Progression des coopératives paysannes au Venezuela
¬« Las muchachas¬ » de Bel√©n
par Yayo Herrero
Article publiť le 10 septembre 2003

Juana et En√©rea sont deux femmes de Bel√©n, un minuscule village de la commune Carlos Arvelo de l’Etat de Carabobo au Venezuela. Elles font partie d’une coop√©rative de paysans qui a re√ßu des parcelles de terres gr√Ęce √ la nouvelle Loi des Terres et de D√©veloppement Agraire impuls√©e au Venezuela par le gouvernement bolivarien et adopt√©e en novembre 2001. Cette Loi des Terres trace un cadre juridique plus juste, adapt√© au contenu d’une constition bolivarienne ratifi√©e au cours d’un r√©f√©rendum par l’immense majorit√© des V√©n√©zu√©liens et qui a d√©clench√© une opposition brutale de la part des secteurs r√©actionnaires li√©s aux multinationales.

Juana et En√©rea sont n√©es dans le village. Pendant leur jeunesse, elle devaient marcher chaque jour trois heures durant pour arriver aux terres du propri√©taire terrien pour lequel elles travaillaient. Elle accomplissaient leurs t√Ęches agricoles et le retour √ leur village prenait quatre autres heures ¬« parce qu’au retour, nous revenions charg√©es avec des outils et quelques fruits¬ ».

La nouvelle loi a pour but de r√©gulariser la r√©partition des terres entre les paysans au travers de l’Institut national des terres (INTI). Ses principaux objectifs sont le d√©veloppement agraire et l’√©levage soutenables et harmonieux, la r√©duction et l’√©limination de la d√©pendance alimentaire et la stimulation de l’√©tablissement de zones rurales dot√©es de services, avec acc√®s √ la sant√©, √ l’√©ducation et √ un habitat d√©cent.

Ce processus de changement a fortement influenc√© la vie de Juana et En√©rea, appel√©es ¬« las muchachas¬ » (les jeunes filles) par leurs compagnons de la coop√©rative. Avec leurs 65 ans, elles ont d√©cid√© de prendre leur vie en main elles-m√™mes et de travailler avec dignit√© pour vivre autrement et collaborer √ la s√©curit√© alimentaire du pays.

Chaque vendredi au soir, elle participent √ l’assembl√©e de la coop√©rative o√Ļ elles re√ßoivent les informations de ce qui se passe √ Caracas et dans les autres Etats du pays, d√©battent des probl√®mes de la coop√©rative et partagent avec leurs compagnons les conqu√™tes, les doutes, les illusions et les peurs de ce processus. Les hommes et les femmes de la coop√©rative de paysans de Bel√©n sont en train de construire leur petit morceau d’histoire, la R√©volution bolivarienne augmentant leur estime de soi et leur dignit√©. Ils ont r√©invent√© les luttes pour l’√©galit√© et la justice d’Ezequiel Zamora dont le mot d’ordre fut le ¬« respect envers les paysans et un syst√®me de terres et d’hommes libres¬ ».

En ce moment, √ Bel√©n, on attend de mani√®re imminente l’arriv√©e des cartes agraires qui consignent que la parcelle de terre dans laquelle les membres de la coop√©rative s√®ment, suent et r√©coltent, est enfin la leur. Ils pensent organiser une grande f√™te dans laquelle ¬« nous danserons le joropo comme on le faisait avant¬ ».

Les paysans de Bel√©n sont conscients de ce que, avec la remise des premi√®res cartes agraires au Venezuela, ont commenc√© les premiers attentats et menaces de mort contre les leaders et les repr√©sentants du mouvement paysan dans les Etats de Zulia, Cojedes, Carabobo... Malgr√© tout, ils continuent fermement et se reconnaissent eux-m√™mes comme des interlocuteurs capables de prise de d√©cision dans les politiques de d√©veloppement agraire et d’√©levage tout comme dans les strat√©gies d’ind√©pendance alimentaire de l’Etat v√©n√©zu√©lien. Juana et En√©rea, tout comme leurs compagnons, sont pr√™tes √ d√©fendre par tous les moyens n√©cessaires ce processus qui en finit avec l’invisibilit√© d’une grande partie de la soci√©t√© v√©n√©zu√©lienne, une partie de la soci√©t√© dont on n’a jamais tenu compte pendant des d√©cennies.

Elles savent qu’il est pour cela n√©cessaire de d√©noncer ceux qui sabotent les progr√®s r√©alis√©s √ la campagne et qui, bien tristement, se trouvent souvent au sein m√™me des institutions bolivariennes. Elles savent √©galement qu’il faut exercer une pression constante pour arriver √ arr√™ter les grands √©leveurs de b√©tail qui tentent d’organiser des groupes paramilitaires afin de terroriser le mouvement paysan et de maintenir leurs privil√®ges.

En regardant les visages de ces paysannes, le message r√©p√©t√© par les t√©l√©visions priv√©es du Venezuela en devient encore plus ridicule et path√©tique. Ces femmes feraient partie, selon eux, des ¬« hordes chavistes violentes et dangereuses¬ » qui terrorisent les gens bien comme il faut des collines de Caracas et qui sont un pr√©texte pour une multitude d’entreprises de s√©curit√© pour accumuler des b√©n√©fices plantureux en blindant les privil√®ges d’une minorit√© qui se nie √ accepter que des temps nouveaux sont arriv√©s au Venezuela.

Ce sont de femmes telles que Juana et En√©rea dont se gaussent et sur lesquelles ironisent les forces vives de l’opposition putschiste au Venezuela. Mais, elles, elles s’en moquent et regardent avec enthousiasme vers l’avenir. Elles ont la force de l’illusion pour le changement, le soutien et la confiance mutuelles de leurs compagnons et l’admiration et la reconnaissance de nombreuses personnes √ travers le monde et cela parce que’elles et leur lutte sont la d√©monstration palpable de ce qu’un autre monde est possible.

Source : Rebelion, 3 septembre 2003.

Traduction : Ataulfo Riera, pour RISAL.

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