riches¬ » du commerce de la coca√Įne, de la ¬« taxation¬ » des rebelles de gauche. Certains de ces groupes avaient pour nom celui de petites bandes ou celui de leur chef. Ils s’appelaient eux-m√™mes des groupes d’¬« autod√©fense ¬ » mais si l’on tient compte de leur tendance √ travailler en coordination avec l’arm√©e colombienne , le terme de ¬« paramilitaires¬ » les d√©crit de mani√®re plus ad√©quate et c’est celui-ci qui sera utilis√© dans cet article.

Au cours des ann√©es 80, ces groupes paramilitaires √©taient d√©sesp√©r√©s, mal entra√ģn√©s et parfois √©galement impliqu√©s dans de sanglantes batailles intestines. Afin de pouvoir lancer l’offensive contre les progr√®s r√©guliers de la gu√©rilla, les paramilitaires avaient besoin tant d’√™tre unifi√©s que d’√™tre entra√ģn√©s au niveau politique et militaire. Bien qu’ils avaient les m√™mes objectifs que la politique ext√©rieure des Etats-Unis, le gouvernement √©tatsunien ne pouvait les appuyer directement √ cause de leurs techniques d’escadrons de la mort. Mais d’autres le pouvaient.

Comment Carlos Casta√Īo arriva en Isra√« l, cela reste un myst√®re, tout comme l’entit√© qui l’entra√ģna. Quoi qu’il en soit, le cours "562" qu’il suivit en Isra√« l eut un effet d√©terminant sur Casta√Īo. On peut lire dans son autobiographie, largement vendue, qui pr√©sente en fait une s√©rie d’entrevues men√©es par le journaliste espagnol Mauricio Aranguren Molina : ¬« Mais substantiellement quelque chose m’a marqu√©, j’ai appris √ me comporter diff√©remment.... Ma vision de cette guerre changea radicalement apr√®s mon voyage en Isra√« l ¬ ».

En Isra√« l, Casta√Īo fut bien √©videmment un √©l√®ve assidu et tr√®s motiv√©. De ses cours, il se rappelle :

¬« Contrairement √ ce que les gens pensent, on √©tudiait avec plus d’acharnement dans les auditoires que dans la pratique. Les conf√©rences abordaient la fa√ßon dont fonctionne le monde, r√©guli√®rement et irr√©guli√®rement.... J’ai compl√©t√© mon √©ducation l√ -bas car on insistait sur le comportement, la fa√ßon de s’habiller et de parler en public. J’ai suivi un cours consacr√© √ comment entrer et r√©server une chambre dans un h√ītel, √ se d√©placer proprement dit. On analysait la fa√ßon de se comporter face √ la police de l’immigration dans les a√©roports, on lisait dans les biblioth√®ques et on travaillait durant de longues sessions l’auto-estime et l’assurance que doit avoir tout individu. Il s’agissait d’un processus in√©galable qui m’a appris √ me valoriser et √ avoir confiance en moi, √ avoir le dessus dans des moments difficiles gr√Ęce √ l’intimidation ¬ ».

Et, sans aucun doute, encore plus important pour cet √©l√®ve appliqu√©, ¬« nous avons suivi des expos√©s sur le commerce des armes dans le monde, sur la fa√ßon d’acheter des armes ¬ ».

Bien entendu, il y eut aussi des cours √ proprement parler militaire :

¬« Dans la pratique, nous suivions des cours de strat√©gies urbaines, comment assurer la protection d’une personnalit√©, comment ils pouvaient assassiner la personne prot√©g√©e ou comment on doit l’ex√©cuter le cas √©ch√©ant. Nous avons appris √ bloquer une voiture blind√©e et √ utiliser les grenades √ fragmentation pour forcer l’entr√©e d’un objectif, nous nous sommes entra√ģn√©s avec des lance-grenades multiples, √ tirer des coups pr√©cis avec des RPG7 ou √ introduire un obus par une fen√™tre ¬ ».

Il b√©n√©ficia √©galement ¬« de cours compl√©mentaires sur le terrorisme et l’anti-terrorisme, de tirs de nuit et de parachutisme, nous avons √©galement appris √ fabriquer des explosifs manuellement. Enfin, on nous a enseign√© ce que savent les Isra√©liens ; mais, pour √™tre sinc√®re, peu de ce que j’ai appris √©tait applicable dans le type de guerre que vit la Colombie. J’ai re√ßu une bonne √©ducation de base et, plus important, j’ai appris √ dominer et √ contr√īler la peur.... ¬ »

Casta√Īo a ainsi suivi un entra√ģnement qu’il n’aurait jamais pu suivre sans la permission expresse des plus hautes autorit√©s des Forces de D√©fense d’Isra√« l, par exemple lorsque ¬« nous r√©alisions des manŇ“uvres a√©riennes et ils nous parachutaient durant la nuit sur une √ģle de la M√©dit√©rann√©e, je devais me lester pour √©quilibrer la vitesse de la chute ¬ ». En tout √©tat de cause, des sources du quotidien isra√©lien Ha’aretz ont mis en doute la v√©racit√© de cette histoire lorsque un journaliste leur a pos√© des questions √ ce sujet.

Selon son livre, Casta√Īo n’a pas uniquement √©tudi√© en Isra√« l, il profitait de son temps libre pour rencontrer des soldats colombiens qui suivait un entra√ģnement militaire r√©gulier dans ce pays - des soldats qui comptent parmi les pires ¬« violeurs¬ » des droits humains de l’h√©misph√®re occidental √©taient entra√ģn√©s par quelques-uns des pires ¬« violeurs¬ » des droits humains du Moyen Orient. Mais ce sont pr√©cis√©ment ces connections qui allaient se r√©v√©ler bien utiles dans le futur :

¬« J’ai eu √©galement la chance de conna√ģtre des militaires de notre pays, les hommes du bataillon Colombia, dans le d√©sert du Sina√Į. Je ne connut pas le bataillon mais, durant mes jours de repos, nous nous rencontrions dans des lieux qu’ils fr√©quentaient r√©guli√®rement, j’ai eu des √©changes avec des amis officiers et des sergents ¬ ».

Casta√Īo r√©sume son √©piphanie en Isra√« l dans les termes suivants : ¬« A mon retour au pays, j’√©tais une autre personne. [J’ai appris une infinit√© de choses en Isra√« l et je dois √ ce pays une partie de ma culture et de mes progr√®s humains et militaires bien que, je le r√©p√®te, je n’ai pas seulement appris en Isra√« l ce qui est en relation le th√®me de l’entra√ģnement militaire. Je suis revenu de l√ -bas convaincu qu’il √©tait possible d’√©craser la gu√©rilla en Colombie. J’ai commenc√© √ voir comment un peuple parvient √ se d√©fendre contre le monde entier. J’ai compris comment impliquer dans la ’cause’ quelqu’un qui avait quelque chose √ perdre dans une guerre pour le transformer en ennemi de mes ennemis ¬ ».

En 1985, peu de temps apr√®s le retour de Casta√Īo en Colombie, quelques-uns des groupes paramilitaires qui √©taient apparus se sont retrouv√©s compl√®tement d√©pendants de l’argent du narcotrafic. En effet, quelques unit√©s paramilitaires s’√©taient transform√©es en cordons de protection pour le trafic de drogues. Pour √™tre juste, il est vrai que certains groupes paramilitaires n’√©taient pas impliqu√©s dans la protection illicite du trafic de drogues ou dans d’autres aspects de ce commerce : certains √©taient des ex-gardiens de grands propri√©taires terriens, grands √©leveurs ou d’autres personnes de ce genre. Un document ¬« secret ¬ » des services de renseignements colombiens (la DAS) comprend un chapitre intitul√© ¬« Contamination des groupes d’autod√©fense par le narco-trafic ¬ ». Ce texte mentionne des dates et des lieux bien qu’il n’y ait pas de preuves que cela se soit d√©j√ pass√© avant. ¬« La crise √©conomique √ laquelle √©taient confront√©s les groupes d’autod√©fense en 1985 a pu √™tre r√©solue via une alliance avec le narcotrafic.... Cette alliance a d√©but√© vers le milieu de l’ann√©e 1985 lorsque des groupes d’autod√©fense ont intercept√© une jeep charg√©e de coca√Įne. Apr√®s des n√©gociations avec les trafiquants, √ l’initiative de Henry Perez, les groupes d’autod√©fense ont rendu la jeep et la drogue confisqu√©es √ ses propri√©taires en √©change d’une camionnette Toyota quatre portes de fabrication v√©n√©zu√©lienne.... ¬ ». Il faut noter qu’Henry Perez faisait partie du groupe paramilitaire Caruso, √ cette √©poque √©galement connu sous le nom de ¬« Groupe d’autod√©fense du Magdalena Medio ¬ » comme l’√©taient ceux de Casta√Īo. De fait, Casta√Īo consid√®re Henry Perez comme l’un des ¬« p√®res¬ » des paramilitaires, tout comme son fr√®re Fidel (mentionn√© dans ce document de la DAS) et Alejandro Alvarez Henao p√®re du bataillon Bombona d√©j√ cit√© qui avait pr√©sent√© les fr√®res √ leur premier escadron de la mort. A partir de ce moment, les paramilitaires s’√©tendirent, prot√©geant les op√©rations du cartel de Medellin et d’autres, y compris celles du cartel de Cali.

La DEA avait √©galement fait les m√™mes observations : ses agents avaient remarqu√© une connexion entre les paramilitaires et le narcotrafic au moins d√®s 1993 : ¬« Les services secrets indiquent que certains groupes priv√©s paramilitaires de Colombie ont √©t√© coopt√©s par les organisations du trafic de coca√Įne. Au cours des ann√©es 80, les groupes d’autod√©fense du Magdalena Medio, parmi les groupes les plus importants, avaient des relations √©troites avec le cartel de Medellin ¬ ».

Un an plus tard, dans un autre rapport, la DEA observe une relation entre les rebelles de gauche et le commerce de la drogue en indiquant de mani√®re ad√©quate : ¬« En d√©pit du fait que les forces de s√©curit√© colombiennes affirment fr√©quemment que les unit√©s des FARC sont directement impliqu√©es dans les op√©rations du narcotrafic, l’implication ind√©pendante des groupes insurg√©s dans la production locale de drogues en Colombie, son transport et sa distribution, est limit√©e.... Aucune preuve cr√©dible n’indiquent que les directions nationales des FARC ou de l’ELN aient engag√©, comme un objectif politique, leurs organisations dans la production ou la distribution ind√©pendante de drogues. En outre, l’on sait que ni les FARC ni l’ELN n’ont √©t√© impliqu√©es dans le transport, la distribution ou la vente de drogues illicites aux Etats-Unis ou en Europe ¬ ». En d’autres termes, les groupes insurg√©s de gauche ¬« taxaient ¬ » la production de coca ou le transport de ses d√©riv√©s dans leurs zones de contr√īle, mais n’√©taient pas impliqu√©s dans la fabrication, le transport ou la vente de la coca√Įne - √ l’inverse des paramilitaires qui utilisaient et utilise des laboratoires de fabrication et √©taient et sont toujours activement impliqu√©s dans les transport de drogues vers l’√©tranger. Il existe d’autres indications non prouv√©es d’une plus grande implication des groupes insurg√©s dans le commerce de la drogue depuis la publication de ce rapport.

Les dirigeants paramilitaires ont √©galement √©tablis des √©coles d’entra√ģnement clandestin en Colombie ou ¬« √©coles de sicarios¬ » comme elles √©taient appel√©es dans le rapport secret de la DAS de 1989 cit√© plus haut. La premi√®re de ces √©coles d√©couvertes s’appelait ¬« El Tecal ¬ » et offrait l’entra√ģnement aux premi√®res forces paramilitaires. Etant donn√© que ces derni√®res s’√©tendirent profond√©ment √ l’int√©rieur du pays et qu’elles re√ßurent d’importants financements issus du commerce de drogues, elles √©tablirent des √©coles dans d’autres r√©gions. On peut citer ¬« Cero Uno situ√©e au kilom√®tre 9 de la route Puerto Boyoc√°-Zambito ¬ », et ¬« El Cincuenta ¬ » [appel√©e ¬« La 50¬ » dans le livre de Casta√Īo], situ√©e sur la route El Delirio - Ariz√° (Santander)¬ ». Il existait √©galement des ¬« √©coles satellites ¬ » qui portaient des noms tels que ¬«  Galaxias ¬ », qui font penser √ des noms de bars ou de maisons de tol√©rance. Selon le rapport de la DAS ¬« De ces √©coles, sortaient le personnel destin√© √ incorporer la structure ¬« paramilitaire-narcotraficante ¬ » afin d’accomplir quatre t√Ęches sp√©cifiques :

a. prot√©ger la communaut√© et les propri√©t√©s du narcotrafic des pers√©cutions de la gu√©rilla et des groupes rivaux ;

b. veiller √ la protection personnelle des personnalit√©s du cartel et des groupes d’autod√©fense, assimil√©e √ la fonction ¬« d’escorte ¬ » ;

c. produire de la coca√Įne dans les laboratoires de l’organisation ;

d. Commettre des attentats contre les membres de l’Uni√≥n Patri√≥tica (parti politique l√©gal de gauche li√© aux FARC qui fut le seul du continent √ avoir √©t√© d√©cim√© par les assassinats politiques) et contre les repr√©sentants du gouvernement ou d’autres partis politiques qui s’opposaient au narco-trafic ¬ ».

Pour √™tre candidat √ l’entra√ģnement de ces ¬« √©coles pour assassins ¬ », il fallait se pr√©senter √ Henry Perez ou √ ses acolytes, tous amis des fr√®res Casta√Īo. Les √©tudiants √©taient s√©lectionn√©s ¬« en fonction de la recommandation expresse d’un √©leveur, d’un agriculteur ou d’un narcotrafiquant de la r√©gion ¬ » et en r√©pondant √ des questions telles que : quelle est ton id√©ologie ? serais-tu capable de tuer ton p√®re, ta m√®re et ton fr√®re si il est prouv√© qu’ils sont des gu√©rilleros ? On disait aux candidats que la guerre pourrait durer toujours et que l’unique ennemi √©tait le communisme. Ensuite ¬« une fois v√©rifi√©es les informations donn√©es par le candidat et √©valu√©e sa fiabilit√©, on l’incorporait √ un programme d’entra√ģnement de base apr√®s un examen m√©dical pr√©alable. Au cours de la premi√®re √©tape de l’entra√ģnement, on s√©lectionnait ceux qui paraissaient les plus aptes pour les appareils financiers (production de drogues) et de s√©curit√© (escortes, patrouilles). Le cours incluait des le√ßons sur a) les techniques de camouflages, b) le maniement des armes et les manoeuvres c) les explosifs, d) l’auto-d√©fense, e) la pr√©servation de son identit√©, f) les escortes g) les renseignements, h) le contre renseignement, i) les communications, j) les premiers secours ¬ ».

Cependant, apparemment cet entra√ģnement des Colombiens n’√©taient pas suffisants et, en 1987, ils demand√®rent l’aide des Isra√©liens, probablement via les interm√©diaires de l’arm√©e colombienne.

Dans les m√©dias, les 16 entra√ģneurs isra√©liens et les quelques Britanniques furent pr√©sent√©s comme des ¬« mercenaires ¬ », sans doute √ cause des pr√©jug√©s des agents de la DAS, qui √©crivirent un rapport les concernant. Les entra√ģneurs militaires √©trangers √©taient loin d’√™tre des mercenaires ordinaires - ils agissaient clairement avec l’approbation du gouvernement, certainement avec celle d’Isra√« l et probablement avec l’appui de certaines institutions des Etats-Unis - comme nous le verrons plus loin. Casta√Īo, qui assista √ ces cours, affirme que des membres de l’arm√©e colombienne s’√©taient mis d’accord et recevaient un entra√ģnement de la part du fameux officiel isra√©lien Yair Klein.

Une nouvelle fois, Henry Perez, qui choisissait les candidats, fut l’alli√© de Casta√Īo avec le narcotrafiquant Gonzalo Rodriguez Gacha. Selon son livre, Casta√Īo prit part √ ces cours et son organisation s’occupa de 5 des 50 √©tudiants . Selon le document de la DAS :

a. ¬« Un groupe de cinq isra√©liens prenaient en charge le cours appel√© ¬« Pablo Emilio Guarin Vera ¬ » dans le centre de formation ¬« El Cincuenta ¬ » de Puerto Boyoc√ ¬ ».

b. ¬« Les instructeurs sont rest√©s dans la zone 45 jours apr√®s √™tre entr√©s dans le pays par Cartagena (Bol√≠var). Initialement ils furent log√©s dans la r√©sidence El Rosario de Puerto Boyoc√° puis dans une maison de campagne de l’organisation situ√©e sur la Isla de la Fantasia sur la Cienaga de Palagua ¬ ».

Trente √©tudiants furent r√©compens√©s en tant que meilleurs √©l√©ments et purent aller s’entra√ģner en Isra√« l comme l’avait fait Casta√Īo : ¬« En accord avec ce que les instructeurs souhaitaient, on projetait d’envoyer les 30 meilleurs √©l√®ves de l’√©cole √ un cours sp√©cial qui aurait lieu en Isra√« l ¬ ». Trente paramilitaires envoy√©s en Isra√« l ont d√ » clairement recevoir l’autorisation des Forces de D√©fense de ce pays, du gouvernement isra√©lien. Il est difficile d’imaginer une autre solution pour un pays continuellement en √©tat de guerre.

Il existait √©galement des connexions avec la Contra nicaraguayenne : ¬« Teddy, l’interpr√®te isra√©lien, manifesta d√®s le d√©but la n√©cessit√© d’acc√©l√©rer l’instruction et d’abr√©ger le cours en raison des engagements qu’ils avaient au Honduras et au Costa Rica afin d’entra√ģner les contras nicaraguayen ¬ ». Quiconque pense qu’ils n’√©taient que de simples mercenaires devrait bien analyser ces activit√©s. A cette √©poque, on ne pouvait entrer dans ces campements de contras situ√©s au Honduras et au Costa Rica, et a fortiori un groupe d’hommes arm√©s, qu’avec l’approbation expresse du gouvernement √©tatsunien et en particulier celle du D√©partement d’Etat et de la CIA. Ces Isra√©liens avaient √©videmment la confiance des plus haut √©chelons des gouvernements d’Isra√« l et des Etats-Unis.

Au cours de cette p√©riode, et jusqu’√ aujourd’hui, l’Etat colombien a d√©montr√© qu’il n’√©tait pas un simple monolithe. Encore aujourd’hui, et en d√©pit de l’influence √©tatsunienne, on peut rencontrer des Ministres, comme celui de l’environnement ou le Defensor des droits humains qui s’opposent √ la ligne officielle d√©finie par le D√©partement d’Etat au travers de la pr√©sidence ou d’un autre ministre. Cela explique pourquoi une partie de l’Etat colombien, la justice et la police, ont √©t√© clairement perturb√©e par les avanc√©es des paramilitaires et qu’en 1990, des unit√©s de la police ont forc√© l’entr√©e d’une propri√©t√© de Casta√Īo et ont exhum√© 24 corps en √©tat de d√©composition dont certains pr√©sentaient des signes de torture.

Il y eut d’autres probl√®mes √©galement : la concurrence entre les cartels de la drogue de Medellin et de Cali s’intensifiait. Selon le rapport des services de la DEA de 1993, ¬« En 1990, pour des raisons qui ne sont pas claires, les unit√©s d’autod√©fense du Magdalena Medio et le cartel de Medellin sont devenus des ennemis acharn√©s¬ ». Un ancien alli√©, le chef du cartel de Medellin Pablo Escobar, a √©t√© pourchass√© par l’Etat colombien, aid√© par les services secrets des Etats-Unis et la DEA. Les fr√®res Casta√Īo, sous le nouveau nom de l’organisation, MAS, ont pr√™t√© main forte aux Colombiens et aux Etatsuniens dans la recherche d’Escobar, qui culmina par sa mort. Carlos avait aussi des liens avec l’escadron de la police qui tua Escobar et il connaissait par ailleurs, depuis qu’ils avaient √©t√© ensembles en Isra√« l, ¬« le fr√®re du fameux colonel de police Hugo Martinez Poveda, commandant du groupe de recherche [Bloque de B√ļsqueda] qui a tu√© Pablo Escobar ¬ ».

Une fois Escobar hors-jeu, les fr√®res Casta√Īo consolid√®rent et unifi√®rent les paramilitaires sous le nom de ¬« Autod√©fenses Unies de Colombie ¬ », mieux connues sous le nom de AUC. Comme le reporter Scott Wilson du Washington Post l’√©crivit :

¬« De ces escadrons de la mort, le groupe d’autod√©fense paysan de Cordoba et Uraba (ACCU) prit de l’envergure, le plus ancien et le plus grand de la conf√©d√©ration des arm√©es priv√©es du pays. Ce fut le r√©sultat de l’autorit√© de Carlos Casta√Īo : il transforma une force de protection r√©gionale en un mouvement politique national. ¬ »

L’effet fut dramatique. Les paramilitaires grandirent, de quelques milliers √ neuf mille ou plus, et comme la revue Time Magazine l’affirma en 2000 : ¬« La peur de repr√©sailles de la part des AUC est une des raisons qui a pouss√© au moins un million de paysans √ abandonner leurs terres au cours de la derni√®re d√©cennie ¬ ». Tout comme les contras au Nicaragua, les escadrons de la mort guat√©malt√®ques ou salvadoriens, les paramilitaires √©taient connus pour leur utilisation d’une violence extr√™me afin de terroriser la population et, au moins en une occasion, les unit√©s paramilitaires utilis√®rent des tron√ßonneuses pour torturer et tuer leurs victimes.

Mais il y eut aussi des pertes dans le camp des paramilitaires. En 1994, le fr√®re a√ģn√© de Carlos, Fidel ou ¬« Rambo ¬ » comme on l’appelait, c’est-√ -dire un des leaders des paramilitaires, fut, selon Carlos, assassin√© lors d’un affrontement avec les FARC dans le nord de la Colombie. Quoi qu’il en soit, il subsiste des doutes sur sa mort. Certaines personnes au sein du D√©partement d’Etat le croient toujours en vie et des rumeurs publi√©es dans un article r√©cent affirment qu’il vivrait en Isra√« l. Quelque soit la v√©rit√©, Carlos prit le commandement des paramilitaires √ partir de ce moment et le mouvement prit encore de l’ampleur. Il acquit m√™me une force a√©rienne rudimentaire qui fut toujours attribu√©e aux gu√©rillas par la contre-propagande de la CIA pour ainsi pousser la presse commerciale √ plaider en faveur d’une augmentation de l’aide militaire √©tats-unienne pour appuyer le gouvernement colombien.

En r√©alit√©, les groupes insurg√©s ne poss√©dait pas de force a√©rienne, mais les paramilitaires bien et c’est toujours le cas. A la fin des ann√©es 90, les paramilitaires ont fait l’acquisition de quelques h√©licopt√®res ainsi que de m√©caniciens qui assurent leur entretien et les entra√ģnements au vol. Les h√©licopt√®res sont extr√™mement chers √ acheter et √ entretenir mais tr√®s utiles dans ce type de guerre, comme Carlos s’en rendit vite compte. Selon son autobiographie, ils lui ont sauv√© la vie lors des f√™tes de fin d’ann√©e en 1998 lorsqu’un grand contingent des FARC attaqua son camp de base lors d’un assaut surprise. Ce fut le pilote n√© en Sicile, entra√ģn√© par Isra√« l et commandant paramilitaire, Salvatore Mancuso, qui l’√©vacua dans un h√©licopt√®re paramilitaire.

Selon sa propre autobiographie et des dizaines d’articles de presse, Casta√Īo s’est r√©uni souvent en secret avec des fonctionnaires du gouvernement. Mais les rencontres de 2000 eurent lieu publiquement. Le 6 novembre 2000, il eut une r√©union avec le Ministre de l’Int√©rieur de Colombie Humberto de la Calle, sous la pr√©sidence d’alors de Andr√©s Pastrana. A l’issue de cette rencontre, Casta√Īo lib√©ra 2 des 7 l√©gislateurs que ses paramilitaires s√©questraient. En outre, pendant que cet article est r√©dig√©, Casta√Īo et Mancuso sont en n√©gociation avec le nouveau gouvernement colombien comme nous le verrons par la suite.

Alors que les paramilitaires √©tendaient leur emprise, ils continuaient √©galement √ absorber d’autres organisations similaires. Ils avaient besoin d’armes et avaient probablement de nombreuses sources pour se les procurer. Une de celles-ci parut un jour au mois de mai pass√©. Cela ne devrait pas surprendre le lecteur : un des plus importants fournisseurs d’armes √©taient les Isra√©liens. Les trafiquants d’armes isra√©liens sont tr√®s pr√©sents au Panama, pays voisin, et surtout au Guatemala. Bien que certains d√©tails de ce commerce particulier aient √©t√© contest√©s ou sont incomplets, une chose est claire : via une s√©rie de repr√©sentations, GISRA, une firme isra√©lienne associ√© √ la IDF et qui a un si√®ge au Guatemala, a pu acheter 3.000 fusils d’assaut AK47 et 2,5 millions de caisses de munitions qui ont √©t√© envoy√©s aux paramilitaires en Colombie via une compagnie banani√®re √©tats-unienne.

Cela doit nous rappeler ce que disait Casta√Īo √ propos de ses cours en Isra√« l - quand ¬« nous assistions √ des cours sur le commerce des armes dans le monde, comment acheter des fusils ¬ ». Est-ce en Isra√« l qu’il a √©galement trouv√© les contacts pour le faire ?

Ce commerce d’armes, comme beaucoup, comprenait de nombreux niveaux de n√©gociations et d’√©crans de fum√©e. Bien que la police colombienne d√©couvrit le commerce, personne ne fut accus√©. Les seuls participants qui paraissaient savoir ce qui √©tait en train de se passer √©taient les Isra√©liens et les paramilitaires. La police nicaraguayenne qui vendit les armes pensait qu’il s’agissait de mini Uzis et de pistolets Jericho bien que la OEA [Organisation des Etats Am√©ricains], pr√©sid√©e par l’ex-pr√©sident colombien C√©sar Gaviria, imputa la responsabilit√© aux Nicaraguayens dans son rapport. Le D√©partement d’Etat, qui a r√©cemment mis les paramilitaires colombiens sur la liste des ¬« terroristes¬ » a affirm√©, via le porte parole Wes Carrington, que le d√©partement avait l’impression que les fusils d’assaut automatiques √©taient destin√©s √ des collectionneurs aux Etats-Unis !

La connexion entre Casta√Īo et le pr√©sident Uribe

Le pr√©sident de Colombie Alvaro Uribe Velez, comme Casta√Īo, perdit aussi son narcotrafiquant de p√®re √ cause des FARC mais, dans le cas de Uribe, son p√®re mourut alors qu’il louait un h√©licopt√®re pour le commerce. De fait, le p√®re de Uribe fut accus√© √ une occasion pour son r√īle dans le c√©l√®bre cas du laboratoire de fabrication de coca√Įne de ¬« Tranquilandia ¬ » lors de sa d√©couverte par une op√©ration conjointe de la DEA et de la police colombienne. De 1980 √ 1982, Uribe fut pr√©sident de l’aviation civile en Colombie (Aerocivil) et contr√īlait toutes les licences d’aviation dans tout le pays √ une √©poque o√Ļ les petits avions faisaient la majorit√© du trafic de drogues. Quand Uribe √©tait gouverneur de la province de Antioquia au milieu des ann√©es 90, il a aid√© √ la cr√©ation d’une formation paramilitaire appel√©e Convivir dans laquelle on chuchotait que se trouvait le chef paramilitaire Salvatore Mancuso.

Légitimer les paramilitaires

Au cours des derni√®res √©lections pr√©sidentielles colombiennes, un Uribe ¬« propre¬ » a √©t√© mis au pouvoir et applaudi par le D√©partement d’Etat. De nombreuses lignes de son gouvernement sont bas√©es sur une √©tude de la Corporation Rand. Tant l’√©tude de la Rand que les plans d’Uribe incluent la cr√©ation d’une grande force civile de d√©fense et d’information pour le gouvernement qui serait financ√©e par l’Etat colombien. Le rapport de la Rand, comme tous les autres textes du style du Plan Colombie, ont √©t√© √©crits initialement aux Etats-Unis. Il jette les bases d’une nouvelle structure de contre-insurrection de d√©fense civile colombienne comme le syst√®me Ronda au P√©rou ou le vieux syst√®me guat√©malt√®que des PAC dans lequel les civils doivent servir de combattants anti-insurg√©s sous la supervision de l’arm√©e. Tant au P√©rou qu’au Guatemala, ce furent eux les principaux responsables de l’affaiblissement des gu√©rillas mais √ un co√ »t extr√™mement lourd : en commettant d’√©normes abus des droits humains. Quand cette id√©e fut pour la premi√®re fois exprim√©e dans un rapport confidentiel de la Rand le 13 juin 2001, dont les auteurs sont Angel Rabasa et Peter Chalk, Rabasa indiqua que les structures paramilitaires actuelles pourraient se dissoudre et s’incorporer dans les nouvelles forces de d√©fense ¬« civiles ¬ » mais d√®s lors sous le contr√īle direct de l’arm√©e.

L’accusation contre Casta√Īo et Mancuso

Pour s’assurer de l’acceptation du plan de restructuration par les dirigeants des AUC et pour conserver le soutien des lib√©raux du Congr√®s des Etats-Unis au Plan Colombie, le procureur g√©n√©ral des Etats-Unis John Ashcroft, feignant de poursuivre les paramilitaires, annon√ßa le 24 septembre 2002 que Carlos Casta√Īo, Salvatore Mancuso et Juan Carlos Sierra √©taient accus√©s par le gouvernement √©tats-unien d’avoir organis√© le transport de 17 tonnes de coca√Įne vers les Etats-Unis et l’Europe en 1997. Le trafic de coca√Įne de la part des paramilitaires n’√©tait pas une nouvelle pour les Etats-Unis : des documents √©tats-uniens de 1993 confirmaient cette all√©gation. Mais les Colombiens proc√©d√®rent-ils √ l’arrestation des leaders des AUC ? Apr√®s tout, le gouvernement colombien re√ßoit des millions de dollars d’aide des Etats-Unis et dans de nombreux cas il travaille conjointement avec eux. Au lieu d’arr√™ter Casta√Īo et sa clique, le 24 novembre 2002, les informations colombiennes r√©v√©l√®rent que la gouvernement colombien appuy√© par les Etats-Unis √©tait actuellement impliqu√© dans des n√©gociations √©troites √ grande √©chelle avec eux !

Casta√Īo et Mancuso ont √©galement fait quelque chose pour le gouvernement colombien : ils ont annonc√© un ¬« cessez-le-feu ¬ » avec l’arm√©e - une force avec laquelle les paramilitaires se battaient conjointement et avec laquelle il y eut seulement des accrochages quand il y avait quelque dispute locale entre eux sur le contr√īle d’une quelconque entreprise criminelle. Cependant, ce ¬« cessez-le-feu¬ » b√©n√©ficia d’une bonne propagande dans les villes de Colombie et, plus important, au sein du Congr√®s des Etats-Unis.

Comme on est en train de l’√©tablir actuellement alors que cet article est r√©dig√©, si Uribe et l’ambassade des Etats-Unis suivent leur id√©e, les paramilitaires des AUC seront d√©mobilis√©s en tant que AUC et elles se transformeront en entit√©s l√©gales de l’Etat colombien comme des ¬« soldats paysans ¬ », entra√ģn√©s par l’arm√©e, mais vivant dans les villages et non dans des bases militaires. Ainsi, les hommes de Casta√Īo seront r√©entra√ģn√©s et l√©gitim√©s et continueront la guerre contre les insurg√©s sous le contr√īle de l’arm√©e colombienne et avec l’assistance directe des Etats-Unis, lavant ainsi leurs mains ensanglant√©es au sein de l’Etat.

Les Isra√©liens ne seront plus utiles en Colombie, m√™me s’ils y maintiendront leur commerce de fusils Galil. Ils pr√©f√©reraient d’ailleurs que leur pr√©sence soit oubli√©e puisqu’il n’existe aucun doute sur le fait que les int√©r√™ts isra√©liens ont une part de responsabilit√© dans les nombreuses ann√©es sanglantes qu’a connues la Colombie, o√Ļ ont √©t√© assassin√©es jusqu’√ 20 personnes par jour (70 % ou plus de ces assassinats sont attribu√©s aux paramilitaires) totalisant des dizaines de milliers de morts au cours de la d√©cennie, la majorit√© des victimes ayant √©t√© assassin√©e pour avoir √©t√© simplement suspect√©e de sympathiser avec les insurg√©s et non pour √™tre des combattants. Malheureusement, dans d’autres r√©gions du monde, nous pouvons penser que l’entra√ģnement des paramilitaires de droite continue alors que l’Etat isra√©lien et ses agents qui continuent √ leur grande satisfaction de mener des op√©rations qui sont jug√©es comme d√©sagr√©ables par leurs homologues √©tats-uniens.

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Galil : la pr√©sence isra√©lienne en Am√©rique latine

En Colombie on peut voir les fusils d’assaut noirs partout. Tant l’arm√©e, appuy√©e par les Etats-Unis, que la police nationale, les utilisent. Ce ne sont pas, comme on pourrait se l’imaginer, des fusils M16 mais bien les fameux fusils d’assaut isra√©liens Galil, une imitation des s√©ries russes Kalashnikov, mais commercialis√©es en Am√©rique latine avec un calibre plus petit et plus rapide (et destructeur) .223, le m√™me que celui du M16. Le Galil est fabriqu√© par les usines militaires isra√©liennes depuis 1972 et est consid√©r√© comme un succ√®s. Cependant, les isra√©liens n’utilisent pas beaucoup le Galil lors de leurs op√©rations internes (et externes) car ils obtiennent des M16 gratuitement des Etats-Unis.

En Am√©rique latine toutefois, le Galil est l’arme principale des gouvernements du Guatemala et de Colombie. Dans le cas guat√©malt√®que, les Etats-Unis ne veulent pas appara√ģtre comme des fournisseurs des militaires √ cause de leur implication dans d’incontestables massacres au cours des ann√©es quatre-vingt. C’est ainsi que Isra√« l entra en sc√®ne, et pas seulement pour fournir des armes, mais √©galement pour construire une usine de munitions √ Coban, dans une r√©gion montagneuse et relativement pacifique. M√™me si les isra√©liens ont fait un bon n√©goce, ce ne fut pas tellement gr√Ęce aux guat√©malt√®ques : l’usine √©tait la plupart du temps sous le brouillard et les munitions produites √©taient souvent humides, ce qui provoquaient des rat√©s.

En Colombie cependant, les industries isra√©liennes n’install√®rent pas une usine de munitions mais bien une usine compl√®te de fabrication des fusils d’assaut Galil √ Bogota. Dans la version colombienne de l’arme, seul le canon est import√© d’Isra√« l. Qui paie cela ? La Colombie ? Cela m√©rite r√©flexion. Les fusils d’assaut sont pay√©s par l’aide militaire am√©ricaine tant √ Isra√« l qu’√ la Colombie. Ainsi, c’est une fois de plus l’inconscient contribuable am√©ricain qui assure la bain de sang en Colombie.

Source : Narconews (http://www.narconews.com), 8 avril 2003.

Traduction : Anne Vereecken, pour le RISAL (http://risal.collectifs.net).

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