ALCA : r√©sistance au projet de Zone de libre-√©change des Am√©riques
Des promesses √ la r√©alit√©, le libre-√©change perd son fard
par Renaud Lambert
Article publiť le 11 novembre 2005

¬« Si l’administration Clinton ne profite pas de l’attitude favorable aux concepts de march√© libre et de d√©mocratie dans la r√©gion aujourd’hui, les pays d’Am√©rique latine pourraient devenir de plus en plus sceptiques face aux politiques libre-√©changistes des Etats-Unis. Ceci pourrait aboutir √ des retours de b√Ęton de type socialistes et anti-d√©mocratiques dans la r√©gion ¬ » [1], s’inqui√©tait la Heritage Foundation, un ¬« think tank ¬ » justement cr√©√© pour √©viter tout ¬« retour de b√Ęton ¬ » en √©clairant le monde sur l’√©vidente - et ¬« naturelle ¬ » -, sup√©riorit√© du mod√®le n√©olib√©ral [2].

Sa critique - assur√©ment injustifi√©e -, selon laquelle le pr√©sident d√©mocrate avan√ßait ¬« au ralenti sur la promotion du libre-√©change dans les Am√©riques ¬ » [3] t√©moigne, de fa√ßon presque touchante, de l’anticipation f√©brile des h√©rauts de l’ultralib√©ralisme, comptant les heures les s√©parant de ¬« la fin de l’histoire ¬ » comme de jeunes enfants les jours qui pr√©c√®dent No√« l. Ces rejetons g√Ęt√©s du ¬« toujours plus ¬ » n’avaient pourtant pas √ se plaindre de Bill Clinton. Tr√®s rapidement, celui-ci s’√©tait en effet trouv√© √ l’aise dans son costume de ¬« commis-voyageur ¬ » repr√©sentant les int√©r√™ts des multinationales de son pays. Fier du travail accompli, il pourrait ainsi se vanter, le 25 janvier 1994 lors de son discours sur l’Etat de l’Union, du fait que ¬« Depuis un an (...) nous avons fait plus pour ouvrir les march√©s mondiaux aux produits am√©ricains qu’√ aucun moment au cours des deux derni√®res g√©n√©rations. ¬ »

Et pourtant, le quatri√®me sommet des Am√©rique qui se tenait √ Mar del Plata, en Argentine, les 4 et 5 novembre 2005 et qui devait s’inscrire dans la continuit√© du processus d’expansion du libre-√©change √ travers les Am√©riques, aura fait la d√©monstration qu’une bonne part des pays d’Am√©rique latine - et la tr√®s grande majorit√© des peuples de la r√©gion -, sont aujourd’hui plus que ¬« sceptiques ¬ » face aux politiques libre-√©changistes mitonn√©es √ Washington. Dans les salons feutr√©s o√Ļ se r√©unissaient les chefs d’Etats, l’on s’accorda pour dire que le projet d’une Zone de libre-√©change des Am√©riques [4] - un march√© de 800 millions de personnes √ travers 34 pays -, √©tait ¬« ajourn√© ¬ ».

On eut pu dire ¬« d√©chiquet√© ¬ », ¬« lamin√© ¬ » ou ¬« mis en pi√®ce ¬ » au regard des manifestations monstres de protestation contre le dernier avatar de la politique d’imp√©rialisme √©conomique des Etats-Unis et son porte-parole - l’euph√©mique George W. Bush -, qui d√©clara le processus ¬« en panne ¬ » [5]. Avec le bloc du Mercosur (Argentine, Br√©sil, Paraguay et Uruguay) [6] et son ¬« invit√© ¬ » le Venezuela fermement oppos√©s au projet, le navire amiral de l’offensive nord-am√©ricaine contre la souverainet√© √©conomique et politique des pays de son ¬« arri√®re-cour ¬ » rencontra plus qu’une simple ¬« panne ¬ » de vent : il sombrait dans les eaux profondes de la contestation... en pleine ¬« Mer d’argent ¬ » [7] ! Sans ambages, le pr√©sident v√©n√©zu√©lien Hugo Chavez - qui d√©filait en t√™te des cort√®ges des manifestants -, enfon√ßa les clous qui scellaient le cercueil du projet moribond en annon√ßant : ¬« Mar del Plata sera la tombe de l’Alca ¬ » [8].

Que s’√©tait-il pass√© ? Le sc√©nario n’√©tait-il pas des plus roses ? D’un c√īt√© des fronti√®res, on avait tout √ gagner, de l’autre... on avait tout √ gagner ! Les proph√®tes avaient parl√© : ¬« Un commerce libre et √©largi b√©n√©ficie √ tout le monde - aux Am√©ricains [9] comme aux non-Am√©ricains ¬ ». Tout y √©tait : ¬« de meilleurs emplois, avec de plus gros salaires, dans des march√©s plus comp√©titifs ¬ », mais aussi ¬« un plus grand choix de produits et d’intrants, √ des prix plus bas ¬ » [10]. Qui a dit que le Paradis sur Terre n’√©tait pas √ port√©e de main ?

Dans les colonnes de l’organe de diffusion de la doxa n√©olib√©rale, le Wall Street Journal, le pr√©sident du conseil d’administration et directeur g√©n√©ral de la New York Life Insurance Company (une soci√©t√© impliqu√©e dans une affaire de corruption et de lobbying pour remporter des march√©s publics [11]), expliquait le 9 ao√ »t 2005 que la ZLEA ¬« pourrait repr√©senter jusqu’√ 130 milliards de dollars US de croissance √©conomique pour les Etats-Unis, le Canada et l’Am√©rique latine ¬ ». Il n’expliquait pas quelles tranches de la soci√©t√© b√©n√©ficieraient de cette manne. Cela allait de soit pour qui savait entendre... et ceux-l√ entendaient d’autant mieux que la musique √©tait connue. Par cŇ“ur...

D√©j√ , au moment du lancement du petit fr√®re de la ZLEA, l’ALENA (accord de libre-√©change sign√© entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique et entr√© en vigueur le 1er janvier 1994) [12], la douce s√©r√©nade vantant les m√©rites du libre-√©change avait r√©sonn√© d’√©chos trop semblables pour qu’une certaine lassitude ne se fasse pas sentir aujourd’hui. Bill Clinton promettait ¬« plus d’emploi et de plus hauts niveaux de vie pour le peuple am√©ricain ; un d√©ficit limit√© ; des taux d’int√©r√™ts bas ; des barri√®res douani√®res r√©duites et de hauts niveaux d’investissement. ¬ » De l’autre c√īt√© de la fronti√®re le long de laquelle l’administration √©tasunienne commen√ßait d√©j√ √ √©riger un triple mur de b√©ton - car la libre circulation des biens et marchandises n’implique pas, au contraire, celle des humains [13] -, le pr√©sident Carlos Salinas [14] voyait dans cet accord une ¬« occasion unique de transformer le pays ¬ » et la ¬« chance du Mexique d’entrer dans le premier monde ¬ » [15].

Comme √ l’habitude lorsqu’il s’agit de marteler les bienfaits de l’orthodoxie lib√©rale, les m√©dias - contr√īl√©s par les int√©r√™ts financiers pour le b√©n√©fice desquels les accords de libre-√©change sont con√ßus - √©taient de la f√™te. D√®s le 1er janvier 1994, le ¬« bureau financier ¬ » du New York Times s’en remettait √ l’avis des ¬« √©conomistes ¬ », ces √©minences grises de la nouvelle ¬« science ¬ » venue de Chicago (n’a-t-elle pas d’ailleurs son prix Nobel bien √ elle ?). Le lectorat du New York Times n’√©tant pas le m√™me que celui du Wall Street Journal (qui se contente de savoir que les dollars sont ¬« √ port√©e de main ¬ »), on y flattait la bonne conscience droit-de-l’hommiste des ¬« progressistes ¬ » am√©ricains. Les ¬« √©conomistes ¬ » avan√ßaient que l’ALENA, c’√©tait ¬«  plus d’emplois, de plus hauts salaires pour les travailleurs mexicains, de nouveaux march√©s... ¬ ». La pr√©occupation des √©conomistes pour les ¬« travailleurs mexicains ¬ » sonne-t-elle faux ? Qu’√ cela ne tienne ! La r√©daction du New York Times rench√©rit dans son √©ditorial dat√© du 4 janvier 1994. Elle y pr√©dit que l’ALENA am√®nera - ¬« naturellement ¬ » pourrait-on ajouter -, l’accroissement des ¬« niveaux de vie dans toutes les r√©gions du Mexique pour les peuples de toutes origines ethniques ¬ ». Les m√©dias seraient √ nouveau de la partie, plus tard, pour vanter les m√©rites de la ZLEA. Ainsi, une √©tude r√©alis√©e par l’observatoire des m√©dias √©tasunien Fairness and accuracy in the media (FAIR) lors du 3√®me sommet des Am√©riques, √ Qu√©bec en mai 2001 - √ l’occasion duquel le projet des n√©gociations en vue de la ZLEA fut rendu public pour la premi√®re fois [16] -, r√©v√®le qu’en avril 2001, 34 √©ditoriaux de la presse √©tasunienne soutenaient le projet de ZLEA... et aucun ne s’y opposait [17]. Plus une information est r√©p√©t√©e, plus elle devient vraie.

¬« Plus d’emplois ¬ », ¬« plus de produits moins chers ¬ », ¬« de plus hauts niveaux de vie ¬ », tout irait donc mieux apr√®s la signature de l’ALENA en 1994... Tout √©tait donc condamn√© √ aller encore mieux apr√®s celle de la ZLEA ! Rien ne semblait pouvoir arr√™ter la petite musique bien r√©gl√©e - peut-√™tre un peu r√©p√©titive ? -, de l’ouverture des fronti√®res et de la mondialisation heureuse. Rien, sauf la r√©alit√©... cet obstacle encombrant dont on se passerait bien dans les hauts lieux de la finance plan√©taire, permanente, imm√©diate et surtout immat√©rielle [18].

Finalement, il y a fort √ parier que pour les peuples latino-am√©ricains, peut-√™tre pas tout √ fait aussi amn√©siques qu’on l’avait imagin√© √ Washington, Mexico ou encore Bogot√° (et ce, malgr√© les efforts des m√©dias de masse qui, il faut leur reconna√ģtre ce m√©rite, ne reculent devant aucun effort pour s’assurer du contraire), l’exp√©rience de l’ALENA a suffi √ faire tomber les masques du marketing libre-√©changiste et √ jeter la lumi√®re sur la r√©alit√© de l’exploitation organis√©e ¬« made in ¬ » Washington.

Bien s√ »r, certaines des promesses de l’ALENA avaient √©t√© tenues. ¬« Entre 1993 et 2001, le volume du commerce entre les trois pays a progress√© de 116 % (de 297 milliards de dollars √ 622 milliards). ¬ » [19] Les investissements √©trangers priv√©s au Mexique √©taient pass√©s de 4,5 milliards de dollars entre 1988 et 1993 √ 13 milliards entre 1994 et 2002. Les exportations du pays, qui s’√©tablissaient √ 61 milliards de dollars en 1994, elles aussi, avaient b√©n√©fici√© de l’accord pour atteindre... 158 milliards en 2001 [20]. L’indice de Gini [21], qui calcule les in√©galit√©s, passait de 0,43 en 1984 √ pr√®s de 0,5 aujourd’hui, faisant du Mexique l’un des pays les plus in√©gaux du monde. Faut-il, d√®s lors, demander √ qui profitait la ¬« modernisation ¬ » ? Pas aux travailleurs, pour lesquels l’op√©ration se solda par une perte nette d’emploi : dans le secteur agricole, ce furent plus de 1 700 000 emplois qui disparurent selon le Secr√©tariat du travail mexicain ! Il faut dire que depuis l’ALENA, le Mexique importe en grande partie les aliments qu’il produisait autrefois. Sera-t-on surpris d’apprendre que ces aliments proviennent en tr√®s grande partie... des Etats-Unis ? Ce ne sont pas moins de 78 milliards de dollars que le pays d√©pense pour des produits alimentaires dans le cadre de l’accord... une somme qui d√©passe sa dette ext√©rieure (environ 75 milliards de dollars). Ainsi, le Mexique, qui devait trouver de nouveaux march√©s pour ses produits, a surtout trouv√© de nouveaux produits pour noyer son march√© interne. Le pays importe toujours plus qu’il n’exporte et sa balance commerciale affichait un d√©ficit de... 14,5 milliards de dollars en 2003.

L’exemple du ma√Įs est √©difiant. Cette c√©r√©ale, principal produit de la terre du pays (o√Ļ elle occupe 60% des terres cultivables) est, typiquement, une ¬« culture sensible ¬ » et donc susceptible d’√™tre prot√©g√©e selon les termes de l’accord. Toutefois, le gouvernement mexicain d√©cida d’abandonner ses tarifs douaniers sur le ma√Įs import√©, d√©clenchant ainsi l’entr√©e massive de ma√Įs √©tasunien [22]. Les exportations des Etats-Unis vers le Mexique allaient tripler, dans une forme de ¬« dumping ¬ » √ peine d√©guis√©. En effet, le ma√Įs est la c√©r√©ale la plus subventionn√©e aux Etats-Unis, avec des aides s’√©levant √ 10,1 milliards de dollars en 2000... soit un budget 10 fois sup√©rieur au budget total du Mexique pour son agriculture. De plus ¬« en raison de la forte productivit√©, les co√ »ts de revient, aux Etats-Unis, sont en moyenne inf√©rieurs de 68 % par rapport √ ceux du Mexique ! ¬ » [23]

18 millions de paysans firent les frais de cette ¬« ouverture ¬ » alors que les cultures vivri√®res disparaissaient peu √ peu et que la concentration de la propri√©t√© terrienne s’acc√©l√©rait f√©rocement. De son c√īt√©, le gouvernement mexicain laissait filer l’√©quivalent de 2,9 milliards de dollars en tarifs douaniers pour le ma√Įs seulement... Heureusement, le tableau n’est pas aussi noir pour tout le monde : les deux grandes firmes mexicaines productrices de produits √ base de ma√Įs, Maesa et Minsa, ¬« font partie de la petite √©lite des gagnants de l’ALENA. Ils produisent des farines avec le ma√Įs moins cher des Etats-Unis pendant que le prix de la tortilla augmente sans piti√©, entre autres √ cause de l’√©limination des subventions aux produits de base du gouvernement mexicain ¬ » [24].

Le m√™me ph√©nom√®ne se produisit pour ¬« la viande, les fruits de climat temp√©r√© et d’autres produits de base comme le riz, le bl√©, les produits laitiers, le tabac, les huiles v√©g√©tales, le b√©tail, et m√™me le caf√©, alors que le Mexique demeure l’un des principaux producteurs au monde. ¬ » [25] Ainsi, alors qu’on promettait ¬« un plus grand choix de produits ¬ » √ ¬« des prix plus bas ¬ » [26], le prix du panier de provisions de base de la m√©nag√®re mexicaine augmenta de plus de 250% entre 1994 et 2002, alors que les producteurs ne b√©n√©ficiaient eux que d’une hausse des prix d’environ 180%.

Pour faire face √ ce ph√©nom√®ne, les Mexicains pouvaient compter sur... des salaires r√©els plus bas que jamais ! Comme l’explique Noam Chomsky, le salaire minimum mexicain est aujourd’hui ¬« environ 20% plus bas qu’avant la signature de l’ALENA ¬ » provoquant un exode massif de millions de gens vers les villes o√Ļ ils ¬« repr√©sentent une main d’Ň“uvre pr√™te √ tout, sans protection syndicale (...) ce qui repr√©sente une source de profit de plus pour les multinationales ¬ » [27]. Aujourd’hui, plus de 30% de la population active travaille dans le secteur informel (o√Ļ pr√®s de 500 000 emplois furent cr√©√©s pendant le mandat de Vicente Fox, qui ne manquait pas de s’en f√©liciter) et, dans les campagnes, 80% de la population est pauvre... 50% extr√™mement.

Si depuis l’entr√©e en vigueur de l’ALENA, 89% des exportations du Mexique vont vers les Etats-Unis, ¬« ces derni√®res sont le fait de quelque 300 entreprises, en majorit√© filiales de multinationales am√©ricaines, auxquelles il convient d’ajouter les maquiladoras. ¬ » [28] Alors que l’industrie des ¬« maquiladoras ¬ » [29] ne comptait que pour 14% des exportations du pays en 1980, elle en repr√©sentait presque la moiti√© en 2003. Notons de plus que ces ¬« machines √ exploiter ¬ » une main d’Ň“uvre pouss√©e √ accepter des conditions de travail inhumaines, emploient aujourd’hui plus d’un million de personne, ¬« soit presque le tiers des emplois cr√©√©s dans l’industrie manufacturi√®re ¬ » [30]. A c√īt√© de ces grands vainqueurs, ce sont 28 000 petites et moyennes entreprises qui disparaissaient en moins de dix ans [31].

Pour compl√©ter ce tableau dont la noirceur est √ la hauteur de la mauvaise foi de ceux qui vantaient - et continuent de vanter ! -, les m√©rites de l’ALENA, il faut rappeler que la g√©n√©ration de croissance √©conomique √©tait suppos√©e permettre la protection de l’environnement et d’assurer de meilleures conditions de vie aux citoyens. Pourtant les prix des biens et services issus du pillage des mati√®res premi√®res mexicaines et de l’exploitation de sa main-d’Ň“uvre bon march√© ¬« n’incluent ni le co√ »t de la d√©t√©rioration de l’environnement ni les cons√©quences sur la sant√© des travailleurs et la population en g√©n√©ral, ni les co√ »ts de r√©g√©n√©ration des ressources naturelles ¬ » [32]. Les profits sont export√©s, les co√ »ts, eux, restent √ la charge du Mexique. Somme toute, un bel exemple de sc√©nario ¬« gagnant-gagnant ¬ » √ la mode lib√©rale...

Si les Etats-Unis dans leur ensemble avaient beaucoup plus √ gagner que le Mexique dans la signature de l’ALENA, les travailleurs √©tasuniens sont eux aussi √ compter au nombre des victimes de l’accord. Mis en comp√©tition avec la main d’Ň“uvre mexicaine, de plus en plus exploit√©e, ils subirent de plein fouet le ph√©nom√®ne des ¬« d√©localisations ¬ » et se virent reprocher leur r√©ticence √ se ¬« moderniser ¬ ». Comprenez : leur incorrigible volont√© de s’accrocher aux derniers bastions de la protection sociale de leur pays, aux syst√®mes de sant√©, de retraites, aux minima sociaux, etc.... Un reproche que les travailleurs fran√ßais connaissent bien, eux aussi.

Derri√®re le glacis des belles promesses non tenues puisqu’elles n’ont rien √ voir avec l’objet r√©el de tels accords (¬« discut√©s derri√®re des portes closes ¬ » [33], sans participation populaire), l’ALENA hier et la ZLEA aujourd’hui n’ont pas pour objectif d’am√©liorer les conditions de vie des peuples, loin de l√ . Ils visent plut√īt √ imposer aux pays latino-am√©ricains les r√©formes √©conomiques n√©cessaires √ l’expansion des grandes multinationales, sans qu’un retour en arri√®re ne soit possible. Que diable ! Il fallait bien r√©agir √ ¬« l’ouverture d√©mocratique ¬ » de l’Am√©rique du Sud que la fin des dictatures rendait plus difficile √ ... exploiter ! Il s’agit donc aujourd’hui de mettre en place un ¬« effet de cliquet ¬ » [34] (en anglais lock-in) qui emp√™chera les gouvernements √ venir (fussent-ils port√©s par un ¬« retour de b√Ęton socialiste ¬ » !) de revenir sur les mesures d’¬« ajustement structurel ¬ » [35] que leur imposent les accords de libre-√©change : ¬« d√©mant√®lement des monopoles d’√©tat dans des secteurs comme les t√©l√©communications et les transports (...), renforcement de la protection de la propri√©t√© intellectuelle (...), r√©duction unilat√©rale des barri√®res √ l’importation ¬ » [36]. La liste est longue. On pourrait y ajouter : limitation des interventions publiques, fin des tentatives de d√©veloppement interne de l’√©conomie, pr√©carisation des travailleurs, etc. Ce que Noam Chomsky r√©sume ainsi : ¬« l’ouverture √ l’exploitation √©trang√®re ¬ » [37]... principalement √©tasunienne.

Et l’on s’√©tonne que les peuples latino-am√©ricains manquent d’enthousiasme ?

Notes :

[1Michael G. Wilson, ¬« Building on the NAFTA : Forging a Free Trade Agreement ¬ », Backgrounder #991, Heritage Foundation, 27 juin 1994.

[2Lire √ ce sujet Serge Halimi, Le grand bond en arri√®re, Fayard, Paris, 2005.

[3Michael G. Wilson, op. cit.

[4ALCA en espagnol et FTAA en anglais.

[5¬« Bush leaves rocky summit with nothing lost, little gained¬ », USA Today, 5 novembre 2005.

[6[NDLR] Le Mercosur, cr√©√© en 1991, est une zone r√©gionale de coop√©ration √©conomique du c√īne Sud (march√© du c√īne Sud) qui rassemble le Br√©sil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

[7Traduction littérale de Mar del Plata.

[8Lamia Oualalou, ¬« Bush √©choue √ s√©duire les Latino-Am√©ricains ¬ », Le Figaro, 7 novembre 2005.

[9Par ¬« am√©ricains ¬ », sont en fait d√©sign√©s ici les habitants des Etats-Unis, par un raccourci de langage devenu commun, mais qui n’en reste pas moins r√©v√©lateur d’un √©tat d’esprit. Les ¬« non-am√©ricains ¬ » auxquels il est fait r√©f√©rence plus loin sont de fait tout autant ¬« am√©ricains ¬ » que les habitants des Etats-Unis, puisqu’il est ici question du projet de Zone de libre-√©change des Am√©riques  ! Pour notre part, nous reprenons le terme adopt√© par Maurice Lemoine, celui d’¬« "√©tatsunien", plus conforme √ la r√©alit√© et traduction litt√©rale du mot employ√© en Am√©rique latine : estadounidense. ¬ » (Am√©rique centrale, les naufrag√©s d’esquipulas, L’Atalante, Nantes, 2002).

[10Audition devant le sous-comit√© sur l’H√©misph√®re occidental du Comit√© sur les relations internationales de la Chambre des repr√©sentants des Etats-Unis, premi√®re session, le 12 juillet 2001.

[11Voir le site http://fr.transnatinale.org.

[12[NDLR] L’Accord de libre-√©change nord-am√©ricain, sign√© en 1993 par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, est entr√© en vigueur le premier janvier 1994.
Consultez le dossier ¬« ALENA ¬ » sur RISAL.

[13L’op√©ration Guardians, de ¬« protection ¬ » de la fronti√®re entre le Mexique et les Etats-Unis aura, plus ou moins directement, co√ »t√© la vie √ plus de 3000 mexicains depuis son lancement il y a de cela 10 ans.

[14[NDLR] Carlos Salinas de Gortari, pr√©sident du Mexique de 1988 √ 1994.

[15Cit√© in Jean-Michel Lacroix, ¬« Les tribulations du march√© unique nord-am√©ricain ¬ », Le Monde diplomatique, mars 1993.

[16Rappelons que l’initiative de la ZLEA revient pourtant √ George H. Bush... en 1991 !

[17¬« Free trade = freedom, FTAA coverage spins pro-business as pro-democracy ¬ » Extra !, ao√ »t 2001.

[18Sur le concept du système PPII (planétaire, permanent, immédiat et immatériel), lire Ignacio Ramonet, Géopolitique du chaos, Galilée, Paris, 1997.

[19Maurice Lemoine, ¬« Merveilles du libre-√©change¬ », Le Monde diplomatique, ao√ »t 2003.

[20Lyuba Zarsky et Kevin Galagher, NAFTA foreign direct investment, and sustainable industrial development in Mexico, Americas Program, Interhemispheric Resource Center, janvier 2001 et Enrique Dussel Peters, Polarizing Mexico : The impact of lieralization strategy, Lynne Rienner Publishers, Londres, 2000, cit√©s in Miguel Pickard, ¬« Cons√©quences de l’ALENA sur le d√©veloppement du Mexique ¬ », Mobilisations des peuples contre l’ALCA-ZLEA, CETIM, Gen√®ve, 2005. Sauf mention contraire, les chiffres de ce paragraphe sont tir√©s de ce document.

[21¬« Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 √ 1, o√Ļ 0 signifie l’√©galit√© parfaite (tout le monde a le m√™me revenu) et 1 signifie l’in√©galit√© parfaite (une personne a tout le revenu, les autres n’ont rien). ¬ », Mobilisations des peuples contre l’ALCA-ZLEA, op. cit.

[22Le ma√Įs √©tasunien √©tant de plus en grande majorit√© transg√©nique, ce mouvement favorisa l’entr√©e de semences dites ¬« dominantes ¬ » dans le pays, entra√ģnant un ph√©nom√®ne de contamination les vari√©t√©s autochtones, de r√©duction la biodiversit√© du pays et d’accroissement de la d√©pendance des agriculteurs mexicains face aux semences vendues par les multinationales du son voisin du Nord.

[23Alternatives Sud, ¬« Les dessous de l’ALCA. Zone de libre-√©change des Am√©riques ¬ », Vol. X (2003), n 1, Centre tricontinental / L’Harmattan, Louvain-la-Neuve cit√© in Maurice Lemoine, op. cit.

[24Miguel Pickard, op. cit.

[25ibid.

[26Voir note 10.

[27Documentaire ¬« Noam Chomsky on globalization ¬ », r√©alis√© par Zach de la Rocha.

[28Maurice Lemoine, op. cit.

[29[NDLR] Les maquilas (ou maquiladoras) sont des entreprises de sous-traitance, filiales de multinationales, faisant appel √ une main-d’Ň“uvre non qualifi√©e. ¬« Maquila ¬ » est un terme d’origine arabe signifiant ¬«  portion de grain, de farine ou d’huile qui revient au meunier pour la mouture ¬ ». Ce terme est invariablement associ√© √ une pr√©carit√© du travail, √ une absence de libert√©s syndicales et de n√©gociations, √ des salaires de mis√®re, √ des journ√©es de travail interminables et √©puisantes et - il faut le souligner - √ l’embauche prioritaire de femmes.
Lire Jon Ander Bilbao, Olga Rocha, Magdalena Mayorga, Nicaragua : espoirs et d√©ceptions autour des maquilas, RISAL, 29 septembre 2004 ; Yanina Turcios G√≥mez, Voyage au coeur d’une ¬« maquila ¬ » RISAL, octobre 2002 ; Marcelo Colussi, Les maquilas en Am√©rique latine, RISAL, 20 juillet 2004.

[30Alfonso Moro, ¬« Maquiladoras et libre √©change : un mod√®le √©conomique et social ? ¬ », Mobilisations des peuples contre l’ALCA-ZLEA, op. cit.

[31Alternatives Sud, op. cit.

[32Sara Larra√≠n, ¬« Int√©gration pour le d√©veloppement des peuples ou en faveur des affaires ? ¬ », Mobilisations des peuples contre l’ALCA-ZLEA, op. cit.

[33ibid.

[34L’expression est de Serge Halimi, op. cit.

[35R√©formes promues par le FMI selon la logique du ¬« consensus de Washington ¬ ».

[36Audition devant le sous-comit√© sur l’H√©misph√®re occidental du Comit√© sur les relations internationales de la Chambre des repr√©sentants des Etats-Unis, op. cit.

[37¬« Noam Chomsky on globalization ¬ », op. cit.

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