La relance du Traité amazonien de coopération
par Eduardo Gudynas
Article publi le 9 octobre 2004

Le 14 septembre passé, les ministres des huit pays faisant partie du Traité amazonien de coopération (Tratado de Cooperación Amazónica -TCA) se sont réunis dans la ville de Manaus. Le traité a été signé il y a 25 ans  Brasilia, en juillet 1978, et lie la Bolivie, le Brésil, l’Equateur, la Guyane, le Pérou, le Surinam et le Venezuela dans le but de coordonner les efforts de protection du bassin amazonien et de promouvoir son développement.

Le traité original comporte plusieurs aspects importants.

En premier lieu, il s’agit d’un document particulier puisque, au lieu de lier des pays, il cherche  coordonner les actions concernant une région partagée par ceux-ci : l’Amazonie. Aucune nation n’est entièrement amazonienne, et si c’est au Brésil que se trouve pratiquement les deux tiers du bassin, la Bolivie apparaît comme le pays le plus amazonien puisque (75 % de son territoire).

En deuxième lieu, le TCA inclut la Guyane et le Surinam, deux pays qui sont habituellement associés aux initiatives caribéennes et qui, grâce  ce traité, renforcent leurs liens sud-américains.

En troisième lieu, si la convention a été signée bien avant l’éclosion  grande échelle de la thématique environnementale, elle exprime néanmoins un engagement fort pour la conservation de la richesse écologique de l’Amazonie. Le traité mise sur un usage « rationnel  » des cours d’eau et de la faune, sur la promotion de la coopération scientifique, sur l’intégration physique, sur la préservation des richesses écologiques et sur d’autres mesures similaires.

Suivant le climat politique de l’époque, le traité insiste sur le fait que l’exploitation de l’Amazonie doit générer des bénéfices qui serviront directement aux pays amazoniens, en se référant  un rôle prédominant de l’Etat. Par exemple, on proclame que « l’usage et l’exploitation exclusifs des ressources naturelles sur leurs territoires respectifs, est un droit inhérent  la souveraineté de l’Etat et son exercice n’aura d’autres restrictions que celles qui découlent du droit international  ». De la même façon, on ajoute que « tant le développement socio-économique que la préservation de l’environnement sont des responsabilités inhérentes  la souveraineté de chaque Etat  ».

Le traité présentait quelques initiatives qui avaient un grand potentiel, telles que promouvoir le commerce de détail dans les zones frontalières ou assurer la libre navigation non commerciale sur les cours d’eau. Mais cet accord a eu une vie trouble, avec des hauts et des bas au cours des années, sans arriver  avoir un caractère substantiel dans la région amazonienne.

En 1998, les pays signataires du traité l’ont modifié et ont crée l’Organisation du traité amazonien de Coopération (Organización del Tratado de Cooperación Amazónica - http://www.otca.info), qui s’est transformée en une institution dotée d’une personnalité juridique internationale, qui devait permettre de renforcer cette initiative régionale. L’OTCA s’est installée il y a quelques mois  Brasilia, et son premier secrétaire général est Soledad Arteaga, ex présidente de l’Equateur.

La récente rencontre ministérielle de Manaus est la première de ce type au sein de la nouvelle structure de l’OTCA, avec pour défi d’aborder les différents problèmes qui affectent l’Amazonie. Bien s »r, la question de la sécurité a fait partie des débats ministériels et, plus particulièrement, celle du conflit colombien qui s’étend par moments dans les régions frontalières avec le Venezuela et l’Equateur. Mais on a également parlé des ressources génétiques, de la situation des communautés indigènes, de la construction de routes et de la possibilité d’un financement régional. Les thèmes qui constituent le plan d’action amazonien sont vastes et comprennent, outre la sécurité, le développement social, l’infrastructure et l’intégration physique, le commerce, la science et la technologie, la biodiversité et la propriété intellectuelle.

Le défi auquel doivent faire face les pays amazoniens décidera du cours du développement de cette région. Si la version occidentale se répète, c’est- -dire la version selon laquelle on engloutit les ressources naturelles pour assurer un modèle de consommation qui se spécialise dans la production de déchets, il ne restera pratiquement rien de ces forêts tropicales  moyen terme. Pour beaucoup il est clair que préserver cette richesse écologique demanderait un autre développement. Le problème, évidemment, est d’articuler cette aspiration avec des mesures concrètes qui permettraient, d’une part, de préserver la biodiversité et, d’autre part, de surmonter la pauvreté qui touche de nombreuses régions amazoniennes.

Cependant, la « Déclaration de Manaus  » [1] est ambigu«  plus d’un titre puisqu’elle encourage une intégration physique conventionnelle (particulièrement, l’initiative en infrastructures encouragée par le Brésil et d’autre pays avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement) et loue les accords de libre échange alors que, dans le même temps, les pays signataires s’engagent  combattre l’appropriation des ressources génétiques ou la taille indiscriminée des arbres. On évoque le rôle des gouvernements mais on soutient que l’on doit inclure « de manière effective la société civile des pays amazoniens dans la mise en place des politiques et dans la mise en oeuvre des plans et des programmes  ».

S’il y a bien plusieurs opinions sur le sujet, il existe par contre un accord évident entre les ministres des relations extérieures pour proclamer la souveraineté sur l’Amazonie. Que ce soit pour la protéger ou la détruire, il est évident qu’il est nécessaire de mettre en évidence la possession de territoire de ces pays face aux appétits extra continentaux. Le chancelier Amorim soutenait qu’ « on ne parle jamais trop de souveraineté quand on parle de l’Amazonie  ». Il rappelait également que « l’élément central du traité est l’affirmation de la responsabilité souveraine  » des pays pour « un développement harmonieux de l’Amazonie  » incluant la « protection et l’utilisation durable des ressources naturelles  » pour « élever la qualité de vie de ses habitants  ».

Cependant, la pression en faveur d’une utilisation économique traditionnelle est très forte. Sous pratiquement toutes ses formes, elle n’est pas d’un point de vue environnemental durable et ne garantit pas de bénéfices aux communautés locales. Les tentatives d’exploitation d’hydrocarbures en Amazonie au Pérou et en Equateur ou le retour des projets des grands barrages au Brésil en sont de bons exemples.

Dans ce climat, le thème de la sécurité est revenu  plusieurs reprises. Le chancelier Amorim a clairement affirmé que la sécurité de l’Amazonie est un autre des aspects centraux du traité et que, dans ce cadre, apparaissent des sujets qui vont de la biopiraterie  la présence de guérilleros et de narcotrafiquants. Ce type de motifs est  la base d’une des résolutions de la rencontre ministérielle qui entend entamer des négociations afin de partager l’information que le Brésil obtient par son SIVAM (Système de surveillance de l’Amazonie).

Les relations du Traité amazonien de coopération avec d’autres espaces internationaux ne sont pas toujours claires. La façon dont l’OTCA, avec une orientation plus nette vers l’exploitation des ressources naturelles, sera liée  l’Initiative régionale d’infrastructures (IIRSA), qui a été décidée dans le but de construire des ponts et des routes afin de pouvoir extraire plus rapidement ces ressources, est préoccupante. Il sera également nécessaire de clarifier les relations tant avec la Communautés andine des nations - CAN (de laquelle font partie 5 pays membres du TCA) qu’avec le MERCOSUR (auquel participent le Brésil, la Bolivie, le Pérou et, prochainement, le Venezuela). Des pas importants ont été faits en ce sens (un accord a été signé avec les pays de la Vallée du Río de la Plata, et prochainement un autre accord sera signé avec la CAN).

Ainsi, les ministres des relations extérieures des huit pays amazoniens ont réussi  ressusciter le Traité amazonien de coopération, un accord qui a beaucoup de potentiel pour promouvoir un nouveau développement durable des forêts tropicales. Il sera nécessaire de consolider cette promesse puisque, depuis le début, ce projet est menacé par d’énormes intérêts économiques qui se nourrissent de la richesse de ces forêts.

Notes :

[1Voir en espagnol : http://www.florestania.com/integrac....

Source : La Insignia (http://www.lainsignia.org), septembre 2004.

Traduction : Anne Vereecken, pour RISAL (http://risal.collectifs.net).

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