Brésil : pour un logement digne
par José Pedro S. Martins
Article publi le 21 juin 2006

Le déficit en logements touche plus de 20 millions de personnes au Brésil.

En décembre dernier, un groupe de sept militants du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) du Brésil commençaient une grève de la faim dans un endroit insolite. Ils s’étaient placés en face de l’appartement du président Luis Inácio Lula da Silva,  São Bernardo do Campo, dans la région industrielle de São Paulo.

Les sans toit protestaient contre la menace d’expulsion de 800 familles qui occupaient un immeuble du municipe de Taboão da Serra, dans la région métropolitaine de São Paulo. Selon le MTST, il s’agit d’un immeuble vide depuis 25 ans. Les travailleurs ont cessé la grève de la faim après quatre jours, suite  la promesse faite par le gouvernement fédéral d’inclure les familles sans toit dans un programme de logement pour les familles  bas revenus.

Bien que le MTST - apparu dans les années 90 pour lutter pour le droit  un logement digne - n’ait pas encore la notoriété nationale et internationale dont dispose le Mouvement des travailleurs sans terre (MST) dans sa lutte pour la réforme agraire en faveur de 5 millions de familles paysannes sans terres, les chiffres du déficit de logement dans les villes sont également gigantesques.

Le recensement démographique de 2000 indique un déficit de 6,6 millions de logements, l’équivalent de plus de 20 millions de personnes sans toit, qui vivent dans des favelas, des immeubles occupés, des ensembles de logements clandestins, des taudis ou alors sous les ponts et viaducs des grandes villes.

« Mais en réalité, le chiffre est bien plus élevé, si l’on considère ce que nous entendons comme logement adéquat, c’est- -dire un logement avec un système d’assainissement de base, l’accès  l’éducation, la santé, les transports  », observe João Batista Albuquerque, du MTST de São Paulo.

Des chiffres alarmants

Selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), le chiffre total des familles n’ont pas un logement adéquat - ajouté  celui des sans toit - serait de 18 millions, c’est- -dire, plus de 70 millions de Brésiliens sur une population totale de 190 millions.

En résumé, ce qu’il faut c’est une réforme urbaine au Brésil, en parallèle avec une réforme agraire.

« Les deux questions sont liées. Sans la réforme agraire, avec l’installation adéquate des familles sans terre, et avec une politique agricole qui fournit les conditions pour qu’elles puissent se nourrir, le processus d’exode rural continuera, avec la conséquente croissance des grands centres urbains  », argumente Darci Pimentel, spécialiste en droit urbain et membre de l’équipe du plan d’aménagement urbain de l’Etat de São Paulo. Ce groupe fut créé  l’initiative du ministère des Villes pour élaborer des plans d’aménagement pour les municipes de l’état le plus peuplé du pays [celui de São Paulo], avec 40 millions d’habitants.

La migration de la campagne  la ville est, de fait, l’une des grandes causes du chaos urbain et de l’explosion du nombre de sans toit au Brésil. Entre les années 50 et 80, le Brésil a connu l’un des plus grands flux migratoires de la planète. Plus de 40 millions de personnes quittèrent les zones rurales pour se rendre dans les villes.

La crise économique incite  l’exode

Mais entre les années 80 et 90, la crise économique internationale s’est accentuée et a frappé le Brésil de plein fouet. Le chômage grimpa en flèche, aggravé par les nouvelles technologies introduites dans le secteur industriel. Le résultat en a été une grande paupérisation et des millions de personnes d’origine rurale qui habitaient dans les villes, sans possibilité de payer un logement digne. La croissance des favelas fut inévitable ; rien qu’ Rio de Janeiro, plus d’un million de personnes vivent dans ces quartiers pauvres.

La Loi fédérale de développement urbain, approuvée en 2001 et connue comme le « Statut de la ville  », a apporté de nouveaux espoirs pour résoudre le problème du chaos urbain associé au drame du logement au Brésil. Le Statut - basé sur la fonction sociale de la propriété et la gestion démocratique des villes - consacre, parmi d’autres mécanismes, l’usucapion urbaine, qui permet l’acquisition d’une propriété par l’occupation prolongée de celle-ci, et qui peut être invoquée par des familles sans toit en cas de menace d’expulsion de zones occupées par ces dernières. On estime  plus de 4,5 millions le nombre de bâtiments urbains particuliers vides.

Selon Albuquerque, il y a une plus grande ouverture dans le gouvernement de Lula, dans le sens de la participation des mouvements sociaux  la discussion sur les politiques urbaines adéquates et en phase avec les revendications historiques.

Cependant, pour le dirigeant, « il faut changer la politique économique du gouvernement, car les ressources financières dépensées dans le paiement de la dette externe suffiraient pour couvrir le déficit du logement  ».

Actuellement, le MTST est présent - avec 70 000 personnes - dans quelques 50 immeubles récemment occupés ou en lien avec les associations d’habitants de la région métropolitaine de São Paulo.

Un cas qui retient l’attention est celui de l’‰difice Prestes Maia, un immeuble historique dans le centre de São Paulo, occupé depuis 2002 par 468 familles et qui fait face, aujourd’hui,  une menace de d’expulsion. L’immeuble, qui était abandonné par ses anciens propriétaires - ces derniers avaient des dettes avec la ville de São Paulo- a été totalement remodelé par les sans toit, qui peuvent maintenant s’enorgueillir d’avoir une bibliothèque de plus de 30.000 livres, en plus de ses multiples projets culturels et de création de ressources, entre autres choses.

On estime que plus de 4 000 personnes vivent dans des immeubles qui étaient abandonnés dans le centre de São Paulo. « La mobilisation est aussi une manière pour les propres sans toit de croire en leurs forces, en la possibilité d’avoir une vie meilleure et digne comme tout le monde  », conclut Albuquerque.

Source : Noticias Aliadas (http://www.noticiasaliadas.org/), 23 mars 2006.

Traduction : Cynthia Benoîst, pour le RISAL (http://www.risal.collectifs.net/).

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