Multimillionnaires latino-américains
par Paola Visca
Article publi le 14 juin 2005

Le nombre de multimillionnaires en Amérique latine continue  croître, augmentant la brèche entre les riches et les pauvres. Parmi les 27 Latino-américains les plus riches, la première place est occupée par le Mexicain Carlos Slim Helu, avec une fortune de presque 25 milliards de dollars, tandis que la première place mondiale est toujours entre les mains de Bill Gates.

Cette année, 104 personnes sont venues s’ajouter  la désormais traditionnelle liste de multimillionnaires de la revue Forbes. Parmi les nouveautés les plus frappantes, on trouve l’ascension du Mexicain Carlos Slim Helu  la quatrième place mondiale. Sa fortune ne cesse de croître : elle est passée de 7,4 milliards de dollars en 2003  13,9 milliards en 2004, pour atteindre cette année le chiffre de 23,8 milliards. Ce n’est pas seulement que sa fortune croit d’une année sur l’autre, mais c’est aussi la proportion de sa croissance qui est scandaleuse (87,8% pour ce qui est de l’année 2004 et 71,2% en 2005).

Pour ce qui est des Latino-américains présents dans la liste, ils sont aujourd’hui vingt-sept. Le pays qui en compte le plus est le Brésil, qui en 2004 avait six multimillionnaires et cette année en a trois de plus. Les nouveaux magnats sont Antonio Ermirio de Moraes, Marcel Telles et Carlos Sicupira.

Antonio Ermirio de Moraes n’était pas apparu dans ce groupe depuis l’année 2002, bien qu’il ait été présent par le passé dans quatre éditions consécutives. A 76 ans, et situé  la 243e place de la liste, il est le président du groupe Votorantim, dont les principaux secteurs d’activité vont de l’aluminium au jus d’orange. Une des raisons pour lesquelles ses entreprises ont autant augmenté leurs recettes l’année dernière, est qu’il a renforcé sa présence aux Etats-Unis, notamment par l’acquisition d’usines de ciment dans la région des Grands Lacs.

Marcel Telles, pour sa part, fait sa première apparition dans la sélection exclusive de Forbes. Telles a été actionnaire de la banque d’investissements brésilienne Banco Garantia et a joué un rôle important dans la consolidation de l’entreprise de bières AmBev au troisième rang mondial en volume, couvrant en outre l’énorme chiffre de 70% du marché au Brésil. Coprésident de AmBev, il a été l’un des plus grands bénéficiaires de la récente fusion entre cette entreprise et la Interbrew néerlandaise. Un autre de ceux qui entrent cette année dans la liste est Scupira : tout comme Telles, il a également été partenaire de la banque d’investissements Garantia et a vu se multiplier ses millions par la création, par fusion, de l’ImBev.

Le Mexique est toujours le pays d’Amérique latine qui a la plus grande quantité de multimillionnaires. Deux multimillionnaires mexicains ont quitté la liste, mais un nouveau est entré : Emilio Azcárraga Jean, magnat des médias mexicains et président du Conseil de direction du Grupo Televisa. Parmi les aspirations d’Azcárraga, il y a celle de devenir un citoyen américain, et en ce sens il a déclaré avoir acheté  Miami Beach une maison de plus de quatre millions de dollars.

Durant l’année 2004, et tout comme cela s’est produit l’année précédente, la majorité des multimillionnaires d’Amérique latine ont vu augmenter leurs fortunes. Des 27 membres de la liste, seuls quatre ont vu leur fortune diminuer, tandis que quatre autres ont gardé une fortune stable. Les autres ont toutes augmenté, enregistrant (en pourcentages) des cas aussi impressionnants que celui de Slim Helu. Le Colombien Julio Santo Domingo est un exemple, puisqu’il a doublé largement sa fortune, passant de 1,4 milliards de dollars en 2004,  3,5 milliards en 2005. Son compatriote Luis Carlos Sarmiento a pratiquement eu la même chance, si nous tenons compte que l’année passée il affichait aussi 1,4 milliards et que cette année il a atteint les 2,7 milliards.

Au Brésil tous les multimillionnaires ont vu leurs fortunes s’accroître, sauf Dos Santos Diniz pour qui elle s’est maintenue. Le cas de Paulo Lemann est significatif, puisqu’il était parmi les derniers de la liste de 2004 avec "seulement" 1,1 milliards et il est monté  la 228e place avec 2,6 milliards dans cette dernière édition. Au Chili le plus favorisé fut Luksic, qui a augmenté sa richesse de 800 millions de dollars.

La concentration de la richesse que dénotent ces cas est évidente. Par exemple, si on compare les grandes fortunes latino-américaines avec la dette externe des pays de la région, on trouve certaines proportions intéressantes. Toutes ensemble, ces fortunes pourraient payer la dette externe du Chili et de la Colombie ou permettraient de couvrir quasi quatre fois celle du Venezuela ou de solder plus de la moitié de la dette externe mexicaine.

Dans certains cas, comme le Venezuela, deux multimillionnaires suffiraient pour combler presque 40% de la dette externe du pays. La même chose avec le Chili, l’un des pays les plus prospères de la région : les fortunes de ses trois multimillionnaires représentent plus de 20 pour cent du montant de la dette externe.

Durant les dernières années, les pays d’Amérique latine ont souffert des augmentations parfois exorbitantes de leur dette externe. Tandis que des pays s’endettent chaque fois plus, les multimillionnaires continuent  s’enrichir, agrandissant la brèche avec le reste de la population. Ces vingt-sept Latino-américains exercent une influence beaucoup plus grande et brassent des ressources plus grandes que les quelques 130 millions de pauvres du continent.
Mais, en outre, la tendance de l’évolution des fortunes des multimillionnaires est d€˜augmenter encore davantage, et il ne semble pas, pour le moment, que la concentration de la richesse diminue suite  des processus qui assureraient une plus grande équité. Bien au contraire, le retournement des inégalités en Amérique latine semble chaque fois plus lointain.

Source : La Insignia (www.lainsignia.org) / D3E (www.economiasur.com), mai 2005.

Traduction : Diane Quiettelier, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).

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