Le cas des usines autogérées de Brukman et Zanon
Lutte sociale àBuenos Aires
par Eduardo Galeano
Article publié le 20 avril 2003

Depuis la grave crise économique et les évènement de décembre 2001, un processus de récupération d’usines est en oeuvre (on en compte plus d’une centaine dans tout le pays rassemblant autour de 10 000 travailleurs). Deux d’entre elles, Zanon et Brukman, sont des symboles de ce mouvement, autant par leur durée (un an et demi) que par leur réussite.

L’Argentine compte 50% de sa population sous la ligne de pauvreté dont 10 millions d’indigents. Le taux de chômage et de sous emploi est de 25 %.

Depuis la grave crise économique et les évènement de décembre 2001, un processus de récupération d’usines est en oeuvre (on en compte plus d’une centaine dans tout le pays rassemblant autour de 10 000 travailleurs).

Deux d’entre elles, Zanon et Brukman, sont des symboles de ce mouvement, autant par leur durée (un an et demi) que par leur réussite. La production a été remise en marche, les salaires égaux pour tous sont largement supérieurs àla moyenne nationale et des embauches ont même été réalisées auprès des mouvements de chômeurs (piqueteros).

La semaine dernière, un juge a demandé l’expulsion des ouvriers de Zanon àNeuquen. Les ouvriers ont affirmé publiquement qu’ils se battraient physiquement jusqu au bout et le jour de l’expulsion, quelques deux mille personnes se sont massées devant l’usine. Les huissiers sont venus et sont repartis sans avoir pu rentrer dans l’usine.

A Buenos Aires, vendredi 18 avril àminuit, un important dispositif policier a expulsé les quatres ouvriers de garde de Brukman et a pris possession de l’entreprise. Une heure après, une centaine de persones s’est réunie devant l’entreprise pour répudier cette expulsion et éviter que la police ne sorte les machines. Une conférence de presse a été convoquée par les ouvriers de Brukman et àmidi environ 3 000 piqueteros, membres d’assemblée populaires, d’organisations des droits de l’homme, étudiants, travailleurs en lutte ainsi que les mères de la place de mai se sont massées devant la fabrique. Une délégation a été reçue par le juge mais à21 heures les négociations ont échouée. Les ouvriers de Brukman n’ont pas voulu prendre la responsabilité d’une répression qui s’annonçait importante en essayant de reprendre leur fabrique et en s’affrontant aux forces de l’ordre. Il a été décidé de continuer la surveillance jusqu’àlundi et de convoquer ce jour une grande mobilisation pour récupérer l’usine. Samedi matin, le dispositif policier a été renforcé dans tout le quartier. Une plainte a été déposée car des photos montrent des policiers avec des balles de plomb àla ceinture (33 morts par balles les 19 et 20 décembre 2001 lors des émeutes faisant suite au mécontement populaire et àl’état de siège ; le 26 juin 2001, deux piqueteros assassinés lors d’une manifestation). Il y a fort àparier que lundi, une tentative de reprise de la fabrique aura lieu et que la répression sera terrible.

A une semaine des élections présidentielles, et devant les critiques d’inaction de la part de Menem, beaucoup estiment qu’il s’agit pour le pouvoir en place de démontrer qu’il est capable de remettre de l’ordre dans ce pays où les coupures de routes sont pratiquement quotidiennes (il y a une semaine, quatre piqueteros ont été arrêtés pour atteinte àla liberté de circulation).

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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