Les multinationales espagnoles continuent de d√©pouiller l’Am√©rique latine
Le nouveau colonialisme espagnol
par Luis Miguel Busto Mauleon
Article publiť le 9 mai 2006

¬« La division internationale du travail fait que quelques pays se consacrent √ gagner, d’autres √ perdre. Notre partie du monde, appel√©e aujourd’hui Am√©rique latine, s’est pr√©matur√©ment consacr√©e √ perdre depuis les temps lointains o√Ļ les Europ√©ens de la Renaissance s’√©lanc√®rent sur l’Oc√©an pour lui rentrer les dents dans la gorge.
Les si√®cles ont pass√© et l’Am√©rique latine a perfectionn√© ses fonctions
. ¬ »

Ainsi commence le livre d’Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Am√©rique latine, √©crit en 1970. Trente cinq ans plus tard rien n’a chang√©, au contraire, les choses, sans doute, ont empir√©. Un seul petit changement : l’identit√© des sangsues. Les fonctions perfectionn√©es que mentionne l’auteur font r√©f√©rence √ comment, avec le capitalisme, ce furent les grandes entreprises nord-am√©ricaines qui pill√®rent le Sud du continent et commenc√®rent √ le d√©pouiller de ses ressources naturelles et humaines. Mais d√©j√ √ la fin du si√®cle dernier, comme l’assassin qui revient sur les lieux de son crime, les entreprises espagnoles jet√®rent leur d√©volu sur les nouvelles possibilit√©s du Nouveau Monde et comme des oiseaux de proie elles entreprirent de se r√©partir les restes. La classe politique sud-am√©ricaine les re√ßut comme ceux qui allaient les sauver de la cupidit√© de leurs voisins du Nord parce qu’il s’agissait d’entreprises venant de la M√®re Patrie. Mais pour le capitalisme il n’y a pas de famille qui vaille. Ni de patrie qui puisse se mettre en travers du chemin.

Les grandes entreprises multinationales espagnoles sont n√©es dans les ann√©es 80, pendant une vague de crise du capitalisme mondial et dans le cadre d’une ouverture de l’√©conomie espagnole sous couvert de l’int√©gration √ l’Union europ√©enne. Pour √™tre admise en son sein, l’Espagne a d√ » accepter le d√©mant√®lement de son tissu industriel et la coordination de sa politique agricole avec celle du reste des pays membres. En √©change, elle a commenc√© √ recevoir les fonds structurels destin√©s √ financer la transition vers une structure √©conomique bas√©e sur l’offre de biens de consommation et de services. Mais dans cette lutte pour les march√©s elle s’est retrouv√©e face √ ses associ√©s europ√©ens et elle s’est mise en t√™te qu’il fallait investir en Am√©rique latine. Il s’agissait d’un investissement n√©cessaire pour accumuler des capitaux qu’il √©tait compliqu√©, dans ce cadre concurrentiel, d’importer depuis l’Europe ou m√™me de cr√©er en Espagne m√™me. Le gouvernement espagnol a jou√© un r√īle phare en √©tablissant un cadre l√©gal de lib√©ralisation qui a consist√© en la r√©duction des conditions l√©gales requises pour les flux de capitaux sortants, la mise √ disposition de fonds publics pour soutenir les investissements, la cr√©ation d’assurances et la signature d’accords bilat√©raux et multilat√©raux pour les prot√©ger.

Les multinationales espagnoles, pouss√©es par les changements structurels soutenus par la Banque mondiale et le Fonds mon√©taire international (FMI), ont accapar√© au cours de ces ann√©es une partie du patrimoine et des services publics latino-am√©ricains, vendus au rabais. Les ann√©es 90 se sont caract√©ris√©es par l’offensive ¬« privatisatrice ¬ » qui pr√©tendait r√©duire la dette ext√©rieure par des privatisations et des exportations tout en r√©duisant la d√©pense sociale. Cette situation fut mise √ profit par les compagnies espagnoles en expansion, qui avaient besoin de nouveaux march√©s et de l√©gislations plus souples, pour faire des b√©n√©fices comme jamais. Une fois les ressources nationales vendues, l’offensive visa le secteur des services o√Ļ les besoins de base de millions de personnes furent pris dans les filets des monopoles espagnols.

Les faits le prouvent. Les entreprises multinationales espagnoles investirent dans les ann√©es 90 environ 40 milliards de dollars dans l’achat de banques, d’entreprises de t√©l√©communications, d’√©nergie et autres secteurs strat√©giques d’Am√©rique latine. Mais ce qui aurait d√ » √™tre un facteur de cr√©ation d’emplois et de richesse, comme on le dit dans le monde des entreprises, ne fut rien d’autre qu’une nouvelle invasion coloniale, ces entreprises ne cherchant que le b√©n√©fice maximal dans le laps de temps le plus court possible. Autrement dit, leur seul objectif a √©t√© de faire baisser les co√ »ts en r√©duisant le plus possible les salaires, les apports fiscaux et les cotisations sociales.

Dans de nombreux cas, il est m√™me arriv√© que ces entreprises collaborent avec des gouvernements et des politiques dictatoriales, posant la question du respect des droits humains les plus fondamentaux par ces entreprises. Pour atteindre leur unique objectif elles n’ont exclu aucun moyen, et souvent elles ont eu recours √ la promotion de guerres et de conflits interethniques, √ la violation des droits du travail, √ la d√©gradation de l’environnement, √ la corruption de fonctionnaires pour s’approprier des services publics au moyen de privatisations frauduleuses, de la monopolisation des moyens de communication, de la corruption des √©lites politiques, intellectuelles et de la soci√©t√© civile et du financement de coups d’Etat, de dictatures et autres activit√©s criminelles.

La politique d’investissement en Am√©rique du Sud entam√©e par les entreprises espagnoles avec l’approbation des gouvernements socialistes s’est intensifi√©e encore davantage sous le gouvernement de Jos√© Maria Aznar [Parti populaire, conservateur]. Son affrontement avec ses associ√©s europ√©ens et son rapprochement de la politique nord-am√©ricaine lui donna une plus grande marge de manoeuvre en Am√©rique latine. Cette politique est mat√©rialis√©e par la d√©nomm√©e Fondation Carolina, n√©e en l’an 2000, et qui regroupe les 24 multinationales espagnoles les plus importantes. La majorit√© d’entre elles √©taient au d√©part des entreprises publiques qui avaient √©t√© privatis√©es au cours des ann√©es pr√©c√©dentes. Elles repr√©sentaient tous les secteurs √©conomiques et prirent position dans presque tous les pays de la r√©gion.

Nombreuses sont les entreprises espagnoles qui ont refait le voyage vers le Nouveau monde. Si la d√©vastation inflig√©e par les Europ√©ens de la Renaissance, √ laquelle fait r√©f√©rence Galeano, fut le d√©but de la saign√©e de l’Am√©rique du Sud, cette nouvelle vague peut supposer le coup de gr√Ęce. Voyons dans quels secteurs les multinationales espagnoles ont plant√© leurs crocs et qui sont les [nouveaux] vampires avides de sang.

— Secteur des t√©l√©communications : Telefonica

Telefonica est une entreprise priv√©e qui compte 1,7 millions d’actionnaires directs, dont le noyau dur est form√© par La Caixa [groupe financier catalan] et BBVA (Banco Bilbao Vizcaya Argenteria). Elle a 88,5 millions de clients, elle est pr√©sente dans 16 pays et emploie 157 000 personnes dans le monde. C’est la sixi√®me compagnie mondiale du secteur par capitalisation boursi√®re, la cinqui√®me entreprise d’Europe et la premi√®re d’Espagne. S’il est certain que sur le terrain des t√©l√©communications le service s’est √©tendu et s’est am√©lior√© par certains aspects, l’entr√©e de cette entreprise dans les diff√©rents pays latino-am√©ricains a engendr√© beaucoup d’irr√©gularit√©s.

En premier lieu, la plus grande activit√© √©conomique de Telefonica aurait d√ » signifier une plus grande recette fiscale. Cependant, diff√©rents accords de la compagnie avec les gouvernements en place lui ont permis de payer moins d’imp√īts. Dans de nombreux cas, elle a emp√™ch√© la concurrence d’autres entreprises dans le secteur, les concessions observant des p√©riodes de monopole. Elle n’a pas non plus g√©n√©r√© d’emplois √©tant donn√© que dans de nombreux cas les entreprises parties √ la concession √©taient elles aussi espagnoles et que les postes de direction ont √©t√© occup√©s par des Espagnols. De ce c√īt√©-l√ , les conditions de travail se sont d√©grad√©es et la d√©centralisation des services et la cr√©ation de filiales ont augment√© la sous-traitance de personnel pour √©viter des responsabilit√©s contractuelles et intensifi√©, de plus, l’emploi temporaire. L’entr√©e de la multinationale dans les diff√©rents pays n’a pas non plus permis une √©conomie pour les consommateurs internes, le co√ »t du service de t√©l√©phonie √©tant exag√©r√©ment √©lev√©. Finalement, elle a √©t√© une fid√®le collaboratrice des gouvernements en place et, face √ cette relation si √©troite avec le pouvoir √©conomique et politique, le consommateur latino-am√©ricain s’est retrouv√© sans protection.

Le groupe Telefonica Latinoamerica, contr√īl√© √ cent pour cent par Telefonica est pr√©sent en Argentine, au Br√©sil, au Chili, en Colombie, au Costa Rica, en Equateur, au Salvador, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, au P√©rou, √ Porto Rico, en R√©publique dominicaine, en Uruguay et au Venezuela. Elle fait son plus gros chiffre d’affaire en Argentine par l’interm√©diaire de Telefonica de Argentina, dans laquelle elle participe √ hauteur de 98,3% ; au Br√©sil √ travers Telesp et une participation √ hauteur de 87,49% ; au Chili, avec Telefonica CTC Chile et une participation √ hauteur de 44,89% ; et au P√©rou, par l’entreprise Telefonica del Peru et une participation √ hauteur de 98,19%. Dans les autres pays elle le fait par l’interm√©diaire des diff√©rentes entreprises de son groupe : Atento, Telefonica Contenidos, Telefonica Empresas, Telefonica Moviles, Terra Networks et TPI Paginas Amarillas.

Les b√©n√©fices de Telefonica Latinoamerica en 2004 se sont √©lev√©s √ 806,6 millions d’euros, 44,4% de plus qu’en 2003.

— Secteur des hydrocarbures : Repsol

Repsol YPF est une entreprise internationale de p√©trole et de gaz, avec des activit√©s dans 28 pays et plus de 30 000 employ√©s. C’est l’une des dix plus grandes entreprises p√©troli√®res priv√©es du monde et la plus grande compagnie √©nerg√©tique priv√©e en Am√©rique latine en terme d’actifs. Elle a une production d’hydrocarbures de plus d’1,1 million de barils √©quivalent p√©trole par jour et ses r√©serves de brut et de gaz atteignent presque les 5 milliards de barils, lesquelles se trouvent essentiellement en Am√©rique latine et en Afrique du Nord. Ses principaux actionnaires sont les groupes financiers La Caixa et BBVA et ses activit√©s se centrent sur l’exploration et l’exploitation, le raffinement, la vente et la distribution de p√©trole. Repsol soutient qu’ ¬« elle d√©veloppe une strat√©gie corporative dont les principaux piliers sont la protection de l’environnement, la mise en place d’une politique de ressources humaines qui rend possible l’am√©lioration continue des relations de travail et l’int√©gration de mesures et d’actions concr√®tes qui contribuent au d√©veloppement de la soci√©t√© ¬ ».

Mais la r√©alit√© est tout autre. Tout d’abord, il semble √©trange qu’un pays comme l’Espagne apparaisse en Am√©rique du Sud avec une entreprise p√©troli√®re alors qu’elle n’a pas de p√©trole et n’a pas de grandes relations avec les pays producteurs. En fait, Repsol ach√®te des entreprises publiques latino-am√©ricaines du secteur des hydrocarbures √ des prix d√©risoires gr√Ęce aux accords politico-√©conomiques bilat√©raux.

Deux exemples : YPF [Yacimientos petroliferos fiscales] en Argentine, achet√©e en √©change de bons pour pallier la dette ext√©rieure sous le pr√©texte du manque de capacit√© financi√®re. Apr√®s l’achat, en 1999, en un an elle avait multipli√© par quatre ses b√©n√©fices qui atteignirent la somme de 1 milliard 150 millions d’euros, dont 66 % proviennent d’YPF.

En 1996, 75% des actions de la raffinerie de la Pampilla du P√©rou ont √©t√© vendues √ Repsol pour 180 millions de dollars alors qu’en 1994 elles avaient rapport√© 657 millions.

Les impacts de ses agissements sur l’environnement et sur les communaut√©s indig√®nes sont tr√®s loin de ses objectifs. Les d√©nonciations r√©p√©t√©es apparaissent √ peine au grand jour mais peu √ peu elles sont plus connues. Comme la destruction dans le parc naturel Yasuni en Amazonie √©quatorienne [1], de 680 000 hectares dont un tiers appartient au peuple Huaorani ; ou la lagune de Llancanelo, r√©serve naturelle en Argentine o√Ļ l’entreprise p√©troli√®re veut creuser huit nouveaux puits ; ou l’invasion de 18 territoires indig√®nes et de 4 parcs naturels en Bolivie ; ou le cas le plus connu qui a amen√© la multinationale √ un proc√®s avec le peuple mapuche. Les b√©n√©fices de Repsol YPF en 2004 s’√©lev√®rent √ 1 milliard 950 millions d’euros. Les recettes effectives en Europe atteignirent les 29,5 milliards d’euros ; en Am√©rique Latine seulement 11,76 milliards, ce qui prouve que les ressources naturelles de la zone servent, en grande partie, pour la consommation europ√©enne.

— Secteur √©lectrique : Endesa

Endesa est une des plus grandes compagnies d’√©lectricit√© d’Europe et c’est le leader sur le march√© espagnol et dans plusieurs pays d’Am√©rique latine. Fond√©e en 1944 comme une entreprise d’Etat pour la production d’√©nergie, elle fut privatis√©e en 1998. Actuellement, Endesa fournit plus de 22 millions de clients en √©lectricit√© et en gaz au niveau mondial, emploie plus de 27 000 personnes et dispose d’un chiffre d’affaire qui tourne autour des 18 milliards d’euros. Entre les mains de grandes corporations boursi√®res (Cajamadrid, Chase International...), son actionnariat est aujourd’hui confus apr√®s la r√©cente OPA hostile lanc√©e par Gas Natural qui, √©videmment, appartient √ Repsol-YPF et √ La Caixa.

En 2004, ses b√©n√©fices nets se sont √©lev√©s √ 1,379 milliards d’euros, soit une augmentation de 5,1% par rapport √ l’ann√©e pr√©c√©dente. Sa pr√©sence en Am√©rique latine se mat√©rialise avec Endesa International et elle g√®re un grand nombre d’entreprises, notamment Enersis, Endesa Chile et Chilelectra (au Chili) ; Edesur, Costanera, Dock Sud et El Chocon (Argentine) ; Cien, Endesa Fortaleza, Ampla et Coelce (Br√©sil) ; Emgesa et Codensa (Colombie) ; ou Edegel et Edelnor (P√©rou).

Bien que l’entr√©e de la multinationale dans la zone ait signifi√© une augmentation de la puissance √©lectrique install√©e et de l’indice d’√©lectrification, elle a aussi montr√© des limites ces derni√®res ann√©es. Ainsi, l’histoire de Endesa-Espa√Īa au Chili commence quand celle-ci est arriv√©e √ un accord financier avec un groupe chilien qui repr√©sente les int√©r√™ts les plus troubles de la bureaucratie √©tatique sous la dictature militaire de Pinochet. L’Etat c√©da le patrimoine public et ces administrateurs de l’appareil bureaucratique √©tatique sont apparus comme les seuls b√©n√©ficiaires dans de multiples soci√©t√©s dans lesquelles ils √©taient responsables de toute la gestion du patrimoine, et du m√™me coup acqu√©raient de petits paquets d’actions. L’Etat chilien, de son c√īt√©, intervient toujours en faveur des entrepreneurs et contre les peuples indig√®nes. Les gazoducs qui s’√©tirent dans le Nord du Chili, qui transportent les ressources mini√®res sans payer d’imp√īts, ont √©t√© construits en d√©truisant des cimeti√®res indig√®nes, des p√©troglyphes mill√©naires et des sites sacr√©s de diff√©rentes cultures pr√©colombiennes.

Son activit√© au P√©rou aussi a provoqu√© de grandes pol√©miques √©tant donn√© que la concentration du march√© est entr√©e en conflit avec les lois, m√™me si l’Etat a facilit√© sa privatisation en accordant l’impunit√© √ la multinationale, enfreignant ainsi le principe d’√©galit√© devant la Loi. Sa premi√®re action fut le licenciement de travailleurs, en commen√ßant par ceux affili√©s au syndicat le plus important, et la signature de contrats individuels pour √©viter la n√©gociation collective. Finalement la majorit√© des activit√©s furent sous-trait√©es √©vitant ainsi les responsabilit√©s d√©coulant du risque li√© au travail dans le domaine de l’√©lectricit√©.

— Secteur financier : BBVA

ans les ann√©es 90, le secteur bancaire espagnol a √©t√© marqu√© par deux tendances : la concentration du pouvoir et l’expansion internationale. Les entit√©s espagnoles, apr√®s une p√©riode de fusions et d’acquisitions, ont configur√© un panorama domin√© par deux g√©ants : BBVA et BSCH [Banco Santander Central Hispano].

Elles commenc√®rent ensuite une expansion vers l’Am√©rique du Sud √ la recherche de nouveaux march√©s, avec l’objectif de pouvoir concurrencer les grandes banques europ√©ennes. Cette strat√©gie a √©t√© facilit√©e par l’√©lite dirigeante des pays latino-am√©ricains. Leur r√īle dans l’√©conomie s’est centr√© sur le syst√®me financier et sur les pensions priv√©es mais leurs irr√©gularit√©s les plus grandes se sont produites dans le domaine du droit du travail vu que ces banques participaient au capital social d’autres multinationales espagnoles, comme nous l’avons vu pr√©c√©demment.

BBVA est la seconde entit√© bancaire espagnole et l’an pass√© (2004) elle a gagn√© 2,082 milliards d’euros, soit 25,8% de plus qu’en 2003 et juste en dessous de BSCH. 1,239 milliard de ce b√©n√©fice a √©t√© obtenu dans les filiales latino-am√©ricaines, 44% du total. Cependant, ses ressources destin√©es √ l’Am√©rique latine et √ ses fondations pour toute l’ann√©e pass√©e ont √©t√© de 4,9 millions d’euros.

Bien que l’arriv√©e de ces banques ait eu comme cons√©quence une am√©lioration de la qualit√© des services propos√©s au client, les pr√©judices caus√©s pr√©sentent un bilan totalement n√©gatif. L’entr√©e dans les diff√©rents pays s’est faite par l’acquisition de banques nationales, nombre d’entre elles publiques, et dans le processus de restructuration, ceux qui en pay√®rent d’abord le prix furent les employ√©s. Au P√©rou, par exemple, 25% du personnel fut licenci√©, on augmenta la dur√©e de la journ√©e de travail sans compensation et le syndicalisme s’est affaibli.

Mais l’exemple le plus sanglant a √©t√© celui de BBVA en Argentine : l’acquisition des banques locales par l’interm√©diaire de fusions et d’OPA, son irruption dans les t√©l√©communications, dans les fonds de pensions, dans les services publics, ses liens avec l’industrie de l’armement, la sp√©culation sur la construction immobili√®re, tout en maintenant en secret la dette externe priv√©e des pays les plus pauvres... et pour finir, en refusant leurs maigres √©conomies aux petits √©pargnants argentins pris dans le ¬« corralito ¬ » [2].

Notes :

[1[NDLR] Consultez le dossier ¬« L’Amazonie √©quatorienne, butin des entreprises p√©troli√®res ¬ » sur RISAL.

[2[NDLR] En 2001, alors que tous les signes d’√©croulement de l’√©conomie se manifestaient, le FMI pousse le gouvernement argentin √ r√©duire √ z√©ro le d√©ficit public. Le gouvernement argentin diminue alors ses d√©penses d’√©ducation, de sant√©, d’aide sociale et retarde le paiement des salaires des employ√©s de l’Etat. Il se rend alors compte qu’il ne va pas pouvoir r√©pondre aux crit√®res du FMI et annonce le gel des comptes en banques. Cette mesure, appel√©e corralito, est cens√©e √©viter la faillite du syst√®me bancaire. Les milieux d’affaires, inform√©s √ temps de la mesure, r√©ussissent √ faire sortir leurs devises du pays avant l’entr√©e en vigueur du corralito : la fuite des capitaux s’√©l√®ve √ 24 milliards de dollars en quelques jours, ce qui ass√®che compl√®tement la place financi√®re argentine.

Source : Rebelion (www.rebelion.org/), 6 novembre 2005 ; Pueblos (www.revistapueblos.org/), 16 novembre 2005.

Traduction : Cathie Duval, pour (www.risal.collectifs.net/).

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